CHAPITRE QUiNZIÈMB
Castelmaune, après y avoir fait une brèche au moyen de la sape ; on s'empara de SaintJean-de-Barrou, de Freixa, de Vilaseca, et on poussa les Français jusqu'à Narbonne, en faisant un grand dégât dans le pays. La saison n'était pas favorable pour entreprendre le siège de cette place. Les Généraux français ayant proposé une trêve, le Duc y consentit et se replia sur Perpignan. Les négociateurs l'y suivirent, et l'on conclut, pour cinq mois, un armistice, dans lequel n'étaient pas comprises les années navales, ni celles d'Italie. Ferdinand partit pour Barcelone, laissant le commandement de ses troupes en Roussillon au marquis de Dénia, et le gouvernement de Salses à D. Dimas de Requesens; Ses Ambassadeurs en France réussirent à faire prolonger la trêve pour trois ans. Ce fut un grand bonheur pour le Roi d'Aragon , à qui la mort de la reine Isabelle, arrivée le 26 novembre 1504, suscita de grands <50î embarras en Castille. Le mariage qu'il contracta, le 18 mars 1506, avec Germaine de Foix, nièce de Louis XII, acheva d'assurer la tranquillité de ses frontières du côté de la France; et cette paix permit à plusieurs guerriers du Roussillon d'aller combattre au loin pour les intérêts et la gloire de l'Espagne. C'est ainsi qu'en 1511, on voit D. Bérenger et D. Jean d'Oms, l'un commandant quelques galères, l'autre capitaine dans les troupes de débarquement, aller au secours des Portugais enfermés dans la place de Tanger, assiégée par le Roi de Fez. La garnison, soutenue par ce renfort, fit une sortie vigoureuse, dont le résultat fut la levée du siège par les Maures. Ce même Bérenger commandait, en 1516, la flotte qui porta auprès d'Alger l'armée de D. Diego de Vera. Ayant ramené en Espagne les restes de cette malheureuse expédition, il battit * l'année suivante., une escadre barbaresque, et lui prit quatre galères. Les conquêtes de Ferdinand sur les
côtes d'Afrique, avaient été fort avantageuses au commerce de la Catalogne et du Roussillon; car, k la demande des
*3io. Cortés, en 1510, ces provinces avaient obtenu le droit de commercer librement avec Alger, Tunis, Tripoli et Bougie. Le Bras ecclésiastique, dans ces mêmes Cortés de 1510, obtint de Ferdinand que le Clergé du Roussillon, quoique ne faisant point partie de la province de Tarragoee, jouirait des mêmes droits et immunités que celui de h Catalogne. Sous le règne de ce Prince, nous trouvons la première ordonnance où il soit question de Bohémiens en Roussillon. Elle fut rendue en 1512 par Germaine de Foix, Lieutenante-Générale du Roi son mari : cette ordonnance les bannit de la Principauté de Catalogne et da Comté de Roussillon , les condamnant k être fastigés sUs y rentraient. Ils y sont désignés sous les noms de Grecs ou d'Égyptiens. Il ne parait pas qu'elle ait produit « grand effet ; car on trouve, dans la suite, plusieurs autres ordonnances rendues contr'eux par Charles -Quint et Philippe II.
ni G. Ferdinand-le-Catholique était mort le 23 janvier 1516;
le Cardinal de Ximenés, à qui il avait confié la régence du Royaume de Castille, mourut le 8 novembre 1517, peu après l'arrivée de Charles-Quint en Espagne. Tous les germes de division que l'habileté du Roi d'Aragon ou la fermeté du Cardinal avaient empêché de se développer durant leur administration , éclatèrent au commencement du règne d'un prince jeune, entouré de Ministres, que leur qualité d'étrangers rendait odieux ou suspects. L'Ile de Majorque et le Royaume de Valence furent, toutefois, les seules provinces des États d'Aragon où éclats la guerre civile. La position du Roussillon inspirait quelques crantes, sa population étant en partie d'origine française. Les gens de guerre chargés de sa défense s'étaient retirés chez