DÉCADENCE DU COMMERCE ROUSSILLONNAIS
Si pendant un demi siècle après la conquête, on voyait N° 2« , des Roussillonnais , et particulièrement les nobles et les (p<w 4*»commerçants, manifester des regrets de la réunion de cette province à la France, on doit, indépendamment de l'affection naturelle d'un peuple à la mère patrie , l'attribuer à la lésion qu'éprouvèrent ces deux classes dans leurs intérêts. Les premiers, qui n'avaient point perdu le souvenir du gouvernement despotique de Louis XI , et des mauvais traitements qu'ils durent subir sous la domination d'un Prince dont la mémoire était en horreur parmi * eux f , étaient déchus de la haute position que leur avaient valu d'anciens services et des privilèges que ne maintiendrait point leur nouveau maître. La suppression des droits d'entrée sur les marchandises françaises, exposa les seconds à une fatale concurrence. Prenons pour exemple la principale industrie : les lainages. Déjà, sous l'occupation temporaire de Louis XI, qui bouleversa le pays, cette branche de commerce avait considérablement souffert ; car,
1 Cette impression existe encore, et se manifeste dans toot ce qui peut rappeler la mémoire de ce Prince.
la France absorbait jusqu'au monopole des transports. Aussi, le nombre de tisserands qui, en 1552, s'élevait à trois cent quarante-neuf à Perpignan , descendit alors à cent douze. A la vérité, Charles VIII répara, autant qu'il fut en lui , le mal que son père avait fait au Roussillon , traité en pays conquis; mais dans l'espace de trente ans (de 1462 k 1495) cetteimportante industrie avait fortement décliné. Le mouvement continua, malgré les mesures prises par les Rois d'Aragon pour revivifier la fabrication. Les étoffes étrangères abondèrent ; et quand on tenta de les proscrire, on usa de représailles. Les maîtres les plus habiles émigrèrent à Florence , à Gênes. Le traité des Pyrénées porta le dernier coup aux fabriques roussillonnaises : il y eut débordement de la draperie languedocienne, tandis que la nôtre perdait sans retour le débouché catalan. Nos derniers ouvriers furent s'engager à Carcassonne, Lavaur, Castres, etc. Il en fut de même de la plupart de nos autres produits industriels.
Sous le rapport politique, le Roussillon, jadis pays d'Etat, devint pays soumis au régime des ordonnances. L'incorporation à la Puissance aragonaise lui avait valu la commune et ses libertés ; la réunion , a la France , le frustra de la représentation provinciale, et le livra à la prévôté d'un Intendant.