CHAPITRE DIX SEPTIÈME
Nous avons vu un manuscrit, où Ton donne ce petit château pour logement au Roi de Navarre, venu a Perpignan pour y faire une visite au pape Benoit XIII, en 1408. Il n'existait pas en 1568, et la porte Notre-Dame était située entre deux tours, qui la défendaient. Ces tours furent, h cette époque, réparées et exhaussées, peut-être même réunies par une galerie, construite au-dessus de la porte. Bosch nous apprend que le Duc d'Albe se servit, en 1542, des démolitions d'une église et d'un couvent, pour construire le petit bastion qui couvre le Castillet. Le siège que soutint la ville de Perpignan, cette année, fit sentir à Charles-Quint la nécessité d'ajouter à ses fortifications une citadelle. Il se détermina à englober le château dans la nouvelle forteresse. Son établissement nécessita la démolition d'environ cinq cents maisons : ce sacrifice eût été fort sensible. pour la ville, si la population , qui avait fort diminué pendant les guerres de Louis XI, n'eût continué a décroître. Un Évéque d'Elne, nous dit, dans un acte dressé en 1552, que la population n'était que la moitié de ce qu'elle avait été. La ville continua a déchoir, comme nous l'apprend le docteur Oliba , dans un écrit imprimé en 1600. Cette décadence fournit à divers Ordres religieux l'occasion d'acheter de vastes terrains, pour fonder des couvents : c'est ainsi que les Augustins et les religieuses de Sainte-Claire, qui, lors du siège de 1542, avaient vu détruire leurs maisons, situées hors des murs et a proximité de la ville, vinrent, peu de temps après, s'établir dans son enceinte. Les Minimes, en 1574; les Carmes déchaussés, en 1589, bâtirent leurs couvents sur des terrains abandonnés par les fabricants de drap1.
l Ajoutons ici, pour classer l'ordre des principaux établissements religieux qui existaient à Perpignan, que les Capucins bâtirent leur couvent, aux Tanneries, en 1580 , el les Jésuite*, au rentre de la ville, en 1000.
Le chapitre 14 des Constitutions faites aux Cortés de Barcelone en 1599, prouve que ces manufactures étaient fort tombées k cette époque; et les plaintes portées par la ville de Perpignan au roi Philippe II, en 1385, nous font connaître que certains abus, s 'étant glissés dans la perception des droits sur les fers, en avaient fort gêné la circulation , et qu'en même temps, l'introduction dans la province du mauvais fer fabriqué dans quelques forges nouvellement établies en Languedoc, notamment k Gincla. fer que l'on vendait ensuite mêlé à celui du pays, avait tellement discrédité ce dernier, qu'on ne venait plus le chercher comme auparavant. Quoique le Roi, dans son ordonnance du 15 novembre de cette année, eût adopté, pour remédier au mal, les expédients proposés par la ville, il ne parait pas que l'état des choses eût changé. La perte de son commerce ne fut pas le seul malheur qu'éprouva Perpignan dans le cours du xvie siècle. Par la réunion de l'Aragon à la Castille, par son éloignement du cintre de la Monarchie, son importance relative diminua. Il ne défendait plus la partie la plus vulnérable de la frontière. Les Souverains de l'Espagne négligèrent une ville, dont les habitants, depuis la longue occupation française, n'étaient pas regardés comme ayant pour eux le même dévoùment qu'ils avaient eu pour les Rois d'Aragon. Les changements de domination , et les malheurs du temps, n'empêchèrent point les Pcrpignanais de continuer les travaux entrepris, en 1524, pour la construction de l'église de Saint-Jean : on y consacrait les aumônes des fidèles, les largesses des Rois et des Princes, même étrangers, ainsi que les revenus des bénéfices vacants. Un avait commencé on 1 iii les arceaux devant porter b voûte, qui ne fut terminée qu'en 1495; la clef, au point de réunion de tous ces arceaux, est ornée de lëcu de