‹ Histoire du RoussillonChapitre 98 sur 241 · CHAPITRE DIXIÈHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈHE

avec le gros de l'année, marchait au de\ani des Infidèles qui venaient au secours de la place. Durant la bataille livrée le 24 août entre les Âragonais et les Grenadins, les assiégés , conduits par le fils d'un Roi Sarrasin , tentèrent une grande sortie ; mais ils fiu*ent vigoureusement repoussés par Ferdinand , qui tua leur chef de sa prq>re main. Ce prince était de retour en Sicile avant 1514; et, dans la guerre qui eut lieu cette année entre le Roi de Naples, son beau-frère, et Frédéric de Sicile, son cousin, il combattit pour ce dernier, dont il avait toujours suivi les drapeaux : mais il ne négligea rien pour rétablir entre eux la bonne intelligence , que ses propres intérêts lui rendaient si nécessaire. Ayant enfin réussi k leur faire <;onclure une trêve le 17 décembre 1514, il s'occupa des moyens de foire valoir, par les armes , les droits d'Isabelle d'Âdria, sa femme, héritière de la Baronnie de Hatagrifo , en Grèce , et ayant des titres fondés à la possession de la Morée. Tandis qu'il faisait des préparatifs pour une expédition, Isabelle accoucha, a Catane, en Sicile, au mois d'avril 1515, d'un fils, qu'on nomma ^^^^' Jacques , et que nous verrons , dans la suite , hériter du Royaume de Majorque : Isabelle mourut un mois après ses couches. Ferdinand envoya à Esclarmonde, sa mère, qui se trouvait au château de Perpignan, l'enfknt nouveau-né, sous la conduite de l'historien Muntaner, et partit pour la Morée , à la tête d'un corps nombreux d'infanterie et de cinq cents cavaliers. Il débarqua à deux milles de Clarence ; défit une troupe considérable de cavalerie , qui voulait s'opposer à la descente; prit Clarence , et emporta le château de Belver, l'un des plus forts que l'on connût, suivant Muntaner. Avec l'aide des Catalans établis dans le Duché d'Athènes, il se rendit*maitre d'une partie de la Morée, et s'v maria avec une cousine du Roi

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de Chypre, dont il eut un fils, appelé Ferdinand. Hais, l'année suÎTante, Louis de Bourgogne, son compétiteur, ayant débarqué ï la tète de forces considérables pour lui en disputer la conquête , il se vit abandonné par la plupart des Seigneurs du pays, qui l'avaient d'abord reconnu. Ferdinand ne se laisse point abattre par ces défections, ni par le découragement et la mauvaise volonté de quel* ques^uns des siens. Il sort de Clarence a la tète d'un faible détachement, pour observer la marche de l'ennemi ; et, croyant avoir trouvé une occasion favorable, il l'attaque le 5 juillet i5i6; mais, trahi par les uns, mal secondé par les autres, il pénètre dans les rangs des Bourguignons, et y trouve la mort avec un petit nombre de braves qui l'ont suivi. Sa tète, présentée k la garnison de Clarence, achève de démoraliser ces hommes, qui, travaillés par les menées de quelques traîtres, consentirent, contre l'avi» des plus fidèles, k rendre la place et les châteaux voisins. Ainsi périt, victime d'une trame dont les détails n'ont jamais été bien connus, malgré l'enquête faite dans la suite , un prince , dont les ennemis mêmes admirèrent la valeur et plaignirent la destinée. Il égala par son courage et ses exploits les plus illustres de ses ancêtres, et les surpassa tous par ses vertus. Né à Perpignan , vers Tan 1280, son corps y fut transporté et enseveli dans l'église 4316. des Dominicains, le â novembre 1S16, et non en 1318, comme le portent certains auteurs.

On lit dans Muntaner, avec le plus vif intérêt, cet épisode de sa chronique. Chargé d'un précieux &rdeau, qui lui est plus cher que la vie, le vieux guerrier, le héros de Gallipoli, qui tant de fois brava la mort dans les combats, ému de l'importance de sa mission, déploie la plus touchante sollicitude pendant quatre-vingt-onze jours de navigation. Averti du voisinage de quatre galères, qui

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