‹ Histoire du royaume de Tch'ou: 1122-223 av. J.-C (volume 2)Chapitre 21 sur 33 · WEI-WANG · texte numérisé non relu

WEI-WANG

Fils du précédent, le nouveau roi s'appelait Ghang |g ; son nom historique signifie: Sévère et énergique (1).

L'événement le plus important de son règne est la victoire complète qu'il remporta sur le roi de Yué ^, en l'année 334.

Les princes de Yué s'appelaient Se J0/ et descendaient du fameux Yu ^. C'est Ou-yué qui reçut ce fief de l'empereur; la capitale était à Koei-ki ^ ^ (2). Pendant vingt générations aucune mention de ce pays dans l'histoire; il faut attendre jusqu'à l'année 496, où le fameux Keou-tsien ^ {§|; le seul grand prince de ce royaume, monte sur le trône ; alors celui-ci remplit la Chine de l'éclat de son nom, par Tanéantissement de Ou 3^.

Ses successeurs furent insignifiants; aucun d'eux ne se montra digne de l'héritage de gloire et de puissance qu'il avait reçu; malgré cette infériorité, chacun prétendait bien être le chef des vassaux ; mais il eût fallu des caractères autrement trempés, pour rivaliser çivec les princes de Tch'ou, les plus proches voisins.

L'histoire de Yué est peu certaine ; voici le résumé qui nous intéresse ici : Après s'être emparé du pays de Ou, Keoutsien devint en quelque sorte l'arbitre de tous les états ; et puisque le pivot de la Chine était au nord, il y transféra sa capitale; il l'établit à Lang-yé JéJ ^ (3), ville de Ts'i, enlevée autrefois par le roi de Ou.

Ce voisinage amenait nécessairement des querelles avec le roi de Ts4 ; pour se tirer d'embarras, celui-ci trouva moyen de tourner les armes de Yué contre le royaume de Tch'ou; de là des guerres dont nous ne connaissons pas le détail. Lieou-hiang glj |pj en raconte des anecdotes; Liu Pou-wei g /J^ ;$: en parle aussi, comme d'un connu (4).

Malgré les efforts de Keou-tsien pour civiliser les gens de

(1) Texte de l'interprétation': S £i IW ^ B M'

i2) Koci-ki=c'est Chao-hing fou ^ ^ J^ [Tché-kiang] (p. Fa., vol. 17, p.23).

(3i Lang-yé=cette ville antique et fameuse était à 140 li sud-est de Tchou-tch'eng hien ^ j^ |^ î qui est à 180 li sud-est de sa préfecture Ts'ing-tcheou fou ^ yf] /flf [Chan-tong] (g. Fa., vol. 35, p. 23).

(4) Lieou-hiang, vol. 4, p. 8) — (I-cbe ^ ^j vol. 116) ~ (Tchoang-tse ^ "^j ennemi juré de Yué, vol 3, p. 75).

Yué, ceux-ci restaient sauvages ; c'étaient d'ennuyeux voisins. Ou-kiang |Œt ^, leur dernier roi, et septième successeur de Keou-tsien, leva une armée, dans le dessein de prendre quelques territoires au prince de Ts'i; mais celui-ci dériva encore une fois la guerre sur le royaume de Tch^ou. Il envoya une ambassade à Ou-kiang, avec le message suivant: Tant que vous n'aurez pas abattu le royaume de Tch'ou, vous n'aurez pas espoir de devenir empereur; ni même chef des vassaux; vous ne pourrez pas non plus vous emparer des pays de Tsin ^; aucun prince ne peut sans dangar attaquer le roi de Tch'ou, sinon vous; les fautes politiques des autres états vous sont connues ; vous en commettriez une plus grande encore, si vous ne vainquiez pas ce royaume ! N'allez pas prendre, par-ci par-là, quelques villes aux états chinois ; c'est besogne indigne d'une puissance comme la vôtre; attaquez un rival digne de vous! etc, etc.

Ou-kiang se laissa berner par ces belles paroles ; il se lança sur le pays de Tch'ou; mal lui en prit! Il fut vaincu et tué; les membres de sa famille mirent le royaume en révolution par leurs jalousies mutuelles; Wei-wang s'empara de tout l'ancien pays, de Ou ^, et d'une bonne partie de celui de Yué. Quant aux princes de la famille royale qui s'étaient retirés dans les régions du sud, il les y laissa tranquilles, se contentant de les avoir comme vassaux, et de recevoir leurs tributs; il ne tenait pas à occuper son armée contre ces sauvages; il préférait la ramener yers le nord, où le roi* de Ts'i et surtout celui de Ts'in ^ lui causaient de l'inquiétude.

En 333, il voulut punir le premier, de lui avoir suscité cette guerre de Yué, quoiqu'elle lui eût été si fructueuse ; il remporta une victoire à Siu-tcheou ^ *)]] (1), et 'mit tout de suite le siège devant cette ville. Avant tout, il voulait obliger le roi de Ts4 à renvoyer le fameux ministre T'ien-yng ffl ||, auteur de la guerre de Yué, et père du héros célèbre Mong Tchang-kiun ]£

Le roi de Ts'i députa un vertueux lettré, nommé Tchangtcheou ^ë J, pour traiter cette question; celui-ci, naturellement, réussit à berner le barbare: Si votre Majesté, dit-il à Wei-wang, a remporté la victoire, c'est grâce aux sottises de T*ien-yng; par jalousie, il écarte de la cour T'ien Pan^tse 60 g^ -f, homme supérieur que tout le monde voudrait voir à la tête des affaires; il se sert de Chen-ki ^ ^, dont personne ne veut, et qui ne sait rien faire. Si votre Majesté s'obstine à demander le renvoi de T'ien-yng, sa succession reviendra à T'ien Pan-tse ; celuici vous donnera du fil à retordre ; infailliblement il vous vaincra.

(1) Slu=la capitale était à 50 li nord-ouest de Se-tcheou f H jltl [Ngan-hoei] .

Wei-wang fut assez simple pour donner dans le panneau ; il renonça à sa prétention, et l'on fit la paix; le génie d'un lettré remportait mieux que des victoires, en conservant à son pays un si grand ministre.

Hoei Wen-wang ^^ ^ ï, roi de Ts*in >^- (337-311), venait de remporter sur le prince de Wei une de ses victoires les plus éclatantes ; cela causa une telle panique parmi les princes chinois, qu'ils organisèrent aussitôt une ligue contre lui. Le promoteur était le fameux lettré Sou-ts'in ^ ^, —

Ce génie était originaire de Lo-yang ^^ ^, la capitale de Tempereur; il avait d'abord offert ses services à celui qu'il en avait cru le plus digne, à savoir le roi de Ts'in ^ lui-même ; celui ci n'ayant pas apprécié à sa valeur une pareille perle, Sou-ts'in s'était rendu à la cour de Yen, où Ton reconnut la haute volée politique de cet homme d'état; il fut nommé ambassadeur auprès des rois ou princes de Tchao ^, de Han |Ç, de Wei H, de Ts4 ^ et de Tch'ou ^.

Arrivé dans ce dernier pays, on lui fit d'abord attendre trois ijours sa première audience; grande injure, pour un tel homme! Ensuite, Wei-wang sembla faire peu de cas de lui; c'était le comble ! Le fier- lettré se fâcha, et menaça de partir. La colère d'un lettré fait trembler tout l'olympe ; Wei-wang sentit sa faute: moi, dit-il, homme de peu de valeur, je viens d'entendre vos paroles, qui sont dignes d'un sage antique; vous avez daigné faire un voyage de mille li pour venir me voir, et vous voudriez partir si tôt! Veuillez, je vous en prie, m'instruire encore!

Alors Sou-ts'in reprit: ce qu'il y a d'étonnant dans ce pays, c'est que les vivres y coûtent plus cher que les jades! Le bois de chauffage, plus que le cannelier ! Les domestiques y sont plus difficiles à trouver que les Esprits ! L'accès auprès de votre Majesté plus difficile à obtenir qu'auprès de l'empereur !

Wei-wang s'empressa de le consoler, en disant:, veuillez retourner à votre palais ; je serai si heureux de recevoir vos enseignements !

Si cette scène était véritable, ce serait le fier langage d'un bourgeois; non celui d'un sage et grand ambassadeur; mais il est bien probable que c'est une amplification littéraire d'un écrivain postérieur. Se Ma-ts'ien n'en parle point ; il dit seulement que notre homme voyageait en grandissime seigneur; qu'il avait un train de roi.

D'ailleurs, dans les audiences où il traita les affaires de son ambassade, il tint un autre ton; voici une partie de sa harangue: Votre Majesté surpasse tous les rois en sagesse ; votre pays est le plus puissant de toute la Chine; à l'ouest, il s'étend jusqu'à K'in-tchong ï^ + et Ou-kiun ^ J|5; à l'est, jusqu'à Hia-tcheou ;g )^ et H'ai-yang % ^: ^u sud, jusqu'à Tong-ting î@ H et

Ts'ang-ou 3P |§; au nord, jusqu'aux défilés de Fen-hing ^ (g et de Kiun-yang f[J ^ (1) ; c'est un territoire de cinq mille li en carré ; vous pouvez mettre en campagne un million de fantassins dix-mille cavaliers, mille chars de guerre; vous avez des provisions pour dix ans ; avec des forces pareilles, on peut tout entreprendre, et tout mener à bonne fin. Si donc votre Majesté se mettait d'elle-même à la remorque du roi de Ts4n ^, les princes féodaux ne se tourneraient plus vers elle; ils s'en iraient tous à la tour de Ts*ang-tai ^ ^ (2), se déclarer vassaux de Ts'in. Celui-ci ne craint que vous; tant qu'un état comme le vôtre reste debout, Ts'in ne peut rien; si vous montrez de la faiblesse, il deviendra tout-puissant; il est impossible que vos deux royaumes subsistent ensemble. Ainsi, votre Majesté n'a rien de mieux à faire que d'entrer dans la ligue et d'isoler le roi de Ts'in ^ ; sinon, celui-ci viendra vous attaquer par K'intchong S^ 4* et par le défilé de Ou-koan ^ ^; votre capitale sera en danger. Les anciens sages disaient qu'un bon régent

doit prévenir les troubles etc (le reste du discours n'a plus

que des lieux communs de rhétorique...)

Wei-wang n'avait pas besoin de tant de phrases pour comprendre le danger qu'il y avait, pour lui comme pour les autres, à laisser grandir le royaume de Ts'in ^; il se déclara donc volontiers partisan de la ligue.

D'ailleurs, celle-ci ne devait pas durer longtemps: Tchang-i 5S 'H, autre lettré fameux au service de Ts'in, la détruisit comme une toile d'araignée ; c'était d'autant plus facile que

(1) K'in-tchong était à 22 li à l'ouest de Tch'en-tcheou fou -^ jHI /jï [Hounan] (p. Fa., vol. 22, p. 18).

Ou-kiun= était au nord-est de Ou-chan hien ^ [Il Jëp) qui est à 120 li à l'est de sa préfecture Koei-tcheou fou S! W /JT [Se-tch'oan] (p. Fa., vol. 24, p. 25).

Hia-tcheou= c'est Han-k'eou ^ P i bien connu des Européens, dans le Hou-pé.

H*ai-yang= c'est Yang-tcheou ^ jHi j dans le Kiang-sou ; et tout le pays de Ou, inconnu du lettré qui en parle.

Tong-t'ing= c'est le lac de ce nom, au Hou-nan.

Ts-ang-ou=c'est le pays de Yong-tcheou fou "^ jHl J^ [Hou-nan] (p. Fa., vol.

Fen-hinp:= c'est la montagne^ appelée maintenant Hing-chanf§e lijîà 30 li au

sud de Sin-tcheng ISf SP? Q^ii est à 220 li sud-ouest de K'ai-fong fou ™ ^ /jî [Ho-

nan] (p. Fa., vol. 12, p. 5).

Kiun-yang= c'est le défilé appelé maintenant Siun-koan "SJ K» à l'est de Siunyang hien hI t^ m*i Q^i est à 120 li nord-est de sa préfecture Hing-ngan fou ^ 3? J^ [Chan-si] (p. Fa., vol. 14, p. 45) — (g. vol. 56, p. 51).

Ces mômes frontières sont indiquées dans la Grande géographie, vol. 1, p. 31.

(2) Ts'ang-tai= cette tour était dans la palais appelé Ts'in-kong ^ S î dans la ville de Tchang-ngan "^ "5? » qui se trouvait à 13 li nord-ouest de Si-ngan fou H ^ ^ [Chan-si] (g. Fa., vol. 53, p. p. 11. et 21).

chacun des ligueurs ne cherchait que son propre intérêt; ce seul principe de division eût sufïi, à lui tout seul, pour annihiler cette coalition. (1)

L'Europe a vu quelque chose de semblable ; bien des états s'étaient ligués contre Napoléon premier; leurs jalousies permirent au despote de les écraser tous, Tun après l'autre.

Quant à Wei-wang, il mourait en 329. Son fils Hoei jfif^ lui succéda; c'est lui que nous allons étudier, sous le nom historique de Hoai-wang *|8 !• —

Le royaume de Tch^ou était plongé dans le deuil national, quand le prince de Wei, contrairement aux usages, l'envahit et lui prit le territoire de Fen-hing ^ f^, dont nous venons de parler.

(1) Voyez notro histoire du royaume do Ts'in ^i îl l'année 832.

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