EXPULSION DES MISSIONNAIRES— RÉFORME DU CALENDRIER
L'orage avait pourtant grondé au milieu de cette atmosphère si sereine. Le 30 août 1616 était parvenu à Nankin Tordre (expédié dix jours avant de la Capitale, au nom de Wan^li) d'emprisonner, puis d'expulser les Pères, c. à d. outre le frère Sébastien Pernandez si méritant, les Pères Longobardi, Aleni, Vagnoni et Sémédo. Avertis à temps, les deux premiers, attachés à la résidence de Pékin, s'esquivèrent sans retard. Vagnoni est incarcéré le lendemain, avec le F. Fernandez (châtié de 35 coups de bambou en deux fois), et les gens de la maison, soit quinze arrestations en tout.
Plusieurs chrétiens furent abominablement torturés ; puis deux succombèrent, dans la geôle même, par suite des supplices, se refusant à renier leur foi.
Le décret de Wan-li fut promulgué le 14 février 1617; il bannissait les Pères (1). Le 16 mars suivant, Vagnoni et Sémédo sont mandés au tribunal de Chen-kio. Sémédo malade y est porté sur des planches, une porte de maison peut-être, et on daigne l'exempter de la bastonnade. Vagnoni reçoit dix coups seulement, mais si cruels que ses plaies mirent un mois à se cicatriser. Revenu chez lui, il subit une nouvelle perquisition mandarlnale, et on le ramène en prison avec Sémédo. Condamnés à l'exil, on les introduit dans une cage trop étroite (2), où on les enchaîne,
(1) L'on a osé insérer le document suivant, contre la religion catholique, dans le
nouveau T*ong-tche Ohang-yuen et Kiaiig-ning hien ichc |^ (Q /ip SS f édition
1874 des Chroniques des deux sous-préfectures de la ville de Nankin (Kiuen 8, page 10).
aLa 9" année de Wan-li ^ jRi Li Ma-teou fl W jR pénétra en Chine; et ses disciples Wang Fong-sou (Vagnoni) et Yang Ma-nao (E. Di&z junior) deux portugais, habitèrent t\ Nankin pour propager et prAcher la religion perverse du Seigneur du Ciel (Christianisme). Il y eut, en fait, des gens qui se laissèrent tromper par eux. Siu Joii-kou 1^ tO }Qi agent du Bureau des Rites JBf pp WT*) expulsa ces prédicateurs. La 46* année du susdit empereur, ces européens quittèrent la ville. Mais Wan^ Fong-sou^ ayant changé son nom, y rentra plus tard ot en séduisit le peuple de nouveau.» Une note indique que ce texte est tiré de l'Histoire des Ming.
Le nom de Wang Fong-sou î H JB fut en effet remplacé par celui de Kao Itche 1^ "*^ ili'»'
(2) J'ai rencontré parfois dans les rues de la ville, quelqu'une de ces cages destinées au transport des grands criminels. Construites en barreaux de bois grossier et tout à jour, elles mesurent environ 1 mètre de large, autant de longueur et !■• 50 de hauteur. On n'y peut demeurer qu'accroupi. Quatre hommes les transportent, comme des palanquins, au moyen de longs bambous, engagés sur les cAtés. Le voyage s'exécute à petites journées, et sur la route, le peuple a tout loisir de satisfaire sa curiosité ou son animosité (Ph. XXXV).
216 CH. XII. DYNASTIE DBS MIN&.— -GHRISTIANISMB.
(30 avril 1617); puis on les emporte par voie de terre à Canton, qu'ils atteignent après un mois. On ose à peine relater leurs souffrances au cours de ce voyage.
En 1618, ils furent reconduits avec quelques égards à Macao. Vagnont mourut au Chen-si en 1640. A Nankin, Ton avait torturé les frères Sébastien et Jean Femandez.
L'Eglise avait été renversée avec la résidence, et une partie de l'argent provenant de la vente des matériaux fut affectée à la réparation du tombeau de Teunuque Hoang-kong,
La tempête fit place à une courte accalmie. En 1620, le P. de Spira (Van Spiere, de Douai) revenu à Nankin, y passa presque un an, dans une maison achetée par les chrétiens. La persécution portait ses fruits surnaturels : il y baptisa 50 adultes.
L'année 1622 ramena une recrudescence de sévices. On affecta de confondre les chrétiens avec les rebelles du Chan-tong, embrigadés dans la Société secrète du Pé-lien kiao |â îS IK ^^ Nénuphar blanc. Trente-quatre néophytes sont jetés encore en prison et torturés. Un vieillard du Kiang-sij nommé André, mourut à Nankin même, des suites de tourments horribles. En parcourant les rues de cette ville, le souvenir de ces épreuves glorieuses a bien souvent envahi notre pensée!... C/ien-feio, % ^ devenu Ko-lao ^ ^ à Pékin, pouvait assouvir sa haine contre les convertis de Nankin, malgré la courageuse attitude et les efforts intelligents des mandarins baptisés (1).
Tout a une fin; le 27 sept. 1629 un édit impérial enjoignait à Paul Siu de procurer la réforme du Calendrier. Comme il gardait la présidence du Bureau, dont il avait à choisir les membres, il en profita pour s'adjoindre quelques docteurs chrétiens, puis les PP. Longobardi et Schreck, beaucoup plus connu sous son nom latinisé de Terrentius, parfois travesti en Terrenz ou Terrence. Adam Schall et Jacques Rho leur succédèrent. Hongou, fondateur des Ming, avait introduit les méthodes de calcul des mahométans dans l'élaboration de ce calendrier ; mais, aux mains d'opérateurs ignares, peu au fait des théories spéculatives, le mécanisme s'était détraqué, affolé. Sans plus fournir les résultats pratiques, uniquement convoités, il se trouvait hors de service et d'usage. Nul ne savait désormais exploiter les procédés empiriques, appliquer les formules utilitaires, léguées par les directeurs d'antan. Et même au jugement d'une science trop courte pour les remettre au point, en état, elles se trouvaient
(1) Cf. Dehaisne (Vie du P. Trigault. .. "p. l^r^) qni cite ou traduit quelques documents t)riginau3i- Voir surtout les notes érudites du 2*" vol. consacré par le P. Havrot h la Stèle de Si-ngan fou (Var-sin. n° 11). On y trouvera (en attendant la publication d'une histoire plus détaillée, que j'ai lieu de croire en préparation immédiate), de précieux renseignements sur la physionomie du Nankin catholique à cette époque.
XXI Stèle des Han k Ij-choei. pp. 33, 376.
XXXVI P>rade.
s III. JÉSUITES OCCUPÉS À RÉFORMER LE CALENDRIER. 217
inexactes, fautives, menteuses, sans objet, puisqu'elles induisaient en erreur.
Ainsi les horloges portées à la Cour s'étaient-elles arrêtées, quand les donateurs n'avaient plus été là pour les remonter. Ainsi d'ingénieux automates gardèrent-ils des poses éternellement figées ! Ainsi encore, et plus tard, s'obstruèrent les conduites des ChoeUfa Hi f^ ou travaux hydrauliques du P. Benoist au Ynen-ming yuen, dès qu'ils furent confiés aux soins exclusifs de l'incurie chinoise ; des porteurs d'eau durent bientôt en alimenter les réservoirs ; puis tout fut délaissé et ravagé.
Contraints par l'embarras d'une situation inextricable, mis en demeure de réparer un organisme qui ne fonctionnait plus et qu'ils n'avaient jamais bien compris, incapables de mener à bien la réforme urgente, réclamée en haut lieu, les mathématiciens de Pékin avaient donc suggéré à l'empereur de faire appel au savoir astronomique des missionnaires. D'après le P. de Mailla (X. 397), (de chrétien Pierre Li Tchi-tsao ^ jè lÈ président du Tribunal des Rites de la Cour à Nankin,» adressa un mémoire à Wan-li, la 41" année de son règne (1613) pour lui proposer d'employer les PP. de Pantoja, Longobardi, S. des Ursins et Emm. Diaz le jeune, à la réfection du calendrier en détresse (1). On sait comment le conseil fut suivi ; pendant plus d'un siècle, des jésuites, puis d'autres missionnaires, demeurèrent chargés à Pékin de ce service officiel. Entre-temps, le P. Sambiasi avait reçu (1634, sous Tien-hi) l'ordre de déterminer la position géographique de l'ancienne Capitale du sud. De Mailla.
Les autorités de Nanl^in reçurent notification officielle, par les soins de Siu Koang-Wi, qu'il déléguait le missionnaire en cette ville, au nom de l'empereur. Le service du Tribunal des Mathématiques y réclamait sa présence : on avait notamment à prendre la hauteur du pôle, pour en déduire la latitude de Nankin; l'observation de quelques éclipses, ce qui impliquait un assez long séjour, permettrait en outre de vérifier la longitude du lieu, Siu Koang-U'i mourut sur ces entrefaites; son successeur, Li T'ien-hing $ 5i jjg, n'en prorogea pas moins sa mission officielle au P. Sambiasi, délégué impérial, et dûment accrédité auprès des mandarins. Lors d'une éclipse de soleil, le Père traça devant eux, par avance, sur une feuille de papier, une sorte de graphique des phases successives du phénomène. L'heure venue, l'ombre du style d'un cadran improvisé suivit docilement la courbe anticipée, dessinée par le missionnaire astronome. Quelques centaines de conversions, dont celle d'un eunuque du palais, vieillard de 75
(1) Le "Docteur Léon," baptisé en 1610 par Ricci, et originaire du Tché-kiang^ figure dans les relations sous les noms de Li Tche-tHao ^-p Z ïR' ^^ Ngo-ts^oen ^ 55 fipt Li Tchen-tche ^ ^ 21' Li Liang-ngan^Sp cR ?&• Reçu docteur en 1598, il remplit à Nankin une charge au Bureau des Travaux publics.