Beaucoup écrivirent, soit àGonzalo Pi
zarro , soit à Vaca de Castro , pour qu'ils tâchassent de faire révoquer les lois ou de trouver un moyen quelconque de les éluder. On espérait ainsi éviter l'arrivée du nouveau viceroi qu'on disait avoir été désigné , et maintenir l'ancien système de gouvernement. La cour ne crut pas convenable de charger Vaca de Castro du soin de faire exécuter ces nouvelles lois, parce que, prévoyant l'opposition que l'on trouverait chez des gens déjà accoutumés aux révoltes et aux guerres civiles , on avait recommandé à l'empereur d'envoyer un homme de plus d'autorité et de résoljution.
L'empereur, ayant compris lui-même cette nécessité, choisit Blasco Nunez Yela, un des premiers gentilshommes de l'époque, inspecteur général des gardes- ( revisor ) , et aussi connu par son intégrité que par son courage j il le revêtit de la dignité de premier vice-roi du Pérou , et lui ordonna de faire exécuter à la lettre les ordonnances royales. Pour donner plus de force à cette mesure il institua une
audience royale et une chancellerie, parce que jusqu'alors toutes les plaintes et tous les procès se renvoyaient à Panama. Il nomma membres de cette nouvelle audience de Lima les docteurs Diego de Gepeda , Lison de Texada, Pedro Ortiz de Zarate et Juan Alvarez. Et comme jusqu'alors on n'avait pas demandé de comptes aux officiers royaux du Pérou, il envoya Agostin de Zarate se les faire rendre en qualité de secrétaire du conseil f»oyal.
8. Il s'écoula beaucoup de temps avant que le vice-roi et l'audience pussent se mettre en route avec le train que leur rang nécessitait , et dans cet intervalle la rébellion contre les nouvelles lois prit plus de force. Us arrivèrent le 10 janvier 1544 à la ville de Nombre de Dios^ appelée depuis Portobello. Dès son débarquement le vice -roi montra qu'il était pourvu de toutes les qualités nécessaires pour la mission difficile dont il était chargé , à l'exception seulement de la plus importante, qui était la prudence. Quoique cette ville ne fut
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pas dans sa juridiction y il confisqua l'or de ceux qui passaient du Pérou en Espagne , dt* sant que c'était le prix des esclaves qu'ils avaient vendus. De là il alla à Panama^ où il mit en liberté beaucoup d'esclaves péruviens marqués du fer de leur seigneur , et les renvoya dans leur pays. Dans cette ville il commença à avoir des difiFérends avec le3 auditeurs sur les limites de leur autorité respective. , Quoique les auditeurs et leurs femmes fussent malades^ il ne voulut point les attendre, quoiqu'on l'en priât, et partit tout seul, impatient d'exécuter les ordres dont il était chargé.
9. Il arriva le 4 mars à Tumbez, où il publia les ordonnances et mit en liberté les Indiens. Il en agit de même en arrivant à San Miguel de Piura, où ses manières et sa sévérité excitèrent plus d'opposition que les lois elles<-mêmes. L'orage commença à éclater quand il fut arrivé à Truxillo, parce queFray Pedro de MuAos , à qui le vice-roi avait fait
quelques blessures en récompense de je ne sais quel miracle lorsqu'il était gouverneur de Malaga en Espagne , se déclara non^^eule*ment son plus grand ennemi, mais aussi le plus rebelle aux ordres du roi. Il disait à haute voix que l'empereur payait bien mal ceux qui Va vaient servi ; que ses lois sentaient plus l'intérêt que la sainteté, car elles retiraient les esclaves vendus sans en rendre le prix , et qu'elles prenaient les terres pour le roi en en privant les monastères , les églises et les hô^ pitauXy ainsi que les conquérants qui les avaient gagnées ; et que, ce qui était pire, elles imposaient un double tribut et servage aux Indiens, qu'il prétendait être très-mécontents de ces lois ( Ibid., ch. 1 55 ).
10. Le vice-roi ayant envoyé les ordonnances à Vaca de Castro , qui était resté à Cu2SC0 f celui-ci se décida à venir à sa rencontre jusqu'à Lima, pour l'assurer de son entière obéissance , mais accompagné d'un grand nombre de personnes, afin qu'elles pussent le
défendre dans le cas où le vice^roi tenterait sur lui quelques-unes de ces violences dont il avait ^ disait -on généralement^ l'habitude. Les habitants de Lima crurent qu'il venait en armes pour se venger d'eux d'avoir chassé son lieutenant , qu'il leur avait envoyé de Cuzco peu de temps auparavant.
Ils redoutaient aussi l'arrivée du vice- roi chargé de faire exécuter les ordonnances; mais espérant qu'il consentirait à les adoucir, et qu'après son arrivée ils n'auraient rien à redouter de la vengeance de Vaca de Castro^ ils lui écrivirent pour l'engager à prévenir Castro et venir prendre possession de Lima. Quand celui-ci eut appris reffroi que répandait sa venue , il renvoya tous ses soldats à Cuzco , et poursuivit sa route tout seul.
11. Le vice-roi arriva à Lima, et fut reçu comme un homme exécré, à cause de la mission dont il était chargé, mais dont on croyait avoir besoin pour résister à un ennemi imaginaire; il
promulgua les nouvelles ordonnances malgré l'opposition générale. Aussitôt que Vaca de Castro fut entré dans la ville, Vêla l'envoya à la prison publique , comme un vil criminel , parce qu'il avait renvoyé à Guzco ceux qui l'accompagnaient , et qu'il avait donné des cédules de répartitions d'Indiens après avoir appris la nomination du nouveau vice-roi. Il fît exécuter, sur de vagues soupçons, le procureur général Guillen Xuares de Carvajal, qui jouissait de la plus haute estime dans la ville de Lima; cette conduite souleva contre lui une telle haine qu'on ne pensait qu'aux moyens de se débarrasser de lui. On avait beaucoup insisté auprès de Gonzalo Pizarro , qui se trouvait à Charcas, pour qu'il prît part à la résistance , et on le força de se rendre à Cuzco lorsque Vaca de Castro quitta cette ville. Le corps municipal de la ville, le premier de tout le Pérou, l'élut pour son procureur; les conseils municipaux de Guanmanga, de Charcas et d'autres endroits en
firent de même, et lui donnèrent pouvoir en bonne forme pour aller supplier le viee-roi de déroger aux nouvelles lois. L'armée des mécontents, qui s'était déjà réunie à Cazco, le proclama son capitaine général. Pi^arro refusa constamment ces emplois , non , disent les historiens, parce qu'il n'y était pas disposé, mais parce qu'il voulait attendre et voir quel fond il pouvait faire sur ceux qui se montraient disposés à résister.
1 2. Gonzalo céda enfin aux instances réitérées de ses compagnons , en déclarant qu'il sacrifiait sa tranquillité au bien commun.
Il se chargea des deux missions, et jura en bonne forme tout ce qu'on exigeait de lui } il déploya l'étendard , fit battre les tambours , s'emparadu trésor royal, et arma en un instant quatre cents hommes d'infanterie et de cavalerie avec toutes les armes qui étaient restées en abondance depuis la bataille de Chupas.
Les conseils des villes ne s'étaient pas imaginés qu'il irait si loin , et commencèrent à
réfléchir; cependant ils ne lui retirèrent pas leurs pouvoirs.
13. Le vice-roi 5 inquiet de cette nouvelle , envoya à Pizarro Fr. Thomas de San Martin , provincial de l'ordre de saint Dominique , et Fr* Geronimo de Loaysa^ premier évêque du Pérou , pour lui assurer qu'il n'avait contre lui aucune prévention , que l'empereur désirait au contraire récoippenser ses glorieux services y et qu'il pouvait se fier à sa parole , licencier ses troupes et venir le trouver, lui promettant que loin de chercher à lui nuire il- lui accorderait tout ce qu'il pourrait désirer^ Pizarro , qui savait d'avance l'objet de leur mission , ne voulut pas leur permettre d'entrer dans la ville de Guzco, afin de ne pas tomber dans le piège que lui préparait le viceroi» Mon content de son titre de procureur et de capitaine général , il se fit proclamer gouverneur du Pérou, envoya chercher vingt pièces d'artillerie qui étaient à Guamanga , et se prépara à la guerre.
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14. Le vice-roi , consterné de son refus et de la nouvelle de ses préparatifs , réunit des troupes et envoya Tordre à tous les gouverneurs et à tous les capitaines des provinces du nord d'arriver en toute hâte avec des hommes , des chevaux et des armes; tous les almagristes se réunirent à lui ; Pedro de Puelles , gouverneur de Guanuco^ vint le rejoindre à la tète de ses soldats, ainsi que Diego de Mora, gouverneur deTruxillo. Il espérait aussi recevoir de Quito des renforts considérables ; mais son attente fut trompée, ce qui fut cause de sa perte.
15. Le capitaine Gonzalo Diaz de Pineda, un des plus grands partisans de Pizarro , était alors lieutenant-gouverneur de Quito. Lecorps municipal l'avait choisi pour son procureur; il était chargé de 4a même commission par les villes de Cali, Popayan, Pasto, Rio-Bamba, Guayaquil et Puerto-Viejo; et lorsqu'il s'apprêtait à partir , il reçut ordre du vice-roi de marcher avec ses gens contre son ami et son protecteur; il feignit d'obéir au vice-roi, et
sortant aussitôt de Quito avec plus de trois cents hommes et beaucoup de chevaux , il grossit son armée en traversant les autres provinces^ et il se trouva bientôt avoir plus de sept cents hommes.
46. Le vice-roi leva une armée de mille hommes , et lui donna pour général son frère Vela-Nuûez, qu'il avait amené au Pérou à cet effet; mais cette armée ^ formée en un instant^ ne resta pas plus longtemps à se disperser.
Pineda s'entendait avec Pedro de Puelles , non moins partisan de Pizarro ^ et tous deux aban* donnèrent le vice-roi pour aller le rejoindre. Plusieurs autres officiers suivirent leur exemple, ainsi que beaucoup des principaux habitants de la ville de Lima.
17. Le vice-roi, voyant que ses forces diminuaient de jour en jour et qu'on l'avait en horreur à Lima, résolut de se retirer à Truxillo et de s'y fortifier. Il voulait emmener avec lui le peu de soldats qui lui restaient, l'audience et les caisses royales. Les auditeurs s'y oppo-
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sèrent fortement, et après mille querelles^ voyant qu'il lui était impossible d'en sortir, le vice-roi se fortifia dans Lima, dont il fit barricader toutes les rues^ ne laissant que des meurtrières pour les armes à feu. On plia jusqu'à mettre son courage en doute, et il eut assez de patience pour entendre murmurer contre sa pusillanimité. Il se plaignait souyent de ce que le roi lui avait donné pour raccompagner un enfant, un imbécile, uq fou et un ignorant. C'est ainsi qu'il désignait le^ quatre membres de l'audience; Cepeda était l'enfant , Zarate l'imbécile, Alvares le fou, et Te^ada l'ignorant. Ceux-ci, à leur tour, se plaignaient de sa rigidité inflexible et de son imprudence. 18. Les débats et les difierends survenus entre les auditeurs et le vice-roi parvinrentà de telles extrémités que les premiers se consul-t tèrent entre eux pour savoir de quelle maniéré ils pourraient se débarrasser de Nunez. Us résolurent enfin de s'emparer de sa personne , et de l'envoyer en Espagne. Ils exécutèrent ce
projetle 1 8 septembre; mais tant qu'il demeura dans ia YÎlle^ ils furent exposés à de nouveaux embarras. Beaucoup de gens demandaient sa mort à grands cris. Le plus furieux était Fray Gfaspard de Carvajal ; mais craignant, comme jM'êtrezélé, qu'il ne mourût sans sacrements, il pénétra dans sa prison pour lui dire de se conférer aussitôt, et que c'était l'ordre des auditeurs , qui n'y avaient pas pensé ; ceux-ci réfiolurent alors, d'après le désir du vice-roi lui-même, qui craignait que Ton n'attentât à 363 jours, de le faire partir au plus tôt pour l'Espagne.