‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 22 sur 205 · FOU-TCH'OU · texte numérisé non relu

FOU-TCH'OU

Ce roi n*a pas reçu de nom posthume, n'ayant eu ni successeurs ni sacrifices.

En 226, Wang-pen ^ 1^, fils du fameux général de Ts'in m Wang-tsien ^ "j^, conduisait une armée contre le pays de Tch'ou, et lui prenait dix villes.

Encouragé par ce succès, le roi Che Hoang-ti iô ê ^ voulut préparer une expédition décisive ; il demanda donc à son général Li-sin ^ ^ combien il faudrait de soldats pour faire la conquête du pays tout entier. Celui-ci répondit que deux cent mille hommes sufliraient amplement.

Che Hoang-ti posa la même question à Wang-tsien. Celuici répondit qu'il fallait au moins six cent mille hommes; sinon, il n*y fallait pas songer. — Je vois que vous êtes devenu vieux et craintif, répliqua le roi; puis il donna le commandement de la campagne à Li-sin et à Mong-tien ^ 'fjf , leur confiant deux cent mille soldats seulement. Wang-tsien fut si fâché qu'il prétexta une maladie, et se retira dans son pays de Pin-yang |^ ^ (!)•

En 225, Li-sing s'emparait bientôt de P'ing-yu 2p ||, de Yen 35 ®* ^® Tch'en |^ (2); Mong-tien |j| jg, de son côté, prenait la ville de Tsin j§| (3); après quoi, ils réunirent leurs troupes à Tch'eng-fou j{£ -^C (^)-

L'armée de Tch'ou les suivait de près ; elle marcha sans relâche, pendant trois jours et trois nuits, afin de les attaquer à Timproviste. Elle y parvint heureusement, s'empara de deux

(1) r*in^'-yaii|:r=était à (i<) li nord-est, de Fon-p*iii« l)ieii ^ ^ JÇ^i <|in est A 60 li nord de sa préfectnro Si-rijran fou H "?? /iî Chnn-si (p. Fa., vol. 14, p. 14) — (g. vol. 53, p. '»7).

(2) P'ing-yii = otait un peu au Bud-est do Jou-ning fou if( ^f- J^ Ho-nan"" (p. Fa., vol. 12, p. 49).

Yen =était i\ 0 li sud-ouest de I-tfh*eng bien S SR /R' qui est ù 120 li sud-est de sa préfecture Siang-yang fouJi Vf$ jjj [Hou-pé; (p. vol. :il, p. 28).

Tch'en = c'est Teh*en-toheou fou |ff îHi /pT Ho-nan 1. Elle e' . aussi appelée Yng ^f parce qu'elle a gervi de capitale au roynuui'' de Trh'ou (Voyez, à l'année 278) — (g. Fa., vol. 47. p. 22).

(3) T8ing=appelée plus tard Chen-k'ieou <% rC. = ^^>- e«'llr ei est ;\ 10 li sud-est de Tch*en-tcheou fou (ci-dessuB).

(4) Tch*en-fou=était h 40 li 8ud-oue.^t de Kia-hien ^i IKi qui e.st j\ 90 li sud-est de Jou-tcheou tx /H [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. ftJ) — (g. vol. 51, p. 40).

camps, tua sept grands officiers, mit Li-sin en déroute avec tous ses» gens.

A cette nouvelle, Che Hoang-ti entra en fureur. Mais il fallait à tout prix réparer cet échec ! Il s'humilia jusqu'à se rend- ' re eh personne auprès de Wang-tsien ^ j^: Moi, homme de peu de valeur, lui dit-il, j'ai méprisé les conseils de votre expérience; Li-sin vient de déshonorer notre armée; vous, mon général, vous voudrez bien ne pas me laisser dans l'embarras; quoique malade, venez à mon secours !

Wang-tsien prétextait toujours sa maladie, afiirmant être incapable de diriger cette campagne; mais Che Hoang-ti ne voulait pas en entendre parler. Alors le général lui dit: puisque votre Majesté m'oblige absolument de prendre le commandement, il me faut six cent mille hommes ; sinon, c'est impossible ! — Je me conformerai à vos désirs, répondit le roi ; et il fît lever les troupes demandées.

Wang-tsien se mit en route ; et Che Hoang-ti l'accompagna jusqu'à la rivière Pa J^ (1). Chemin faisant, le général lui demanda de meilleures terres, de meilleures maisons, et en plus grande quantité. — Partez sans inquiétude ! répondit le roi ; ne vous préoccupez pas de votre pauvreté ; j'y pourvoierai !

Mais Wang-tsien revenait à la charge, en disant : j'ai été généralissime de vcTtre armée, et j'ai bien mérité quelque récompense ; je ne suis cependant pas parvenu à être marquis : je profite de l'occasion favorable, pour demander à votre Majesté de ferres que je puisse laisser à ma descendance ! Che Hoang-ti riait aux éclats.

Après leur séparation, Wang-tsien envoya encore plusieurs messagers réitérer sa requête. Quelqu'un lui fit remarquer que c'était vraiment par trop insister. — Vous ne comprenez pas mon idée, répondit-il; le roi est soupçonneux, et ne se fie à personne : il vient de dégarnir son royaume de toutes ses troupes, pour me les confier; si je n'avais pas agi ainsi, pour lui prouver combien je tiens à mon pays, il aurait nourri des soupçons contre moi.

Wang-tsien reprit la ville de Tch'en |^, dont nous avons parlé plus haut, et tout le territoire environnant, jusqu'à P'ingyu 2^ H ; puis il se fortifia solidement dans son camp, refusant tout combat avec l'armée de Tch'ou. Il fit reposer ses troupes, leur fit prendre des bains, les nourrit copieusement, et se montra si paternel qu'il mangeait avec les soldats.

S'amuse-t-on bien î demandait-il. — Oui ! répondait-on : nous jouons à qui sautera le plus haut et le plus loin ; à qui

(1) Lh rivière ra=coule à 30 11 à lest de Si-uKan fou Bf >î IHF [Chen-sij (g. Fa., vol. 53, p. 15).

lancera le plus loin les plus lourdes pierres. — C'est bien ! disait-il; de tels soldats seront capables de tout, quand le moment sera venu.

L*armëe de Tch*ou voyant qu'elle perdait son temps à attendre le combat, finit pas s'en aller vers les pays de Test. Wang-tsien se mit à sa poursuite avec ses meilleures troupes, la vainquit, et la dispersa aux quatre vents du ciel ; il poursuivit les fuyards jusqu'au sud de Ki ]|f (1) ; après quoi, il organisa Tadministration régulière dans les contrées conquises.

En 233, il revint à la charge, .avec le concours du général Mong-ou m |g( ; cette fois, le royaume de Tch^ou fut anéanti, et devint une dépendance de Ts4n |^ ; Fou-tch'ou lui-même fut fait prisonnier.

Le général Hiang-yen ^ |j^ ne désespérait pas de relever son pays ; il réunit tout ce qu'il put des restes de Tarmée, déclara roi le prince Tch'ang-p'ing g ^ ;&, dont nous avons parlé plus haut, et se mit à harceler les troupes de Ts4n, au sud de la rivière Yai (||. — Mais il finit par être vaincu et se suicida ; le prince Tch'ang-p'ing (ou Tch'ang P*ing-kiun) fut tué ; ce fut vraiment la fin de Tch'ou.

Comment ce seigneur de Tch'ang-p'ing ; demi-frère de Poutch^ou, frère des deux petits rois précédents, se trouvait-il premierministre à la cour de Ts4n ^, en 238, où il^aida efficacement le roi à réprimer la rébellion de Lao-ngai tf ^? Pourquoi était-il rentré dans son pays, en 226 ? Je ne trouve pas de réponse dans les auteurs.

Wang-tsien ayant établi une administration régulière, pour le compte de son maître, s'empara encore de l'ancien royaume de Yué ;||. Dans ce pays, il y avait un certain nombre de princes de la famille royale, qui, en 334, après la conquête du roi Wei |||, s'étaient retirés dans les villes du bord de la mer méridionale, et y vivaient indépendants ; ceux-là même vinrent faire leur soumission à ce fameux général.

Finissons cette histoire du royaume de Tch*ou par une remarque du grand érudit Kou Yen-ou JjR ^ ^i dans son recueil intitulé Je-tche-lou Q jgi H, vol. 22, p. 5.

Il dit donc: «Ce pays a été abattu par le roi de Ts*in c'est vrai ; mais 11 était capable de se relever ; et il le montra bien; car c'est lui qui détruisit à son tour cette dynastie impériale éphémère de Ts4n ; ceux qui lui portèrent les plus rudes coups étaient des hommes de Tch'ou: Tch'en-cheng ^JH, Lieoupang 9 fH, Hiang-leang Jgjg (fils de Hiang-yen T^ ^), Hiang-yu "M ^f ^^ d'autres.

(1) Ki=étaiti 9611 aasud de Sou-tcheou ^ ^H^a^^ ^st à 233 li nord -ouest de Ba préfecture Fong-yang fou 91, ^ Jjf [Ngan-hoei] (p. Fa., vol. 6, p. 28) — (g. Fa., vol. 21, p. 49).

De tous temps, ce pays avait en une forte organisation, capable de résister à de grands chocs; il avait une bonne administration, une armée nombreuse et aguerrie ; aussi eut- il moins de révolutions que ses voisins ; il dura plus longtemps, et se releva presque aussitôt après sa chute (pour devenir le maître de toute la (^^hine)». '

Ajoutons que cette gloire lui a même survécu jusqu'à nos jours. La province actuelle du Hou-koang fjjg J|, c'est-à-dire celle qui comprend le Hou-pé }jjfl 4t ^^ ^^ Hou-nan Jjjg J^, est le centre physique et moral de la Chine; ses habitants se considèrent comme les Chinois «par excellence» ; ils sont les ennemis acharnés des Européens; nulle part la frénésie des lettrés n'est plus violente : nulle part les calomnies ne sont plus odieuses, ni entretenues avec une obstination plus diabolique. Ses soldats sont réputés les meilleurs d(* Tcmpire : tant que ceux-là ne sont pas vaincus, la Chine est sauve ! Ils sont le rempart le plus assuré de la grande patrie î

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