Les nouvelles qui attendaient Gonzalo
Fizarro à Quito étaient encore plus difficiles à supporter que les fatigues qu'il venait d'éprouver, et peu s'en fallut qu'il n'y succombât. La mort tragique de son frère Francisco Fizarro , l'oixlre de la cour qui le condamnait pour avoir fait mourir Di^o de Almagro, l'arrivée de Vaca de Castro et sa double posi* lion déjuge et de successeur du marquis, ie passage du nouveau gouverneur par Quito , qu'il avait laissée déserte et privée de tout, et san s déclarer si le roi avait laissé à 1 ui , Gonzalo, dans le dénùment d'hommes et d'argent dans lequel il se trouvait, le gouvernement que lui avait donné son frère , furent autant de coups de poignard auxquels sa forte constitution eut bien de la peine à résister.
21 . Après avoir longtemps réfléchi sur ce qu'il devait faire dans ces circonstances diffi^ ciles y il se décida à envoyer à Vaca de Castro un courrier pour lui demander la permission d'aller le trouver. Celui-ci était alors àXauica, et passait en revue son armée pour se diriger
ensuite vers Cuzco, quand il reçut, au mois d'août, la lettre de Pizarro. 11 n'osa lui accorder la permission qu'il lui demandait, craignant que , comme presque toute l'armée était encore dévouée à Francisco Pizarro, on ne le proclamât gouverneur en le voyant. Il lui répondit donc que , pour le moment , il ne pouvait pas lui accorder ce qu'il désirait, mais qu'il lui promettait de le faire appeler aussitôt qu'il aurait terminé l'entreprise qu'il com-
mençait contre Don Diego. Je vais parler des préparatifs et du succès de cette expédition.
Préparatifs de guerre et résultats de la bataille de Ghupas entre Yaca dé Castro et Diego de Almagro.
1 . J'ai laissé Don Diego de Almagro dans la ville de Guzco , qu'il avait fortifiée et pourvue de tout ee qui était nécessaire à sa défense. Son armée se composait de sept cents hommes^ dont deux cents arquebusiers, deux cent cinquante cavaliers; le reste était armé de lances, d'épées, de hallebardes et de piques; jamais ni son père ni les Pizarros n'avaient vu une armée aussi brillante et aussi bien fournie en artillerie. Il avait avec lui l'Inca Paulu , son allié, qui lui avait amené quelques troupes indiennes pou-
vant servir au moins à inquiéter Tarinëe de Castro avec leurs flèches et leurs frondes.
Son général y Juan de Rada ^ étant mort de maladie, il l'avait remplacé par Juan de Balsa, et avait choisi pour mestre de camp Pedro de Ofla. Après avoir nommé les officiers d'inâmterie, de cavalerie et d'artillerie, il sortit de la ville et s'avança en bon ordre jusqu'à Villcas.
2. Pendant qu'il était en route, Vaca de Castro passait en revue son armée qui se trouvait à Xauxa. Celui-ci avait, suivant les uns, un nombre égal de combattants,- mais, selon d'autres , il n'avait que cent soixante-dix fusiliers ; le nombre, de ses cavaliers était de trois cent cinquante. Il en donna le commandement au mestre de camp Alvares, et à Alfonso de Alvarado, à Gomez de Alvarado et à Pedro de Puelles. Il nomma d'autres officiers distingués pour l'infanterie et l'artillerie, et confia son étendard à Francisco de Carvajal.
On dut à cet ancien officier, déjà célèbre dans
le Pérou par son génie militaire et comme élève du grand capitaine en Italie , toute la direction et la sage conduite de l'armée dans cette entreprise.
3. Vaca de Castro s'avança en bon ordre de Xauxa à Guamanga. Ce fut de là qu'il envoya par deux personnes de distinction une lettre à Don Diego ^ dans laquelle il lui promettait une amnistie complète s'il consentait à mettre bas les armes ^ et à lui donner en outre dix mille Indiens qu'il choisirait là où il voudrait; mais que^ s'il persistait dans sa rébellion y il n'épargnerait aucun de ses partisans. Don Di^o lui répondit qu'il y consentirait si on lui donnait le nouveau royaume de Tolède^ toutes les mines et tous les repar^ timientos d'Indiens qu'avait possédés son père et qui lui appartenaient comme son héritier; mais que^ dans le cas contraire , il saurait maintenir ses droits par la force des armes.
4. Les capitaines de son armée et tous ses partisans se répandirent en injures contre
Vaca de Castro , et répétant à haute voix qu'il n'était envoyé que par le cardinal Loaysa , et n'avait pas de véritables pouvoirs du roi^ ils exhortèrent Don Diego à n'admettre aucune proposition , à moins que ce ne fût sous la signature du roi lui-même^ ajoutant qu'il devait se mettre en possession de son légitime héri* tage* Ces clameurs empêchèrent Don Diego de conclure un traité comme il le désirait. Il découvrit quelques espions de Vaca de Castro : on lui amena un Espagnol qui , sous l'habit d'un Indien^ portait des lettres qui excitaient ses soldats à se révolter contre lui. Irrité d'une telle trahison au moment même où on lui proposait la paix, il fit exécuter les espions en présence des deux envoyés de Vaca de Castro*, en leur reprochant cette action honteuse, et quitta Villcas à la tête de son armée pour marcher contre lui.
5. (1542.) Vaca de Castro se hâta de prendre possession d'un plateau nommé Chupas ; le 15 septembre 1542 les deux armées se trou-
vèrent en présence. Celle d'Almagro brûlait d'impatience de commencer le combat; tandis que celle de Castro paraissait hësiter. Celuici s'en aperçut y et pour l'encourager il fulmina une sentence de mort contre Don Di^o et ses adhérents. Il rangea ensuite son armée en bataille, et se disposa à l'attaque.
6. Don Di^o avait choisi une meilleure position y et son artillerie, placée sur une hauteur, dominait Tarmée de Castro; de telle sorte que, s'il eût conservé sa position, la victoire ne pouvait lui échapper ; mais son expérience n'était pas égale à sa valeur, et il n'avait dans son armée aucun officier qui , par ses talents militaires, fût comparable à ceux de l'armée de Castro.
7. Carvajal , qui comprit aussitôt l'avantage que la position de l'artillerie de l'ennemi lui donnait, chercha le moyen de lui faire abandonner le poste qu'elle occupait. Il donna à Don Alonso de Alvarado l'ordre de fiiire défiler les troupes par un ravin où les boulets
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ne pouvaient les atteindre. Don Diego s'empressa de courir de ce côté , et abandonna sa position avantageuse^ malgré l'avis d'un officier expérimenté. Le combat s'engagea, et après une lutte sanglante j le parti royal avait perdu tant de monde que la balance paraissait pencher du côté d'Almagro, quand les manœuvres habiles de Carvajal et de quelques vétérans ramenèrent la victoire sous les drapeaux de Castro.
8. Quand le jeune Don Diego vit que la bataille était perdue , il se jeta en désespéré au milieu des rangs ennemis y aimant mieux mourir que de se rendre. Il fit des actes de valeur incroyables et tua de sa main plusieurs officiers sans recevoir aucune blessure. Enfin , épuisé de fatigue y il se décida à se retirer vers GiizcOy suivi seulement de quatre des siens.
Il espérait y réparer ses pertes ; mais il fut trompé dans son attente , car les alcades auxquels il en avait confié la défense, le voyant en pleine déroute et craignant la vengeance du