I. TRAVAUX PUBLICS
ministres Chao Yong ^JS |j| et Tchao KUtsou ^ f| jjfi, qui avaient tenté de l'assassiner. Aux premiers jours de 1364, les hauts man^ darins décernèrent à leur maître le titre de ^ J, Roi de Ou. Ce fut, bien entendu, Toccasion de promotions civiles et militaires.
On avait déjà construit (1361) un Hôtel des monnaies, le Pao-yuen hiu ^ ^ ^ (incendié 9 ans après), et en 1363, on avait fondé le Li-hien koan jjf K HT) Collège pour les lettrés. Celui de Tsi-kHrig^lou-hio ^ |E ^ $ reçoit le titre plus compréhensif de Kouo-tse hio g ^ ^, ou Collège national (1365). Un an après, on rebâtit la forteresse de Yng~Vien tch'eng Ifi ^ ^ sur un plus vaste plan. Puis Ton commence le nouveau palais au sud-ouest du Tchong chan |£ \\\ (l'ancienne ville impériale?), ainsi que des temples des ancêtres et des pagodes officielles. Hong-ou venait de faire peindre (1364) dans le temple de Tsiang Tse^wen jf^ ^ ^ et dans celui de Pien K'oen "|C ^i (1) les portraits des principaux généraux et officiers qui avaient partagé avec lui les dangers des premières campagnes.
Plus tard (1367) on ouvre le Han-lin yuen |K >^ ^ ; alors aussi on achève les Terrasses des sacrifices d'état, le Yuen K'ieou EB Ê' ^® Fang K'ieou ;;§' J£ et le Che-tsi Van H ^ 9L^ reconstruit aujourd'hui hors de la porte du sud sur le chemin de T'aip'ing fou. Le T'ai miao est fini à la 9° lune, avec les trois salles intérieures. Hong-ou, en vrai souverain, désigne les Censeurs officiels (lO^L. 1367). ,
Ainsi s'organisait et s'embellissait rapidement la jeune capitale. Le travail de conquête ou de pacification avait pourtant coûté de laborieux efforts. Ming Yu-tchen ^ 3i 3^ s'était déclaré successeur des Hia J[ (1362) à Tch'eng-tou Jjjc ^ (au Se-tch'oan); il mourut en 1366. Cette année même Su Ta et Tch'ang Yu^tch'oen I^SS combattent, à Sou-tcheou, Tchang Che''tch'eng ^ i ^^ qui se proclamait roi de Ou; ils le prennent et l'envoient à Nankin. Humainement traité, puis laissé en liberté dans la ville, il abuse de cette tolérance pour aller se pendre (?), en 1367, au «pont de bambou» Tchou k'iao fj /fj^.
Les chroniques de Nankin parlent d'un endroit nommé Tahiang-lou :^ § J|, le «grand brûle-parfums», auprès de la rue Yu^ming-fang kiai |§^ J^ J$ ^. La tradition persiste à accuser Hong~ou d'y avoir fait enterrer vif son compétiteur Tchang ChS" tch'eng ® i |ft; d'autres prétendent qu'il fît ériger cette «tour» pour l'écraser par sa masse et avoir raison du courage de ce rival. L'auteur des Chroniques contredit la légende, en rappelant
(1) Pour Pien-k^oen^ voir auprà. La pagode de Tsiang Tae-wen (fin des Han) est celle du Taiang-wang-miao wr î W» auprès du tombeau de Li Wen-tchong ^ 5C ^ » un peu au nord de celui de Su Ta^ hors ville, route de T^ai-pHng men. M»' Pavier donne ces portraits plus ou moins authentiques d'après les ouvrages chinois, scrupuleux comme chacun sait.
162 CH. z. DTNAsni (xn*) dbs king-, 1368-1644.
que le hiang-lou monumental était plus ancien et avait appartenu à la pagode Lou-totang se fSt^^j sous les Yuen.
Le pirate Fang KouO'-tchen j^ H 3^ avait tout d'abord (1358) reconnu Hong^ou, auquel il avait remis un de ses enfants en otage. L'empereur combla de présents ce jeune homme, puis le rendit à son père, qui avait promis de se présenter en personne. Mais comme ce dernier osa plus tard s'allier aux rebelles du nord et à ceux du Fou^'hien, une armée assez puissante marcha contre lui. Réfugié dans une île du littoral, et marri d'avoir violé sa parole, «il envoya Fang Aftng-wan j^ ^ ^ son propre fils, demander d'être reçu comme fidèle sujet des Ming, et bientôt après, il vint avec son frère et ses principaux ofBciers, se mettre à la discrétion du général T'&ng Ho ^"J^, qui les fit conduire à Kien-^k^angn de Mailla IX, 628, 654.
Hong-'Ou prétend alors réduire chacune des provinces où se produisent d'inquiétantes prises d'armes. Su Ta est envoyé (1367) avec Tch'ang Yu-tch*oen ^ jS $ ^" Chan-tong. Pour l'heureux succès de l'expédition, le souverain offre en personne, à Ts'i-li chan «t^ £ il]) hors de la porte du nord, un sacrifice officiel au Ciel, à la Terre et aux autres esprits. Ces campagnes illustrèrent ses lieutenants : Su Ta se distingue surtout au Ho-nan, T'ang Ho m^ 5^ au Fou'kien^ Liao Yong^tchong 9 ^ J^ au Koang^tong, et yang King |S }j| au Koang-si. Hong^ou se réservera de marcher sur Pé-kin (Ta-tou fou ou Yen-king ^ ^,). Su Ta acheva la campagne et massacra les généraux des Yuen.
A l'entrée de sa carrière, le hardi capitaine, fondateur des Ming, est principalement secondé, dans ses mémorables expéditions, par Li Wen^^tchong ^ 2St Ô» Su Ta ^ ^, tous les deux ministres d'Etat et fils comme lui de pauvres laboureurs, et du même village, et Teng Yu ^ j^. Ce sont de vrais «maréchaux d'empire,» dont les exploits militaires illuminent ce règne d'un éclat presque napoléonien.
Hong^ou utilisa surtout leurs talents contre les partisans des Yuen, qui, au nord et à l'ouest, lui résistent avec une héroïque ténacité.
Su Ta lui-même eut à diriger une fort laborieuse campagne contre Kou-kou^témour ^ ^ If^ Jf^Jff, l'infatigable champion des Mongols dans le bassin du Hoang ho (1369). Le brave Tch'ang Yu'-tch'oen ^ jS $ succombe; Li Wen^tchong le remplace et se couvre de gloire aux dépens de ces Mongols, sur les rives du grand fleuve. Un splendide triomphe accueille Su Ta, au retour du champ de bataille. Il est renvoyé d'urgence, en 1370, contre Choen ti H^^f dernier des Yuen, retiré au nord de Pé-kin, puis au Cha-mo \p j^, et défendu par Hong Pao-pao ^ ^ ^. Le souverain mongol mourut cette année-là, au delà de la grande Muraille, âgé de 52 ans. Ce fut une des plus rudes campagnes de Tépoque, tout à l'honneur de Su Ta et de Li Wen^tchong. Et il nous plaît
f I, H0NG«OU BMPBRBUm, 1368. 16S
d'évoquer ioi une plus sympathique figure, celle de notre chevaleresque Du Guesclin, guidant aussi ses Grandes Compagnies, et fait prisonnier (1367) à la bataille de Navarette! .
Maitilipala j^ âtf M A jM« '^ petit-fils aîné de Ghoen H, avait été pris par Li Wen-tchongj au nord, et conduit à Nankin. On voulait l'immoler, selon d'antiques précédents, rappelés pour là circonstance, dans la salle des Ancêtres impériaux. Hong^ou lui fit seulement quitter l'habit tartare, prendre le costume chinois, et le déclara Prince du 3^ ordre, en 1370. Interné à Nankin, le jeune Mongol y dépérissait de nostalgie. Son vainqueur le fit reoon<duire en son pays, par deux eunuques, quatre ans après (de Mailla, X. pp. 40 et 71).
La renommée, dit Dante, est une bouffée de vent, qui change de nom en changeant de direction» Tchou Ynen^tohang^ l'astucieux et fortuné prétendant absous par l'histoire, s'était contenté tout d'abord, selon Tusage souvent respecté, du titre modeste de «Roi de Ou»; cette réserve apparente et provisoi;pe, flatteuse pouf l'orgueil nankinois, masquait en outre plus d'un calcul politique. Ce n'est qu'en 1368, qu'âgé de 41 ans, maître de la moitié de l'Empire, vainqueur présumé du souverain des Yuen, qui lui abandonnait Pé-kin, siège de ses états, il accepta le titre d'Empereur, assignant le nom de ra-min^; :;fc ^ à sa lignée dynastique, «la dynastie resplendissante.»
A la fin de 1367, relatent les chroniques, le ministre LiChan^ tch'ang ^ ^ ^, au nom de tout le haut personnel mandarinal, et civil et militaire, contraignit Tchou Yucn-tchang de ceindre la couronne impériale. Par trois fois, il lui avait remis une pressante supplique à cet effet.
Enfin, à la l*'"^ lune de 1368, déférant au vœu général, le souverain de Ou se rendit à la terrasse du sud pour un sacrifice solennel au Ciel et à la Terre. Puis «11 déclara prince héritier son fils aine» (1). C'était Piao le fils aîné de Ma, fille adoptive, de Kouo Tse-hing JP -? 9i, épousée jadis par Hong-ou, qui la déclara Impératrice. Le père défunt de cette femme fut créé roi de Siu ^. On lui éleva un tombeau (2) digne de son rang posthume (3). Quant au site de ce Temple du Ciel, il ne s'agit point de celui construit plus tard pour Nankin siège d'Empire et dont les vestiges s'étendent au 8.E. de Hong-ou men. D'après le plan de «Nankin sous les Ming,>y Tchen^yang men jE |^ f^ aurait été la porte sud munie d'avant-corps ou barbacane crénelée qui subsiste sous le nom de Hong-ou men g^ gjf^ ; le Ta^ming men ;H;^ fï, à quelques niètres plus au nord, aurait été l'entrée même de
(1) Gaubil, S. .T., Histoire de Gentchiscant p. 3U. Paris 1739.
(2) (Fong yang fou) Cf. infrà.
(3) Cf. Histoire de la djfnoêtie dês Ming^ composée par Kien-lony, traduite par l'abbé Delamarre, des Missions-ÉtrftDgères. Première partie. Paris 1865.