‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 125 sur 205 · GH. ZII. DYNASTIE DES MING.— CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

GH. ZII. DYNASTIE DES MING.— CHRISTIANISME

sur ces entrefaites, renvahissement méthodique des provinces méridionales. Abandonné par Tcheng Tche^long, Long^ou, Prince de T*ang, abdiqua. Puis, en fuite vers le Kiang^si, et sur le point d'être atteint à Ting-tcheou fj* M, il se jeta dans un puits en 1646. Sa femme fut décapitée à Fou-tcheou. Son frère Tchou Yu-'yué :^ $ fl fut proclamé Empereur de Chine (sous le nom de C/iao-ou) mais son règne doit être considéré comme mort-né ou non -avenu (de Mailla, X, 560).

L'année précédente, les Chinois du Tché^kiang (d'abord k Chao^hing jg 9), firent preuve d'un courage voisin de Théroisme en face de l'étranger envahisseur. Il s'agissait pour eux de défendre leur chevelure; on leur imposait la tresse à la tartare et l'obligation de se raser partiellement la tête, mode qui triomphe encore aujourd'hui, pour rappeler aux «Fils de /fan» leur servitude, avec la perte de leur indépendance politique. Depuis la conquête, seules les femmes chinoises conservent le costume national, qui ne parait guère plus que sur la scène des comédies historiques (1).

Au Koang^si, Kiu Che^se ig jj^ ^ le fils, vice-roi du Koang^si, un chrétien mieux connu dans les relations de l'époque sous le nom de Docteur Thomas, fit nommer empereur le 4 de la 10* 1. 1646, (pour succéder à Long^ou, Prince de T'ang Jgl) le Prince de Yong^ming v^ang ^ ^ î, ou Tchou Yeou-lang ^ ^ :MI, petitfils de Wan-Zt H j9| (Cheri'-tsong j|l|l ^). Le nouveau monarque prit le titre de Prince de KoeUlin jg^ :^, localité du Koang-si H IBf (de Mailla, X, 561.) Yong-li ^ ^ resta le titre officiel de ce règne de 15 ans. Le souverain écrasa d'abord, à Canton, l'un de ses rivaux, comme lui issu des Ming. Ce Yong-li, qui tenait sa cour à Tchao-h^ng fou Ip JH jj^ , écoutait volontiers les conseils des Pères , spécialement de Sambiasi , et ceux d'Achillée P'an, de Thomas Kiu Che-ze ^ ^ ^ (2)

(1) En août 1897, les journaux rapportèrent que les Japonais, inquiets du jqraud nombre des immigrants chinois qui rentraient à Formosc, pensaient à contraindre les indigènes de couper leur tresse occipitale. Parmi les rumeurs circulant à Nankin, lors do la saisie par. l'Allemagne de la Baie de Kwotcheou ™ JrH (nov. 1897), je recueillis celle-ci: ces barbares d'Allemands poussent la tyrannie jusqu'à obliger les Chinois du Chantong à se débarrasser do leur "queue" ! Les Russes ne sont pas moins cruels A Port- Arthur et au Liao-tong !

(2) Thomas Kiu se montra toujours très fidèle j\ l'empereur Yong-li ^JB (1646- 1669 au sud de la Chine). Il fut tué jpar Z<?s Af/^nj(7r7/oM.t en 1650, 11** lune, à JR jH| iff après une défaite. D'après les Yu-p'i lié-té t'ong-kien-tsi-lan, Kiuen 119, p. 18 VU IHj JB C Q jE ) après l'entrée des Mandchous, lui seul avec un officier nommé Ts'ié Liang-hiuen JSk Sk,Wi restait dans la ville. Celui-ci l'exhorta à s'enfuir et lui offrit pour cela sa monture, mais il la refusa. Le généralissime des armées de Yong-li. nommé Tchang T'ong-ohang W iRj hK étant arrivé, Thomas Kiu lui dit qu'étant seul chargé de garder la ville, il devait mourir, mais que l(?s autres pouvaient prendre la fuite. Tchang T'ong-chang loi répondit qu'il voulait partager sou sort. A ces mots Thomas Kiu sourit et loi offrit une coupe de vin. II fit venir son officier Siu Kao ^ffif et lui remit

f III. BOYir ET KOFFLER AMBASSADEURS À ROME, 1652. 229

et de Lucas Ts^in ^, nankinois, généralissime de ses troupes. Par leur entremise, il avait gagné Tappui des Portugais de Macao, qui lui fournirent (1649) quelques secours en armes et en soldats.

Les Tartares avaient pris Canton en 1647. Ils éprouvèrent pourtant de sensibles échecs au Koang-si que les mandarins chrétiens conservèrent plusieurs années à Tindigne empereur, Prince de Koei-lin (1647-1648). Le P. Koffler, en grande faveur auprès de lui, travailla en vain à le convertir. Son ministère eut un plus consolant succès parmi le personnel de la cour, en particulier auprès de la reine-mère, la Princesse Hélène et l'Impératrice, baptisées avec quelques autres dames. L'héritier présomptif, fils légitime de Tchou Yeou-lang, reçut également le baptême, du consentement de cet empereur, en 1648, sous le nom symbolique de Constantin. Il était né d'une mère chrétienne à Nan-nmgf fou, Yong-li députa les PP. Koffler et Boym en ambassade au Pape Innocent X. Ayant traversé la Perse et le Levant, ils se trouvaient à Venise à la fin de 1652. On a raconté comment, au milieu de tracas sans nombre, Boym remit ses lettres impériales au pape Alexandre VII et repartit pour la Chine (1) (1656). Sambiasi était mort à Canton, en janvier 1649. Cette année même, Yong^li assistait à Tchao-kin fou à une messe dite par le P..Sémédo en la chapelle du palais.

Canton reconquis se rend encore aux Mandchous (1652) après un an de siège. Ils envoient à leur tour Sémédo conduire des négociations et faire des propositions d'entente aux Portugais de Macao. (Le P. revint mourir à Canton en 1658.) Puis les Tartares envahissent le Koang-si et le P. Koffler périt dans la bagarre (1652).

Yong-li s'enfuit au Koei-tcheou jK jftl, au Yun^nan (1654) et plus tard (1662) en Birmanie (Mien-tien i|f fj) (2). Livré alors aux Tartares, il se pend dans la capitale du Yun^-nan, la «18* année

ses sceaux officiels afin qu'il les rapportât à l'empereur Yong-li ^ jS* Ils passèrent ainsi toute la nuit. Le lendemain, quelques cavaliers Mandchous étant survenus, Thomas Kiu leur dit "Nous avons attendu la mort trop longtemps". Conduits auprès du chef tartare, ils s'asseoient par terre. On leur commande de se soumettre : ils le refusent. On leur ordonne de se raser et de se faire bonzes; ils résistent. Alors on les conduit dans une prison où ils restent plus de 40 jours, s'occupant de poésie. Enfin conduits au supplice, ils se montrèrent tout rayonnants de joie et on leur coupa la tète. Thomas Kiu reçut de la dynastie actuelle le titre de Tchong-siuen ® S > on peut donc l'appeler Kiu Tchong-siuen kong '{g JS ^ ^'

(1) Boym S. J. (1612-1659) polonais, niort sur les frontières du Koang-si, 22 août 16.59.

(2) Cf. E. Rocher, La Province du Yun-nan^ p. 185. Le Prince de Koéi^ arrivé en 1654, serait resté 7 ans en Birmanie, essayant de faire valoir ses prétentions au trône. Poui' de Mailla (XI-p. 34 et 46), le Mien-kouo est le Royaume à*Ava.

230 en. Xtl. DTNilBTIK DBS UWQt. — CHRISTIANIBMI.

de son règne». Le petit prince Constantin, son fils, baptisé à sa naissance, disparait vers Tâge de 14 ans, dans ces terribles péripéties, et les princesses chrétiennes de la Cour sont conduites avec égards à Pékin.

En 1649, pour mieux résister a ces membres de la famille des Ming, les Tartares établissent trois princes vassaux, (sorte de lieutenants-généraux du royaume. L'un des plus marquants de ces Chinois fut K'ong Yeau-ié JL^^fil. prince de Kin-chan ^ [Ij, descendant de Confucius et Tun des premiers ralliés aux Mandchous. Il reçut le titre de Ting-nan wang fe î& ï, «Prince pacificateur du sud." En fait, il y alla combattre le Prince de Koei ;($, des Ming, que soutenait Tamiral Tcheng Tch'eng^kong fil JSft^ (fils de Tcheng TcheAong)^ avec le général Tchang T'ong"chang ^ |^ ft et surtout le chrétien Kiu Se-se. Ces deux derniers furent pris par Kong Yeou-'té, qui tenta vainement de les gagner aux Tartares, puis leur enjoignit de se raser la tête, au moins de s*habiller en bonzes. Sur leur constant refus, ils furent exécutés en 1650 (de Mailla, XI, 34).

Le P. de Mailla (X. 545 et seq.) accumule les détails sur la vie militaire, maritime et politique du turbulent et ambitieux amiral Tcheng Tche^long qui, ayant successivement aidé ou trahi les empereurs éphémères de Nankin, du Tché^kiang et du Fou'kien (Prince de T'ang), finit, à la suite d'aventures dramatiques, par se soumettre aux conquérants mandchous. Amiral, pirate, chef de bandes ou d'escadre, ces qualificatifs lui conviennent également. La carrière complexe et mouvementée de Lieou Yong^fou 9t -^lH ^^^ ^^ continent chinois, au Tonkin et à Formose ces 15 dernières années, donnerait quelque idée de la sienne (1).

Natif du FoU'kien, domestique chez les Portugais de Macao, il y avait été baptisé sous le nom de Nicolas* Gaspard. Son oncle établi au Japon lui légua une part de sa fortune, part qu*il augmenta par son aptitude au commerce. Bientôt il acheta des navires, qu'il arma contre les pirates; insensiblement transformé en corsaire^ commandant à 3.000 jonques, retranché à Amoy où il s'était bâti une forteresse, il s'arrogea un contrôle sans appel sur tout le cabotage maritime. L'immense personnel à son service et sous ses ordres comprenait des Cafres (chrétiens?), esclaves noirs libérés. Redouté des mandarins, cet écumeur des mers fut reconnu par eux grand Amiral des

(1) £q dépit du rôle piteux joué naguère par Lieou Yong-fou 91 ^ jJH (étemel bonheur: Hao = Yon^-ting ^ S ou bien Lieou I) k Formose, où il évita toute rencontre avec les Japonais et abandonna ses propres troupes, le vice-roi de Canton parlait (janvier 1898) de l'envoyer à Hai-7ian ^ ^, défendre cette île contre les projets éventuels de la France. Entré en 1882 dans l'armée chinoise, né en 1896 au Koang-ai. — Mesny. n* 669.

i III. TCHENG TGHB-LONG OU COXINGA. 231

côtes de Chine, à charge d'envoyer annuellement un tribut substantiel à Pékin. Ainsi encore Lieou Yong-fou, Tancien chef de pirates du haut Fleuve rouge au Tonkin, transformé en soutien du trône impérial, protégera le Céleste Empire contre la France et le Japon (1).

Tcheng Tche-long, créé par les Tartares lieutenant-général, avec le titre de «Pacificateur du Midi» PHrig-nan wang, 1648, fut perfidement attiré à Pékin, où on l'interna avec des protestations de déférence hypocrite. Il y mourut en prison, peut-être exécuté (1661) (2). Son fils Tcheng Tch'eng-kong SJ JSK Jgb, pour lequel il avait osé rêver la succession au trône des Ming, (3) jura de le venger et tint parole. Nous indiquerons quelques pages plus bas ce que les Mandchous, spécialement la ville même de Nankin, eurent à souffrir de ce ressentiment filial (4).

Les années 1675 et suivantes avaient vu échouer la nouvelle tentative de restauration en faveur du Prince de Koei^ descendant des Ming, rappelé de Birmanie ou du royaume d*Ava. Ou San^koei, rallié aux Mandchous, qu'il avait introduits à Pékin, fit étrangler au Yun-nan ce dernier compétiteur et son fils, pensant avoir enfin exterminé tous les membres de la famille de Hong^ou. En fait plusieurs membres subsistent (L'un d'eux, converti au catholicisme, est mort jésuite] ; mais leur condition sociale ne saurait porter ombrage, pour l'instant, aux souverains tartares. La Chine comtemporaine encourt pourtant un danger latent et

(1) Yu man-tne n'a-t-il pas vendu sa soumission plus ou moins sérieuse, au prix d'un {^ade de colonel de l'armée régulière ? Au reste, le Gouvernement de l'Impératrice (lui devait 2 ans plus tard faire cause commune avec les Boxeurs, ne voyait-il pas d'un bon œil les efforts de ce chef de brigands pour chasser les Européens du Se-tch*oan ?

(2) Voir dans les fascicules autographiés du P. A. Colombel S. J. II» P. (1644-1840) p. 148. et 149, le détail des relations du P. de Magalhaens à Pékin avec ce Tcheng Tche-long.

(3) On s'en souvient, Hong-koang l'avait déjà marié à une princesse du sang des Af J7î^ de Nankin. Le Prince de T^ang, de la môme famille, ne laissant point d'héritier, Tcheng Tche-long tenta de lui faire adopter son fils, sous le nom de Tchou Tch^eng-kong "Ssi JSK ^ ^^ ^^ l'introdnire ainsi, selon le code chinois, dans la lignée impériale. Le plan paternel souleva la plus vive opposition (Le jeune homme fut nommé Tcheng Tch^eiig-kong). Outré, le père mit son épée au service du Prince de LoUy an autre compétiteur issu des Ming. D'après les chroniques, en 1659, ce môme Tcheng Tch'eng-kong m) wL ^ ' connu comme célèbre pirate, attaque la ville de Nankin, mais il est repoussé par le colonel Liang Hoa-fong ^ I^B fë Tu fil > fit ce fut à cette occasion que le nom de la porte Chen-tché men If^ >^ f^ (porte du calcul divin) changea en oeloi de Té-cheng men ^ Jff ( J (porte de la victoire).

(4) Les Japonais appelaient ce Tcheng Tch^eng-kong (fils de Tcheng Tche-long et d'une japonaise) du nom de Coshinga, Kosenga et Koxinga, corruption de Kotto Bing-yé (ou Kok Seng-ya, en dialecte du Fou-kien. cf. Imbault Huart, op-cit). Des relations européennes le désignent par Cogsing, latinisé en Quoiaingua. (cf. Historia Tartaronm nova, authore Francisco de Roogemont S. J. Lovanii, 1673.

Page 1