‹ Histoire du Roussillon, publ. et augmentée de quelques nouveaux documents historiques par leChapitre 183 sur 282 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

Le voyage de Charles-Quint ne calma point la mésintelligence qui commençait à régner entre les habitants de Perpignan et la garnison espagnole; elle s'accrut k tel point que, le 8 juin 1539, Louis de Beaumont, capitaine- 4539. général des Comtés, fit jouer l'artillerie de la citadelle contre les maisons de la ville. Un acte aussi violent, et qui, sans doute, ne fut pas conseillé par une justice impartiale, n'empêcha pas que le 1er mars 1540 il n'y eût une rixe nouvelle , qu'il chercha à apaiser par le même moyen : le canon abattit le clocher de la Real.

Jusqu'en A 542, les guerres occasionnées par la rivalité de François Ier et de Charles-Quint, ne produisirent sur nos frontières que des incursions fâcheuses, mais sans résultat. Le Roi de France tenant fort à ses droits sur le Milanais, avait presque toujours dirigé vers l'Italie le plus grand effort de ses armes. Ses vues changèrent alors ; et le Roussillon , regardé comme la partie la plus vulnérable de l'Espagne, devint le, principal théâtre de la guerre. D'après l'avis de Montpezat, son lieutenantgénéral en Languedoc, il résolut d'assiéger Perpignan, que cet officier assurait être en fort mauvais état et mal pourvu d'artillerie et de munitions de toute espèce. Montpezat était bien informé, si l'on doit juger de l'état" de la capitale, par celui où se trouvaient, vers cette époque, Puycerda* Carol et la Tour-Cerdane. Nos archives nous apprennent (Cari. R.) que N. d'Altarriba, gentilhomme du pays, à qui ces places étaient confiées, se plaignait en 1536, au Capitaine-Général et à un Inspecteur, que toutes ces forteresses tombaient en ruines; qu'il n'avait pour h garde de chacune d'elles, que vingt soldats, qui n'étaient pas payés depuis huit ans; qu'il s'épuisait en efforts impuissants pour les soutenir, et en réclamations restées toujours sans réponse, quoique ces places fussent

constamment menacées par les Français des pays de Foii et de Sault.

Une entreprise telle que le siège de Perpignan, exigeait de grands préparatifs : l'armée commandée par le ayant sous lui le Maréchal d'Annebant et Montpezat, de quarante mille hommes de pied, deux mille hommes d'armes et autant de chevau-légers , faisant en tout cinquante-huit mille hommes; car alors on en comptait bot par chaque homme d'armes : elle traînait à sa suite soixante pièces de canon. Un mouvement de troupes aussi nombreuses ne pouvait s'opérer promptement , ni échapper ï des hommes tels que du Guast et André Doria. Ds s'empressèrent d'en informer Charles-Quint; et l'Amiral, se doutant pas que Perpignan était menacé, ordonna à son neveu Jeanetin Doria , qui commandait une escadre m les côtes de Catalogne, de se hâter de pourvoir cette place de toutes les munitions nécessaires pour soutenir un siège. On y conduisit les douze pièces de canon portant chacune le nom d'un Apôtre, que Barcelone venait de faire fondre pour les offrir a l'Empereur. De son côté, le fameux Duc d'Albe, capitaine-général de la Catalogne, ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer k la défense de Perpignan, qu'il confia a Jean d'Acuna. Profitant de la lenteur des mouvements de l'armée française, il fit filer en Roussillon deux mille Castillans et dix enseignes de Catalans ou Roussillonnais , s'élevant à trois mille bat cents hommes, commandés : les Catalans, par le Vicomte de Rocaberti , Don Gui Maça , Don Bernard de Pinor, le Baron de Llagostera , Mossen Vilanova, Alero de Madrigal et Louis de Cardone; les Roussillonnais, par Charte d'Oms, gouverneur des Comtés, Don Bernard Albert et Mossen Vidal-Grimau. Le Duc porta ces Catalans et Rowsillonnais dans les montagnes au nord de la province, les

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