‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 115 sur 205 · CH. XII. DYNASTIE DES MING. — RÎCCI · texte numérisé non relu

CH. XII. DYNASTIE DES MING. — RÎCCI

Sur Ricci, sagement conseillé, Nankin exerçait une indéfinissable attraction par son passé plus encore que par son présent. Au reste, il n'y voyait qu'une étape pour monter à Pékin.

Le P. Trigault (1) a consigné en un latin, plus sémillant que précis, de curieux détails sur ces rapports de Ricci, à Nankin, avec l'élite de la société nankinoise : Présidents des six Tribunaux, Princes du sang, noblesse indigène et locale (2), lettrés de marque, bonzes diserts et influents, eunuques hautains et tyranniques, grands mandarins tant civils que militaires. Ces derniers se montrèrent souvent, alors comme de nos jours, moins réfractaires que leurs collègues de la Littérature à l'influence chrétienne. Hommes d'action énergiques, ils ont moins subi Tinfatuation déformatrice d'un système d'études vaines, insuflisantes et arriérées.

En juin 1598, Ricci quitta donc Nankin pour monter par terre à Pékin. Il venait de passer dix jours à Kiu-yong ^ §, la patrie d'origine des Ming, dans le palais du vice-roi du Kiang^nan r«ao Sirt'tang. Dénommé vice-roi de Sou-tcheou (l'ancienne Kou^ sou f^ Jl^), le haut fonctionnaire ne résidait pas à Nankin, Cour royale, et son séjour à Kiu^yong explique partiellement la splendeur relative de cette petite ville toute en ruines aujourd'hui (3). Wang Tchong^ming était alors Président du Tribunal des Rites, et Ricci sut gagner sa faveur.

Au retour de Pékin, il passa par Sou^tcheou, puis par Tan^yang, où son fidèle ami Kiu Tai-sou le soigna dans une grave maladie. En janvier 1599, Ricci traverse Tchen-kiang et, rentré à Nankin (6 février), y revoit Wang Tchong-ming et le vice-roi. Au mois de mai suivant, il achète à demi-prix un tribunal que l'on dît hanté et, de ce fait, inhabitable. Cette maison, située non pas sur l'emplacement de la Mission ca-

(1) Trigault vint îi Nankin au courant de Ifill. Il y revint après un voyage à Han^^tcheou et à Pékin : il quitta Nankin en 1612 pour aller à Macao et en Europe. P. Ha\Tet. Si-ngan fou. II p. 37.

(2) Cf. de ChrUtiand expeditione, chap. 5, 6, et 7, du livre IV. — La noblesse dont il s'agit plus haut et qui "seule représente notre noblesse d'Europe" était en partie formée de la descendance directe des généraux anoblis par Hong-ou. Le P. Ricci fut invité par le jeune chef de la plus opulente de ces familles (au train quasi royal) A visiter son merveilleux jardin; on le taxerait aujourd'hui de truqué à la chinoise, (cf. op. cit. p. 356.) La romanisation latine de Trigault désigne ces nobles héréditaires par le vocable de Çwocii^w ; faut-il l'identifier avec celui do Kouo-hotuf ? et s'agit-il du jartliu de Su Ta, sis, d'après les plans indigènes, tout auprès et au sud-est de la mission catholique actuelle? Ou bien n'est-ce pas simplement le nom d'un particulier A'o^mo, suivi de l'appellatif Kong ^ Monsieur Li, Li-kong; Monsieur Kouo, Kouo-kong ^ & etc.

(3) Kiu-yong est situé à une petite journée de raarclie i\ l'est sud-est de Nankin. — Un peu plus tard, à Nankin m^me, le P. Sambiasi eut occasion d'exposer les vérités du Christianisme aux mandarins de la suite du vice-roi, venu de Kiu-yong, sur ordre impérial, pour présider les sacrifices rituels au Tombeau dynastique de Hong-ou.

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tholique actuelle, mais à Hong-men kang, avait été bâtie par le Président des Travaux publics. En arrivant, l'actif missionnaire avait logé avec son ami dans les dépendances de la Pagode Tcheng^ ngen se ^ ,g, ^ (1), au centre de la vieille cité, à quelques pas au sud-est du pont Nei hHao ^ i^. Deux frères coadjuteurs chinois Jean et Sébastien Fernandez raccompagnaient dans ces tentatives d'installation.

Est-ce là qu'il reçut la visije du brillant lettré de Changhai, admis, deux ans auparavant, à Pékin, en tête de la liste des licenciés, et dont la conversion ultérieure devait avoir un si durable retentissement, au profit de la diffusion moderne du Christianisme en Chine (2) ?

Les données historiques dont nous disposons nous apprennent seulement que Siu Koang-k'i ^ 5Ê JR? candidat au doctorat, de passage à Nankin en 1600, y vit Ricci pour la première fois et recueillit de sa bouche les notions préliminaires, concernant la religion occidentale.

Ricci partit de cette ville le 18 mai de la même année, y laissant installés les Pères Cattaneo et de Rocha, au milieu d'une cinquantaine de néophytes, répartis principalement en deux embryons de chrétientés^ Tune au Han^si men, l'autre vers Kiang* long men. Le plus âgé des deux Pères Emmanuel Diaz, les visita en 1603. Deux ans après, on agrandit la modeste résidence du poste central par l'acquisition d'un terrain avoisinant. L'on venait de baptiser trois princes de la famille impériale, sous les noms significatifs de Gaspar, Melchior, Balthazar, prémices de cette gentilité.

En 1605 sous Chen^tsong { 1573-1620), il se produisit une tentative d'émeute que le P. de Mailla, (X. p. 394) expose ainsi. «A la 11® lune, les mandarins de la cour de Nan^kin, devant aller en corps à la sépulture impériale (de Hong-ou) faire les cérémonies accoutumées, un certain Lieou T'ien^siu ^ ^ ^, de Fong^yang fou, secondé par neuf brouillons comme lui, rassemble plus de 10.000

(1) On releva c«tto papfode d'importance secondaire en 18%. Jadis hôtel d'un eunuque de la Cour, l'empereur King-iat (Jlt 81) le transforma en temple et lui donna le nom qu'elle conserve. {Cf. Kiang-uing fov tche ÛQ ^ /ff ^c» Kiven X. p. 14.) Lei auberpes pour voyageurs abondent encore en ce quartier affairé. Des morceaux de stèles frap:montéea, épars aux environs, laissent encore lire quelrines traits relatifs au célèbre eunuque.

(2) La famille de ces Siu \^t tixéo aujourd'hui A Chang-hai et aux environs, habitait le pays de K^ai-fong fou km début de la dynastie des iSon^ (960-1280). La ville de Chang-hai montre un temple et un portique d'honneur, p^ai-leou^ élevés à la mémoire do Siu Koang-k^i. Sa tombe mandaiinale se voit près de la route qui mène à Zi-ka-wei (Sin-kia-hoei). Annales de la Prop. de la Foi. Lettre de M. Faivre, Lazariste miss, à Nankin, déc. 1842 p. 306. Visite au tombeau de Siuko-fao (de la femme et de la fille unique) description des animaux en pierre.

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