LING-WANG
Nous venons de voir comment Wang Tae-wei 3£ î^ @ s'était emparé du trône ; c'était une couronne ensanglantée qu'il portait sur la tête: pouvait-il ^espérer vivre heureux et en paix! C'eût été merveille ! Pour diminuer la répulsion attachée à son nom, il le changea, et se fit appeler Hiong-k'ien f^ ^; mais après sa mort on lui fit justice en lui donnant celui de Ling ^ (1); c'est sous celui-ci qu'il est connu dans l'histoire ; c'est celui que nous employons dans la suite de ce récit.
Aussitôt qu'il fut sur le trône, il nomma Koei-pa ]|^.^, premier ministre, et Koei Ki-kiang ^ @[ H grand conseiller [T'ai-tsai ± ^].
Le comte de Tcheng §|S envoya le grand dignitaire Yeou-ki ^ ^ assister à l'enterrement de Kia-ngao 3l^B IÎCî «* saluer Lingwang. Revenu dans son pays, l'ambassadeur dit à Tse-tch'an ^ ^ : hâtez-vous de faire vos préparatifs de voyage ; car le nouveau roi aime le faste à l'extrême ; il a conscience de sa fourbe ; il ne tardera pas à réunir tous les princes, pour s'en faire proclamer le chef; vous devrez bientôt vous mettre en route. — Soyez sans inqniétude, répondit Tse-tch'an; il se passera plusieurs années avant que son pouvoir soit affermi ; nous aurons le temps de songer à nos propres affaires.
En 540, il n'y a rien de spécial à inscrire.
En 539, à la T^me iqne, le comte de Tcheng ^ envoyait le seigneur Han-hou ^ ^complimenter le roi de Tsin §; parceque celui-ci, devenu veuf, s'était remarié avec une princesse de Ts'i ^. L'ambassadeur avait encore une autre mission ; il devait parler des réclamations de Ling^wang. Celui-ci était mécontent de ce que le comte de Tcheng n'était pas venu en personne le saluer; il menaçait de lui faire la guerre. Mais, disait l'ambassadeur, si notre prince lui-même va à la cour de Tch*ou, vos
(1) Ling=D'après Se-ma Tcheng ^ «^ JS) ce nom a six significations, toutes manvaises ; en voici deux : homme opiniâtre, peu appliqué à laisser une bonne renommée, parce qu'il ne consulte pas les hommes sages.
Homme qui ne sut pas faire cesser les révolutions ; homme qui a eu des révolutions pendant son règne, mais qui ne perdit cependant pas de territoire.
Les autres significations ne sont pas plus louangeuses.
(Ohe-ki sou-yn $. BE ^ ^) vol. 1, p. 9)
seigneuries seront peut-être irritées contre nous; s'imaginant que nous ne sommes plus fidèles à nos traités d'amitié ; s'il n'y va pas en personne, Ling-wang l'accusera de forfaire à la convention de Song 5^ ; ainsi, des deux côtés nous sommes dans rembarras ! Voilà ce que mon humble prince m'a ordonné d'exposer à vos seigneuries.
Le premier ministre de Tsin ^ députa le fameux Chou>hiang ^ |îij porter à l'ambassadeur la réponse suivante : pourvu que votre noble prince nous reste fidèle, il n'y a pas de mal à ce qu'il se rende en personne à la cour de Tch'ou, selon ce qui a été réglé par la convention de Song ; notre humble roi n'a rien à y redire; mais si votre cœur n'était pas avec nous, fussiez-vous en permanence dans notre capitale, nous aurions toujours des soupçons contre vous. Votre cœur nous étant loyalement attaché, vous n'avez pas besoin de notre permission pour aller saluer Ling-wang; vous serez chez lui comme chez nous.
En conséquence, le comte de Tcheng gg se rendit à la cour de Tch'ou. C'était à la dixième lune ; Tse-tch'an -^ ]Sè était du voyage, vérifiant malgré lui les prédictions de l'ambassadeur Yeou-ki.
Ling-wang fit un grand festin en leur honneur ; en guise de toast, il chanta l'ode Ki-je § H • 1^ cinquième jour du cycle est un jour heureux ; nous avons fait des offrandes et des prières au génie protecteur des chevaux ; les voitures de chasse sont en bon état ; leurs quatre chevaux vigoureux ; nous avons résolu de gravir cette haute colline, et d'y poursuivre les troupes d'animaux sauvages (1). C'était inviter ses hôtes à une partie de chasse ; Tse-tch*an fît aussitôt préparer les instruments nécessaires. La chasse eut lieu dans les grandes plaines couvertes de broussailles^ sur les bords du Yang-tse-kiang \^ ^ ÎL (fleuve bleu) (2).
En 538, à la l^me lune, le baron de Hiu ^ se rendit aussi à la cour de Tch'ou ; on l'y retint, ainsi que le comte de Tcheng ^, pour une nouvelle partie de chasse, au même endroit. Lingwang n'agissait pas ainsi par simple politesse : il avait un autre but; il avait expédié le seigneur Tsiao-kiu ij^ ^, appelé plus souvent Ou-kiu ÛL j^, à la cour de Tsin §, pour y négocier une réunion des princes ; il attendait la réponse avant de donner congé à ses deux hôtes. Voici quelle était la teneur de ce message ; Il y a quelque temps, votre illustre roi daigna nous accorder un traité d'amitié, conclu dans la capitale de Song tJç ; il fut alors convenu que nos alliés réciproques se présenteraient respectivement à chacune de nos deux cours ; pressé par des
(1) (Zottoli, III, p. 151, ode 26) — (Couvreur, p. 209, ode 6).
(2) Cette plaine se trouve à 50 li au sud de Té-ngan fou ^S ^ /RT » [Hou-pé] (p. F., vol. 21, p. 16).
difficultés imprévues, qui surgissent d'une année à Tautre, mon humble prince a l'intention de réunir quelques vassaux, pour s'entendre avec eux, et resserrer davantage encore la commune amitié ; il m'a donc envoyé inviter vos seigneuries à assister à cette assemblée ; il serait heureux de s'appuyer sur Tautorité de votre illustre roi, pour cette convocation.
Le roi de Tsin Ç comprit très bien que Ling-wang se proposait de le supplanter, comme chef des vassaux ; c'est pourquoi il voulait refuser net l'autorisation demandée ; mais son ministre de la guerre, nommé Heou 'JH, lui conseilla de l'accorder; la conversation du roi et de son ministre, à ce sujet, est rappportée au long par les historiens ; c'est encore un de ces morceaux de littérature que tout le monde récite avec admiration; le voici : Le roi de Tch'ou, disait le ministre^ prend de grands airs ; peut-être le ciel lui accordera-t-il les désirs de son cœur, et le laissera-t-il commettre de plus grands crimes qu'auparavant, afin de le punir avec plus de rigueur; on ne peut encore le savoir; peut-être aussi lui accordera-t-il le succès final; car des deux royaumes de Tsin et de Tch'ou, celui-là l'emportera qui sera spécialement aidé par le ciel ; pour le moment, évitons une querelle entre nos deux pays ; que votre Majesté s'applique de plus en plus à pratiquer la vertu, alors nous pourrons sans crainte attendre la marche des événements. Si Ling-wang se corrigeait, nous n'aurions rien de mieux à faire que de lui adhérer; à plus forte raison, les autres princes devraient-ils en faire autant; si au contraire il s'enfonce dans la luxure et la tyrannie, le peuple de Tch'ou se délivrera de lui ; nous n'aurons pas besoin de lutter contre un homme perdu d'avance (1) !
Le roi répondit : notre pays a trois grands appuis, qui manquent à d'autres : nous sommes si forts que nous n'avons k craindre aucun ennemi ; nous sommes protégés par de hautes montagnes et de grands fleuves ; nos pâturages nourrissent des chevaux pour une nombreuse cavalerie, et pour une multitude de chars de guerre : nos puissants voisins Ts'i ^ et Tch'ou ^ sont déchirés par des révolutions; ainsi, de quelque côté que nous nous tournions, nous sommes sûrs du succès !
Le ministre répliqua: votre Majesté met sa confiance dans les défenses naturelles du pays, dans le nombre de ses chevaux, et dans les discordes intestines de ses voisins ; mais c'est de là que le péril nous menace ! Les plus fameuses fortifications naturelles de l'empire sont les montagnes Tai-chan {Jf (Jj, H^oa-chan Hllj, Heng-chan ^\JH, Heng-chan ^g |Ij, San T*ou H^» Yangtch'eng ^ ^, T'ai-che -jg: ^, King-chan #( |ll et Tchong-nan ^
(1) (ZottoH, IV, p. 84).
fg (4). Hé bien! Malgré la facilité à les garder, elles ne sont pas restées aux mains de leurs premiers maîtres ; elles ont été aussi conquises. Les chevaux les plus nombreux et les meilleurs sont élevés dans la partie septentrionale de Ki J( [le Tché-li actuel, l'ancien état de Yen ^] ; or jamais ce pays n'a été puissant. Ainsi la difliculté des défilés, le nombre des chevaux, cela ne suffît pas pour assurer une pleine sécurité. Ainsi fut-il depuis les temps les plus reculés. C'est pourquoi les anciens rois s'appliquèrent à pratiquer la vertu, pour plaire aux Esprits et aux hommes ; je n'ai pas encore entendu dire qu'ils se fussent confiés dans les fortifications naturelles ou la multitude des chevaux de leurs pays. Ne comptez pas non plus sur les embarras politiques de vos voisins ; car souvent les états sont sortis de leurs guerres intestines plus forts et plus puissants, au point de faire des conquêtes sur les autres pays; bien des principautés, qui n'avaient point de telles discordes, se sont affaiblies au point de ne pouvoir garder leurs frontières, et ont fini par disparaître. Comment pourriez-vous compter sur les embarras des autres ! Le royaume de Ts'i ^ eut à subir la révolution de Tchong-suen W ^ > mais il eut la bonne fortune d'avoir un roi de génie,
(4) Tai-chan=e8t îl 5 li au nord de T'ai-iigan fou ^ S /fT) [Chan-tougl (p. P., vol. 10, p. 11 — vol. 0, p. 2) H'oachan=e8t à 10 li au sud de H*oa-yn hieii ^ |§ jRi dont la préfecture est T'ong-tcheou fou [^ /H flï » [Chen-si] (p. F., vol. 14, p. 21 — vol. 13, p. 4).
Heug-chan=est à 30 li nord-ouest de Heng-chan 155 lll » dont la préfecture est Heug-tcheou fou fi& jHi /ij? [Hou-uan] (p. F., vol. 22, p. 10 — vol. 20, p. 3).
King-chan=est à liO li nord-ouest de K'iu-yaug bien QQ ^ Ji|) qui est à GO 11 de Ting-tcheou fou & ji\ M' [Tchéli] (p. F., vol. 2, p. 71 — vol. 1, p. 1).
San T'ou=ce sont trois défilés dangereux; à savoir: le T*ai-hang >[C fT' aïi sud-est du royaume de Tsin; le ministre n'en parle que comme un seul défilé; de fait, c'est une très longue chaîne de montagnes, remplies de défilés dangereux ; — le Hoan-yuen ^35 ^9 à 70 li sud-ouest de Kong-hien ^ !|^ ) qui est à 130 li à l'est de Ho-nan fou fQ ^ M^ [Ho-nan] (p F., vol. 12, p. 35) le Hiao-min lll^ SE* à 60 li au nord de Yongning bien ^ ^ Jipî qui est à 200 li sud-ouest de Ho-nan fou (p. F., vol. 12, p. 37J.
NOTE : quelques auteurs entendent par San T'ou la montagne de ce nom, qui est à 10 li sud-ouest de Song-hien ^ ^ i ville située a 160 li au sud de Ho-nan fou (p. F., vol. 12, p. 39). C'est plus raisonnable.
Yang-tcb*eng-chan=est à 38 li au nord de Teng-fong bien ^£ ^ Hp^ qui est à 140 li sud-est de Ho-nan fou ÎrT ^ /iï' (g- F., vol. 48, p. 44).
Tai-cbe-cban=est appelée maintenant Song-cban "^ [Ij ] elle est à 10 li au nord de Teng-fong bien (g. F., vol. 48, p. 44, — vol. 46, p. 6) — (p. F., vol. 12, p. 38).
Kîng-cban=est à 80 li nord-ouest de Nan-tcbang bien ïfif î? ||p, qui esta 120 li sud-ouest ds Siang-yang fou § ^ /jj^ [Hou-pé] (p. F., vol. 21, p. 29).
Tcbong-nan-chan= [on écrit encore t' ^ il]] =est à 50 li au sud de Si-ngan fou W :^ iiïî [Cben-si] (p. F., vol. 13, p. 2 — vol. 14, p. 4).
Ts'i Hoan-kong ^ >g ^ (685) ; il se releva, et continua d'exister jusqu'à nos jours. Notre pays eut la grande révolution de Li-k'o S ^ ®* Pei-tcheng ^ ^ ; mais avec Wen-kong ;^ 5^ il se releva, et se mit à la tête des vassaux. Au contraire, les états de Wei ^ et de Hing Jflî n'ont pas eu de révolutions ; et cependant ils ont péri sous les coups de leurs ennemis [le l®"" en 600, le second en 635]. Voilà des preuves assez fortes! Si quelqu'un se reposait sur ces trois faibles appuis, sans s'appliquer à la vertu, sans se préoccuper d'un bon gouvernement, celui-là serait près de sa ruine. Le mauvais empereur Tcheou $^ se livrait à la luxure et à la tyrannie, tandisque le petit prince Wen-wang 23[ 2 était un père pour son peuple ; le 1®^ périt, et la dynastie Yn ^ fut éteinte; le second prit sa place, et fonda la dynastie Tcheou j^. Votre Majesté peut, sans crainte, donner à Lingwang l'autorisation qu'il demande: pourquoi se quereller à propos des princes féodaux?
Le roi de Tsin § fut persuadé par ce discours ; il envoya le sage Chou-hiang -^ |^ porter à l'ambassadeur la réponse suivante: notre humble roi ayant des affaires pressantes, n'a pu aller en personne, ni au printemps ni en automne, saluer votre illustre prince ; vous avez déjà de fait l'adhésion des vassaux ; pourquoi vous donnez-vous la peine de demander notre autorisation ?
Après avoir reçu une si bonne réponse, l'ambassadeur demanda encore en mariage une princesse de Tsin §, pour Ling-wang; on la lui accorda gracieusement.
Le succès de cette ambassade avait été prédit par Tse-tch'àn •f H, le compagnon du comte de Tcheng ^. Ling-wang lui avait demandé : pensez-vous que le roi de Tsin me permette de réunir les princes? — Assurément, avait répondu Tse-tch*an; car il aime à s'occuper de petites entreprises, sans se soucier des princes féodaux ; les grands officiers de sa cour ne cherchent que de l'argent; aucun d'eux ne lui donne de bons conseils. De plus, le traité de Song ^ reconnaît les rois de Tch'ou et de Tsin ^ comme égaux; si celui-ci n'accordait pas la réunion projetée, il violerait la convention.
Ling-wang avait encore demandé : les princes voudront-ils venir? — Certainement, avait répondu le diplomate; en se conformant au traité de Song, ils seront heureux de vous faire plaisir, et n'ont rien à craindre de Tsin ; pourquoi ne viendraient-ils pas? Si quelques-uns ne se présentaient pas, ce ne peut être que ceux de Lou ;§. de Wei ^ de Ts*ao ^ et de Tchou ^\\; car le prince de Ts'ao craint celui de Song; le prince de Tch'ou craint celui de Lou; quant h ce dernier, et celui de Wei, ils redoutent l'état de Ts4 5§ ; de plus, ils sont trop intimement liés au roi de Tsin §. Les autres se hâteront d'accourir; lequel oserait résister à votre puissance?
Ainsi donc, ajoutait Ling-wang, tous les désirs de mon cœur vont s'accomplir? — Non, si vous ne cherchez que votre propre satisfaction ; oui^ si vous voulez procurer le bien commun ; dans ce cas, toutes vos entreprise réussiront, avait répondu Tse-tch*an.
En été, les princes se rendaient, de fait, à la cour de Tch'ou; ils étaient douze; jamais on n'y en avait vu un tel nombre; c'étaient ceux de Ts'ai ^, de Tch'en ^, de Siu ^, de Teng J^, de Toen 1^, de Hou ^, de Chen ^, de Siao-tchou /J>^5 de Song 5^ et des sauvages de la Hoai [Hoai-i fH ^]; ceux de Tcheng et de Hiu étaient présents depuis longtemps, comme nous l'avons vu. Quatre états s'étaient excusés de ne pouvoir venir: les princes de Ts'ao '^ et de Tchou ^g prétextèrent des difficultés imprévues ; celui de Lou ^ allégua des sacrifices solennels ; celui de Wei Hf, sa mauvaise santé. Ainsi s'accomplissaient à la lettre les prévisions de Tse-tch'an ^ ^. —
Le comte de Tcheng ^, après les chasses dont nous avons parlé, ne savait que faire de sa personne ; il se rendit le premier à Chen ^ (1), où devait avoir lieu la réunion.
A la 6^^»® lune, au jour nommé ping-ou p^ ^, Ling-wang ouvrait solennellement le congrès. Tsiao-kiu i^ ^, son fidèle conseiller, lui fit la remarque suivante : d'après ce qu'on m'a enseigné, divers princes sont absolument les maîtres de s'attacher à qui bon leur semble ; ordinairement, ils adhèrent à celui-qui les traite bien ; c'est pour la première fois que votre Majesté les réunit, qu'elle veille donc à le faire avec une grande délicatesse ; cette assemblée décidera si votre Majesté sera désormais le chef des vassaux. Ainsi l'empereur Ki Jgjt (2196-2189), ayant réuni les princes, leur fit une fête solennelle, dans le palais Kiun-tai lÉ (2); l'empereur T'ang ^ (1766-1754), fondateur delà
(1) Chen = était à 20 ly au nord de Nan-yaug fou ffi Iw /ff ' [Ho-nan] (p. F., vol. 12, p. 40).
(2) Kiun-tai = ce grand et fameux palais était au nord de Yu-tcheou -^ yi\i qui est à 320 li de sa soit s-préfecture K'ai-f ong fou pn îï /n ■» [Ho-nan] . Les ruines existent encore, sous lo nom de Kiun-tai-p'ouo s^ X IScî elles ont dix li d'étendue (p. F., vol. 12, p. 6) — (g. F., vol. 47, p. 52). . ^
King-po= s'appelle maintenant T'ang-ting t^ ^j et se trouve à 30 li à l'ouest de Yen-che bien ^ ^ ^j qui est à 70 li à l'est de sa préfecture Ho-nan fou ^ ^ JJÏ, [Ho-nan] (p. F., vol. 12, p. 34) — (g. F., vol. 48, p. 27).
Mong-tsin= était à 20 li à l'est de Mong-tsin bien jE ^ jp^^ qui est à 50 li nord-est de sa préfecture Ho-nan-fou. On dit que l'empereur y réunit jusqu'à huit cents princes ; après s'ôtre consulté avec eux, il passa le fleuve Jaune, et battit l'empereur ou plutôt le tyran Tcbeou M (p. F., vol. 12, p. 35) — (g. F., vol. 48, p. 32).
K'i-yang= était à 50 li nord-est de K*i-cban bien (jj lil ^^ qui est à 50 li à l'est de sa préfecture Fong-siang fou iSL ^ }ff ? [Chen-si] . La revue eut lieu au pied de la montagne K'i-cban, qui est à 10 li nord-est de la ville du même nom. C'est l'ancien séjour
dynastie Chang |g, se montra magnifique à King-po ;§: ^ î l'empereur Ou ^ (1122-1116), fondateur de la dynastie Tcheou ^, leur fît ses fameuses harangues, à Mong-tsin JE J^ ; Tempereur Tch'eng j^ (1115-1079) leur procura une grande revue de troupes, à K'i-yang |||J ^ ; l'empereur K'ang J^ (1078-1053) leur fit de grands honneurs, dans le palais Fong-kong §)i § ; l'empereur Mou ^ (1001-947) les traita de même à T'ou-chan ^ iJj ; Hoan-kong i^ ^ de Ts4 ^, (684-642), les reçut royalement à Tchao-ling ^ ^, et partit de là pour une expédition contre notre pays; enfin, Wen-kong ^Jt ^ (635-628) de Tsin §, se montra splendide à Tsien-t'ou J^ J^. Chacun des six empereurs et des deux chefs que je viens de nommer déploya une magnificence spéciale dans ces réunions solennelles ; quel est celui que votre Majesté trouve le plus à son goût ? Les deux fameux sages Hiang-sîu [p] J^ de Song 5(5, et Kong Suen-k'iao S |^ ^ de Tcheng ^, sont justement ici ; ce sont les deux hommes les plus capables de renseigner votre Majesté sur les cérémonies à observer en cette occasion présente.
Ling-wang répondit: je fais choix du cérémonial employé par Hoan-kong :i|S ^ à Tchao-ling S |^ ; faites venir les deux lettrés que vous m'avez indiqués ; je veux en conférer avec eux.
Hiang-siu |p] J^ arriva le premier; il dit humblement: ce qui se pratique dans les divers pays ne m'est connu que par les livres ; je n'ai pas eu occasion d'y assister ; je veux bien dire ce que j'en sais. Là-dessus, il expliqua six méthodes à
delà fameuse dynastie Tcheou T'ai-waug j^ >tC î» demeurait au sud de la même montagne (p. F., vol. 14, p. 25) — (g. F., vol. 55, p. G).
Fong-kong= l'ancienne ville Fong-tch'eng j^p IÇ® était à 5 li est de Hou-bien -^|> Jipî qui est à 70 li sud-ouest de Si-ngan fou Î9 >C /IÏî [Chen-si] . C'était autrefois la capitale d'une petite principauté appelée Tch'ong ^ ? l'empereur Tcheou- wen-wang t^i 3SC ï s'en empara, en lit sa propre capitale, et y bâtit ce palais nommé Fong-kong. Mais, d'après le commentaire, la réunion en question se fit au palais Ling-tai si S' l'ien connu des lecteurs de Mong-tse ]£ ^ î ce second palais était à 25 li à l'est du premier (p. F., vol. H, p. 12) — (g. F., vol. 53, p. 51).
T'ou-chan=était à 8 li sud-est de Hoai-yuen bien j5 ^ -ïh' V^ ®st à 70 li nord-ouest de sa préfecture Fong-yang fou 'M* ^ JS i [Ngan-hoei] (p. F., vol. 6, p. 22) — (g. F., vol. 21, p. 12).
Tchao-ling=était à 45 li à l'est de Yen-tch'eng bien |l|5 JjJ ^o qui est à 1201i au sud de Hiu-tcbeou f^ ji\ [Ho-uau] (p. F., vol. 12, p. 59) — (g. F., vol. 47, p. 47).
Tsien-t'ou = ce palais se trouvait à l'angle nord-est de Wang-kong tch'eng 3E S JSC) cette ville était à 15 li nord-ouest de Yong-tché hieu ^ p^ )(^ ? qui est à 140 li nordouest de sa préfecture K'ai-foug fou Pn Jf /|ï [Ho-nan] (p. F., vol. 12, p. 8) — (g. F., vol. 47, p. 58). Wen-kong avait bâti ce palais après sa grande victoire Tch'eng-pou JK Wc sur l'armée de Tcb'ou; c'est la colline et sa tour qui s'appellent proprement Tsien-t'ou actuellement on y voit encore les ruines de ces splendides édifices.
l'usage d'un duc, dans la réception des princes féodaux.
Kong Suen-k-iao JV. Jg (g, c'est-à-dire Tse-tch'an ^ H, se présenta à son tour, et dit avec pareille humilité un petit état comme le nôtre fait simplement son devoir; oserais-je ne pas vous dire ce que j'en sais. Lui aussi, il exposa six manières de recevoir un duc, employées soit par les comtes (pé fjâ) soit par les vicomtes (tse ^) soit par les barons (nan ^) ; car ces trois dignitaires ont le même cérémonial.
Ling-wang avait ordonné à Tsiao-kiu >(||[ j^ de se tenir derrière lui, pour l'avertir des erreurs que pourraient commettre les deux sages dans leurs explications; mais pendant cette longue leçon d'étiquette, il demeura muet comme un poisson. Ling-wang lui en demanda le motif. Hélas ! répondit-il, je n'ai jamais vu toutes ces cérémonies en pratique; j'ignorais même qu'il y eût six méthodes pour une seule et même réception ; comment aurais-je pu découvrir quelque erreur dans leur exposé?
Tsouo ^, prince héritier de Song ^, s'était rendu à la réunion, mais bien trop tard; Ling-wang était alors à la chasse, avec ses invités, dans le pays de Ou-tch'eng ^ i^ (1) ; pendant longtemps il refusa toute audience au prince. Tsiao-kiu Jj^ § fit encore l'intercesseur ; . il pria le roi de ne pas pousser la punition jusqu'à l'extrême; ce qui causerait une fâcheuse impression sur l'esprit des autres congressistes. Ling-wang le chargea de porter lui-même la réponse convenable ; Tsiao-kiu parla ainsi : notre humble roi est obligé de faire des chasses, en vue des sacrifices au temple des ancêtres ; il va bientôt revenir, pour recevoir les cadeaux des divers princes ; veuillez l'excuser de vous faire attendre jusque-là.
Le vicomte de Siu ^ était le fils d'une princesse de Ou ^ ; Ling-wang se défiait de lui ; il le fît même saisir, en pleine réunion, malgré le droit des gens alors en vigueur.
Ling-wang déployait aussi un faste extravagant; Tsiao-kiu ^ ^ lui en fît la remarque, et le pria de se modérer; il lui cita plusieurs exemples capables de le faire réfléchir: Je vous ai montré, disait-il, comment les sages empereurs et chefs des vassaux avaient su, par leurs bonnes manières, se concilier l'estime et l'affection des divers princes. Au contraire^ le tyran Kié ^ (1818-1767), à la réunion de Jen DJ (2), ne fit que causer la révolte
(1) Ou-tch*eng=était au nord deNan-yangfou ^ ^ /jj, [Ho-nan] (p. F., vol. 12, p. 40) (g. F., vol. 51, p. 5).
(2) Jen=cette ville antique, c'est Tsi-ning-tcheou Pf ^ y»!' [Chan-tong] (Kiangyu-piao, vol, Jt» p. 12).
Min=sa capitale était à 20 li nord-est de Kin-hiang bien ^ ^ |^) qui est
du prince de Min |§; le tyran Tcheou ^ (1154-1128), à la réunion de Li |g, causa la révolte des sauvages de l'est (tong-i ^ ^) ; le mauvais empereur^ Yeou ^ (781-771), à la réunion de T'ai-che ^ ^, causa la révolte des Tartares Jong ^ et Ti ^, Toutes ces défections furent le résultat de l'arrogance avec laquelle on avait traité les vassaux ; si votre Majesté commet semblables excès, ne doit-elle pas redouter semblables malheurs?
Ling-wang resta sourd à ces sages conseils. Tse-tch'an -^ ^ étant allé visiter Hiang-siu |pj J^ lui dit: il n'y a pas lieu de nous inquiéter à propos du roi de Tch'ou ; il n'en a pas pour dix ans! Il se livre à des excès, et n'époute pas les remontrances; il ne peut durer longtemps! — Oui, répondit Hiang-siu, je suis de votre avis; en dix ans, ses extravagances seront connues partout, jusqu'aux frontières les plus reculées ; alors on se délivrera de lui. Il faut à peu près ce temps pour qu'un bon gouvernement répande au loin sa renommée, et commence à fleurir (1).
Après cette réunion, Ling-wang crut son autorité bien établie; jl se disposa aussitôt à faire la guerre au royaume de Ou ^; pour cette expédition, il requit les troupes de ses alliés, les princes de Ts'ai ^ de Tch'en ^ de Hiu f^ de Toen i^ de Hou "^ de Chen ^, avec les sauvages de la Hoai [Hoai-i fH 1^] ; quant au comte de Tcheng ^ et au prince héritier de Song tJç, il leur demanda seulement deux grands ofïiciers.
A la 7èïne lune, on commençait les hostilités: Kiué-chen Jg ^ reçut ordre d'assiéger le ville de Tchou-fang ^ '^ {2) \ c'était un fief donné en 545, par le roi de Ou, à K'ing-fong J| ^ fameux fugitif de Ts'i ^. A la 8^"^® lune, la ville était au pouvoir des assaillants.
Ling-wang fit aussitôt exterminer la parenté de K'ing-fong;
à 90 li sud-est de sa préfecture Tsi-ning fou ^ ^ /jj i [Chan-tong] (p. F., vol. 10, p. 38).
Li= était à 80 li nord-est de Li-tch'eng bien ^R^ ^ j^^ qui est à 110 li nord-est de Lou-ngau fouji^ ^ /jj? [Chan-si] (p. F., vol. 8, p. 14) — (g. F., vol. 42, p. 25).
T'ai-che=Voyez un peu plus haut.
Les Tartares Jong =86 divisaient en deux tribus principales: les K'iueti-jong ^ 555' qui demeuraient dans Je nord-ouest du Chen-si, ou nord de la préfecture actuelle Fong-siang fou ||[, ^ /fjî les [Si- jong] W^? qui demeuraient parmi la population chinoise de cette ra/^me province, et ailleurs.
Les Tartares Ti= occupèrent le territoire de Ta-t'ong fou >^ |^ /jj) dans le [Ch si], et celui de Wei-tcheou ^ iNj qui jusqu'à la dynastie Ming ^ était dans cette province, maintenant dans celle du Tche-li (g. F., vol. 1, pp. 19 et 20).
(1) Naturellement, la prophétie de ces deux lettrés, faite après coup, s'accomplira à la lettre; nous verrons, en 539, ce fastueux roi se pendre comme un simple voleur!
(2) Tchou-fang-- c'est actuellement Tcheng-kiang fou IH fl. JjJ ? [Kiang-sou], port du Yang-tse-kiang ouvert au commerce européen, (p. F., yol. 5, p. 12) —(Voir encore notre Royaume do Ou, p. .'52).
en
môme
quant à celui-ci, il lui réserva une mort plus ignominieuse. Tsiao-kiu ;^^ ^ l'en dissuada ; si vous n'aviez rien à vous reprocher, lui dit-il, vous pourriez risquer un tel châtiment ; mais K'ing-fong est d'un caractère altier, opiniâtre ; ira-t-il au supplice sans mot dire? S'il vous insulte en face^ il sera trop tard pour vous en repentir !
Ling-wang persista dans son dessein; il ordonna que le condamné, portant la hache du bourreau, passerait devant les princes en disant: que personne ne fasse comme moi, qui ai assassiné mon roi, maltraité son fils orphelin, et fait une conjuration avec les grands officiers ! Mais, au lieu de ces paroles, K'ing-fong dit les suivantes: que personne ne fasse comme Wei ^, le fils d'une concubine du roi Kong ^, qui a assassiné Kiun ^ le fils et héritier de son frère aîné, a usurpé le trône, et demande encore avec cela les hommages des vassaux !
L'ancien historien Keou-leang ^ ^ rapporte que tout l'auditoire se mit à rire ; il y avait de quoi ! Furieux et couvert de honte, Ling-wang fit tuer l'audacieux sur-le-champ. .
L'armée de Tch'ou se rendit ensuite dans la petite principauté de Lai ^ (1) ; celle-ci était incapable d'essayer la moindre résistance ; elle se résigna immédiatement à faire sa soumission : le prince vint s'offrir de lui-même ; il avait les mains liées derrière le dos, une jade à la bouche, comme s'il était déjà mort; ses officiers portaient et entouraient son cercueil ; eux-mêmes avaient la partie supérieure du corps nue comme des gens condamnés au supplice; ce cortège funèbre s'avança ainsi jusqu'au milieu du camp.
Ling-wang demanda ce que cela signifiait. Tsiao-kiu Jj^ ^ lui répondit: quand autrefois votre ancêtre Tch'eng j^ (671-626) prit la capitale de Hiu |^, le prinée Hi-kong ^ ^ (655-623) se présenta aussi dans le même attirail ; votre ancêtre, touché de compassion, délia lui-même les cordes, retira le jade de la bouche, et brûla le cercueil. Ling-wang s'empressa d'en faire autant.
Quant aux habitants, ils furent transférés à Yen ^ (2), dans le pays de Tch'ou. A leur place, Ling-wang voulait envoyer les gens de l'ancienne principauté de Hiu ; mais il ne semble pasa voir donné suite h ce projet ; car cette migration n'est pas relatée dans la grande géographie, à l'endroit où elle traite cette matière (volume 1, page 10).
(1) Lai=sa capitale était au sud de Chang-tch'eng bien ^ j^ ^î qui est à 190 li aud-est de Koang-tcheou 7U yn^ [Ho-nan] ; un kiosque en marque encore l'endroit (p. F., vol. 12, p. 69) — (g. F., vol. 1. p. 18).
(2) Yen=était à 9 li sud-ouest de I-tch'eng bien S ^ IH^ qui est à 120 li sudest de sa préfecture Siang-yang fou ^ ^ /lî' [Hou-pé] (p. F., vol. 21, p.28).
Ling-wang ordonna à son propre frère, le prince K*i-tsi ^, et à Teou Wei-koei P? 1$^ H de fortifier la ville; puis il rentra lui-même dans sa capitale.
C'est alors que le sage Chen Ou-yu ^ M *^ s'écria : voici que les malheurs vont commencer pour nous ! Notre roi a convoqué les princes, et les a conduits contre le pays de Lai ; il bâtit des forteresses à la frontière de notre royaume ; et personne pour lui faire des remontrances ! Personne n'ose contredire son bon plaisir ! Le peuple ne pourra longtemps supporter ses fantaisies ; le désordre, les calamités ne peuvent tarder.
A la fin de cette même année 538, le roi de Ou ^ se vengeait d'une manière éclatante, par la prise des trois villes Ki ^ Li ;g| et Ma Jg (1) ; le général Si-yn Che ft ^ U accourut à marches forcées, jusqu'à Hia-joei J ^fy (2), pour couper la retraite à l'armée victorieuse ; ce fut en vain ; elle était déjà en lieu sûr.
On pouvait bien s'imaginer que le roi de Ou ^ n'en resterait pas là ; il fallait prévenir une nouvelle invasion ; c'est pourquoi I-kieou ^ i§^, président des censeurs, un fugitif de Tch'en ^, s'empressa de bâtir les murs de Tchong-li ^ g| ; Wei Ki-kiang ^ ëk lËî ceux de Tchao ^ ; jan-tan ^ -fy-, ceux de Tcheoulai ifH ^ (3) ; quant à ce dernier, c'était un fugitif de Tcheng ^, petit-fils du comte Mou-kong f^ ^ ; depuis 554 il était à la cour de Tch'ou. Il parait qu'à ce moment les inondations furent si fortes dans la partie orientale du pays, qu'on fut obligé d'arrêter les travaux ; le grand officier P'ong-chen ^^ ^ fatigua en vain ses soldats à la construction des murs de Lai ^. —
En 537, au printemps, Ling-wang, soupçonnant son ministre Kiué-chen ^ ^ d'intelligence avec le roi de Ou ^, le fit mettre à mort; il donna sa place de ministre mou-ngao ^ ^ sl un autre membre de cette même famille ; celui-ci s'appelait Kiu-chen
(1) lCi= était au nord-est de Tsoan j!Î|) î or cette ville était au sud-ouest de Yong-tch*eng bien ^ iJH^ S& <l^i» ^ son tour est à 180 li de sa préfecture Koei-té fou I® fê iiïî [Ho-nan] (p. F., vol. 12, p. W.
Li=était à 25 li au nord de Sin-ts'ai bien jfT ^ ^^j qui est à 50 li ù, l'est de sa préfecture Jou-ning fou Y^ ^ /j^i [Ho-nan] (ibid, p. 51).
Ma=était à 25 li nord-est de Tang-cban-bien ^^ UJ ^^<i qui est à 170 li ù l'ouest de sa préfecture Siu-tcbeou-fou iS^ yf\ M i [Kiang-sou] (ibid, vol. 4, p. 29).
(2) Hia-joei = C'est Han-k'eou 1§| P^ où le fleuve Han se jette dans le Yang-tsekiang,Ou-tcb*angfou^ ^ M' [Hou-pé] (p. F., vol. 21, p. 9).
(3) Tchong-li = était à 4 li à l'est de Fong-yang-fou HL Iw AT' [Ngan-hoei] (p. F., vol. 6, p. 20).
Tcb'ao= était à 5 li nord-est de Tcb*ao-bien ^ ^î dans la préfecture de Liutcheou fou Jft JW }^i [Ngan-boei] (p. F., vol. 6, p. 17).
Tcheou-lai= était à 30 li au nord de Cheou-tcheou ^ JIt|, qui est à 180 li à l'ouest de sa préfecture Fong-yangfou M* m M"» [Ngan-hoei].
Jg ^ ; le premier ministre Tse-t'ang ^ ^ le prit comme compagnon, pour une ambassade au royaume de Tsin ^ ; c'est-àdire pour aller chercher la princesse promise à Ling-wang.
Le long du voyage, on passa par le pays de Tcheng ^; le comte fit nne fête solennelle en l'honneur du premier ministre, à Fan ^ ; puis une autre, en l'honneur de son compagnon, à T'ouche ^ ^ (1), afin de traiter chacun selon sa dignité.
Le roi de Tsin § poussa l'amabilité jusqu'à conduire luimême sa fille au devant de l'ambassade; la rencontre se fit à Hing-k'ieou M Sl (2) î ^® comte de Tcheng ^ et son ministre Tse-tch*an ^p ^ y assistaient ; tout cela prouve que les divers princes tenaient à être en bons termes avec ce puissant roi de Tch'ou.
Han Siuen-tse ^ ^ ^, grand ministre de Tsin, avec le fameux Chou-hiang ^ fy , reconduisit l'ambassade jusqu'à la cour de Ling-wang ; quand on fut sur le territoire de Tcheng |^, les grands officiers Tse-p4 -^ J^ et Tse-t'ai-chou -f >JC îH firent encore une fête solennelle, en l'honneur des voyageurs, à Souche 3(1 1^ (3). Pendant le festin. T'ai-chou dit à Chou-hiang: Ling-wang est fastueux jusqu'à l'extravagance ; il faut prendre garde à lui ! Chou-hiang lui répondit : sa prodigalité ne fait tort qu'à lui-même, sans nuire aux autres; si nous envoyons régulièrement les cadeaux de peaux '(fourrures?) et de soieries; si nous continuons à montrer la même loyauté, la même déférence, dans nos relations mutuelles ; si nous observons les anciens usages, et nous réglons d'après les circonstances, qu'avons-nous à craindre ?
Toujours de belles paroles, chez ces sages lettrés ! Mais c'était mal connaître Ling-wang. Celui-ci voyant ces deux hom» mes éminents entre ses mains, pensa les mettre à mort, pour affaiblir d'autant leur pays. Il convoqua donc une grande assemblée de dignitaires et leur dit : le royaume de Tsin § est notre rival et notre ennemi ; ah ! si je pouvais aujourd'hui contenter
(1) Fan=c'est Siang-tch'eng bien ^ ^ ^i à 90 li sud-ouest de Hiu-tcheoii Jt m î [Ho-nan] ; elle a reçu ce nom, parce que l'empereur Siang-wang^ dE s'y était réfugié, en l'an 630 (g. F., vol. 47, p. 45).
T'ou-che = était îl 40 li nord-ouest de Wei-che bien ^ K /Sf' qui est à 901i au sud de sa préfecture K'ai-fong fou Pi îf /fif ^ [Ho-nan. (g] F., vol. 47, p, 21).
(2) Hing-k'ieou= établi sur le territoire de Tsin ^î on l'appelait encore P*ing-koa ^ ';$: ; elle était à 70 li sud-est de Hoai-k'ing-fou ® Jl/fif? [Ho-nan] (p. F., vol 12, p. 26) — (g. F., vol 49, p. 3).
(3) Sou-che= c'est-à-dire : fief ou résidence de la famille Sou = deux villes, assez voisines l'une de l'autre, babitées par les deux frères, portaient ce nom : la grande (Ta yC) était à 29 li à l'ouest, la petite (Siao )J>) à 4 li nord-est de King-tch'eng îK JK > oï* celle-ci était à 30 li sud-est de Yong-yang bien ^ I^ Ji^î qui se trouve à 200 li ù l'ouest de K'ai-fong fou H ^ J^y [Ho-nan] . g. F., vol. 47, p. 56).
mon désir, je ferais peu de cas de tout le reste ! Nous avons sous la main le premier minisire et un des plus hauts dignitaires; je voudrais couper les pieds au premier, pour rétablir portier de mon palais ; ensuite je ferais évirer le second, pour l'avoir comme eunuque dans mon harem ; ce serait la plus grande injure que je puisse faire au royaume de Tsin ; croyez-vous ces deux choses possibles?
Tous les assistants stupéfaits gardaient le silence. Enfin Wei Ki-kiang ^ Sk M répondit: oui, c'est possible, si vous êtes préparé à en subir toutes les conséquences ; quand on veut faire du tort à un simple particulier, il faut en prévoir les suites; à plus forte raison s'il s'agit d'un pays tel que celui de Tsin Ç ! C'est pourquoi les anciens rois s'appliquaient à observer les rites et la politesse, sans penser à nuire aux autres. Dans leurs visites à leur suzerain, les ambassadeurs tenaient eu main une tablette de jade, marque de leur dignité; les princes venant à la cour de l'empereur lui offrir les fruits de leurs pays, portaient la tablette Tchang ^ (1), pour marquer leur déférence. Ainsi les feudataires venaient-ils rendre compte de leur administration ; l'empereur, à son tour, allait les visiter, se rendre compte par lui-môme du bon état de leurs pays ; alors on dressait de longues tables; mais il n'était pas permis de s'y appuyer; les verres étaient remplis de vin : mais on ne pouvait y toucher qu'au moment déterminé, malgré la longueur des cérémonies qui duraient depuis l'aurore jusqu'à midi^ et étaient extrêmement fatigantes; les mets étaient en quantité double de ce que pouvaient manger les invités, pour marquer l'estime que l'on avait pour leurs personnes; on leur faisait des cadeaux, en habits, en chars, en chevaux, pour montrer de quelle affection on était animé. Bien plus! on allait au devant des hôtes; pour leur faire oublier les fatigues du chemin, on leur préparait un festin avant de les introduire en ville ; à leur départ, on leur faisait encore de riches cadeaux, pour preuve d'une amitié inaltérable. Voilà le comble des bonnes manières, et des civilités mutuelles ! Les familles, les états disparaissent, parce qu'on néglige ces observances antiques; de là viennent toutes sortes de calamités. Après sa victoire de Tch'eng-pou ^ ^ (^32), le royaume de Tsin ^ ne se tint pas sur ses gardes, et ne fît pas ses préparatifs contre une revanche possible ; aussi fut-il battu par nous à Pi 'jj^jj (567); à notre tour, nous fûmes vaincus à Yen §[5 (575), pour la même raison. Depuis ce temps, le pays de Tsin § se tient prêt; il observe exactement les rites ; une entente parfaite règne entre le prince et son peuple ; ayant la paix à l'intérieur ce royaume se fortifie de jour en jour ; nous ne sommes guère en mesure de
(1) tchang Bp; = c'était la moitié de la tablette Koei ^ (Couvreur, p. 744). Cette visite triennale des feudataireK à l'enipereur s'appelait t'iao "lÈê (ibid, p. 873).
lui tenir tête; il vaut mieux entretenir de bons rapports avec lui;^ *, c'est dans ce dessein que votre Majesté a demandé une de ses^^ ^8 princesses en mariage ; vous l'avez obtenue sans difficulté ; àss. à son arrivée convient-il de lui faire une si grande injure? Pouit»: .«i oser chose pareille, il faut être prêt à la guerre ! Avez- vous des^s ^î hommes capables d'abattre ce pays? Ce n'est pas une mince^^ ^( entreprise! Au dessous du premier-ministre, il y a des dignitaires^^ ^î de grande valeur: Tchao-tch'eng ^ ^, Tchong Hang-ou fJ» fj X~^^ ^, Wei-chou H ^, Fan-yang ^ ^, Tche-yng ^ ^; tous^ -kii aussi habiles généraux que maîtres distingués. Au-dessous de^^ -M* Ohou-hiang 7^ |pj , il y a des hommes d'élite venus de diverses états: K'i-ou fjj ^, Tchang-ti jg j^, Tsi-t'an ^ ||^, Jou-ts'i ^, Leang-ping ^ ^, Tchang-ko g| |êf, Fou-li j| g|, et Mià Fen-h'oang "Sf ft â* ^^ nous considérons la parenté de vo deux victimes, la chose n'est pas moins redoutable! Pour venger-::^: ^i le premier ministre, il y a ses quatre fils: Han-siu |Ç ^, qui-i: -»3i malgré son jeune âge, a déjà été plusieurs fois ambassadeur; ^ ; puis Chou-k'in ^ ^, Chou-tsiao M ^ ^^ Tse-yu -? ^ ; il y son neveu Han-siang ^ ^, grand officier du clan royal ; il y a encore ses deux cousins, Ki-siang ^ ^ et Hing-tai Jf^ ^, Chacun de ces seigneurs a le fief d'une ville, et peut fournir cent chars de guerre. Pour venger Chou-hiang, il y a son fils Yangché ^ § ; il y a ses trois frères, Pé-h'oa fg ^, Chou-yu ^ jft, et Chou-hou ;î^ ^ ; cette puissante famille possède les deux fiefs de Tong-ti ^ H et de Yang-tch'eng /gg ^ (1), qui amèneront leurs deux cents chars de guerre. Ainsi donc, ce sont cinq ministres, huit grands seigneurs, neuf villes, onze familles, qui vont entourer leur roi, le supplier de venger leur honneur avec le sien ; leur rage n'aura plus de bornes ; le sage Pé-hoa dressera le plan de campagne ; Tchong Hang-ou ip ^ ^ et Weichou |J| ^ conduiront l'armée ; de tels hommes ne peuvent échouer dans une telle entreprise ! Votre Majesté voudrait-elle, pour la satisfaction d'une fantaisie, attirer un désastre incalculable sur son royaume ?
Pendant cette longue semonce, Ling-wang avait eu le temps de réfléchir: Oui vraiment, dit-il, j'ai eu tort d'avoir pensé à une pareille chimère; je vous remercie de vos bons conseils; qu'il ne soit plus question de cette affaire !
(1) Tong-ti = était à 10 li au sud de Siu-tcheou f>|j» ^Ij^ [Chan-si]; il y a encore les ruines d'un fameux palais de ce nom ; elles ont plusieurs li d'étendue ; c'est là que le comte de Tcheng ^l) fut interné, en 582 (g. Fa., vol. 43, p. 9).
Yang-tcli'eng= était ù, 18 li sud-est de Hong-tong bien ÇÇ JIb) ^^j qui esta 50 ]i au nord de sa préfecture P'ing-yang fou ^ |^ JQ t [Chan-si] (p. Fa., vol. 8, p. 8) — (g. Fa., vol. 41, p. 6).
Chou-hiang s'appelait encore Yang-ché-hi ^ pf jj^ > son clan, alors si puissant, sera entièrement massacré, en 514. %
Le premier ministre fut donc traité avec les plus grands honneurs ; Son compagnon ayant une si grande réputation de sagesse, Ling-wang aurait bien voulu le trouver ignorant sur un point quelconque ; mais il répondit si bien à toutes les questions qu'il força Tadmiration de toute la cour ; lui aussi fut comblé d'honneurs.
Les deux ambassadeurs reprirent le chemin de leur capitale. A leur passage sur le territoire de Tcheng Dp, le comte voulait leur faire une réception solennelle, à Yu ^ (1) ; mais le premier ministre déclina cette gracieuseté ; il avait hâte de rentrer à la cour; d'après les rites, un envoyé doit revenir, le plus vite possible, rendre compte de sa mission,
A la lOèn*^ lune de cette' même année 537, Ling-wang partait en campagne contre le roi de Ou, pour le punir d'avoiif pris les villes Ki m, Li igf^ et Ma Ijl, comme nous l'avons raconté plus haut. Dans cette expédition, il était aidé par les princes de Ts'ai ||, de Tch'en ^, de Hiu ft, de Toen i^, de Chen Hq, et de Siu ^; les sauvages orientaux (tong-i ^ ^) eux-mêmes fournissaient leur contingent; les troupes de Fan-yang ^ |^, commandées par le grand officier Wei-che J| ^, rejoignirent le gros de l'armée à Hia-joei J ;|^ ; celles du roi de Yué |||, commandées par Tch'ang Cheou-kouo ^ § i§, complétèrent à Souo ]|^ (2) ces forces déjà si considérables. Personne ne doutait du succès!
Bientôt on apprit que le roi de Ou était lui-même en marche; le général Wei Ki-kiang ^ âC 9 demanda la faveur d'aller le premier à sa rencontre; mais, dans sa présomption, il négligea les précautions nécessaires, et fut bel et bien battu à TsMo-ngan 1^ ^ (3). A cette fâcheuse nouvelle, Ling-wang se hâta d'ac-
ec-
(1) Yu=était à .jO li au sud de K'i-bien 4ft IR/ qui est à 100 Ji à l'est de 8»préf( ture K'ai-fong fou ^ ^ f^ Ho-imn] (p. Fa., vol. 12. p. 3.) -{g. Fa., vol. 47, p. 18).
<2) Fan -yang= était au nord d*^ Sin-t8'ai bien Sf ^ JH? qui «st à 50 11 à l'est de sa préfecture Jou-ninfî fon tf^ ^ fn Ho-narr (p. Fa., vol. 12, p. 51.) — (g. Fa., voL 50, p. 26).
Souo= ville de Tchou, était à l'c-st d*^ Ho-k'ieou^g fp# de la préfecture de Cheoutcheou fou £ 5TI jjî [xgau-hoei (Itlditiojj impériale, vol. 29, p. 27).
(3) Ts'io-ngan = P8t une ile fîans le Yatig-tse-kiang ; (peut-^tre, alors, faisait-elle partie du continent ?i; elle est au sud-out-st d** Fan-tf-b'ang bien |Pf Q J|^.r qui est à 160 li sud-ouest de sa pi éfocturo T'ai-p'inr fou Hc n^ Jff (Ngan-boei;; cette île s'appelle maintenant ïs'io-teheou ^ Jtl i îl<- 'le Ja pie ; il y u une colline nommée tête de la pie (t8*io-t'eou-ehan aSt flî UJ/* «t troiK uutrr »» *ollUu'H api^léeg queue delà pie [ts'io-wei-cban ai ^ llj ] (p. Fa., vol. (i, p. U). - (y. Fa., vol. 27 p. 10).
courir sur les bords du fleuve Louo-joei j|§ f^ (1). De son côté, le roi de Ou, pour montrer qu'il n'avait pas peur, envoya son frère Kiué-yeou HIE ^ lui ofîrir un convoi de vivres. Les gens de Tch^ou, mortifiés de cette bravade, vaulaient tuer le prince, enduire de son sang leurs tambours ; Ling-wang les en empêcha; il envoya un officier lui demander avant de venir: avez-vous consulté les sorts? — Oui, répondit le prisonnier; notre humble prince, apprenant que votre illustre roi conduisait une armée contre notre petit pays, se servit de la tortue pour consulter les sorts; H parla ainsi : j'envoie en toute hâte des vivres anx soldats de Toh'ou, pour savoir si la colère de leur roi est violente ou non et prendre des mesures en conséquence; pourrai-je l'apprendre? La réponse fut celle-ci : atrès Bien! vous pourrez l'apprendre! Ainsi donc, si votre roi se réjouit, et me traite amicalement, notre petite capitale sera négligente à faire ses préparatits de défense ; elle ne se croira pas si près de sa perte ; elle n'en sera que plus tôt anéantie. Mais, heureusement, votre roi est en colère; il semble vouloir lancer la foudre sur moi ; vous saisissez un ambassadeur, vous allez Timmoler, oindre de son sang vos tambours de guerre; notre prince saura à quoi s'en tenir; notre capitale, si petite soit-elle, ayant eu le temps de se préparer, sera capable de vous résister. Ainsi les présages auront été heureux; car on consulta les sorts pour le bien commun de tout le peuple, non pour l'intérêt privé d'un seul homme ; si en perdant la vie je sauve mon pays, ma récompense est assez belle. Chaque prince ayant sa tortue divinatoire, dans quelle affaire importante ne la consulte-t-on pas ? Tantôt les présages sont favorables ; tantôt funestes; qui pourrait garantir la stabilité! La même chose vous est arrivée : vos présages heureux parurent trompeurs, h la défaite de Tch'eng-pou jsS "P; ils se vérifièrent à la victoire de Pi igjp. Si le sort d'aujourd'hui tourne mal pour moi, il s'accomplira plus tard pour le bien de mon pays» (voyez Royaume de Ou, p. 54).
Ayant entendu ce discours, les gens de Tch'ou furent adoucis; ils renoncèrent à tuer ce prince; ils se contentèrent de le retenir prisonnier; soupçonnant en lui un espion hardi et rusé, ce qui était vrai.
Quand lés troupes eurent passé le fleuve Loue Jg|, Joei '^^, gouverneur de Chen ^, rejoignit Ling-wang, et campa avec ses hommes au pied de la montagne Lai-chan ^ llj (2) ; Wei-che ^ avec les soldats de Fan-yang |g ^ entra le premier dans
(1) Louo-joei= c'est-à-dire courbe de la rivière Louo= est à l'est de Liu-kiang hien SE. ît fSl** ^^i ^s* ^ 1^^ 1^ *^ ^^^ ^® *** préfecture Liu-tcheou fou H 7t| /jj [Nganhoeij. Cette rivfère vient du lac Hoang-p'ouo-hou ^ ^ Jm (p- Fa., vol. 6, p. 16). — (g. Fa., vol. 16, p. 19).
(2) Lai-chan = cette montagne se trouve à l'est de Louo-joci f^ ÎP3î comme on peut le voir sur la carte des Pères Lorando et P'an.
région appelée Nan-hoai (1); les troupes de Ling-wang le ivaient à peu de distance, et parvinrent jusqu'à Jou-tsin ffr : (2). Là s'arrêta l'invasion ; le roi de Ou avait si bien préparé défense, il gardait si bien toutes les issues qu'on fut obligé de brousser chemin. Pour cacher un peu sa honte et son dépit, ng-wang fît une parade militaire, au pied de la montagne Ti-ki ; 5^ (3) ; après cette revue, il reprit la route de sa capitale, nmenant comme otage le prince Kiué-yeou.
Mais il était à prévoir que le roi prendrait TofTensive, et vahirait à son tour le pays de Tch'ou ; il fallait donc laisser lelques troupes à la frontière, pour parer aux premières évenalites ; le général Chen Yn-che ^^ ^ reçut ordre de se tenir
expectative à Tch'ao ^ ; le général Wei Ki-kiang ^ g!; || Yun-leou § g (4).
En 539, en été, le prince K'i-tsi ^ ^, propre frère de Linging, était envoyé en ambassade à la cour de Tsin Ç; il s'agisit simplement de rendre la visite du premier ministre Han-k4|Ç Comme il traversait le pays de Tcheng ^, le comte, accomgné des trois grands dignitaires Tse-p4 •? JN^, Tse-tch*ail ^ ^ Tse T'ai-chou •? ic ^' ^^^* ^ ^^ rencontre et voulut lui offrir 1 grand festin à Tsou |£, au nord-ouest de sa capitale; mais i-tsi refusa cet honneur, sous prétexte qu'il était indigne de cevoir la visite d'un prince souverain. Le comte insistait; i-tsi fut forcé d'accepter une entrevue, mais il s'y conduisit mme il avait coutume envers son propre roi; outre la réception icielle, il eut encore un entretien privé avec le comte et chacun s trois dignitaires ; il leur offrit un attelage en rapport avec ir rang: huit chevaux pour le comte, six pour Tse-p*i qu'il nsidéra comme premier ministre, quatre pour Tse-tch'an, deux ur Tse T'ai-chou.
Pendant le voyage, K'i-tsi défendait à ses palefreniers de uper de l'herbe dans les champs cultivés ; à ses cuisiniers, de uper du bois selon leur fantaisie ; on devait suivre les chemins ttus, en évitant soigneusement de marcher sur le bord des amps ; défense d'endommager les maisons où l'on passait la it; défense d'extorquer des vivres; ordre à tous les gens de sa ite d'observer ce même règlement ; si un noble Teût enfreint, eût été aussitôt privé de son office ; un homme vulgaire eût rdu son emploi, ou eût subi un châtiment corporel. Au reste,
(1) Nan-hoai= était au sud-est de Liu-kiang hien JH flC |||'
(2) Jou-tsin = n'était pas loin de ce môme endroit.
(3) Ti-ki=cetto montap^ne s'appelle maintenant Tch'e-tch'ou OT SB > elle est à li au sud de Tch'ao-hien ^ JH^ dans -la préfecture de Ou-wei tcheou ^ i^ JH ?an-hoei] (Edition imper., vol. 29, p. 27). — (g. Fa., vol. 26, p. 17).
(4) Yun-leou = était à 80 li 'sud-ouest de Ho-k'ieou ^ ^> dans la préfecture de g-toheou fou ^ jlfl ii@f [Ngan-hoei] (p. F»., rot 6, p. 32).
il n'eut pas besoin de punir, tellement chacun s'appliquait avec^ soin à son devoir.
Les trois grands ministres de Tcheng QJ, admirant une conduite si pleine d'humanité, se disaient entre eux que le prince K4-tsi serait certainement un jour roi de Tch'ou. Voici encore un trait qui montre Testime que l'on avait pour lui ; Quand le premier ministre Han-k'i $^ ^ était venu conduire la jeune mariée, personne n'était allé à la frontière, pour lui souhaiter la bienvenue, et le conduire jusqu'à la capitale. Le roi de Tsin § avait été froissé de ce manque d'égards ; il voulait rendre la pareille au prince K'i-tsi ; mais le sage Chou-hiang 3^ |^| lui représenta : les gens de Tch'ou n'ont pas de conscience ; nous ne pouvons marcher sur leur trace ; le livre des Vers [Che-king ^ g] nous dit «vous donnez Texemple, vos sujets le suivent» (1); continuons les bonnes traditions que nous ont transmises les anciens, sans nous laisser influencer par les mauvais exemples d'autrui; le livre «Chou-king ^ ^j^m (2) a cette sentence «ce sont les saints qui établissent les règles à imiter»; c'est-à-dire que nous devons prendre pour modèles les hommes sages, et non les hommes pervers; si un simple particulier donne bon exemple, chacun tâche de l'imiter; à plus forte raison si c'est un roi puissant! Le conseil était aussi sage que flatteur; le roi de Tsin en fut enchanté, il envoya aussitôt un dignitaire souhaiter la bienvenue au prince K'i-tsi.
En automne, I-tch'ou ^ ^, grand dignitaire de Siu ^, étant venu à la cour saluer Ling-wang, celui-ci le fît arrêter, nous ne savons pour quel motif; mais l'ambassadeur réussit à prévoir que son maître cesserait toute relation avec le pays de Tch'ou, et se placerait sous la suzeraineté de Tsin §; pour l'en empêcher, Ling-wang lui déclara la guerre; il ordonna au général Wei-sié ^ ^ d'envahir la principauté. En d'autres circonstances, l'expédition eût été finie en un tour de main ; cette fois il n'ea fut pas ainsi ; le roi de Ou ^ avait été averti à temps ; il avait; aussitôt envoyé une armée barrer le chemin aux gens de Tch'ou. A cette nouvelle, Tse-t'ang -^ ^, premier ministre de Lingwang, organisa de suite un corps de troupes, et le conduisit lui-même contre le roi de Ou; il rassembla tout son monde à Yu-tchang f^ ;$: puis il alla camper à Kan-k'i ^ f§J, sur la frontière des deux états belligérants ; il fut battu à plate couture à Fang-tchong ^ ® (3) ; l'intendant général des écuries royales,
(1) Zottoli, III, p. 265, ode 69, v. 2.) — (Co'uvreur, p. 303, v. 2).
(2) Ce livre est perdu depuis longtemps.
(3) yu-tchang= c'est une montagne qui se trouve à 40 li à l'est de Té-ngan fou tÊ $ J^ [Hou-pé M 4b] (p. Fa., vol. 21, p. 16.) — (g. Fa., vol. 77, p. •: 7).
Kan-k'i= était à 5 li au sud de l'ancienne ville Tch'eng-fou-t'cheng ^fC^A'^ or celle-ci se trouvait à 70 li sud-est do Po-tcheou Bg jHiî qui est à 320 li au nord de* sa
nommé Teou K'i-tsi f^ ^ ^, fut même fait prisonnier. Quel honteux échec ! C'était la juste punition d'une triple injustice ! Le premier ministre rejeta toute la faute sur le général Wei-sié, et le fit mettre. à mort.
En hiver, c'est-à-dire vers la fin de cette même année 539, le duc de Lou ^ envoyait le grand officier Chou-kong ^ ^ saluer Ling-wang, et lui exprimer ses condoléances pour cette malheureuse expédition; cette démarche avait une assez grande importance ; car le duc était voisin de Siu ^ et de Ou ^ ; son amitié et son appui n'étaient donc pas à dédaigner dans les conjonctures présentes.
Fn 535, l'historien rapporte uh trait de mœurs des plus curieux; le voici: Quand Ling-wang n'était que premier ministre, il s'était fait fabriquer un guidon, appelé tsing ^ (1) réservé au roi ; l'officier Ou-yu ^ ^ cassa la hampe de ce guidon, en disant : un pays ne peut avoir deux rois ! C'était un coup hardi, de la part de cet officier ; il alla encore plus loin dans sa droiture un peu sauvage : Ling-wang, devenu roi, avait bâti le palais appelé Tchang-hoa ^ ^ (2) ; comme officiers ou employés, il y avait placé toutes sortes de fuyards ou d'exilés réfugiés à sa cour; parmi eux se trouvait le propre portier de Ou-yu; celui-ci alla saisir son homme ; un des officiers s'y opposa en disant : qui êtes-vous donc, pour oser violer un palais royal ! Ignorez-vous quel crime vous venez de commettre? Sur ce, Ou-yu fut enchaîné et conduit devant le roi; Ling-wang était à boire le vin, et se montra de bonne humeur envers ce serviteur fidèle. Ou-yu se mit à expliquer gravement son cas, et à le prouver par des citations dignes d'une plus grande cause : l'empereur gouverne l'empire, dit-il; les vassaux gouvernent leur fief; c'est l'ordre antique ; pas un pouce de terrain, pas une plante, qui n'appartienne à son propriétaire. C'est pourquoi le livre des vers [cheking ||p ^ ] nous avertit en ces termes «sous l'immensité des cieux, il n'y a pas un endroit qui n'apartienne à l'empereur;
préfecture YDg-tcheou fou nM */*\ m [Ngau-boei] (p. Fa., vol. 6, p. 31.) — (g. Fa., vol. 21, p. 02).
Fang-tchong= ville du royaume de Ou = était au sud-est de Mong-tch'eng bien 3K W' ^^^ ^^^ '•' ^^ 1^ *^^^ nord de sa préfecture Yng-tcbcou fou (p. Fa., vol. 6, p. 33).
(1) Ce guidon était fait de plumes fendues (Couvreur, p. 963). Ling-wang ne s'en servait que pour la chasse ; malgré son ambition, il n'aurait pas eu le front de le déployer
devant le roi.
(2) Tchang-boa=ce palais, avec F.a, fameuse tour; était ù, 1.5 li sud-est de King-
tcbeou fou ^J y1 1 Jn [Hou-pc] ; l'endroit précis se nomme actuellement Cba-che cl? nf > cette résidence royale s'appela aussi Yu-tchang-tai J^ !Ç S ' il y a encore une pagode appelée Tchang-tai-che !Ç S ^* A 30 li nord-est de la môme ville, se trouvait aussi une autre tour fameuse, et du môme nom (p. Fa., vol. 21, p. 22.) — (g. Fa., vol. 78, pp. 13 el 30). Cha-che est une escale pour les navires à vapeur du Yang-tse-kiang.
entre les quatre mers, il n'y a personne (jiii ne soit le sujet de l'empereur» (i) ; coninio le ciel a ses dix «iivisions de temps (2), ainsi Thumanité est composée de dix classes ; les inférieures obéissent aux supérieures, celles-ci sont soumises aux Esprits; au-dessous du souverain, viennent les ducs, puis les grands seigneurs, puis les bourgeois, puis les artisans, puis les cultivateurs, puis les satellites, puis les portelaix, puis les eunuques, puis les esclaves. Les chevaux, ont leurs palefreniers, les bœufs ont leurs gardiens ; c'est ainsi que toutes choses sont classées et réglées. Or maintenant, un des olïiciers de votre Majesté vient me dire : comment osez-vous saisir un de vos hommes dans le palais royal y — Où faut-il donc aller le prendre? puisqu'il se trouve là! L'empereur Wen-wang jiC ï ^ publié autrefois le décret suivant « si quel([u'un de vos hommes s'est enfui, appliquez tous vos soins à le chercher » ; et lui, avec ce principe, a réussi à se soumettre l'empire tout entier. Votre ancêtre Wenwang a lui-même établi la loi appelée «pouok'iu ^ @» contre les receleurs; il v est dit «le receleur est soumis à la même peine que le voleur»; avec ce principe, il a reculé les frontières de son royaume jsuqu'à la rivière Jou ^ (3). D'après votre officier, on ne pourrait plus reprendre un fuyard; bi l'on soustrait ainsi un de mes hommes h sa juste punition, je n'aurai bientôt plus de serviteurs ! N'est-ce pas mettre le désarroi dans le pays tout entier ? Autrefois, l'empereur Ou-wang ^ 3E' <5numerant les forfaits du tyran Tcheou ^::|, disait aux princes réunis « il est le receleur de tous les malfaiteurs de l'empire; son palais est comme un gouffre où se réfugient tous les poissons, comme un marais où se réunissent tous les animaux sauvages»; en conséquence, on alla le combattre à mort [W Votre Majesté vient de se mettre à la tête des vassaux ; si elle imite le tyran Tcheou Ml je crains qu'elle ne finisse mal! Si. au contraire, la loi des deux princes Wen ^ reste en vigueur, il y aurait encore un second coupable à punir!
Ling-wang comprit bien le sens de ces derniers mots ; il ne s'en offensa point; il vit qu'il avait affaire à un vieux lettré intraitable dans sa rude franchise ; il lui répondit en riant : allons ! Prenez votre homme ! Qu'il retourne chez vous faire son office ! Quant au second coupable, il est trop en faveur auprès du roi; vous ne pourriez vous en emparer!
(1) (Zottoli, III, p. 191, od(> 51, vers 2.) — (Couvreur, p. 201).
(2) Voyez l'ouvrage du P. Hoaiif^' «de caleiidario siiiico», page 5 ; voici les dix divisions de temps dont il est question: Ç Zj^TJïfeûJI^'ï'^»
(3) Jou = Ce fleuve a sa source dans la montagne Ta-yu-chan y^ ^ [Iji daus
la préfecture de Jou-tclieou \^ jHi [Ho-nan] (p. Fa., vol. 11, p. 7.) — (g. Fa., vol. 46, p. 35).
U> (Zottoli, III, p. 415, chap. 3.) — (Couvreur, p. 188, n** 2).