CH. XII. DYNASTIE DES MING. CHRISTIANISME
tranchaient avec celles de son actif compétiteur de Pékin, qui allait être le chef de la dynastie actuelle.
Ebauchons ici le résumé sommaire d'incidents d'un autre ordre, dont Nankin se vit aussi le théâtre.
L'Empereur Hong Koang 5/. 5È 0^ Fou-wang jJB 3E) y résidait. Perdu dans d'inextricables difBcultés au dedans et au dehors de sa capitale, il y manda le P. Sambiasi (^ ^ ï| '^ S^} qu'il avait su apprécier à K'aUfong fou, puis à Hoai-ngan f|| ^. Il se mit en tète d'en faire un de ses ministres et de le députer en ambassade à Macao, pour y négocier la coopération des Portugais contre les envahissements tartares. Telle était la préoccupation constante de chacun de ces prétendants à cette époque: attacher à leur personne comme à leur fortune quelque jésuite, pour bénéficier de ses conseils et s'assurer la faveur portugaise, en vue de consolider leur branlant pouvoir.
L'empereur nankinois promettait d'embrasser le christianisme, quand il aurait expulsé les Mandchous. Sambiasi déclina pour lui-même tout honneur; mais avec l'assentiment de ses supérieurs, posant k son maitre de prudentes conditions, bientôt acceptées, il résolut de seconder ceux des projets impériaux, qu'on ne pouvait taxer de criminels. Muni de pouvoirs suffisants, dûment accrédité et pourvu d'une escorte considérable, il quitta Nankin, en mars 1645, pour se rendre à Macao. La prise de Pékin par les Tartares avait ruiné d'avance toute chance de succès. Nankin perdait encore une fois celle de remonter au rang de capitale, et les événements prirent le cours que Ton sait. Quant au P. Sambiasi, qui mettait ailleurs ses espérances, il redescendit avec allégresse aux plus nobles et moins décevantes fonctions de la vie strictement apostolique.
Dans les derniers jours de 1644, on avait jeté en prison un bonze atteint de folie, qui était venu frapper une nuit à la porte Ilong-ou men ^ HC P^ en se proclamant l'empereur Tch'ong^ tchen Hoang-ti. Mœurs chinoises: le pauvre maniaque fut exécuté deux mois après (1).
A la 3" lune de 1645, Wang Tche''ming î je ^ un inconnu, venant du nord, se donna encore pour le fils de Tch'ong^tchen H, le suicidé, et son héritier au trône ; il fut emprisonné. Enfin, une femme, nommée Tong c/ie j£^ se présenta au public comme
(1) En cette année 1900, pou avant la révolution des Boxeurs, alors que le pauvre Koang-siUy au pouvoir de l'Impératrice-Donairière, avait déjîl vu révoquer ses édits un peu précipités de réfonne, le bruit courut dans les journaux que Sa Majesté avait réussi a quitter Pékin où sa vie n'était pas en sûreté. On affirma l'avoir vu îl Han-k*eon. Il s'agissait d'une simple ressemblance. Elle coûta cher il l'inoffensif jeune homme, objet de ce quiproquo. Emprisonné par ordre de Tchaug Tche-iovg qui voulait s'en tenir A une simple détention, il dut Atre exécuté pour satisfaire l'austère loyalisme de Li P^inheng alors Commissaire-Général dans les Provinces du sud. V.N.C.D.N. 1900. Ed.
f m. ANARCHIE À NANKIN 1645. 225
l'épouse d'un prince et tenta de jouer un rôle séditieux et politique en ville. On dut ainsi l'enfermer par prudence. Il devenait urgent de refroidir l'ardeur contagieuse de cette ambition épidémique.
En effet, Tsouo Liang-yu ^ S ^ se révolta contre le Prince Fou Wang j^ 3Eî * 'l'Empereur de Nankin", qui envoya Che K'o-fa, contre lui ( 4® 1. 1645). L'armée du compétiteur s'empara de Tong-lieou j|[ J|5 une sous-préfecteure du Ngan^hoei. On poussa le plus activement possible les préparatifs de la défense, Yuen Ta-'tch^eng Kc >^ itt restant spécialement chargé de garder les rives du Yang-tse, à la hauteur de Nankin.
Le Prince Joei rs'in-wangf ^ i|% ^, principal ministre auprès de l'Empereur tartare, avait tenté d'amener le souverain nankinois à reconnaître le pouvoir installé à Pékin. Il députa à Nankin le Fou-tsiang (1) Han Kong^xçei §lj jf^F ^ ft 3li porteur d'une lettre habilement rédigée pour Che K'o-fa, le plus influent des généraux de cette ville. Ce dernier répondit en justifiant les prétentions de son maître au trône de Chine : « Ce prince a sur l'Empire un droit incontestable: il est petit-fils deTempereur Chen-tsong, cousin germain de l'empereur Koang-tsong Jg ^ 1620-1627, et par conséquent proche parent du dernier empereur Tchoang-lié ti, fils de ce Koang-^tsang , Aussi notre choix a-t-il été également approuvé du Ciel et des hommes» (de Mailla X, 512).
Le Tartare recourut à la force, ultima ratio regum. Ses troupes battirent les généraux Che K'o^fa A RT & ®* ^^^ ^^^ i% ^, commis à la défense de Nankin et de ses abords. Dans cette ville, l'empereur s'était fait amener du Tché-kiang Timposteur Wang Tche-ming I;2lW» ^^i exploitait sa ressemblance avec le Prince héritier et se faisait passer pour lui. Nombre de mandarins et de généraux embrassèrent sa cause, ce qui accrut outre mesure la difficulté de la situation. Les Tartares en profitèrent et prirent Fangi-ic/ieou, où Che K^o^fa défait se tua. Une trahison leur livra Tchen-kiang mollement défendu (5 de la cinquième lune, 1645.) (2) Quand la nouvelle de leur approche parvint à '* l'Empereur à Nankin" : il était ivre. Il ne recouvra assez de raison que pour s'enfuir éperdu, par la porte Tong-tsi men, vers
(1) D'après le Mesny's miacellany^ le titre de Fou-taiang §j| JK équivaut sensiblement au grade de Général de Brigade ou Contre-amiral.
Une note de l'Hist. de de Mailla (X. p. 462) traduit Fou-tainng par cMajor-général,» et THong-ping SB "^ par «Lieutenant-général.»
(2) De Mailla rapporte (X. 359) que le fameux Tcheng Trhe-long[{ct. infrà) donna l'ordre à son parent, Tamiral Tcheng Hong-koei S|) f9| ^^f gardant le passage du Yang-tse devant cette ville, d'y laisser traverser le fleuve aux Tartares. cLe premier soin du prince de FoUy en montant sur le trône impérial de Nankin, avait été d'élever Tclieng Tche-long à la di^té de Pé.»