‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 168 sur 282 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

parlé des confiscations faites sur les Roussillonnais restés au service du roi Jean , avec lequel Louis XI n'était pas encore en état de guerre ouverte. Lorsqu'elle fut déclarée, le pays souffrit beaucoup des exactions des deux partis; mais surtout en 1474, où Louis XI occupa son armée, pendant tout le mois de juin, à brûler les récoltes au moment d'être moissonnées, à couper les oliviers, à arracher les vignes. Perpignan capitula le 10 mars 1475; mais les articles de la convention furent si mal observés, que, quoiqu'il y fût stipulé que les habitants qui se retireraient avec la garnison aragonaise, auraient quatre années pour vendre leurs biens, Louis, par lettres-patentes datées de Paris le 6 avril suivant , donnait ceux de Jean Blanca, qui se trouvait dans cette catégorie , à Duchesnoi , commandant de Salses. Durant l'occupation française, on trouve très peu d'actes relatifs aux esclaves, si nombreux dans la période précédente. On doit l'attribuer à la misère extrême du pays, et à l'interruption de son commerce avec le Levant.

Notre industrie se releva sous le gouvernement plus doux de Charles VIII. Si nos manufactures n'étaient plus ce qu'elles avaient été quant à la quantité de leurs produits, les draps de Perpignan restaient toujours d'une qualité supérieure; on continuait d'y cultiver le pastel, les chardons et la garance. La dime des deux premiers objets, dans le petit territoire de Saint-Jean de Perpignan, s'élevait à neuf livres , cinq sous de rente. Les arts y étaient en honneur : il y avait plusieurs libraires, relieurs et enlumineurs, qui travaillèrent probablement à ce Missel curieux qu'on voit à PHôtel-de- Ville. Fait au commencement du xve siècle, ce Missel coûta 179 livres de Perpignan, dont 54 livres pour l'écriture, qui fut l'ouvrage d'un prêtre de Saint-Jean; le reste, ptfur les images, l'cnlu-

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minure , la reliure , le parchemin , les fermoirs , le fourreau en velours. (Âppend., n° 17.)

Déjà , dès 1462 , le Chapitre et la Communauté de Saint- Jean, possédaient une bibliothèque, dont on ne prétait la clef que sur la recommandation de deux membres du Chapitre ou de la Communauté , et sons le serment d'en avoir le plus grand soin , et de ne pas laisser seuls les étrangers qui viendraient la visiter. En 1481, on voyait une autre bibliothèque au couvent de la Passion , Ordre de Saint-François.

Nous allons examiner, comme nous l'avons annoncé plus haut, les deux questions suivantes : Les Roussillonnais ont-ils été rebelles à Louis XI? D. Bernard d'Omt a-t-il été plus coupable qu'eux? Pour les résoudre, établissons d'abord, avec exactitude, la position de ce peuple à l'égard du Roi de France. Ce Prince et le Roi d'Aragon étaient liés par le traité de Saragosse , qui , s'il eût stipulé l'engagement véritable de la souveraineté des deux Comtés, était en opposition formelle aux lois du pays, et ne donnait à Louis aucun droit à l'obéissance des Roussillonnais. Les deux Rois le savaient très bien : aussi, en examinant les conditions de ce traité; en pesant les termes dont on se sert pour les exprimer, cette hypothèse est inadmissible. En effet, on engage au paiement de la dette, les revenus des Comtés avec les mêmes expressions qu'on emploie pour ceux du Royaume d'Aragon , dont personne n'a jamais prétendu que la souveraineté fût engagée. A la vérité, les revenus des Comtés, spécialement destinés k servir les intérêts de la dette, seront comptés au Roi de France; mais par qui ? par les Procureurs royaux du Roi d'Aragon qui continueront d'administrer ces pays. Bien plus, ces officiers contractent une obligation personnelle , garantie par cinq des principaux Seigneurs aragonais, de délivrer

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