‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 106 sur 205 · CH. II. DTMA8TIB {XXV) DBS MIN · texte numérisé non relu

CH. II. DTMA8TIB {XXV) DBS MIN

assigner plus tard le titre éphémère d'Empereur Hiao^k'ang $JE||; cf. de Groot pp. 1067, 1178.

On se rappelle peut-être qu'en 1392, Lan Fu )^ ^ avait dirigé une campagne secondaire contre les Mongols, sur les confins occidentaux du Se-tch^oan, Victorieux et récompensé d'un titre de Comte, Liang^kouo kong f^H^, il accusa TEmpereur de méconnaître ses services. Hong-ou condescendit alors à le nom* mer T'ai^he ^ gjfj «grand tuteur» impérial. Oe titre avait suffi à Su Ta: Lan Yu le dédaigna et se répandit en invectives. Prévenu de plusieurs crimes, entre autres d'avoir fomenté une révolte, il fut arrêté. Au cours de l'enquête, l'ingrat mécontent impliqua nombre d'officiers dans ses projets séditieux, réels ou supposés. On les condamna à se suicider; lui seul fut livré au bourreau (1393, l^r^lune.) Quinze mille personnes périrent à cette occasion, et par ces rigueurs Hong-^ou compromit à jamais son renom de clémence (de Mailla).

En 1395, il envoie contre les Mongols, en Tartarie, l'énergique et habile prince de Yen, qui leur inflige de sensibles défaites. Le futur Yong-lo préludait à sa destinée prochaine.

Le fondateur des Ming s'était entouré, on Ta constaté, d'une pléiade de capitaines et hommes de guerre, dont, à l'exemple des plus fameux conquérants, il sut démêler les aptitudes, discipliner l'activité, exploiter les talents, et centraliser les efforts. En fait, plusieurs réalisaient le type, peu chevaleresque, du soudard chinois, pour qui un stratagème n'est souvent qu'un manque de parole. Il fut, en 1369 (4* lune,), profondément affecté par le trépas d'un de ses meilleurs généraux : «La mort de Tch'ang Yu'toh'oen *]^ ^ ^, écrit de Mailla, fut une grande perte pour les Ming; c'était sans contredit le plus brave et le plus intrépide de leurs ofïiciers. L'Empereur nomma Li Wen^tchong ^ $ JE» pour le remplacer» (1).

Il perdit encore, en 1384, ce même général Li Wen^tchong, son proche parent, mort à Tâge de 46 ans et l'un de ses plus précieux auxiliaires; fidèle ouvrier de la première heure, le défunt était devenu son favori, son ami. Des talents et goûts littéraires s'unissaient en lui aux qualités de l'homme de guerre incomparable. Hong^ou l'avait fait Comte sous le nom de Ts'ao-kouo kong W iS&î après sa mort, «il le créa Prince de premier ordre, sous le titre de K'i-yang wang ||i ^ £: il composa lui-même son éloge, qui fut gravé sur son tombeau, et il fît mettre son portrait dans une salle construite auprès de celle des ancêtres de la

(1) De Mailla, X. p. 30. — Voir aussi De Groot, The religions' syatem of China (Vol. II, book I, p. 698), qui cite un décret de Hong-ou (1369) au sujet delà tombe de ce Tch^ang Yu-tch^oên ^ iQ JS« C'est celle dont les débris, mandarins et animaux de pierre, jonchent les environs (sud-est) du camp r'tw^r-^oai 3s R' établi sur une butte à la sortie de T^ai-pHng men jK ^ f J » aïi bas des contreforts snd-ouest de Tchong chan.

s II. SéPULTURB» DE SU TA ET LI WEN-TCH0N6. i75

famille impériale, destinée à placer les tableaux des ofïiciers qui l'avaient le plus aidé à faire la conquête de l'empire.» (De Mailla, X. 87.) Nous savons de quelle salle il s'agit (1).

Cette sépulture, de dimensions remarquables, subsiste encore dans ses parties essentielles, au bord de la route, hors de 7'atpHng men, à trois kilomètres de cette porte, à l'abri de Tse^kin chan, et tout près de la pagode Tsiang^-wang miao ^ £ JK- Nous la décrirons ailleurs.

Elle est à peine à un demi -kilomètre au nord de celle encore plus importante de Su Ta, (Ph. XXXIII.), né à Yang-tcheou, décédé en 1384, à 54 ans. Hong-ou reconnaissant de ses inappréciables services, le combla, vivant et mort, d'honneurs extraordinaires. Il fut également créé Prince de premier ordre (Wang 3£, équivalent à Roi, mais non à regulo) sous le titre héréditaire de Tc/iongi-c/ian Wang 4* Ul 3E/ ®* il représente assurément Tune des plus méritantes illustrations du nobiliaire ou armoriai chinois de l'époque. On vante son admirable modestie. « Il avait conquis, écrit KienAong, une capitale, trois provinces, plusieurs centaines de villes, et au jour de sa rentrée à la cour, sans faste, avec une seule voiture (sic), il se rendait chez lui» (2). Il nous faudrait répéter à son sujet une partie de ce qui vient d'être exposé relativement aux distinctions conférées à Li Wen^tchong, son émule de gloire (3).

(1) Delaraarre, op. cit. note : 1383, 17* année, 3* lune, mort de Li '^ en-tchong^ duo de T^sao. Titre posthume: Prince de Ki-yang ; surnom: JÇ IB guerrier paisible (cf. ibid. son éloge).

(2) Delamarre op. cit. — al38.5 2« lune, Su Ta, duc de Wei, gouverneur en second du prince impérial, meurt. Surnom : guerrier paisible» K W*

(3) Les visiteurs indigènes admirent dans une des salles de Mo-frheou hou ^ S» fn (ouest de Choei-si mnh, hors ville), un assez bon portrait de Su Ta. Un antre se voit il Fong-yang fou. Intelligent et énergique*, on remarquait en outre sa belle prestance. E.T. Williams lui assigne le rang de «grand ministre de la Droite" Ç 2S tB et à Li Wentchojig celui de "grand ministre de la Gauche" 2c ^S tB*

Le Ta-kong fang y^ ÇjJ dÇÇ "l'arcade des mérites insignes", qui traverse le milieu de la rue du Nan vi&n^ vient d'Atre relevé, pour remplacer le portique Construit jadis en l'honneur de Su Ta. Nankin conserve quelques autres souvenirs de lui. Son huitième fils habitait près de Ta-hong fang ; lui-mf^me possédait un jardin non loin du T^ong-tai mertf auprès des vannes multiples ménagées sous la muraille. Un plan de la vlUe lui attribue une autre résidence un peu au S.£. de la Mission Catholique. Le tombeau (haut pilier montant, isolé du pai-Jeou) au S.O. de la tombe de Su Ta, est probablement celui d'un eunuque fidèle à Kien-wen ti et tué par Yong-lo. Mais était-il rebelle, quand on lui éleva cette vaste tombe ai honorable ? N'aurait-il pas été réhabilité ?

L'Hôtel àeLi Wen-tchong devait avoir une importance peu commune, car six lions de pierre le précédaient. Il s'étendait au site occupé aujourd'hui par le grand commandant de la ville Tch^eng-cheou-yng Fou-isiang jjj( ^ S m W' rue Si-hoa men W Wfk- Il y^ Wî au S.E. de la résidence du Vice-roi, en bordure de la longue rue menant àxiHanai men an Tehao-yang men.

176 GH. X. DTNA8TIB (XXI*) DBS MINO, 1368-1644.

Fou Yeou'té, ff ^^ ^, Comte Yng-kouo kong 0 S ^, vainqueur du Yun~nan, reçut aussi en 1384 Tordre de se suicider. Hong^ ou se vit successivement privé de ses plus utiles compagnons et collaborateurs, ceux qu'il avait distingués comme chef de bandes, ou comme empereur. Outre Fang Kouo-tcheng j^f B ^i décédé (3* 1. Delamarre) en 1374, la mort lui ravit, en 1392, l'infatigable Mou Yng ^ ^, âgé de 48 ans. Né près de Fong-yang fou, il resta orphelin en bas âge. Hong-ou l'adopta et Téleva peu à peu au premier rang. Créé prince après sa mort sous le titre héréditaire de Kien-ning wang f^^ J, il fut honoré presque à régal des précédents. Sa tombe, de modestes proportions, se rencontre à 20 H au sud de Koan-yn men H ief" P^, colline Tc/ietou chan |i[ ^ llj. «Peu d^offlcîers pouvaient lui être comparés pour l'activité et la bravoure,» affirme de Mailla (1). Hong-ou, représenté à ses funérailles, composa son éloge «et le fit graver sur son tombeau». On n'a pas oublié qu'il fut le héros de la campagne dirigée contre Talima ^ £ Â (^^^^)) soutien de la dynastie mongole au Yun~nan.

Fong Cheng %JS^ mourut en 1395, léguant à ses descendants la dignité de Comte Song^kouo kong ^ S &- ^'^ Hong-ou borna à cette seule faveur la récompense de ses services. La dernière campagne de ce général en Tartarie lui avait fait beaucoup de tort.» de Mailla, X. 101 (2).

Quant à l'illustre T'ang Ho ^ jfi], mort l'année 1395, il fut créé prince sous le nom de Tong-ngeou v:ang ]^ |S ïî son portrait figura «au second rang dans la salle des grands Hommes.» Il avait suivi la fortune de Hong-ou «depuis sa première campagne et s'était distingué à la prise de Ho-tcheou.n de Mailla, X, 101. Son tombeau se trouve derrière Tchong-chan ^ llj au sud-est du tombeau de Su Ta^^^] on n'y remarque que quelques animaux en pierre, mais la stèle a été perdue.

Ce duc de Sin, surnommé «le sublime guerrier», avait plus de cent servantes et concubines. « Après une maladie, il les congédia et les récompensa toutes.» (Delamarre. op, cit, p. 113.) Voilà prise sur le fait, dans la rédaction de l'Empereur Kien-long, l'infamie réelle des héros païens et la vraie valeur de leur vertu.

Au nord de Yu Hoa-tai, au sud de l'étang réservé devant la porte de l'arsenal, l'on remarque deux rangées d'animaux alignés

(1) Cf. de Mailla, X p. 97. Cet auteur le nomme parfois Mo Yng fSfC 55' Éviter de le confondre avec Mao Yuen ^ 7C' "» autre général qui a son tombeau i\ 20 U au sud, près de celui du grand eunuque Lo MO Tche-yuen j^l S ^5 et de la pagode Tsing-ming-

(2) Infra, Hou Ta-hai.

Le G** Mon Yng habitait, dit-on, sur l'emplacement du palais actuel du vico-roi.

s II. SÉPULTURES BBS GÉNÉRAUX DE HONG-OU. 177

sur la tombe du général Yu T'ong^hai ^^H^ (1). Le général Hou Ta-hai "^ ':k ^ leur collègue, a la sienne beaucoup plus au midi (15 li) dans une vallée occupée en partie par la pagode de S îS^ auprès de Ts'i-kia chan j^JjS [Ij. Le général Kou Hingtsou JH ^ jjllî c[ui s'illustra au Yun~nan et au Koei^tcheou, repose près du hameau Siao^hang >J> J||, à deux li sud de Siao-ngian-fé men. Il mourut en 1462. La route, qui descend de Vu-hoa t'ai au sud-est, laisse à gauche, une haute stèle sur tortue, accompagnée de quelques animaux en pierre (2). Là est enterré le Tsiang^-kinn Li Kié ^ gj|, père d'une des concubines de Hong-ou, mort en 1368 (3). Sur les pentes voisines restent plusieurs autres stèles de généraux et d'eunuques, difficiles à identifier sûrement aujourd'hui, tellement cette région a été ravagée par les opérations du siège de Nankin, lors de Tinsurrection r'ai-p'ing^ ^, il y a trente-cinq ans (4).

L'une des sépultures les plus remarquées sous les murs de la ville, et la plus considérable de celles du sud, est la sépulture du général Teng Yu % jj^, duc de Wei flg, mort (11* lune) en 1377, surnommé le «guerrier heureux» ^Jd^ avec le titre posthume de Ning^ho wang ^ fpf £ (cf, Delamarre). Elle est caractérisée par un énoririe tumulus rectangulaire, en pyramide tronquée, et précédée des alignements habituels, à Teng^-fou chan 9S jjf llj) sur la route menant du Nan men à Siao-ngan-té men ^h ^ ^ ' Cette tombe qui renferme, par décret impérial de 1380, la mère et le frère du défunt, rivalise presque avec les deux du nord (Su Ta et Li Wen-tchong ). Les descendants du mort habitent à côté, entretiennent et restaurent ce vaste ensemble funéraire, où ils ont établi leur sépulture de famille. La résidence de Teng Yu s'élevait au site du Yang^ou-hiu actuel.

Placé avec T^ang Ho sous les ordres de Su Ta, il avait en 1370 combattu Hong Pao-pao ^fjjij^ et les Mongols au nord. Il- ' montra la même intrépidité lors de la campagne qui amena la soumission aux Ming de la tribu guerrière des Tou-fan pf ^, demeurés jusque-là fidèles aux Yuen, dans le bassin du Hoang ko supérieur. En 1377, il fît avec Mou Yn une autre expédition victorieuse vers les sources de ce fleuve.

(1) Mort avant que Hong-oa ne se fût déclaré Kmperenr: c. a\ d. quand il n'était encore que Ou-wang. La stèle raconte ses campagnes. La famille a son tae-Vang^ salle funéraire, j\ côté.

(2) Le sommet de la stèle est un peu avarié : La tortue est tournée vers le S.O. Les caractères, environ 2600, sont illisibles vers le haut. Deux ti'tes de dragons plongent sur les tnvnohes.

(3) Les annales de la sous-préfecture, \hieti-trhey affirment à tort que cette stèle est perdue.

(4) De Groot (vol. III, p. 1693) traduit un décret de Hong-ou^ daté de 1372, réglementant l'ordonnance des sépultures mandarinales selon la dignité des défunts.

178 CH. X. DTNASTIB (ZXI*) DBS MIN», 136&*1644.

Une autre célébrité de ce temps, le général Liao Yong^tchong JÊt^&^ qui avait pris une part notable à la réduction du Koang* si, du Koang-tong et du Se-tch'oan, avait. succombé en 1375. De même, à la 8" 1. en 1398, nMou Tch'oen ^ ^, marquis Si'P'ing heou If ip ^, fils de Mou Yng, mourut à Tarmée,» dit la traduction de M. Delamarre.

Il faudrait une longue liste pour énumérer les personnalités marquantes de ce brillant état-major: «Hong-ou et ses pairs.»

Leurs sépultures formaient naguère avec quelques autres une glorieuse et sévère parure de monuments funéraires, aux abords de Nankin, qui en défend mal les ruines, en proie à un inexorable vandalisme. (Rome avait ainsi orné de tombes illustres le développement de ses voies triomphales ! ) Ces vestiges historiques avivent le souvenir de ces fameux hommes de guerre, et capables et dévoués, dont la Chine aux abois trahissait un si

pressant besoin lors de la récente invasion japonaise Aucun n*a

su revivre en ses descendants dégénérés.

Sans doute, les batailles de Fa-c/ian et P^ing-yang, la défense de la passe de Mo-tHen ling, ne furent point sans honneur pour les généraux Song Tch'eng, Tchang Kao-yxien^ /-fe'o-i'an(;-a (tartare), Nié Che^-tch^eng et Lou Pen^yuen; le mahométan Tso Paokoei et Yang Chou-chan se firent tuer à Tennemi ; l'armée de mer présenta aussi quelques nobles exemples (1). Je n'hésite point à rendre hommage à ces saillantes exceptions ; mais

«Un groupe de héros n'en refait point la race.

Et c'est un triste peuple où l'on doit les compter ! »

Je lis dans la traduction de VHistoire des Ming (Delamarre) : 1375 — A la 4" lune, cessation de la construction de la capitale du milieu Tchong^tou r^ ^, c'est-à-dire Fong^yang fou ®, fi§ /ij. D'abord l'Empereur voulait, comme sous les Tcheou et les //an, avoir deux capitales; maintenant^ à cause des dépenses et des fatigues, il fait cesser les travaux. Ainsi s'exprime K' ion-long , sans autre explication. •

A la septième année de son règne (1374), Hong-ou entreprit l'embellissement, presque la création de Fong-yang fou, sa patrie, et donna à son enceinte, auparavant de terre, un développement de 30 kilom., avec 12 portes (2). Il nourrit quelque temps le fastueux projet d'y faire surgir une capitale improvisée ; mais il lui substitua justement Nankin, et ce serait une longue besogne que celle de détailler ce qu'il fît pour lui. Il se contenta de doter Fong-yang fou d'un haut beffroi et d'une riche pagode bouddhique ; naturellement, il y avait érigé à son père une somptueuse sépulture. Grosier (Descript. de la Chine, p. 30) donne 100 pieds de hauteur au «dongeon bâti au milieu de la ville, en forme de carré long... C'est, dit-on, le plus élevé qui soit à la Chine.»

(1) Cf. North-China Daily News, 13 janv. 1898 ''Sntnc Chin^se Gênerais in the late war'* article reproduit du Naval and Military Magasine.

(2) D'après les Fong-yang-fou tche SL ^ ilï ^ ) au comme ncemeut, il y eut 12 portes, mais dans la suite on en a supprimé trois.

s II. SÉPULTURfià DES AlfGÊTRBB DB HONQ'OU À FONG-TANG FOU. 179

L'on n'a point perdu de vue en effet, que Jen^tsou (Qmp. Choen) le père du fondateur, établi à Fong-^yang g[ ^, avait été enterré aux environs. Ce fait avait tout d'abord décidé Hong^ou à y établir sa capitale. «Au 9® mois de la 2* année de son règne (1869), il fit commencer la construction des murs de la métropole centrale, à rO. de la vieille capitale de ce département. Ces murailles furent terminées au \2^ mois de Tannée suivante. Elles avaient 50 li et 443 pou de circonférence. Au centre s'élevait une Cité impériale (pour le palais) de 9 li et 30 pou de circonférence, aveo une «porte méridionale regardant exactement le sud.» (Hiat. des Ming, citée par de Oroot p. 1269.)

Jamais la cour n'occupa cette résidence, qu'on entretint pourtant soigneusement ; car elle offrait un casernement commode à la garnison protégeant le Hoang ling ou Tombeau de Jeti^^tsou f^ WL^ à 30 li au S.O.

La 19® année de son règne, Hong^ou envoya l'héritier présomptif (^ M) à Sc'-tcheou fjij )i\, réparer la sépulture de son aieul, Hi-tsou BB jjj||, c. à d. le Tsou ling jg) g^.

«Il y fit enterrer des couronnes et des costumes en l'honneur des trois ancêtres impériaux et de leurs principales femmes.» (De

Groot, p. 1273.) Les tombeaux de Té^isou Hlft et de l'-tsou jKjHl n'étaient que des annexes du grand Tsou ling de Se-tcheou. En réalité, avons-nous dit plus haut, les trois tombes des trois ancêtres anoblis constituaient ce cimetière impérial du Tsou ling JjSif^.

Ces monuments ne tardèrent pas à tomber dans le délabrement habituel. K'ien^long consomma la ruine de la gloire empruntée de cette cité, en réduisant «son enceinte aux proportions modestes d'environ 12.000 pieds de tour (1754.) A trois li seulement à l'ouest de l'ancienne capitale, se dressent les remparts de Fong* yang hien» (1).

Sans contredit, l'un des plus utiles travaux de Hong-^u était la route mandarinale, construite de Nankin à Pékin par Fong*^ yang fou. Elle est encore très fréquentée, et quelques réparations la rendraient aisément fort praticable. Souvent en remblai, elle com*porte de beaux ponts en pierre, spécialement un de 12 aroheS avant d'atteindre Fong^yang. De pareilles entreprises devaient mieux perpétuer la renommée du grand monarque, que maintes opérations ou brigandages militaires, qui, grâce au mirage du lointain et à la complaisance d'écrivains adulateurs, revêtent le faux éclat d'une prestigieuse épopée.

Par ordre impérial, «une carte générale de la Chine ftit dressée en 1394, carte qui devait servir de base à celle que firent les Jésuites un siècle et demi plus tard. L'Empire avait été divisé en neuf états et Hong^ou avait placé chacun d'eux

(1) B. P. Havret. Var. sinol, n*' 2. Laprottince du Ngan-ho9%y p. M.

180 GH. X. DYNASTIE (xxr) DBS MING, 1366-1644.

SOUS Fautorité d'un de ses fils, qu^on appela rots ou princes» (1).

Dans la préface de l'ouvrage du P. du Halde (p. XXXVII) le P. Régis expose suivant quelles méthodes les missionnaires géographes levèrent encore la carte générale de Tempire, à partir de 1708. On recourut surtout à la triangulation géométrique pour la Chine (proprement dite. Régis lui-même dressa la carte du Kiang-nan, du Tché^kiang et du Kiang^si, avec le concours des PP. de Mailla et Hinderer, ce dernier enterré à Nankin (Yu^hoa Vai). La carte générale fut offerte à l'Empereur en 1718.

Le travail géographique des Jésuites, auquel fait allusion la citation insérée plus haut, est principalement représenté par le Novti8 atlas sinensis.

Hong-ou déplorait la faiblesse et l'incapacité de son petit-fils, créé par lui-même son héritier présomptif (2). Par contre, charmé des qualités et du savoir-faire du prince de Yen ^, son 4* fils, il se reprochait amèrement de l'avoir exclu de la succession au trône. Des conseils avisés ou funestes le dissuadèrent de rapporter en sa faveur son premier décret, par crainte des complications trop faciles à prévoir. Très perplexe, il se contenta, par un moyen terme, de nommer, en 1398, ce prince de yen chef de tous les princes, et de lui conférer une sorte de lieutenance générale de Tempire. Aussi bien «la mort des princes de Tsin et de Tcin en avait fait l'aîné de la famille,» dit de Mailla (X, 103.)

De par l'expresse volonté de Hong-ou, son petit-fils Tchou Yun-'wen ^ ^ JtJ était confirmé dans ses prérogatives ; il restait prédestiné à recueillir la succession impériale. Quant au souverain, inquiet de l'avenir dynastique de sa race, le cœur rongé par ce souci familial, il mourut au 5* mois intercalaire de 1398, dans son «palais occidental» le Si-kong, à l'âge de 71 ans, après un règne de 31 ans. Il venait, en prévision d'ardentes rivalités domestiques, de confiner «tous les princes, ses fils, chacun dans leur principauté, en leur ordonnant d'y demeurer jusqu'à ce qu'il les rappelât,» (de Mailla, X. 104.) Kien-vpen ti j^ 3Î ^, le nouvel empereur présumé, n'était qu'un débile enfant de seize ans. •

Quelque doive être le verdict sans appel de l'histoire, qui, opportuniste et adoratrice du succès, en Chine comme partout ailleurs, décerne à Hong^oxi le titre de libérateur, il est hors de conteste qu'il mérite de prendre rang parmi les plus glorieux monarques du Céleste Empire, reconquis par lui sur les Mongols. Et combien peu y en compterait-on de sa taille! On Ta successivement comparé, ainsi que Ts'in Che Hoang-ti ^ jfy ê ^» ^

(1) A. Favier, Pékivg, p. 130. A cette page figure le portrait on pied de Ifovg-oUy et p. 132, celui de l'impératrice Ma Hoang-heou^ sa femme, puis celui de Yong-lo^ 3* des Ming, au type très caractérisé.

(2) A la 9« lune de 1892, dit Delamarre (op. cit.) qui l'appelle Yun-wen jC^ }<%'

f II. CRUAUTÉS ET DERNIERS JOURS DE HONG-OU. 181

Alexandre, à César, à Napoléon : Abel Rémusat Tassimile plus justement à Djengiskhan, auquel il le préfère. Nul ne niera qu'il fit souvent preuve de sagesse consommée, d'énergique valeur, de talents politiques et militaires hors ligne, et parfois de scrupuleuse (ou habile) équité. Féconde matière pour les faiseurs de parallèles. Pourtant, malgré le renom de clémence qui s'attache à sa mémoire, difficilement on l'absoudrait de certains actes de cruauté. L'on rapporte, en effet, que son caractère devint dur, violent, irascible, après le décès de l'impératrice Ma-che J^ JÇ, femme bonne, sensée, d'obscure naissance, à laquelle l'unissait un mariage d'inclination. Elle morte, il refusa de se remarier. Malheureusement, il introduisit de nombreux bonzes bouddhistes en son palais. Que n'a-t-il persévéré à les éconduire, comme il l'avait fait pour les jongleries des taoïstes en 1395! Hong^ou fut à la hauteur de sa fortune: n'en a-t-il point été l'artisaii?

K'ien-iongf (Delamarre, p. 77) consigne ce souvenir: «1382, 15® année, 4® lune. — Assassinat de Li Se-lou ^ ft ^y président de la Cour de Cassation.» Ardent confucianiste, il avait protesté, en donnant sa démission, contre les faveurs exorbitantes accordées par Hong-ou aux Ho-chang (bonzes) et aux Tao-se J|" j^ (sorciers taoïstes). Ils avaient leurs entrées au Palais, pouvaient parler à l'Empereur, s'asseoir devant lui. A la suite d'une fête qu'il leur donna au Tsiang-yvang mtao^^jjH (ou à Tchong chan  lb)v ^^ Se-lou fit de courageuses représentations au souverain, qui le fit si durement maltraiter qu^l en mourut.

Sur la fin du règne de Hong-ou, des gens furent par son ordre écorchés vivants. Un de ses ministres, accusé de complot, périt dépecé en morceaux. On prétend, du reste, que très peu de ses ministres moururent de mort naturelle, assertion en partie calomnieuse (1). Une vieille femme qui, parlant de lui, le désigna par l'expression Lao^feou^tse ^ |g '^, fut également exécutée. Le terme irrespectueux ne constitue point pourtant un outrage de lèse-majesté ; des nankinois l'appliquent journellement, sans intention blessante, à leurs parents âgés; je l'ai subi maintes fois en mes flâneries par la ville (2). Toutefois, nous n'assumerons point la tâche de justifier le fondateur de tous les griefs qui chargent sa mémoire.

Moins d'une semaine (6 jours) après son trépas, le jour même où Tchou Yun-'wen ^ f^ JJ, son petit-fils^ monta sur le trône, Hong-ou, Ming T'aUtsou Kao Hoang-ti ^M ikHSilH ^ i^ ^^^ inhumé au sud et au pied de la majestueuse montagne de Tse^kin chan j^ ^ lll (inoi^t 3* Michel), au Hiao ling ^ j^, en vue de Nankin

(1) On lit dans la traduction Delamarre, à la date de 1394, que nFou Yeou-té if ^ ^1 duc do Yn ^9 Wang Pi ï 3Bj marquis de Tingyiufn £ JSt Pl et Fong Cheng il| JR^ duc de Song 7^ (1375)» reçoivent tous trois l'ordre de se suicider.

(2) Le.P. Gaillard ne confond-il pas Lao-t^eou-tae et Lao-jen-kià t [N. de l'éditeur.]

1S2 eu. II. DYNA8TIB (XXI*) DBS MING, 1368-1644.

transformé par son aventureux génie. Ce «Tombeau des Ming», ou, comme disent simplement les nankinois, oe Hoang ling ^ ^, ces «sépultures impériales» si délabrées, attirent encore étrangers et indigènes pour qui tout le reste, presque inconnu, recèle peu d'intérêt.

Oes ruines de ruines réclameraient à elles seules une monographie spéciale : nous ne renonçons point au dessein de la tenter quelque jour. Hiao ling ^^ signifie «mausolée de la piété filiale». Ce nom officiel du Hoang ling ^ ^ était celui de la sépulture de l'empereur Ou Ta H 3^ ^ ^ (Trois royaumes), mort en Z57. Nous avons vu que Htao-ts'c Hoang^heou # ^ ^ J&, la femme de Hong^^u, reposait au Tombean des Ming depuis 1382. Le Grand Temple, terminé en 1383, avait été inauguré par un sacrifice que présida Piao, le Prince héritier (fils aîné de Hongou et de Hiao^ts'e), mort lui-même en 1392, et enterré un peu à l'est de oe cimetière impérial. Nombre de concubines ou d'impératrices avaient leurs tombes aux environs. (Cf de Groot vol. III p. 1265.) C'est l'empereur Che tsong jft ^ des Ming qui, en 1531, imposa aux hautes collines dominant le tombeau dynastique au nord, son nom officiel et définitif de Chen-liê chan jpf ^lij «monts dominés par l'opération spirituelle.» Ce groupe montagneux s'appelle encore de plusieurs noms, d'origine historique ou légendaire. Tc/ioii-feo Liang, le grand ministre des Chou Han^^ (of. suprà), le dépeignit «comme un dragon qui se tortille H^» Kin-ling aurait été le nom de Nankin avant l'ère chréSenne (cf. de Grooi, p. 1257.) Le vocable plus rare de Tsiang chan ^ |Ij «mont de Tsiang, ï^ lui vient d'un général Tsiang Tse^wen m ^ ^, gouverneur de Nankin, qui, à la fin des Han ^, périt dans une sortie contre les rebelles. La pagode Tsiang^ Wang miao ^î ^1 est un reste du culte spécial qu'on lui rendit pour ce glorieux trépas durant plusieurs siècles (1). Enfin nous avons expliqué ailleurs Torigine du nom plus géographique de Ts&'kin chan.

Une tradition, sans fondement réel, indique la butte de Tch^aO't'ien kong (Pagode actuelle de Confucius) comme la vraie place du cercueil de Hong-ou, ou plutôt de son cadavre, absent du Hoang ling. On invoque à ce propos la pratique coutumière aux fondateurs de dynasties, qui, redoutant la violation de leur tombe, en représailles de tant d'inévitables sévices dont ils furent les auteurs pour conquérir leur trône, prescriraient de mettre en terre, après leur mort, plusieurs cercueils impériaux en divers endroits, afin de dérouter toute recherche criminelle, intéressée ou vengeresse. J'entendais naguère un Tao-t'ai préfet de

(1) Mais ce nom lui est surtout venu de la sépulture de Ou Ta ti (229-241),

lu. RBLATIONS DE RONG-OU ÀVfiC TAMBRLAN. 188

police à Nankin, affirmer la tradition locale sur ce point. A Zika-wei, pareille tradition relative au tombeau de Siu Ko-lao.

L'on enregistre, au temps de la domination de Hong^ou, des échanges d'ambassades entre le potentat fixé à Nankin, et Timour Leng, représenté à tort, par les écrivains chinois, comme son vassal. Il aurait médité de faire la guerre à son suzerain. «Tamerlan voulut, dit-on, porter ses armes en Ohine, pour y venger les princes de la famille de Tchingkis-khan, dont il était l'allié. Les historiens chinois ont pour la plupart ignoré ce fait, et n'ont vu dans Tamerlan qu'un sujet fidèle de l'empereur des Mi7ig, qui reconnut le premier l'autorité de Houng^ou, et lui envoya, avec le tribut qui marquait sa soumission, la lettre la mieux écrite qui soit jamais venue des pays étrangers. On sait cependant que Houng^ou fut informé des préparatifs que ce prétendu vassal avait dirigés contre lui ; car on trouve, dans le recueil de ses ordonnances, un décret pour assembler des troupes, fortifier les places, et construire des camps sur la route qui conduit de la Perse à la Ohine» (1). Abel Rémusat, auteur de ces lignes, consacre seize pages à la biographie de Ming Tai-tsoii ( Hong -ou) empreinte d'une excessive partialité (2). J'ajoute que Timour Leng mourut en 1405, dans le khanat de Khokand, alors qu'il conduisait une de ses terribles hordes à l'assaut de la Chine.

Au jugemement de E.T. Williams (Lecture citée), le portrait du Fondateur, décorant une pagode de Fong-yang fou, dénote plus d'énergie que de distinction physique. Mais à part la valeur documentaire de l'image, qui nous transmet peut-être un type traditionnel, quelle garantie d'authenticité s'attache à cette peinture? J'ai vu des portraits ressemblants de mandarins, exécutés par des praticiens indigènes, qui s'aident de photographies agrandies : mais je sais aussi qu'ils n'hésitent pas plus à pourtraicturer Yao et Choen, Fou-hi et P'an-ftow et autres héros de la préhistoire, que nos artistes à peindre Moïse et David, S. Pierre et S. Paul (3).

(1) Hong-ou se montra désireux de nouer des relations avec les pays de l'ouest : il y envoya des invitations de députer vers lui des ambassadeurs. En 1387 arriva un mahométan envoyé par Tamerlan, proposant des présents qui furent acceptés. Chaque année on en apporta. Sous les Yuen, les Mahométans s'étaient répandus dans toute la Chine, surtout au Kan-sou. Mais sous Hoitg-oUj le gouverneur de cette province et «plus de 1200 Mahométans retournèrent à Samarkande. )> En 13^, Timourlan envoya une ambassade avec une lettre qui fut bien reçue. V. traduction ibid. Bretschneider. Mediœval researches from eastern asiatic sources.

(2) Abel Rémusat, Nouveaux Mélanges Asiatiques T. II, p. 18.

(3) Cf. portrait de Tseng Kouo-fan à Pilaiise.

184 CH. X. DYNA8TIB (XXI*) DBS MING, 1368-1644.

S ni.

RELIGION DE HONG-OlJ.

Nombre de monastères et de pagodes, fondés ou restaurés, remontent à cette époque de transition. Leur splendeur attestait les efforts de la nouvelle dynastie (indigène dans ses origines et son personnel administratif) pour remettre en vigueur les observances propres et traditionnelles du culte national, trop délaissé sous les Yuen Mongols, plus accueillants aux religions étrangères (1).

Par culte national, j'ai en vue cet amalgame de religion primitive et de bouddhisme confucéen, remanié, adapté, mâtiné de taoïsme, de chamanisme et de lamaïsme, ce produit bâtard et complexe, qui défie l'analyse par son imprécision, ce mélange éclectique de superstitions et d'usages, moins justiciable de la théologie que du folklore, et très caractéristique de la Chine moderne.

En effet, pour peu qu*on ait vécu en ce pays, on admire avec quelle assurance des statistiques européennes répartissent les indigènes en catégories distinctes de bouddhistes et de confucianistes. Rien de moins chinois, de plus mal fondé en raison, de plus péremptoirement démenti par les faits : la réalité est que des millions de chinois sont à la fois bouddhistes, confucianistes et taoïstes ; seules les communautés catholiques et musulmanes comportent ce pointage, ce dénombrement appuyé sur des chiffres précis. Pour toute autre répartition en croyances religieuses (c'est à dessein que j'omets les «congrégations» protestantes), les éléments numériques, se défendant de l'intransigeante rigueur qu'on leur suppose^ échappent à toute évaluation exclusive, exigent une place sur plusieurs listes, enjambent les divisions, passent d'une colonne à l'autre, faussent le détail, emmêlent les totaux et démontrent le ridicule de la tentative même (2).

(1) Cf. G. Devéria. «Notes d'épigraphie mongole-chinoise» pp. Sl-îîS— Item : Menciiis pp. 84-85 — Sur Confuciua et Yu€7i (pagode relevée en 12(>7), et sur l'intluence de Ye-lu Tchoa-Vèai empêchant le massacre général des Cliinoia.

(2) Elisée Reclus (T. VII. p. 275) avait déjj\ insisté sur le fusionnement pratique des trois t»ecte8 principales : Bouddhisme, Taoïsme, Confucianisme.

«Il ne faut pas s'imaginer qu'un Chinois soit confucianiste, bouddhiste, taoïste, comme un Français est catliolique ou protestant; il se prosterae devant le monstrueux Bouddha ou l'idole ou la tablette de Confucius, suivant les occasions et le besoin du moment. Le lettré qui, dans son idole, vénère Confucius, ira dans le ttiiiple bouddhiste faire sceller un collier d'argent au cou de son fils, et fera venir chez lui des tdo-sr pour enterrer 8a mère. Je iVai pas int ini seul converti qui st'tt s'il itait auparavant houddhiste ou taoïste.» P. Colombel S.J. Etudes 1887.

Je parle de ce que nous avons sous les yeux. Il est inutile de distinguer ces deux religions : les Chinois ne le font jamais dans la pratique. On va à la pagode bouddhique

XXXI T'ai-tch'eng. Pagode de Ki-miiig se.

XXXIII Tombeau de Su-ta. p. 1

Stèle de Yong-lo pp. 197

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iiiii—i > 1 ^

XXXV Cage des criminelB p. 215.

XXXI T'ai-tch'eng. Pagode de Ki-ming se.

XXXIII Tombeau de Su-ta. p. 175.

XXXV Cage des criminels p. 215

î III. RELIGIONS DE LA CHINE. 185

Et, à 100 millions près (population de la Russie), comment établir les rôles d'un recensement exact de la Chine actuelle?

En tout ca<s, on intriguerait sûrement au plus haut point un indigène auquel on poserait la question : êtes-vous Bouddhiste ou Confucianiste ? D'office, les mandarins eux-mêmes vont aux pagodes de tout genre, l'Empereur aussi.

L'on ferait gorge chaude, en Europe, d'un Chinois assez naïf pour publier les informations suivantes: la France consomme du vin, l'Allemagne de la bière, l'Angleterre du thé, la Belgique du café; — à Paris, 100.000 individus fument le cigare, 55.000 la pipe, 75.000 la cigarette... .

En somme, de tous les documents qui ont motivé cette digression, il ressort que la dynastie des Ming, moins accueillante au début que les Mongols pour la propagande du Christianisme

h la 1*»* lune, on appelle le bonze ou le tao-ac le plus voisin pour s'assurer les faveurs de la fo^une; dans une maladie, on va brûler de l'encens i\ la pa^'ode la plus procbe, sans s'inquiéter ni de la doctrine ni de la divinité.» ibUl.

«La majorité des habitants de la Chine se complait dans plusieurs religions, croit en plusieur divinités, bien que ces religions ne s'accordent nullement entre elles», de Harlez. La Controverse et le Conte mparain^ 1885 p. (>01.

"But in religion, the Chinese go in for a triple alliance of Confucianism, Taoism and Huddhism. Sometimos a raan is only a follower of Confucius, sometimes he is only a Taoist, sometimes ail three, sometimes only two. And so for anybody to ask what are the numbers of Confucians, Taoists and Buddhists in China". Lettres de trois cyclistes, Fraser, Lunn and Lowe. N. CD. N. 19 janv. 1808. Autant demander combien d'Anglais préfèrent la sauce blanche à la sauce piquante.

Le Gouvernement chinois reconnaît les dignitaires bouddhistes et taoïstes. — V. ap. Mayers, Chinese Government ^ les principales dignités de ces deux sectes, reconnues et patronnées par le Gouvernement. Part X.

En fait, comnent le Gouvernement chinois, qui a si souvent proscrit bonzes et tao-se^ pourrait-il bien à cette heure déterminer quelles sont à ses yeux les religions hétérodoxe» SU-kiao (^ Se) condamnées par les lois de l'Empire?— Le christianisme est probablement pour lui la pire de toutes : «le cléricalisme, c'est l'ennemi!»

Cf. Douglas ^'China" London 1882, pp, 316-318 : Amalgame des 8 doctrines, emprunts et concessions réciproques. "Confucianism has provided the moral basis on which the national character of the Chinese rests, and Buddhism and Taoïsm hâve supplied the supematural éléments wanting in that System — Speaking generally then, the religion in China is a medley of the three great sects, which are now so closely interlaced that it is impossible either to classify, localise or enumerate the members of each creed.» Bouddhisme: Loi ]K— Taoïsme: Voie 55 — Confucianisme: Doctrine, instruction Jç»

Cf. fin du chapitre précédent, et Devéria, note sur l'épigraphie Pasgpa. — V. etiam Missions de Chine et du, Congo i\° 28. mars 1891. Cimetières chrétiens de Mongolie, découverts parle P. de Brabandére en 1890. — pierres tombales crucigères — deux Cimetières chrétiens trouvés près de Ili en 1886. Journal asiutiq. : nov. déc. 1886.

A l'entrée de beaucoup de pagodes nankinoises, on trouve l'inscription Ming-tHen ta- ^* !§r ^ >% W Maffni cœli magno Imperatoriy équivalence du D. O. M. des Romains»

186 CH. X. DYNASTIE (xxr) DES MING, 1368-l'644.

que les T'ang du VIII* siècle pour celle du Nestorianisme (1), entreprit dans une pensée politique, de favoriser une sorte de réaction religieuse, moins au bénéfice du confucianisme officiel que des superstitions bouddhiques.

Nous verrons plus tard la dynastie actuelle, tartare-mandchoue, à. peine chinoise, renchérir encore sur cette tactique et amener ce double culte, qui se compénètre de plus en plus, au point culminant occupé par lui dans les institutions et les habitudes du Céleste Empire.

Hong-ou irrité, en 1372, à la lecture d'un passage de Meng' tse, Taccusa d'avoir parlé sans respect de la dignité impériale. Il ordonna de le dégrader, en expulsant sa tablette des temples de Confucius. Puis, il déclara coupable, par avance, quiconque oserait lui soumettre des observations à ce sujet. Un lettré, président du Bureau des châtiments, lui fit une courageuse observation. Dans un nouvel édit, l'empereur réhabilita Mencius et le rétablit a sa place comme Tun des assesseurs de K'ong foU" tse. Il déclara en outre qu'il constituait l'un des plus sûrs interprètes de la doctrine du philosophe (2). Quant à ce dernier, explique du Halde (I. 444), allong-ou ne permit pas qu'on lui rendît les honneurs qu'on rend aux Rois, ainsi qu'avaient fait quelques-uns de ses prédécesseurs : mais il voulut qu'on l'honorât en qualité de Sien-ssée, c. à d. de maître de l'Empire.» En somme, comme la majorité des souverains et la masse des lettrés du céleste Empire, il descendit logiquement la pente fatale qui part du confucianisme rationaliste et égoïste pour aboutir au fétichisme bouddhique (3).

§ IV

Tout continue encore à proclamer la puissance de Ming T^ai'tsou dans le Nankin monumental et topographique contemporain. Il y reste aussi présent que Louis XIV à Versailles, par les souvenirs concrets et tangibles qu'il y a laissés. Et les

(1) Cf. Var. shwhg. n°3; Croix et SwaMika.

(2) Legf^P, Frolcgomena, p. 41 du vol. II (The works of Mencius) des Chifteae Cln^sies; Hong-kong, 1861. Voir aussi Devéria, tin de sa note rasgi3a, Mencius — V. supra.

(3) Un simple rapprochement chronologique fait mesurer au reste, la distance qui sépare alors la civilisation chinoise de la n«Hre, au point de vue psychologique et religieux: vers cette époque, le monde européen s'enrichit du livra immoviel, Imitât io7i de JésiLs-Christ. En effet, Gerson vécut de 1363 à 1429, et Thomas a Kempis de 1380 à 1481.

i IV. NANKIN SOUS HONG-OU, 187

ravages du temps, conspirant avec ceux des hommes, n*efïaceront que lentement son empreinte.

Nous renvoyons à la fin de ce chapitre l'énoncé des modifications si essentielles qu'il fit subir à la ville, en tant que cité et place forte. Disons dès maintenant que l'on se figure sans peine, à la vue des vestiges substantiels, respectés par l'âge et les vicissitudes humaines, quel essor de prospérité galvanisa soudain le vieux Kien-k^ang déclassé. Quartier-général des armées conquérantes, place de guerre formidable, capitale d'un jeune empire plein de promesses, résidence et cour d'un souverain à l'apogée du succès, âme et cerveau d'un robuste organisme, centre industriel et administratif, emporium et métropole, d^ôt d'immenses approvisionnements, vaste chantier de travaux gigantesques, de bâtisses somptueuses, marché prospère de trafiquants enrichis, rendez-vous de savants, de lettrés, d'artisans indigènes ou étrangers, confluent d'une énorme population civile et militaire incessamment accrue: Nankin voyait tout contribuer, lors de cette resplendissante fîn-de-siècle, à faire de lui une prodigieuse merveille de richesse, d'activité et de puissance.

Hong-ou s'attacha à la ville qu'il associait a son enivrante fortune. Potentat chinois, il alla jusqu'à rehausser la pompe de sa Cour asiatique par la présences de quelques éléphants. Une des portes sud-ouest de la grande enceinte retient le nom de Iliiin-siang men M ^ Pl^ ^^^^ porte des éléphants dressés.» Un plan indigène désigne aussi l'emplacement d'un siang-fang ^ ^ «iécurie ou remise des éléphants,» dans le faubourg du midi (1). Pékin conserva jusqu'à nos jours cet usage, privilège traditionnel, emprunté aux monarques hindous.

Quelques larges artères de la «ville tartare,» de la (2) ville chinoise proprement dite et même de ses abords, frappent encore le visiteur par leur robuste et substantiel dallage en énormes rectangles de marbre. Hong-ou promit titres et degrés honorifiques aux richards qui contribueraient de leurs deniers à l'exécution de ces somptueux travaux de voirie urbaine. Un pavage inusable couvrit bientôt quelques kilomètres de rues et d'avenues

(1) Auprès de Koan-yn men f^ "g "g^un modeste établissement de la Mission catholique s'appelle aussi Siang-fang (petite) "remise des éléphants". Peut-i^tre y avait-il là une ferme annexe, au milieu de pâturages et de collines, alors très boisées.

(2) Nommons spécialement : hors ville, la route presque rectiligue du Clioei-si men i\ Kiang-tong men; en ville, celle du Han-si men au Tong-tsi men par le Tch^ao-tHen kong; dans la "ville tartare", l'avenue toute droite du Hong-ou men au Palais impérial, et celle très infléchie du Tong-tai men aux Wai ou-long kHao T'y i K 1W' les cinq ponts-dragon de l'extérieur" que franchit cette "avenue impériale" Yu-lou jf^ J^î sus-mentionnée. De nombreuses dalles atteignent plus d'un mètre de largeur, sur plusieurs de longueur et une épaisseur proportionnelle.

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