CHAPITRE DIXIÈME
hérétiques, que de la sévérité du gouvernement. Aussi n'y prirent-ils les armes, comme dans la Catalogne, que pour défendre leurs châteaux contre l'animosité populaire : ils ne résistèrent jamais aux ordres du Roi. On les avait déjà tous arrêtés, lorsque, dans la seconde session du Concile général de Vienne, le 3 avril 1 31 2 , le Pape prononça 4 3 « 2 la dissolution de l'Ordre. Un Concile, convoqué et présidé par l'Archevêque de Tarragone, jugea les Templiers des États d'Aragon : la plupart tarent déclarés innocents. Quelques-uns, reconnus coupables, se rétractèrent, et furent soumis à une pénitence canonique. On assigna une petite partie des biens de ces malheureux, pour fournir à leur subsistance pendant leur vie. Dans le Diocèse d'Elne, l'évêque Raymond Costa commença l'information contre ces Chevaliers en 1309 et la termina en 1310. Vingt-cinq témoins furent entendus, et tous soutinrent avec fermeté l'innocence de l'Ordre. En septembre 1315, l'Archevêque de Narbonne, convoquant un Concile provincial , y appela Guillaume, évêque d'Elne, avec ordre d'amener les Templiers encore détenus. L'Evéque étant absent, ses Grands- Vicaires se présentèrent à Perpignan , devant le Roi , au commencement d'octobre, pour lui faire part des ordres qu'ils venaient de recevoir. Le Roi leur fit répondre, par Guillaume de Canet, son lieutenant, que, chargé de la garde de ces Templiers par le pape Clément V, mort récemment, il no pçuvait les remettre sans un ordre du Pape futur. Jean XXII, élu en 1316, le donna. On ne trouva pas un seul Templier coupable dans tout le ressort de l'Archevêché de Narbonne. On avait, en général, disposé des domaines des Templiers en faveur de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ; mais sur les représentations des Rois de Castille , d'Aragon , de Portugal et de Majorque, on ajourna cette décision, en ce qui concernait
18i HISTOIRE DU ROUSSILLON.
leurs États. Ces princes insistaient fort sur la nécessité où ils se trouvaient de défendre leurs frontières contre les Infidèles ; le Roi d'Aragon demandait qu'on employât ces biens pour doter un Ordre qui , à l'instar de celai de Calatrava , fût constamment occupé à taire la guerre aux Mahométans. Il offrit la ville de Montèze, dans le Royaume de Valence, pour chef-lieu du nouvel Ordre. Cette affaire ne fut terminée qu'en 1322, par le pape Jean XXII. Ce Pontife ordonna que toutes les propriétés des Templiers et des Hospitaliers, dans le Royaume de Valence, à l'exception de ce que ces derniers possédaient dans le territoire de la capitale, serviraient à doter l'Ordre de Montèze, et que celui de Saint-Jean de Jérusalem recevrait tout ce que les Templiers possédaient dans les autres provinces aragonaises.
Le roi Jacques de Majorque étant mort dans son île, 43H. très probablement vers la fin de juin 1311, ne vit point terminer l'affaire des Templiers. Il avait eu d'Esclannonde de Foix quatre fils et deux filles. L'aîné, du même nom que lui, étant prisonnier du Roi d'Aragon, avait pris la résolution d'embrasser la Règle de Saint- François, ce qu'il exécuta en 1302; Sancho, le second, succéda a son père ; Ferdinand était le troisième ; Philippe, le quatrième, d'abord trésorier de Saint-Martin de Tours, ensuite Chanoine d'Elne, finit ses jours dans le tiers Ordre de Saint- François, et prit une part très active aux querelles qui, dans ce siècle, s'élevèrent au sein de cette Congrégation sur l'observance de la Règle. Les filles de Jacques Ier de Majorque furent : Sancie, l'une des meilleures princesses de son temps, mariée en 1304 a Robert, roi de Naples, et Isabelle, épouse de Jean-Manuel, Infant de Castille.
Sancho se trouvait auprès de son père lorsqu'il mourut : on le voit, le 4 juillet 1311, confirmer les privilèges de