‹ Histoire du royaume de QuitoChapitre 6 sur 29 · Quand le capitaine Pedro de Puelles · texte numérisé non relu

Quand le capitaine Pedro de Puelles

arriva avec son détachement à Puerto-Viejo , il trouva que^ par un ordre postérieur d'Almagro lui-même^ le capitaine Francisco Pacheco en posait les fondements avec des geïis venus de San-Miguel. Les deux fondateurs se querellèrent et soutinrent leurs droits respectifs. Ils s'adressèrent enfin au marquis Pizarro pour en décider; celui-ci déclara que le droit était du côté de Puelles, comme envoyé le premier, et l'engagea cependant à céder, puisque Pacheco avait déjà commencé la construction d'une ville qu'il regardait, du reste, comme dépendante du royaume de Quito. Puelles s'en retourna avec ses gens, auxquels s'était joint un grand nombre d'aventuriers, mais sans les quatre mille Indiens, qui étaient morts dans les terres chaudes, auxquelles ils n'étaient pas habitués.

1 8. Belalcazar, avant traversé la Cordillière par la province de Ghimbo , arriva sans obstacles dans celle de Huanca-Vilcas, près du golfe, mais en perdant à chaque journée

deux cents et trois cents Indiens de Quito. Les diverses et nombreuses peuplades des provinces maritimes, ainsi que celles de l'intérieur, savaient très-bien que tout le Pérou et tout le royaume de Quito étaient au pouvoir des chrétiens, et que tôt ou tard elles auraient à subir le même sort ; considérant le noml)re des soldats de Belalcazar, sans compter ceux qui occupaient les provinces voisines de Manta et de Puerto-Viejo, les seigneurs de ces provinces se consultèrent entre eux, et tombèrent d'accord qu'on ferait alliance avec Belalcazar.

19. Ayant ainsi soumis non-seulement les Huanca-Y ilcas , mais aussi les Chandujres , les Vaguales, les Colonches y les Chongones , les DauleSy les ChunanaSy et plusieurs autres tribus, il fonda la ville de San-Yago deGuayaquil, le 25 juillet 1535, à 2" 12'delat. mér., et à 1" 24' de long, ouest de Quito. Il nomma les regidores, et choisit pour juge et capitaine de toute la province don Diego de Daza, homme

âgé, de haute noblesse et d'un grand sens^ mais de nulle capacité pour Tadministration. Il écrivit^ de là, à ses amis et à ses protecteurs de San-Miguel, et, par eux, à ceux de Panama et de Nicarangua, pour leur faire le récit de ses succès et leur demander d^&avoyer autant de gens qu'ils pourraient aux ports de Guayaquil et de Cancebi, peu éloignés du premier. Le capitaine Francisco Pacheco avait d'abord fondé dans une baie la petite. ville de Manta, à environ 1® de latitude méridionale, et 2' 30' de longitude ouest de Quito.

A cinq lieues de Manta, dans l'intérieur, il avait aussi fondé la ville de Puerto-Viejo.

Ayant laissé la plus grande partie de ses troupes à Guayaquil , et perdu par les maladies presque tous ses Indiens, JBelalcazar s'en retourna avec très-peu de monde, qu'il laissa même dans l'asiento de Chimbo, qui est un point important pour traverser la Cordillière. En arrivant à Quito , au mois de septembre 1535, il trouva de nouvelles troupes, qui ar-

rivaient de San-Miguel avec beaucoup de chevaux,. des armes et quantité de fer; il choisit deiixcents.hoiiimes> quatre-vingts chevaux et quatre mille Indiens, et al la à la recherche de SQQ lieutenant Ampudia, laissant à Quito, pour gouverner pendant son absejice, le capitaine ^uan Diaz de Hidalgo.

20. A peine Belalcazar était-il sorti delà ville qu'arrivèrent les deux messagers qu'il avait envoyés dans les provinces de Macas çt de. Huamb^yas; ils étaient si contents du pays qu'ils avaient visité, que les renseignementis qu'ils donnèrent en faisaient un nouveau Pérou par l'abondance de ses métaux précieux, dont ils revenaient chargés. Ils vantèrent les mœurs douces et humaines des naturels, et la facilité d'v fonder de nouvelles colonies. La seule incommodité qu'ils y eussent remarquée était le climat ardent et humide. ca^usé par l'abondance des pluies, surtout dans la province de Macas, où se trouvaient les plus grandes richesses. Le lieute-

nant gouverneur Hidalgo^ ne doutant pas de l'exactitude de ces renseignements', envoya aussitôt un fort détachement sous les ordres du capitaine Gonzalo Diaz de Pineda pour y former des établissements ou asientos de mines. Cet habile officier réussit à fonder, malgré le petit nombre de ses gens, les deux asientos de Huambayas et de Macas.

De cet endroit il acquit de nouveaux rensei-

gnements sur d'autres pays aussi riches en or, et où la cannelle croissait naturellement; il forma le projet de les visiter, et y parvint, dans le cours de l'année suivante 1536, en traversant les interminables provinces de Quixos, et tout le pays qu'on appelle proprement Canela.

21 . A peine Pineda était-il parti pour cette expédition qu'on reçut à Quito la nouvelle de la destruction totale de la nouvelle ville de Guayaquil. Depuis le départ de Belalcazar, ceux qu'il avait laissés enlevaient journellement aux Indiens leur or et leurs plus belles

femmes; de sorte que ceux-ci, fatigués d'une semblable tyrannie , prirent les armes et les attaquèrent par surprise. De 70 hommes environ qui étaient restés dans cette colonie, il ïiy eut que le lieutenant gouverneur Diego de Daza, et cinq autres qui purent échapper au massacre et arriver à Quito après bien des fatigues et des dangers (Cieça, Cran., cap. 56). 22. Le lieutenant gouverneur de Quito, Don Juan Diaz de Hidalgo, se mit en marche vers Guayaquil, accompagné du capitaine Pedrode Daza et d'un nombre de soldats suffisant pour réduire les rebelles et rétablir la colonie. Il emmena aussi trois mille Indiens pris dans les commanderies , afin de les exposer au premier choc de l'ennemi. Ces malheureux Indiens n'avaient pas besoin de ce moyen pour mourir, car ils allaient combattre contre un ennemi plus puissant, contre les fièvres mortelles qui les détruisirent tous dès qu'ils furent arrivés .dans les terres chaudes, comme les sept mille autres qui avaient péri dans les

deux expéditions précédentes ( Palominoy Iti" Jbrm.fp.2).

23. Les révoltés, pensant bien que les chrétiens voudraient venger la mort de leurs compagnons , se préparèrent à mourir tous plutôt que de se soumettre une seconde fois au joug des étrangers. Cette résolution était si ferme dans leur cœur qu'ils repoussèrent plusieurs attaques sans que les capitaines Daza et Tapia pussent pendant longtemps obtenir le moindre avantage; même dans un combat livré en rase campagne où la cavalerie avait toujours procuré aux Espagnols une victoire facile, les Indiens firent pleuvoir sur eux une si forte grêle de dards qu'ils leur tuèrent plus de vingt hommes et un plus grand nombre encore de chevaux, et les forcèrent à se retirer vers Quito.

24. Pizarro ayant appris cette défaite, et sachant que le gouverneur Belalcazar était occupé dans les conquêtes du nord , envoya aussitôt de Lima le capitaine Francisco de

Zacra avec un fort détachement. Celui-ci eut à soutenir mille combats sanglants sans pouvoir en venir à une action décisive. Contraints cependant, par de nouveaux renforts qui étaient arrivés , à capituler, les rebelles ne se soumirent qu'en déclarant que, puisqu'il existait un endroit d'où sortaient tant de chrétiens pour inonder leur pays, ceux-ci n'avaient qu'à faire venir aussi des chrétiennes , et à cesser de leur enlever leurs femmes. Ce ne fut qu'en acceptant cette condition et plusieurs autres qu'on put rebâtir Guayaquil , et Zacra eut soin de construire un ^fort pour s'y réfugier avec ses soldats en cas d'une nouvelle révolte; puis il demanda à Pizarro de lui envoyer une autre compagnie de chrétiennes.

25. Cette colonie aurait existé et prospéré pendant longtemps, si un nouvel événement imprévu ne l'avait pas détruite entièrement en moins d'une année ; ce fut la révolte générale qui éclata dans le Pérou par Tinfluence de rinca Manco-Capac, qui, ayant mis le

100 VELA.SCO.

siège devant les villes de Guzco et de Lima, obligea le capitaine Zacra d'abandonner la colonie pour venir avec tout son monde au secours des Espagnols. Quand la paix fut rétablie^ le marquis de Pizarro envoya aussitôt le capitaine Francisco de Orellana pour rétablir une troisième fois la ville de Guayaquil , en 1537 ( Cieça^ Idem y cap. 56 )•

Conquête de la province de Popayan.

1 . L'objet de la nouvelle entreprise de Belalcazar dans le nord du royaume de Quito (1), fut de s'emparer d'un ]^ays très-riche auquel on donna dans la suite le nom de gouvernement de Popayan. Il comprend une étendue

(i) Castellanos (Elegia de Belalcazar^ chant 2 ) rapporte que Belalcazar rencontra à Quito un Indien natif de Bogota , et que ce fut sur la description quHl lui fît des richesses de Cundinamarca qu'il se décida à se diriger vers le Nord. Piedra- Hita (Historia de la Nueva-Granada , Anvers, 1688, f*>, liv. iv, chap. 1 ), rapporte le même fait. Il dit que cet Indien fut pris par Luis Daza à Latacunga , et que c'était un ambassadeur que le roi de Cundinamarca , serré de près par les Chizcas, avait envoyé à l'Inca pour implorer son appui. Il ajoute que cet Indien mourut pendant la route.

1 02 \ ELASCO.

de six degrés et demi ou de cent soixante lieues du nord au sud, et de cent lieues environ de l'est à l'ouest. Il touche vers le nord au nouveau royaume de Grenade, à 7*30' lat.

sept, dans la province d'Antioquia , et vers le sud, au royaume de Quito, à1* environ de lat. mér. par la province de Pastos ; il est borné à l'orient par le cours du grand fleuve de la Madeleine, et au couchant par les côtes de la mer du Sud et les pays indépendants du Darien . 2. Ce vaste pays est entouré de hautes montagnes jusqu'au delà du deuxième parallèle de latitude, et renferme à la fois des climats froids, tempérés et chauds. Depuis le deuxième parai* lèle il s'étend vers le nord entre trois Cordilliéres , plus basses et très-éloignées les unes des autres, formant ainsi entre elles des plaines immenses et des vallées brûlantes arrosées par de nombreuses rivières, qui descendent des deux chaînes de montagnes; entre la Cordillière de l'est et celle du milieu coule du sud au nord la lûviére de la Madeleine ; entre celle du

niilieu et celle de l'ouest coule parallèlement le Cauca, qui reçoit aussi des ruisseaux; et enfin, à l'orient de la Cordilliére occidentale, qui est la plus basse, se trouvent des pays tantôt plats et tantôt montueux , qui s'étendent jusqu'à l'Océan.

3. Toutes ces provinces ne sont pas moins fertiles que riches en métaux précieux; elles sont, sous ce rapport, bien supérieures au Pérou ; elles étaient habitées par diverses peuplades indépendantes, dont aucune n'était assez nombreuse pour pouvoir, à elle seule, lever une armée considérable. Les habitants étaient sauvages et barbares, et descendaient, à ce qu'on croit, des Caraïbes des Antilles ; car tous étaient anthropophages, et se faisaient continuellement la guerre pour s'entre-dévorer, c'est à peine s'ils avaient quelques idées religieuses; ils croyaient pourtant généralement à l'immortalité de l'àme , quoique l'idée qu'ils en avaient fut beaucoup plus vague que celle des Péruviens.

4. Ils étaient à peine sortis du premier degré de barbarie, qui consiste dans la vie errante de simples chasseurs. Ils cultivaient le mais, plusieurs racines propres à la nourriture , et des bananes ; ils avaient en abondance des porcs, des lièvres et des oiseaux , dont ils mangeaient la chair; mais, comme ils se procuraient tous ces objets sans fatigue , ils passaient leur vie dans le vice et l'oisiveté; ils haïssaient la sujétion et l'esclavage , n'ayaint jamais eu à supporter le moindre joug. Si quelque petit seigneur était attaqué par un autre plus puissant, il abandonnait facilement sa maison et ses champs cultivés , et allait s'établir dans un autre endroit, certain d'y trouver des ressources égales , et quelquefois plus abondantes encore.

5. Un d'entre eux , nommé Popayan , était seigneur d'une grande province qui portait le même nom , et qui était sitiiée à un peu plus de deux degrés de latitude. Belalcazar s'en empara et en fit plus tard sa résidence

principale et la capitale de ses conquêtes; c'est pour cela que toutes les provinces environnantes prirent le nom de gouvernement de Popayan. Ce gouvernement comprenait d'abord tous les pays décrits plus haut; mais par la suite il fut diminué de beaucoup , parce qu'on annexa au nouveau royaume de Grenade le cours de la Madeleine et les villes que Belalcazar avait fondées sur ses rives.

Je le décrirai tel qu'il fut dans le commencement.

Page 1