GH. XI. DYNASTIE DES MING (SUITE
les oncles du jeune empereur étaient ausei princes de divers fiefs.
Le Yen-wang devait les éclipser tous. Un magicien lui prédit dans une auberge de Tch'ang-ngan g ^ (Si-ngan fou) que, contre toute apparence, il monterait sur le trône. Conseillé par le bonze intrigant ^ Ijj, qu'en 1382, son père Hong-ou avait eu l'imprudence d'attacher à sa personne, le prétendant descendit sur Nankin, pour s'emparer de ce trône, dont, pensait-il, un passe-droit l'avait frustré. Il se trouvait déjà à Hoai-ngan fH ^, sur le Grand Canal, quand son neveu, l'empereur Kien^wen ti, soupçonnant son dessein, lui enjoignit de rebrousser chemin,' et dégrada les autres princes (1). Celui de Yen, franchissant alors le Rubicon chinois, continua sa marche vers le sud et se posa ouvertement en compétiteur impérial (1400). Son armée était à LoU'ho ^ ^, la 5® lune de 1402. L'année suivante, il pouvait se dire maître de tout le nord du Yang-tse hiang, depuis son embouchure jusqu'à Ngan-k'ing, capitale du Ngan^hoei. Occuper le grand fleuve, c'est tenir la clef de la Chine centrale. L'on se battait même à P'tm-^h'eou ^ X}, \a. nouvelle ville forte» déserte et inachevée, en face de Hia-koan, en vue de Nankin, où Fang Hiao-jou j^ :^ ]|| et Hoang Koan ^ |^, son collègue, avaient organisé la résistance (de Mailla X. 105 et seq).
Kien-wen, aux abois, réclamait partout du secours. Il députa inutilement au Yen-wang sa tante, la Princesse K'tngf-fc/i'enghiun-tchou JJ j^ S|5 i? pour discuter les conditions de la paix. L'armée ennemie passa le Yang-tse^ par le travers de l'île /Coatcheou JtR ^, à la hauteur de SUhia chan.
Le débile souverain, qui venait do partager sa capitale en plusieurs quartiers ou secteurs, pour en mieux assurer la défense, renouvela en vain ses propositions pacifiques.
La porte de Kin-tch'oan men 4^ )]\ f^ (condamnée au N.) et celle de Tchao^yang men ^ ^ P^ (à TE.) furent livrées au Prince de Yen (1403), dont les troupes envahirent Nankin. On y avait tout d'abord déjoué le projet de Siu Tseng-cheoii f^ i§ ^ qui méditait de trahir, et on Tavait mis h mort. Ses desseins furent malheureusement exécutés par d'autres traîtres, Li King-long ^ ^ ^ (décapité plus tard), et Tchou Hoei ^ ^,, Prince Kou^ -Wang ^ ^ (fils de Hong^ou), qui ouvrirent Kin-tch'oan men, aux assaillants (2).
(2) En 1399, Miiig Ilori ti (Kleu-wen) «créa des écoles spéciales pour les ^aniisoiis dos capitalcF! du nord et du midi. Elles furent Huppriniées en 1402,» dit Biot, op. cit.
A la 8" hine de 1J(K), incendie de la porte Tch'otg-Vifn men ^i yi f" •
L'on peut trouver dans la traduction DelamaiTe (tq). rit, année 1400) la nomenclature des divers changements de noms, effectués alors dans la ville impériale de Nankin. Kien-wen s*y détermina à l'instigation de son ministre Fang Hino-jon "Jj ^ ^'
(1) Parmi les ministres de Kieii-wen^oM nomme Ts'i T^ai ^ï^) Hoang Tae-tch^eng Jl ^ S ®^ Fan^ Iliao-jou jf ^ JS *
f I. YONO-LO PREND NANKIN. 191
Fang Hiao-jou, à rapproche de l'ennemi, avait dissuadé le jeune empereur de s'enfuir, comme on le lui conseillait; il Tavait pressé de faire tête aux ennemis dans sa capitale. Kien-wen tt, trahi, entreprit de se suicider. Par un stratagème assez enfantin, machiné à loisir, on lui persuada de se faire bonze, et il céda. Il prescrivit ensuite d'incendier son palais; l'impératrice Ma-c/ie (1) se jeta dans les flammes; vingt-sept mandarins se déguisèrent aussi en bonzes, pour accompagner l'empereur, qui sortit par la porte Kouo men f|5 P^ ou KoeUmen Jj f^ (2) et fut caché dans la pagode voisine de Chen~lo koan jjif ^ f^*
Cette pagode, dépendance de l'ancien Temple du Ciel, est située à environ 600"» de la porte Hong^ou men, et un taoïste essayait de la relever naguère (1894). Sur les flancs nord de T'ien-yn chan yi m \li ou Fang-chan "^ \li^ ^^ «montagne carrée», qui dresse sa table volcanique, coupée carrément, à 20 kil: au sud-est de Nankin, sont les ruines d'une tour et d'un vieux monastère de la dynastie des T'ang. Le fugitif impérial s'y serait fait bonze temporairement, pour dérouter les recherches immédiates de son oncle (3).
Fang chan donnera asile, quatre siècles et demi plus tard, au plus en vue des généraux T'ai-p^ing, en fuite comme le faux bonze de 1403.
On aime à trouver sur la liste de ceux qui résistèrent jusqu'au trépas pendant l'attaque Su HoeUtsou ^jÇjjJl, le propre fils de l'illustre Su Ta ^^ ^. Si noblesse oblige, bon sang ne sut point mentir.
Le Prince de Yen, entré en ville, fît périr 873 mandarins, y compris les célèbres lettrés T'ié Hiuen ^ ^ et Fang Hiao^jou, coupables de fidélité à Kien^wen ti. Le premier, accablant Yong^ lo ^ m de reproches, eut les oreilles et le nez coupés. On lui mit des lambeaux de sa chair dans la bouche, et on le couvrit d'huile bouillante. Il mourut à 37 ans dans les tourments : son cadavre se serait remué de lui-même pour tourner le dos à l'usurpateur, son bourreau. Toute la famille du héros et 65 fonctionnaires furent suppliciés le môme jour; leurs noms illustrent les pages du martyrologe chinois.
(1) Elle s'appelait Ma-che comme la femme de Hong-ou.
(2) Il existait une porte Kouo men 5|5 Pi ( V. an. 508) ouverte sous les Nan Song M 3c (420-47Î)), vers la grande enceinte, sur les pentes est du Yu-Jtoa t*ai ; cf. Carte "Nankin kous les Nan-tch^ao'\ Mais certains détails de l'évasion, présentés par do Mailla, se concilient malaisément avec la disposition topographique des lieux. Ce point, du reste, n'offre qu'une importance minime.
Sur l'évasion de Kien-wen tij v. de Mailla X. p. 142.
(3) Fang-chan fut habité sous le royaume de Om :^ (222-280) par un taoïste nommé Ko Yuen ^ 7C î L'empereur Ou Ta Ti (222-252) lui fit bâtir uno^pagode nommée Tong-yuen koan ir| ^ R*
192 GH. XI. DTNASTIB DBS MING (SUITE), 1366-1644.
Plus éclatante encore est la mémoire du D^ Fang Hiao^jou. Hong^ou Tavait nommé, en 1392, «recteur de F Académie de Hantchong ^ tf» (au Chan-si jlj |f enclavé alors dans le Se-tch'oan); puis, en 1398, directeur de l'Académie impériale (Han~lin) et Lecteur impérial 1^ ^ fê ^ S|» (1)* Amené devant Yong-lo, il revendiqua la succession au trône de Kien-wen ti (réputé mort dans Tincendie du Palais) pour le fils, ou au moins pour les frères du malheureux empereur. Invité par le nouveau souverain à écrire un instrument ou pièce officielle, il traça les quatre mots: «le brigand Yen, usurpateur.» Du trône, Yong-lo, outré de ses courageuses répliques, lui fit fendre la bouche jusqu'aux oreilles, puis reconduire en prison. Les lettrés Ty visitèrent en foule. Yong-lo donna Tordre de Ty exécuter, de jeter son corps à la voirie, et d'éteindre sa famille. Ses deux filles se précipitèrent dans la Ts*in Hoai ; un millier de personnes périrent à cette occasion (de Mailla, X. p. 148).
gn Tablette de Fang Hiao-jou, dans le temple qui lui est ï! consacré (Ville impériale). N.B. Il est interdit aux cathojS liques de garder chez eux ou de vénérer ces tablettes des 2 morts, devant lesquelles les paiens font leurs prostrations V et autres cérémonies superstitieuses, dans la croyance que ^ l'âme du mort y réside {^),
Nous reparlerons ailleurs du tombeau de Fang HiaO'jou
5 et du culte pieux, privé ou officiel, qui lui est rendu à 5C Nankin même, où Ton vénère (ville impériale) des dalles ^ ensanglantées, dit-on, lors de son martyre.
6 Lien Tse-ning ||[ •? ^, T'ié Hiuen ^ ^ et King TsHng St '^ Jd partagèrent son héroïsme et son supplice. L'on ^ dit que ce dernier sembla d'abord reconnaître la lé- JS gitimit(^ de l'usurpateur, ses amis se scandalisèrent de ;^ sa défection apparente. Un jour il se présenta au palais, ft portant une épée cachée sous ses vêtements. L'astrologue
impérial venait de révéler à l'epipereur Yong-lo qu'il avait vu une étoile adverse attaquant violemment sa propre étoile, conllit qui présageait un grand danger pour le trône. King Ts'ing fut fouillé; on trouva l'épée sur lui: il ne put dissimuler ses projets criminels ;il fut donc mis à mort par ordre de l'Empereur.
(1) Cf. DHlarnarrc, op-rit.y p. 13ÎK II mentionne, en 1402, «le meurtre de Lif^n Thpiiîjig ^ *' ^^^ primicier des Censeurs, et de Trho Kiji ^ ^^i maître des requêtes de la Cour des contributions, avec leur famille entière.»
«Le conquérant donna des ordres pour la capture de la femme et des filles de Uoang Koan ^ |^î pour servir d'otages afin d'assurer la fidélité de ce brave serviteur des Minf/ : mais avec dix membres de leur famille, elles se précipitèrent à l'eau du haut du pont ijb, Sî Îk * ^ 1* i»ouvelle de leur mort. Hoang Koan les en loua hautement. Puis il évoqua l'esprit de sa femme et l'enterra sur les rives du Kiaiig.a de Groot III. p. a54.