‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 116 sur 205 · CH. XII. DYNASTIE DBS MING. — RICCI · texte numérisé non relu

CH. XII. DYNASTIE DBS MING. — RICCI

séditieux : il vouloit profiter du moment de <;ette cérémonie pour faire main basse sur eux, et se rendre maître de Nanking ; mais le Tribunal de la guerre, instruit de leur dessein, avertit les mandarins de ne pas sortir de la ville : on ferma les portes, et la garnison prit les armes contre cette multitude, qui fut bientôt dissipée. On arrêta Lieou T'ien-siu avec ses neuf complices et quarante des principaux. Comme ces quarante étaient moins coupables, ils eurent la tête trçmchée : Lieou T'ien-siu et ses neuf camarades furent condamnés à être exposés la cangue au col et à mourir de faim. L'Empereur confirma cette sentence, qui fut exécutée dans toute sa rigueur.»

A cette date de 1606, le P. Vagnoni séjourne à Nankin. Toutefois il ne devait être nommé Supérieur-général des Missions que trois ans plus tard.

En 1607, une centaine de baptêmes y sont conférés par ce dernier, aidé de trois collaborateurs, les PP. Ribero, de Silva et de Rocha. Ce dernier quitte la ville en 1609, après y avoir baptisé Paul Siu Koang^k'i ; Tillustre néophyte revint auprès des Pères passer la fête de Noël en 1610, année (ou 1611?) où ils posèrent la première pierre d'une église publique, qu'une croix de marbre allait bientôt dominer. Ce fait indique la chemin parcouru en quinze ans.

Plusieurs mandarins furent alors admis également au baptême. . Nous verrons de leurs descendants rester noblement fidèles au dernier des Ming réfugié au Koang^si, lors de l'invasion de la dynastie tartare, encore régnante. Parmi eux l'on signale le chrétien Martin Tsin, général des troupes de l'infortuné monarque, le dernier des empereurs chinois, si l'on exclut de la liste le souverain des T'ai-'p'ing et son fils, qui, pendant onze ans, firent de Nankin le siège de leur gouvernement insurrectionnel. (1853-1864).

En 1611, Vagnoni Supérieur-général, se retrouve à Nankin, ainsi que le P. Nicolas Trigault, auquel il prescrit de rédiger les notes manuscrites du P. Ricci, décédé en 1610 à Pékin. C'est l'origine du précieux ouvrage De christianà expeditione ad Sinas^ où sont consignés tant de renseignements inédits, mêlés de judicieuses appréciations.

Cette année aussi, à Pékin, Paul Siu usait de son crédit grandissant pour faire confier une première fois aux missionnaires la réforme du Calendrier de l'empire Iloang-li, ou «Calendrier jaune (1).» Il faut entendre cette mesure en ce sens que les Pères furent autorisés à aider les Docteurs chrétiens Paul Siu et Léon Li chargés de cette besogne.

(1) Mesny's Ch. Miscellany p. 260, n° 1292, appelle Hoang-U le calendrier jaune "tbe Cbinese impérial caleudar, as issued anmially by the Board of impérial astroiiomy. Peking".

s I. ACCUSATIONS DE GHBN-KIO, 1616. 213

Trigault partit en 1613 de Nankin; envoyé en Europe, il l'atteignit par les Indes et la Perse; il devait en revenir après 7 ou 8 ans d'absence pour mourir à Hang^tcheou, qui garde sa tombe.

Sémédo vient alors se faire le collaborateur de Vagnoni dans ses œuvres de zèle à Nankin, que les P. Rodriguez et de Spira ne font que traverser. En 1615, Vagnoni et Sémédo sont les seuls étrangers habitant cette ville. Ils ont avec eux les deux frères chinois Jean et Sébastien Fernandez.

La sinistre année 1616 évoque la date de la terrible persécution qui faillit ruiner à jamais les consolants résultats de tant d'efforts. L'église et la résidence courent les plus imminents dangers. Le haineux Chen^hio ^ JH, (1) l'un de ces confucianistes pharisaïques dont la lignée est si loin de disparaître, se trouvait alors Vice-président du tribunal des Rites à Nankin. Les mots de vertu aux lèvres, mais le cœur débordant du flel de la moins excusable iniquité, il présente à la Cour son premier acte d'accusation contre le Christianisme.

La Cour hésite à persécuter. Dans un deuxième factum aussi éhonté, il reproche à Vagnoni, parmi d'ineptes accusations, «d'avoir établi sa demeure devant le palais du fondateur de la dynastie des Ming.y> Ce détail topographique est accompagné d'un autre : En dehors des remparts, Vagnoni possède encore une maison de campagne, située directement en face du tombeau du même fondateur de la dynastie régnante. Là une colline a été choisie pour être la demeure du '*dragon impérial": peut-on permettre à ces rats méprisables d'en souiller le sol (2)?

De ces accusations retenons ceci: les missionnaires possédaient alors une maison de campagne, une chapelle probablement (avec un Kong-souo, ou centre de réunion pour les chrétiens), auprès du bourg de Hiao-ling \vei, sur la route de Tchen-kiang, presque au sortir de Tchao-yang men, en vue du Hoang ling, ou sépulture des Ming, La partie sud proprement dite de ce tombeau impérial et dynastique se trouvait occupée par les vastes Temples du Ciel et de la Terre, dont il reste si peu aujourd'hui.

En outre, l'acte d'accusation en témoigne aussi, la Mission occupait en ville, tout auprès de Hong^ou men, au bord ouest de la belle avenue dallée, Yu-lou ^ j^, qui relie cette porte au palais impérial, un établissement à l'ouest du tertre modeste (un remblai plutôt), connu encore, dans la ville tartare, sous le nom de

(1) Il était originaire de Hang-tcheou (Tché-hiang).

(2) Mémoire adressé par Clien-kio à l'Empereur Wan-li^ mai 1616. Le Pie7i-kié lIt jS ' apologie chrétienne par le P. àe Pantoja (1571-1618) réfute ce grief que les missionnaires «habitent h Nankin une maison près du Kong-pou j[^ P>P Bureau des Travaux publics.»

fl4 CH. XII. DTNA8TIB DES MIN&.-*GHRISTIANISME.

Hong-^u kang ^ "R |B9, ou Butte de Hong''OU (1).

Pour résumer ce qui regarde les anciens établissements des missionnaires à Nankin : Ricci avait logé en 1599 à la pagode de Tch^eng-ngen se ^ ,@, ^, au milieu de la partie de la ville où la population est des plus denses. Il acheta, à cette date, une maison ou hôtel, près de Hong^ou men, intra muros, et y installa une résidence, confisquée par Chen^kio en 1616. Le P. de Kocha avait un poste-annexe. avec un oratoire, à Hiao^ling uei, à proximité du tombeau de Hong-ou. Le P. Sambiasi put ensuite acquérir en 1637, grâce aux libéralités de trente chrétiens, le terrain du cimetière de Yu-hoat^ai, au sud du Nan men 2), et un autre emplacement, contigu sans doute à celui acheté par le P. Ricci, de la Mission catholique actuelle. Cet établissement serait donc un des plus anciens subsistant en Chine, et encore en mains européennes. On dressa à la porte une dalle portant gravé un éloge de la religion chrétienne, composé pour cette église, par un lettré célèbre de Nankin. Enfin, Tan 1641, Sambiasi, profitant de ses bonnes relations avec le vice-roi, acquit en ville la colline HoU'-chen chan ff f^i lU^ au sud-est de Ts'ing^liang chan; il y éleva une chapelle, sur la façade de laquelle il inscrivit ces trois caractères mêmes, dont le sens est «Montagne de TAnge gardien.» Les catholiques n'y possèdent plus qu'un cimetière, auprès de la pagode Hou-kiu koan J^ |S M' ^^ ^^^ missionnaires y ont leur sépulture.

(1) Yu-hu ou Ym-^wo "la route précieuse" déai^ie une voie iiupéiiale; tout i-r (|ui appartient ou a trait à l'empereur est qualifié de Y'u «impérial»; Hong-ou hunj ^H-ut tiguiiîer pratiquement le hou ri/ de Hong-ou me». (Non loin de Ta-Miug men).

«In emiueutiorî situ eivitatis fluminis alluvionem illudebat. . Krat in primaiio totius urbis vioo, cujus latitudo fere in jactum lapidis extenditur... Ho^Hs palatium, magistratunm tribunalia circumcirca conspiciobat... Cubicula, aulaj, decfui foré Nostris suffîciebant... E vicoad alteruui vicuni lon^itudiue (est-out^st) sua penetrabat et babcbat in utruraque egrodiendi coinmoditatem.wTri^'anlt, "(b» Chrisiicma Expcditionr" -. Iibr.lV\ c. VIII. p. 380 ou 371.

D'après les indications (;omplémentaires du Pon-sir-tsi ^SR ÎP ^^' ^»'i s'accorde î\ placer cette résidence de Kicci (mai 1599) en ville, auprès de Hoikj-oh mm, entn* deux rues qui aboutissaient h l'est au Yii-lnu la "route précieuse" partant du sud de la ville impériale.

Confisqué*', elle fut rachetée 150 taëls en 161t> par un />/ Trh'cufj ^ )j^- Elle était dans la rue Tch'ong-U kial ^JM W' quartier occidental Si-yng'S^^ au n° 3 San-pou ZZ Wi ^i présentait sept chambres de façade orientée au sud. Une tradition persistant chez les catholiques d'aujourd'hui témoigne de la parfaite installation de cette demeure, DÛ affluait le monde mandarinal et lettré.

Je suis redevable an R. P. Colombel de ces renseignements et de plusieurs autres concernant cotte époque.

(2) On y inhuma sans retard plusieurs missionnaires décédés ailleurs ces aimées précédentes.

f II. PERSÉCUTION DE CHEN-KIO. 215

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