‹ Histoire du royaume de QuitoChapitre 14 sur 29 · il demanda à se confesser, mais il expira · texte numérisé non relu

il demanda à se confesser, mais il expira

avant que personne l'eut entendu; on n'osa pas s'approcher de son corps par crainte des vainqueurs. A la nouvelle de la mort dePizarro, qui s'était répandue même avant qu'il eût succombé y tous les conjurés étaient accourus^ et profitant de la consternation qui régnait dans la ville , ils firent monter Don Diego à cheval , et le promenèrent en triomphe en disant à haute voix qu'il n'y avait aii Pérou d'autre gouverneur ni d'autre maître que lui. Celui-ci se comporta avec générosité, ne voulant pas tl^ucher aux immenses richesses du défunt, et encore moins tremper ses maine dans le sang innocent de ses jeunes enfants* Mais les conjurés, pour satisfaire leur soif de vengeance, saccagèrent le palais et les maisons de tous les amis du marquis.

9. Ils condamnèrent à mort tous les officiers, tous les juges, et les autres personnes qui ne voulurent pas reconnaître Don Diego et lui jurer obéissance; beaucoup de membres du gouvernement et les officiers royaux

se soumirent en attendant que le roi en eut autrement disposé. Juan de Rada^ qui commandait et dirigeait tout , se délivra de tous les obstacles qui pouvaient s opposer à l'établissetnentdu nouveau gouvernement. Don Diego Je fit général de ses armées, et envoya de tous côtés l'ordre de le reconnaître comme tel. On ne connaissait point le résultat de cette alSaire À Lima lors du départ de ceux qui étaient •venus à Popayan annoncer cette nouvelle à Gonzalo Pizarro.

40. (1541.) Vaca de Castro, en apprenant ce qui s'était passé, se fit reconnaître, non comme juge-commissaire, mais comme gouverneur du Pérou et successeur de Pizarro , suivant les instructions et les ordres qu'il apportait de la cour ; d'autant plus qu'on n'avait aucune nouvelle de Gonzalo Pizarro , et que depuis deux ans il était absent de son gouvernement de Quito ; il résolut de se rendre au pluà vite à Lima pour exhiber ses pouvoirs , tant à Don Diego de Almagro, qu'à ceux qui

étaient restes fidèles au roi. Son voyage fut long et pénible à cause dii mauvais temps. En arrivant à Quito , à la fin de 4 541 ^ il fut bien reçu . par le lieutenant-gouverneur Pedro de PuelleSy qui, dans le conseil qui se tint à son arrivée^ se soumit aux ordres du roi, et lui rendit les honneurs et l'obéissance qui lui étaient dus.

1 1 . La ville était à cette époque sans moyens de défense; car, outre les cent cinquante personnes qui avaient suivi Belalcazar, un pardil nombre était parti avec les deux caitAde Guzco pour l'expédition de Gonzalo. Enfin , on venait d'envoyer soixante -dix familles aux nouvelles colonies que formait ^^ dans la province des Pacamoros, le capitaine Juan de Salinas, par ordre de Gonzalo Pizarro^ C'était la ville de Yalladolid qui s'acheva oette année. Vaca de Castro , se voyant bien reçu à Quito , résolut de s'y arrêter quelque temps pour y prendre à loisir les mesurés qu'exigeaient les circonstances. Il écrivit en plu-

sieurs endroits du Pérou ^ faisant connaître son arrivée et les pouvoirs iwaux dont il était tievêtu , et exhortant ceux: qui étaient a la tète des provinces et des villes à reconnaître sa légitime autorité^ et à réunir des troupes pcfur^ soutenir la puissance royale contrie la r^l^ellionde Don Diego de Almagro. En attendant qu'il reçoive des réponses à ses lettres , voycHis un peu les progrès qu^a faits le parti contraire.

12% Les ordres envoyés par Don Di^o pour foire reconnaître son autorité furent obéis pstsque partout^ tant à cause de l'affection que l'on avait eue pour son père , que par la crainte que lui-même inspirait. Cependant en qudques endroits on s'y refusa formellement»

Le capitaine Alfonso de Alvarado, qui se trouvait avec cent hommes dans la province des €haehapoyas^ manifesta ouvertement sa résiatance; ceux qui gouvernaient pour Pizarro la ville de Cuzco en firent autant; Diego de Silva et Francisco de Garvajal^ qui en étaient

les alcades^ rassemblèrent des troupes^ et se préparèrent à résister. Quand ils eurent reçu lés ordres de Vaca de Castro ils sortirent à la tète de leurs soldats^ et allèrent se réunir à Alvarado , en passant par des chemins détournés pour n'être pas arrêtés par les troupes nombreuses qu'avait déjà réunies Don Di^o.

Ils écrivirent à Vaca de Castro pour qu'il vînt prendre le commandement de l'armée qu'ils réunissaient dans les environs de Truxillo.

Ceux qui gouvernaient San Miguel de Piura prirent le même parti , en envoyant à Quito plusieurs dépêches qu'ils avaient reçues d'Espagne.

13. Don Diego y dont l'armée était devenue très - nombreuse , s'avançait par la grande route qui conduit à Cuzco, et trouva cette ville sans soldats et les habitants en dissension. Il y entra donc sans obstacle et comme dans la capitale d'un royaume dont il aurait hérité. Il fit fabriquer beaucoup de poudre, de Tartillerie excellente, des armes de bronze

et d'argent, et donna tout ce qu'il put à ses <»pitaines et à ses soldats. Il m)t ainsi sur pied une brillante armée de sept cents hommes pour résister à Vaca de Castro s'il venait rattai|uer , et mit la ville en état de faire une vigoureuse défense.

i 4. Cependant Vaca de Castro reçut des nouvelles de San Miguel avec des dépêches qui renfermaient diverses cédules royales. L'une , en date de 1540, accordait des armoiries à la

villedeCuzco, et la déclarait capitale du Pérou; une autre, du 14 mars 1541, donnait aussi des armes à la ville de Quito; une autre, de la même date, exemptait de tout service ou de tout partage ou commanderie les villages de Cacha dans la province de Rio-Bamba, et en accordait la possession à Don Marcos Duchicela et à ses descendants ; une autre cédule enfin, dû 15 mai de la même année, érigeait en évêché la ville de Lima.

15. En recevant, dans les premiers jours d'avril 1542, les lettres de Pedro Alvarez, de

Diego de Silva, de Francisco de Carvajal et d'AIfonso de Âlvarado ^ qui l'instruisaient de» troupesqu'ils avaient réunies dans les environs de Truxillo, Vaca de Castro se disposa à partir de Quito. Il en retira le peu de soldats qui y restait^ et qui n'étaient qu'au nombre de deux cents. Il en donna le commandement au lieutenantrgouverneur Pedro deiPuelks^ qui, en l'absence de son chef, lui avait montré tant de dévouement ; et celui de la cavalerie à D. Lorenzo de Aldana, qui, après avoir posé les fondements de la ville de Fastes , l'avait accompagné à Quito. -

16. Pourvu de tout le nécessaire et siiivi d'un nombre d'Indiens suffisant pour le^ervice et les bagages, il partit de Quitalà la fin du mois d'avril 1542. Près de San ^Mi'* guel les capitaines Pedro de Vargas, Gomez de Tordoya, Ga^cilaso de la V^a, et d'autres personnages principaux se joignirent à lui; de sorte qu'il entra dans Truxillo à la tête de deux cent cinquante hommes. Il présenta au

cot'ips municipal de cette ville, ainsi qu'à rarmëe, lescédules royales, et fut reconnu pour juge et gouverneur du Pérou. Les officiers royaux déposèrent enti*e ses mains les iDfiignes dç leurs charges qu'il s'empressa de leiir rendre en ne gardant pour lui que l'étendfrd rpyal.

:47.. Il nomma Pedro de Alvares mestre de oa^l^pf et lui ordonna de s'avanqer ver^ Xauxa à 1^ tête du corps d'^^rmée. Il laissa Diego de Mc^a à Truxillo comme son lieutenant, et se rendit.en personne à Lima pour recruter plus dis monde. On lui prêta dans cet endroit, pour la solde de l'armée, cent mille pesos d'or, qu'il remboursa ensuite sur le trésor royal.

Il nomma Francisco del Barrio son lieutenant à Lima^ et, accompagné d'assez de monde, il alla rejoindre son armée qui l'attendait à Xauxa.

18. (1542.) Tandis que le nouveau gouverneur, Vaca de Castro, rassemblait des forces, Gonzalo Pizarro se dirigeait vers Quito. Je l'ai

laissé , dans le chapitre précédent , au milieu de forêts inconnues sans savoir où il était et avec quatre-vingts connipagnons ^ les seuls qui lui restassent de cette multitude de gens qu'il avait si misérablement perdus. Quand il eut fait reposer ses soldats dans ces forêts et qu'ils se furent procuré par la chasse les moyens de couvrir leur nudité , il se i^mit en marche et gagna bientôt les frontières du royaume de Quito. Ses soldats furent saisis d'une telle joie quand ils commencèrent à reconnaître le pays , qu'ils se prosternèrent et baisèrent la terre. A dater de ce moment^ les Espagnols eurent des vivres en telle abondance qu'ils eurent besoin de se contenir pour ne pas périr par l'excès de nourriture.

19. En approchant de Quito ils envoyèrent des Indiens en avant pour y annoncer leur arrivée et leur dénuement, afin qu'on leur fit passer tout ce dont ils avaient besoin. L'état de cette ville n'était guère meilleur que le leur, car elle était déserte , à cause des levées excès-

siv^s qu'avait nécessitées la guerre actuelle. On leur procura cependant des vêtements, des vivres et une douzaine de chevaux, les seuls que Vaca de Castro eut laissés. Pizarro, voyant que cela n'était pas suffisant pour tous ses compagnons, ne voulut rien prendre pour lui. Son exemple fut suivi par les principaux officiers. Les douze habitants de Quito qui lui avaient apporté ces misérables ressources, ne voulant pas les éclipser à leur entrée dans Quito, quittèrent leurs vêtements et marchèrent à pied comme eux, quoiqu'il fut facile de les distinguer, car les compagnons de Pizarro étaient brûlés par le soleil et couverts de poil comme des bêtes. Ils firent leur enti^ée au mois de juin 1 542 , sans autre bagage que leur épée rouillée et sans fourreau , et excitèrent la risée des uns , la compassion et les pleurs des autres , après avoir employé deux ans et demi à cette malheureuse expédition.

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