Après avoir fait mention de toutes les
fondations effectuées dans les deux gouvernements séparés de Quito etdePopayan^ la plupart pendant les révolutions et les guerres civiles du Pérou, il est nécessaire de voir quel fut le résultat de la paix momentanée que Vaca de Castro avait rétablie au Pérou-
Révolte générale de toutes les provinces à la suite de nouvelles ordonnances royales promulguées par Blasco ffnûez Vêla , premier vice-roi du Pérou.
1. La paix que la mort de don Diego de Âlmagro avait rétablie dans le Pérou , fut de peu de durée. Le feu de la guerre civile s'alluma par l'ambition déréglée des conquérants éloignés de leur souverain; et sous le prétexte de s'être exposé aux fatigues et à la mort pour faire la conquête de cet empire, chacun voulut être plus que les autres , et tous oublièrent les seuls titres et droits qu'ils alléguaient eux-mêmes pour en appeler au sort des armes.
Us disaient que c'était pour le bien de ces peu-
pies barbares, et pour introduire parmi eux la religion chrétienne, qu'ils avaient entrepris ces conquêtes, et ils oublièrent entièrement le devoir et l'humanité pour sacrifier des milliers d'Indiens qu'ils considéraient moins que des bétes féroces, n'épargnant que ceux qui pouvaient leur servir de bêtes de somme.
2. Dès qu'une province était conquise , on faisait le partage des Indiens en commande- ^ies , et les commandeurs les traitaient comme de vils esclaves, en leur faisant porter les fardeaux et en les faisant travailler aux mines sans la moindre paye ni la plus légère récompense. Cette tyrannie décimait tous les jours ceux que l'intérêt avait voulu que le fer épar-* gnàt. Les clameurs des hommes. sages contre ce scandale, qui attaquait l'honneur de la nation , étaient parvenues plusieurs fois jus^ qu'au trône. L'empereur avait donné plusieurs ordres pour réprimer ces abus ; mais rien n'avait pu jusqu'alors y mettre un frein. L'évêque de Ghiapa avait travaillé sans re-
lâche à rémancipation des Indiens. Tous les religieux et toutes les personnes pieuses avaient dit à Charles-Quint qu'il ne pourrait conserver ses colonies s'il ne portait un prompt remède à tant de maux, tant pour le bien spirituel comme pour le bien temporel de ces peuples infortunés.
3. (1542.) Le monarque , ayant pris à cœur une affaire si importante , donna ordre au docteur Juan de Figueroa , auditeur du çon-' seil royal , de faire une enquête et d'interroger sous serment une foule de gouverneurs , de conquérants et de religieux qui étaient allés dans les Indes, pour bien connaître tant les mœurs et le caractère des Indiens , que la manière dont on les traitait. Il désigna des personnes d'une grande autorité, savantes et consciencieuses, pour qu'après avoir tout entendu et discuté les points les plus dou* teux, elles formassent des lois d'après lesquelles on pourrait gouverner avec justice et catholiquement, non-seulement le Pérou ,
mais encore toutes les Indes. Ces lois furent au nombre de quarante^ les unes sous le titre de Nouvelles Lois des Indes , les autres sous celui d! Ordonnances royales. L'empereur les signa à Barcelone le 20 novembrè^^ 1 542 (Gomara, Hist. gen.y c. 142).
4. Bien avant que l'empereur les signât^ et qu'il donnât ordre de les publier, on en tira plusieurs copies qui furent envoyées en Amérique par des amis et des correspondants d'Europe, et qui mirent le feu à toutes les provinces. De nombreuses copies s'en répandirent dans tous les établissements; dés lors ce ne fut pas seulement des dissensions particulières ou entre les divers partis, mais une désobéissalîce générale au souverain. Dans beaucoup d'endroits on sonna le tocsin; partout on déclarait hautement qu'on ne se soumettrait jamais à,de pareilles ordonnances. On maudissait Fr. Bartolomé de las Casas qui les avait envoyées; les hommes n'en mangeaient pas ; les femmes et les enfants pleuraient ; mais les
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Indiens se réjouissaient de la liberté qui leur était rendue ( Idem , Ibid. ).
5. Les villes s'écrivaient les unes aux au-très pour se consulter sur ce qu'elles devaient ou pouvaient faire. Les plus modérés , ou pour mieux dire les moins insolwts, furent d'avis de travailler à la révocation des lois en envoyant à l'empereur une grande quantité d'or pour les dépenses qu'avaient occasionnées ses expéditions d'Alger et de Perpignan. D'auiares ne voulaient pas supplier ni recevoir aucune de ces lois , qu'ils proclamaienik injustes et regardaient comme l'œuvre des moines. Quelques autres, appuyés sur l'avis d'hommes graves , disaient qu'elles étaient nulles et non obligatoires , parce qu'elles avaient été ftdtes sans le consentement des villes que le souverain était obligé de consulter. Ils prétmidaient donc que ce n'était pas désobéir que de refuser de se soumettre à des lois qui n'avaient pas été faites avec les formalités né^ cessaires.
6. D'autres disaient que Tcmpereur ne pouvait pas leur retirer les repartimientos et les esclaves sans leur donner une indemnité^ parce que c'était la dot avec laquelle ils s'étaient mariés ^ comme il les y avait forcés en envoyant à cet effet des armées de femmes.
Il y en avait aussi qui faisaient un choix dans ces m^es lois; ils acceptaient celles qui défendaient de traiter les Indiens comme des bétes de somme , qui ordonnaient de taxer les tribus^ de châtier ceux qui exerçaient de mauvais traitements^ et d'instruire les Indiens dans la religion chrétienne , et ne résistaient qu'à celles qui supprimaient les repartimientos et les esclaves. Cet incendie fut général. Prétres^et laïques , tous prirent plus où moins part à la résistance; c'étaient même les religieux, dont il y avait un grand nombre dans ce pays, qui soufflaient le feu et déclamaient le plus ouvertement et le plus haut contre l'empereur ( Idem , Ibid.f c. 1 53 ).