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CHAPITRE DIXIÈME

croisent pour enlever l'In&nt, en butte au tempêtes, qui engloutissent sept Utiments autour de lui, privé du secours des nourrices, attaquées du mal de mer, il porte Tenfiint dans ses bras, la nuit et le jour; il le presse, le réchauffe contre son cœur. Débarqué k Salou, près de Tarragone, l'Infant fut transporté en litière, au milieu des démonstrations de respect et de joie des populations, jusqu'à Perpignan , où le fidèle serviteur eut le bonheur de remettre Reniant royal, avec les solennelles formalités qu'exigeait la reconnaissance de sop identité , aux deux Reines, Esclarmonde, sa grand'mère, et Marie d'Anjou, sa tante.

Tandis que son frère combattait et mourait sur une terre étrangère, Sancho ne songeait qu'à maintenir la paix dans son petit État. En 1320, le Vicomte de Nai^ bonne Âmalrie, s'était ligué avec Jazbert de Castelnou, Arnaud de Corsavi et Bernard de So , pour faire la guerre k Pierre de Fenonillet, vicomte d'IUe, soutenu par Guillaume de Canet. Sancho, leur Souverain, s'empressa d'intervenir, et réussit à leur faire consentir une trêve de six mois. C'était déjà beaucoup; le pape Jean XXII fit le reste par une buUe datée d'Avignon, le 18 sep* tembre 1320, dans laquelle il ordonna à ces Seigneurs de prolonger cette trêve, avec menaces de les excommunier et de jeter l'interdit sur leurs terres, s'ils n'obéissaient à ses injonctions. Le bon roi Sancho , non moins désireux de prévenir les procès entre particuliers, que les guerres entre Seigneurs, avait rendu, à Majorque, le 6 des nones de mars 13S0, une ordonnance très sage 4520. au sujet des dettes qui , dans les anciens contrats foits en Roussillon, avaient été souvent spécifiées en marcs d'argent, quoique le prêt eût été fait en monnaie courante. Chacun voulait attribuer au marc celle de ses

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valeurs, ancienne ou actuelle, qui était la plus favorable a ses intérêts. Il régla, par cette ordonnance, que, lorsqu'on pourrait prouver par des écrits ou par témoins que la somme avait été réellement comptée en marcs d'argent, on serait tenu de rendre en nature le même nombre de marcs; que, dans le cas contraire, on rendrait cinquante sols de Barcelone par marc, si l'on avait payé en monnaie de Barcelone; et que Ton y ajouterait la plus value de la monnaie de Melgueil , si la somme avait été comptée en argent de cette eipèce.

Malgré son amour de la paix, Sancho se trouva, comme vassal du Roi d'Aragon, obligé de prendre part k la guerre qu'entreprit ce prince pour enlever la Sardaigne aux Pisans. L'Aragonais craignait que, se laissant aller aux suggestions des Seigneurs français admis k sa Cour, le Roi de Majorque ne lui refiisàt ses services dans cette circonstance; aussi lui fit-il pressentir qu'il les lui demanderait, bien déter^ miné a ne pas souffrir un refus. Sancho, ennemi de toute discussion, et préférant pour ses États une guerre éloignée, où il ne serait qu'auxiliaire, k celle dont le menaçait son Suzerain, le fit assurer, par Guillaume de Canet et par Saint-Jfust, son trésorier, qu'il se rendrait aux Certes de Catalogne. Ces Cortés se tinrent k Girone; et Sancho, imitant l'exemple des Catalans, qui avaient tout accordé k leur Roi, lui offrit de le seconder avec vingt galères, dont il paierait l'entretien pendant quatre mois. Les deux Rois s'occupèrent de la réconciliation de deux Seigneurs roussilonnais, Guillaume de Canet et Raymond de Périllos. Ce dernier se reconnut vassal de l'autre, et prit part k l'expé* dition de Sardaigne, avec plusieurs Chevaliers de la province. De ce nombre fut Dalmau de Castelnou, dont nous avons déjà parlé. Cet intrépide guerrier y périt. L'expédition eut lieu en 1523, sous les ordres d'Alphonse, fils

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du Roi d'Aragon. Les galères du Roussiilon et de Majorque y servirent avec distinction ; on en perdit une qui , s'approchant trop de la côte, au moment du débarquement, toucha le fond et s'entrouvrit. Alphonse, peu reconnaissant des services rendus par l'escadre majorcaine, s'empara de l'argent envoyé par Sancho pour la payer. A cette nouvelle, les équipages se soulevèrent, menaçant d'abandonner un prince aussi injuste k leur égard. Ce ne fut qu'avec la plus grande peine qu'il parvint à les calmer et les retenir. Sancho n'assista point en personne à cette expédition, qui, commencée en 13S3, n'était pas ter- 4525.

minée en 1324. Le 5 des calendes de mai de cette année, ce Roi posa la première pierre de la cathédrale actuelle de Saint-Jean de Perpignan. Il mourut le 4 septembre suivant à Formiguères, dans le Capcir, où il avait passé l'élé pour se soustraire aux chaleurs extraordinsdres qui régnèrent. Il ne laissa point d'enfants de Marie, fille de Charles II , roi de Naples, qu'il avait épousée k CoUioure en 1304. Nous avons vu que son frère Ferdinand avait eu deux Als, Jacques et Ferdinand : le premier, de son mariage avec Isabelle d'Adria; le second, de la nièce du Roi de Chypre. Sancho fit héritier de tous ses États son neveu Jacques, lui substituant Ferdinand, et k celui-ci le Roi d'Aragon. Il donna pour tuteur k ses neveux le plus jeune de ses frères, Philippe, chanoine et trésorier de Saint-Martin de Tours. Sa veuve avait épousé Jacques d'Exérica avant le 27 janvier 1336, jour oii, k sa requête, le tuteur, du jeune Roi ordonna qu'on lui payât tous les ans , sur le produit de la leude de CoUioure, la somme de deux mille cinq cent cinquante-cinq livres barcelonaises, pour l'intérêt de dix mille marcs d'ai^ent, qui, k soixantetreize sols le marc, faisaient trente-six mille cinq cents livres barcelonaises, montant de sa dot et de son douaire.

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Le testament de Sandio n'étsdt nullement du gofrt du monarque aragonais, qui prétendait être le véritable héritier en vertu de la substitution faite par Jacques-le- Conquérant. Pour examiner la validité de ses droits, il convoqua une assemblée à Lérida , et donna ordre k son fils Alphonse de se saisir de Perpignan. L'assemblée jugeant apparemment ses prétentions peu fondées , et ne voulant pas prononcer de peur de i\n déplaire, se sépara sans rien décider. En effet , si le titre invoqué de* vait exdnre le jeune Roi de la succession de son oncle, il aurait dû précédemment exclure le Roi d'Aragon de la succession de son firëre Alphonse. Pour conjurer Forage, Philippe , oncle et tuteur du Roi de Majorque , crut devoir aller trouver le Roi d'Aragon k Saragosse , et réussit, après plusieurs conférences, k le convaioere de la légitimité des droits du mineur. Dans une transaction du 4525. 25 septembre 132S, le Roi d'Aragon renonça^ en feveur de son jeune parent et de ses descendants , à ses prétendus droits. Philippe, de son cdté, renonça, au nom de son neveu, k une somme de vingt-cinq mille florins que le roi Sancho avait prêtée k l'Aragonais. Il convint, en outre, que son pupille irait lui prêter foi et hommage, et l'on arrêta le mariage du jeune Roi avec Constance , fille de l'Infant Don Alphonse. Comme il ne pouvait encore avoir lieu vu l'âge des fiancés , on se donna réciproquement des chkteaux en gage : Philippe remit celui de Quérol en Cerdagne. L'observation du traité ftit jurée par le Roi, son fife Alphonse, l'Infant Don Miilippe, et par plusieurs Seigneurs dont le seul Roussillonnais était Aymar de Mosset. Les Syndics de Majorque et de Puycerda la jurèrent aussi; ceux de Perpignan ne prirent aucune part k cette affaire, k cause des troubles survenus en Roussillon, dont les habitants, au moment même où

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