CHAPITRE SEPTIÈME
D'après ce que nous avons dit plus haut, cette tutelle n'a rien d'invraisemblable, et cet Amaldus Gaufredi, qui signe l'acte du 15 septembre, dont nous avons parlé à la fin du règne précédent, immédiatement- après le comte Guislabert, sa femme et son fils, devait être, en effet, l'oncle et le tuteur de Gauzfred. Ne connaissant aucun autre document qui fasse mention de cet Amaldus Gaufiredi, nous adoptons .volontiers l'explication de Dom Yaissette , et nous ne donnerons point place à ce Comte parnfi ceux du Roussilion.
Pendant sa minorité , les Sarrasins , maîtres des lies Baléares, désolaient par leurs pirateries toutes les côtes, depuis Tortose jusqu'à Pise. Le Comte de Barcelone , Raymond Bérenger III , s'étant concerté avec les Génois et les Pisans pour armer contre ces brigands, plusieurs Seigneurs du Languedoc, de la Provence et du Roussilion firent partie de l'expédition. La flotte qui la portait ayant mis à la voile en 1114, fut dissipée par une forte tempête, et ne se réunit de nouveau que le 24 juin lllS. Après s'être emparé de l'ile d'Yviça, le 10 août, on attaqua , le 24 , Majorque , qui ne se rendit que le 6 février 1116. L'Ile entière était soumise le 5 avril. Mais cet exploit fut plus brillant que solide ; les IMaures se révoltèrent peu après, recouvrèrent leur indépendance, et continuèrent leurs brigandages. Ce n'est qu'a cette époque, qu'on trouve, pour la première fois, le nom de Catalogne donné k la Marche d'Espagne.
Au moment où Gauzfred prenait les rênes du Gouvernement, le Comte de Barcelone, dont les nouvelles acquisitions des Comtés de Bésalu et de Cerdagne entouraient
presque le Roussillon et le pays d'Ampurias, devenait uti voisin bien redoutable. Cette considération aurait dû les engager à resserrer l'alliance qu'une origine commune rendait si naturelle entre les deux familles. Loin de Ik , ils ne surent pas vivre en bonne intelligence. Le Comte de Roussillon , vraisemblablement le plus faible , parait avoir eu recours au Comte de Barcelone , qui força , à la vérité , en i 128, le Comte d'Ampurias a satisfaire celui de Roussillon; mais il profita de cette occasion pour étendre sa suzeraineté sur le premier, qui n'avait jamais dépendu de lui. Il parait cependant que Pons-Hugues et Gauzfred comprirent le mal qu'ils s'étaient fait par leur brouillerie; et c'est , 4130. sans doute, par suite de leur réconciliation, qu'en liSO, le premier institua le second héritier du Comté d'Ampurias, dans le cas où il mourrait sans enfants légitimes. Gauzfred, qui avait eu recours à une assistance si dangereuse pour obtenir justice de son parent, laissait ravager impunément les côtes de ses États par les Sarrasins des Baléares; c'est ce que nous apprend Udalgar, évéque d'Elne. Ce Prélat se plaignait au Spode tenu à Narbonne en H 40, que son Diocèse était désolé par ces pirates; qu'ils avaient fait grand nombre de captifs, et demandaient cent jeunes vierges pour le rachat de ces malheureux. Il ajoutait, qu'ayant pris des engagements avec ces Barbares pour la rançon des prisonniers , il implorait la charité des fidèles afin de pouvoir les remplir. Ce Concile provincial accorda des indulgences à ceux qui, par leurs aumônes, contribueraient à cette bonne œuvre. En ii59, le comte Gauzfred, sa femme Er^ mengarde Trencavel, et leur fils Guinard ou Gérard, confirment la donation faite en ii09 de l'abbave de Saint- André de Sorède à celle de la Grasse. En HM, Gauzfred donna à son fils Gérard la Seigneurie allodiale