CHAPITRE DIIIÈHE
élaUissements, y renoncent et teolent partager le sort de leurs camarades. Réunis, ils ne forment en tout, avec les Turcs et les Turcopoles , qu'un corps de trois mille six cents chevaui et quatre mille bommea de pied. Le Duc s'avance avec six mille quatre cents chevaux, dont sept cents chevaliers français, et huit mille fantassins. Comptant principalement sur la cavalerie, il en prend le commandement; mais il a^engage imprudemment dans: un terrain inondé, où les chevaux embourbés., livrenl sans défense leurs cavaliers aux traits des Àlraogavares. Les Turcs, craignant une trahison des ClH'étiens, ne^ commencèrent à combattre que lorsqu'ils virent les Ca** talans ne pas ménager les ennemis. Presque toute cette cavalerie périt, avec le Duc, dans ce marais; deux Che*valiers seuls, Boni&ce de Vérone, et le RoussiUonnais Deslau, échappèrrat à la mort : tout le pays se soumit. Les Catalans épousèrent les veuves,- et fondèrent un nouvel État; mais, n'ayant parmi eux personne capable degou-^ vemer, ils offrirent le commandement à Boni&ce, et,, sur son refus, à Deslau, qui épousa la veuve du Sei^^eur de la Sola , possédant une grande fortune. On proposa aux Turcs et aux Turcopoles de rester; mais ceux-ci préférèrent revenir dans leur patrie, pour y jouir des ri-, chesses acquises par tant de travaux et de combats. Us ne parvinrent ni les uns ni les autrea à leur destination : les Turcopoles entrèrent au service du prince des Serviens ; les Turcs voulurent se retirer par le chemin que l'armée avait suivi. Ne pouvant passer en Asie, feute de vaisseaux, ils traitent avec lea Greca ponr en obtenir. Trompés par eux, ils ravagent de nouveau la Thrace, et battent Michel Paléologue; mais, «afin, défaits à leur tour, ils se jettent dans un château, sur le bord de la mer, où ils sont bientôt assiégés par toutes les forces de l'Empire.
198 HISTOIIB DU flOCSSlLLON.
Biepouasés dans deux sorties, ils eo tentent une troiaiènie^ qui n'a pas plus de succès. Tous Bont tués on pris par les Grées et les Génois, qui les bloquent du côté de la mer.
Les Catalans, maîtres dn Duché d'Athèies depuis Tan 1313, obéirent peu de temps à Roger Deslau, qui mourut ou fut déposé. Us s'adressèrent au Rot de Sidle pour avoir un chef. Ce prince leur envoya son second fils liainfroi; et comme ce n'était eQcore qu'un en&nt, il lui adjoignit Bérenger Estanyol , homme d'une grande capacité. Celuici eut soin, pour les ^QiiY^nier plus facilement, de les occuper à des guerres continuelles. Estanyol et le jeune Mainfiroi étant pnorts, le Roi de Sicile donna aux Catalans Alphonse (probablement son fils naturel). Ils le marièrent avec la fille de Boniface de Vérone, qui eut en dot le tiers de l'île de Négrepont et de ^ize châteaux en terre ferme. Les descendants de ce prince gouvernèrent pendant près de cent cinquwte ans, sous k dépendance, au moins nominale, des Rois de Sicile. En 1382, craignant d'être attaqués par Louis de Navarre, gendre de Chartes de Duras, roi de Naples, et ne pouvant espérer aucun se«^ cours de la Sicile , déchirée par les factions , ils proclamèrent, comme Suaerabi, Pierre lY, roi d'Aragon, et implorèrent son assistance. Des troupes et quelques galères leur Airent envoyées; mais ces secours n'arrivèrent que lorsque les Catalans et les Aragonais, d'abord battus par Louis de Navarre, eurent réussi à reprendra Athènes et d'autres forteresses, dont ce prince s'était emparé. Pierre ayant consolidé sa puissance, (ivec l'aide de Jean-Fer^ nandez de Hérédia, grjipd*maitre de Rhodes, établit pour gouverneur le Vicomte de Rocaberti , qui fut confirn^é dans le gouvernement d'Athènes et de Patras par Jean I^, fils et successeur de Pierre IV.
Quelques auteurs ont prétendu que ces aventuriers,
GUAPITBE DIXIÈME. 199
dont nous avons rapidement esquissé les prodigieux faits d'armes, n'étaient qu'un ramassis de toutes les nations chrétiennes de TOccident; d'autres en ont fait des Français; mais il est impossible de nier que les sujets des Rois d'Aragon et de Majorque, en formaient l'immense majorité. Le nom de Roger de Flor, leur premier général, est plutdt catalan qu'italien ou allemand. Mais, f&t-il,. comme on l'a dit , fils d'un Seigneur allemand et d^une demoiselle italienne, qu'importe, il était né à Tacragone le 14 juillet 1962. Après avoir fait ses premières armes eo; Espagne contre les Maures, il prit l'habit de Templier, et iit sa profession à Barcelone , dans la maison de cet Ordre. Il passa de là dans la Terre-Sainte , et j acquit par sa valeur une grande réputation. Ayant sauvé le trésor de l'Ordre, lors de la prise de Saintp-Jean-d'Acre par les Sarrasins, il forma une petite flotte, avec laquelle il ne cessa d'inquiéter les Mahométans ; gagna de grandes richesses, et finit par s'attacher au service de Frédéric d'Aragon, roi de Sicile. Tous ces faits, affirmés par plusieurs historiens,, ne sauraient être contestés. On ne puiserait pas de meilleurs arguments dans la dénomination de IjcUins^ sous laquelle ces aventuriers sont désignés par les Grecs, ou dans celle de Francs, qu'ils prirent eux-mêmes à Gallipoli, après l'assassinat de Roger de Flor. On sait que la seconde dénomination est donnée par les Grecs à tous les Chrétiens occidentaux ; et quant k la première, ils. la prirent pour intéresser k leur cause tous les Latins répandus dans l'Empire Grec; mais ils combattirent toujours sous les bannières d'Aragon ou de Sicile, et n'adressèrent qu'à l'un de ces Rois, leurs plaintes, leurs demandes de secours ou d'un chef. Bien plus, Muntaner, l'un de leurs principaux officiers, cite, dans l'histoire qu'il a écrite de cette expédition, le nom de quarante d'entr'eux,
les plus distingués par leur naissance, leurs emplois, leurs services, et tous ces noms trahissent une origine catalane ou aragonaise. Cette troupe, formée à Messine des seuls étrangers au service de Frédéric, devenus inutiles par la paii, ne pouvait être composée que des sujets des Rois d'Aragon et de Majorque. Les Français et les Italiens, entraînés par rinfluence du Roi de France ou du Pape, avaient combattu pour la Maison d'Anjou: Roger de Flor, entré au service de Frédéric, avec une flotte et de grandes richesses, y soutint la réputation qu'il s'était faite en combattant contre les Infidèles. Lié avec les principaux chefs, surtout avec Bérenger d'Entensa, le plus grand Seigneur des Catalans, il dut k tous ces motifs le commandement qu'on lui déféra sur ces aventuriers , presque tous Aragonais, Yalenciens, Catalans, Majorquins, RoussiUonnais. Quant k ces derniers, ils provenaient des soldats de ce pays qui avaient suivi en Sicile , soit l'infant Ferdinand de Majorque, soit Dalmau de Casteinou. Muntaner cite deux chevaliers du nom de Caldés , et un autre appelé San-Marti. Un document du milieu du xiv^ siècle nous apprend qu'il existait en Roussillon une famille du nom de San-Marti, à laquelle appartenait le village de Saint- Martin-de-Fenouillet et un autre fief du voisinage. Dans des actes de la fin du xiii« siècle et du commencement du xiv<^, on trouve, k Perpignan, des Chevaliers du nom de Caldés, en latin de Calidis. Zurita parle d'une maison de François de Caldés, existant dans cette ville en 1346. Pour ne pas interrompre la narration des exploits des Catalans en Grèce, nous avons laissé Ferdinand de Majorque en Roussillon. Il n'y resta pas long-temps; car, Vyi^9- en 1309, il se trouvait au siège d'Alméria, avec l'armée du Roi d'Aragon, et il ftit mis par ce prince à la tète du corps chargé de contenir la garnison, pendant que le Roi,