CHAPITRE QUINZIEME
faisant soutenir par un corps de cavalerie formé par la noblesse et les principaux habitants du pays, dont très peu se dispensèrent de servir dans une circonstance aussi importante. Il «leur recommanda d'observer les Français sans se compromettre, et de se replier sur la ville, k l'approche de forces imposantes, pour renforcer la garnison. Il mit sur pied la milice bourgeoise, créée par Jean II, confirmée par Ferdinand en 1503, et par Charles- Quint en 1525 : cette milice rendit dans cette occasion de grands services sous les ordres du premier Consul, Galdéric Font. De plus, huit mille citoyens : prêtres, moines, pères de famille, femmes et enfants, furent d'un grand secours dans tous les travaux de démolition et de construction exigés pour la défense. On détruisit d'abord un couvent de Clarisses, qui, situé hors la ville et à proximité du château, pouvait être utile aux assiégeants. On démolit ensuite l'église de Notre-Dame-du-Pont et un couvent, qui se trouvaient entre le pont de Pierre et la porte Notre-Dame.
Enfin, le 3 août, l'armée française entra en Roussillon par Estagel , qu'elle prit sans coup-férir. La nuit suivante, une autre colonne, où se trouvaient les Italiens, entra dans la Salanque par le grau de Leucate. Les colonnes françaises s'arrêtèrent quelques jours, ne s'occupant qu'à faire arriver l'artillerie et les convois, et s'emparant de tous les lieux compris entre la frontière et la capitale. Ils n'y trouvèrent d'autre résistance que celle que leur opposèrent quelques malheureux paysans , qui , prenant leurs clochers pour des places fortes, s'y retranchèrent et cherchèrent a s'y défendre, pour leur malheur et celui de leurs villages. Les Français, maîtres de tout le pays jusqu'à la Tet, établissent un camp en avant de Pia et de Bonpas; passent la rivière vers Sle-Marie et Villelongue,
et occupent fortement les hauteurs de GasteU-Rossdki. Ils restèrent plusieurs jours dans cette position , faisant filer des troupes sur le Tech et le long de la mer, pour couper k la ville de Perpignan toute communication avec l'Espagne. Il ne restait plus k cette Puissance que les places de Salses, Elne, Collioure et Perpignan: le siège de cette dernière commença le 23 août. Les troupes de Pia et Bonpas, pour attirer de leur côté l'attention des assiégés, firent ce jour-la une grande démonstration de forces vers le pont de Pierre et la rite gauche de la rivière, en aval. Il en résulta une vive escarmouche dans le lit et sur les bords de ce torrent, où l'artillerie du Gas» tillet et celle du bastion Saint-Lazare, qui couvrait le pont, firent éprouver quelque perte aux assiégeants. Le soir même, un gros corps, venant de Castell-Rossellô, déboucha par les chemins d'Elne et de Cabestany. On ouvrit la tranchée dans cette partie; et, malgré le feu de la place, qui tua beaucoup de monde , on ne cessa d'y travailler nuit et jour. Aussi, dès le 29 août, l'assiégeant parvint à démasquer une batterie de trente pièces, où se trouvait une coulevrine de 75 livres de balles. Quoique cette énorme pièce ne pût tirer que quelques coups, sous la protection du feu des autres, les Français ne cessaient d'avancer leurs travaux; et le 1er septembre, ils avaient construit, vis-à-vis la porte d'Elne, une nouvelle batterie qui n'était plus qu'à un jet de pierre des remparts. Cette situation , menaçante également pour la citadelle, jeta la consternation parmi les assiégés, qui, naguères, se moquaient des Français, en les comparant à des taupes. On ne pouvait être délivré de cette batterie que par on coup de main hardi : il fut tenté. Deux capitaines castillans, Mortxura et ttesserro, descendent vers le soir dans les lusses, par la fausse porte de la citadelle, suivis de