CHAPITRE HUITIÈME
arroser qu'à submerger les terres au temps des crues, qui les laissaient, en se retirant k Téquinoxe d'automne, couvertes d'un fertile limon. Cette méthode n'était pas inconnue dans l'Assyrie ; mais on avait plus souvent recours, comme on le pratique dans le Roussillon, à l'usage de grands canaux, qui donnaient, dans toutes les saisons, la faculté de conduire les eaux sur les . campagnes desséchées*. (Appendice, no 8.)
Ces deux pays n'étaient pas les seuls, en Asie et en Afrique, où on employât les arrosages offerts naturellement par les rivières ou créés par l'art. Strabon nous apprend que les eaux du Chrysorrhoas étaient presque entièrement absorbées pour fournira l'irrigation des environs de Damas. Les Juifs , dans le territoire de Jéricho ; les Arabes, auprès de Pétra , se servaient des eaux pour fertiliser leurs terres (Pline, Josèphe, Stràbon). Polybe (liv. 10, ch. 4) nous donne une grande idée des travaux exécutés par les Perses, dans le but d'arroser des campagnes arides. Leurs Rois avaient fait la concession, pour cinq générations, d'une vaste étendue de territoire dans la Médie, à condition qu'on y amènerait des eaux. On tira du mont Taurus des sources abondantes, qu'on fit venir au moyen de rigoles k découvert ou de canaux souterrains. Pline (liv. 18, c. 22) nous présente, quoiqu'avec sa concision ordinaire, des détails très circonstanciés sur l'irrigation pratiquée dans un rayon de trois milles , autour de Tacape , ville d'Afrique (maintenant Cabés), et sur les effets merveilleux qu'elle y produisait. (Appendice, n^ 9.)
Il est inutile de citer un plus grand nombre d'exemples pour prouver tout le parti , qu'en Asie et en Afrique , 'x>n avait su tirer des rivières , afin de remédier
J HéufdiÂQ , SlniboD , Xénopbon , I*olybt , Pline , Pomponius Mêla.
à l'extrême sécheresse du climat. Il n'existait rien de pareil en Europe ^ où la température était moins chaude et plus humide. En effet, si les Grecs et les Romains ne négligèrent pas d'entretenir et même de perfectionner les ouvrages qu'ils trouvèrent construits, pour cet objet, dans les pays, dont ils firent la conquête, il ne parait pas qu'ik aient cherché k naturaliser dans les provinces où elle n'était pas connue, une pratique aussi intéressante pour l'agriculture. Ce que nous avançons , ne sera pas contesté sans doute en ce qui concerne les Grecs; mais comme la magnificence des constructions hydrauliques des Romains, comme les vestiges si imposants qui nous restent de ces grands ouvrages d'utilité publique, peuvent faire croire que ce peuple posséda de grandes connaissances dans l'art des irrigations , nous devons entrer ici dans quelques détails propres à faire apprécier avec exactitude le point auquel ils parvinrent dans cette branche de la science agricole.
Parcourons d'abord les auteurs qui ont traité de l'agriculture. Nous verrons que Caton et Varron , dans leurs livres de Re Rusiica; que Columelle, dans un ouvrage bien plus étendu sur ce même sujet; que Pline (liv. 18 et 19); -que Palladius (liv. 1,3 et 5)*, parlant de l'irrigation pratiquée en Italie, nous apprennent seulement qu'on y arrosait des jardins, des prairies, des chênevières (lorsqu'elles n'étaient pas établies sur des terrains humides), les luzernières, lorsqu'on pouvait le faire aisément : et encore en lisant avec attention ce que dit Columelle au sujet de la luzerne, on s'aperçoit fecilement, qu'en principe, il en prescrit l'irrigation; mais que ce précepte n'était guère suivi, puisqu'en détaillant avec
i \vpeuduc. n" 10.