PC
(1) Tinj,'-tao= était im peu à l'ouest dv Tin^-tao bien j£ Ri JR' dans la préf turc» (le TR*ao-tclieou flf jHi [Chan-tonp] (p. Fa., vol. 10^ p. 17).
(2) Yont;-k'i(Hm-c'oflt Ki-hion ffi jR, illOO li à Vont de R'ai-fonp fou R 3^ /^F [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 3).
(3) Wai-hoang= était à 60 11 nord-est do Ki-hlen (g. Fa., vol. 47, p. 18).
(4) Tch'enp-lieou= était à 20 11 au nord de la ville actnelle de ce nom, dans la préfecture de K'ai-foufç fou ™ ^ Jiï [TTo-nan] fp. Fa., vol. 12, p. 3).
(5) P*ong-tch*eng= c'est Sia-tcheou fou |^ jH| jfiT [Kiang-Bou] .
fasciner par le lettre Song-i 5fc H; parce que celui-ci avait si justement prédit le sort de Hiang-leang. Ayant réuni toutes ses troupes, il fit une distribution générale de dignités ; Song-i son homme de confiance, devint généralissime [chang-tsiang-kiun J^ jjf ^] Hiangyu 9 ^ nommé duc de Lou [Lou-kong ^ ^], ne fut que second général ; Fan-tseng f^ jj^ fut le troisième. Après cette singulière promotion, nos trois hommes furent envoyés ensemble au secours de Tchao ^ (1); c'était un tigre attelé avec deux bœufs; un tel char ne pouvait marcher bien longtemps !
L'armée étant parvenue à Ngan-yang $ ^ (2), le retint pendant quarante-six jours dans une complète inactivité. Hiangyu dit alors : j'ai appris que les troupes impériales assiègent Kiulou fg j|g (3) : hâtons-nous de passer le fleuve Jaune ;nous attaquerons les gens de Ts'in ^; par dehors, tandisque la garnison fera une sortie de toutes parts ; nous sommes sûrs de la victoire !
Song-i répondit en sage lettré ; ce n'est pas ainsi qu'il faut faire ; d'un coup de main, vous pouvez bien écraser les mouches d'un bœuf, vous n'écraserez pas les poux qu'il a sur le dos ! [c'est-à-dire: il ne s'agit pas tant de sauver les gens de Ts*ao que d'anéantir l'armée de Ts*in] ; si les troupes impériales remportent la victoire, elles seront affaiblies par les travaux de ce long siège ; nous pourrons avec notre armée toute fraîche les mettre en pleine déroule ; si elles ne peuvent prendre la ville, nous n'avons pas à nous en occuper ; nous nous lancerons vers l'ouest, à la conquête de Ts*in ; ainsi, nous n'avons qu'à gagner à laisser les deux partis s'affaiblir mutuellement. S'il s'agit d'endosser la cuirasse, et de manier la lance, vous êtes plus fort que moi ; s'il s'agit de donner un bon conseil, avouez que je suis plus fort que vous!
Sur ce, Song-i publia l'ordre du jour suivant : quiconque se montrera furieux comme un tigre, opiniâtre comme un bouc, acharné comme un loup, indocile aux ordres donnés, aura la tête coupée ! Puis il envoya son fils Song-siang 5^ ^ au pays de Ts'i 9, pour y prendre en main l'administration ; lui-même raccompagna jusqu'à Ou-yen ^ |g (4), où il donna de grands festins en son honneur.
Le temps était froid et pluvieux ; les soldats souffraient à la fois du climat et de la faim ; Hiang-yu donna publiquement cours à son indignation : Au lieu d'aller d'un commun accord
(1) Ponr indiquer le titre de généralissime, l'auteur emploie encore l'expression K*in{f-tfte-koan-kinn 19 J ^ j/L •
(2) Npran-yanp=était au nord-ouest de Tthang-té fou ^ 9 Jn [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 16).
(3) Kiu-lou= c'est P'ing-hiang bien ^ îB SI» à 80 li sud-est de sa préfecture Choen-té fou M ^ M [Tche-li] (p. Fa., vol. 2, p. 47).
<4) Ou-yen = était à 20 lia l'est de Tonp-p'iug-tcheou HC ^ W» qui est à 150 11 Â l'ouest de sa préfecture T'ai-ngan fou jfc ^ Jff [Chan-tong] (p. Fa., vol, 10, p. 13).
combattre Tarmée impériale nous restos ici morfondus, sans bouger de place ; nous crevons de faim, n'ayant h manger que de misérables légumes, tandis que le généralissime vit dans Tabondance et les festins ! Si nous passions le fleuve Tchang jîjt (1), nous trouverions des vivres dans le pays de Tchao BS < unissant nos forces, nous irions battre l'armée de TsMn. Le généralissime prétend profiter de son affaiblissement pour l'anéantir ; étant si nombreuse et si aguerrie, elle n'aura pas de peine h vaincre celle de Tchao ; une armée triomphante est-elle donc si affaiblie qu'on puisse facilement Técraser ! Il n'y a pas longtemps qu'elle noUs a battus ; notre roi en a été si chagriné qu'il ne peut ni manger ni dormir ; on attend de nous la paix du pays ; son existence même dépend de cette expédition. Mais le généralissime se soucie bien de cela ! Il pense a ses affaires de famille, et non au bien public.
Le lendemain^ Hiang-yu alla trouver Song-i, le tua, et lui coupa la tête. De suite, il fit publier dans le camp: Song-i était un traître, d'accord avec les gens de Ts*i jÇ, pour anéantir notre pays; notre roi a envoyé un ordre secret de le mettre à mort.
Les autres généraux n'osèrent protester; ils dirent même à Hiang-yu : c'est votre famille qui a commencé le relèvement de notre royaume; vous venez de punir un traître, c'est encore un nouveau bienfait! Là-dessus, ils le déclarèrent généralissime. On envoya des hommes à la poursuite du fils de Song-i, jusqu'au pays de Ts'i. où ils le massacrèrent. Hoan-tch*ou ;g ^ fut député auprès, de Hoai-wang. pour l'informer de ce qui était arrivé; celui-ci ne povait que garder le silence au sujet du fait accompli ; il confirma à Hiang-yu le titre de généralissime.
On était à la 11^1"^^ lune de l'année 207. Après ce coup de force, la terreur de Hiang-yu se répandit partout, même dans les pays environnants. li ordonna aux deux généraux Tang Yangkiun K K iSi ^^ P'ou Tsiang-kiun ^ {ff jft de passer le fleuve Tchang ^, avec vingt mille hommes, et de courir au secours de Kiu-lou ^ j|^. Ceux-ci ne remportèrent qu'une victoire indécise; le général de Tchao ^ réclama avec instance de nouveaux renforts.
Hiang-yu mit en marche tout son monde ; après avoir traversé le fleuve Tchang, il fit couler à fond ou briser toutes les barques : il fit de même casser les instruments de cuisine, détruire les campements, emporter des vivres pour trois jours seulement, afin qu'on vît clairement qu'il fallait vaincre ou mourir.
(1) !.<' rtfuve Tchanf;= appelé cncon- Lipou-chmâ ^ ^: viontde la pivfectiiro Koanfif-p'ing fou jK ^ Jff [Chaii-KiT, et coiiIp 20 li au sud-onost <\r Kin-lon (p. Pa., vol. 1, p. 4) — ip. vol. 1.*», p. 10).
Aussitôt arrivé, Hiang-yu cerna les assiégeants, commandés par Wang-li 3E Ml' livra neuf batailles, coupa les communications par où venaient les vivres à Tennemi, remporta enfin une victoire éclatante. Parmi les gens de Ts'in |^, Wang-li fut fait prisonnier, le général Sou-kio ][£ ^ fut tué, le général Ché-kien j9| 0 ne voulant pas se rendre, se brûla de rage.
Dès lors, Tarmée de Tch'ou fut réputée la première de toute la Chine. Car bien que les troupes auxiliaires de dix états insurgés fussent venues au secours de Kiu-lou, personne n'avait osé se mesurer avec les gens de Ts4n. Quand Tarmée de Hiang-yu marchait au combat, tous les généraux montaient sur leurs retranchements, pour assister de loin à la bataille. Les soldats de Tch'ou avaient une contenance si martiale qu'un seul semblait en valoir dix; leurs cris étaient si formidables que les troupes auxiliaires en' étaient elles-mêmes saisies de frayeur dans leurs campements.
Après cette glorieuse victoire, Hiang-yu manda tous les chefs des insurgés ; ceux-ci se traînaient à genoux devant lui, et n'osaient le regarder en face. Dès lors il fut considéré comme le généralissime de tous les états révoltés; il en était le maître incontesté.
Tchang-han j|t |fS, généralissime des troupes impériales, était campé à Ki-yuen H Jgi (1), au sud du fleuve Tchang {^ ; Hiang-yu alla s'établir en face de lui ; mais il n'eut pas besoin de livrer bataille ; après avoir refusé plusieurs fois le combat, et attendu vainement du renfort, Tchang-han se soumit à Hiang-yu, et fit cause commune avec lui. Pour se l'attacher plus étroitement, celui-ci le constitua roi de Yong-wang |£ £ (2), lui attribuant ainsi les territoires de son ancien souver<ain dans ces régions. Restait à les conquérir!
D'abord, les* soldats de Tchang-han furent incorporés parmi Jes troupes de Tch'ou ; mais Hiang-yu ne croyait pouvoir se fier à eux; homme sans conscience, il eut la cruauté de les faire massacrer, au nombre de vingt mille,* au sud de Sin-ngan fgç ^ (3) ; de là, il se lança à la conquête de Ts'in $^.
Quand il voulut pénétrer dans le fameux défilé de Han-koukoan ES $ Ni îl le trouva occupé par les troupes de P'ei-kong ^ &9 qui l'y «avait précédé; les deux armées furent sur le point d'en venir aux mains; mais comme P'ei-kong était un homme prudent et modéré, il céda le passage, et une paix quelconque fut rétablie entre les deux généraux.
(1) Ki-yuen= était au sud de Fing-hiang hien ^ I9 K i qui est & 80 li sud-est de sa préfecture Choen-té fou JS tt ^ [Tohe-li] fg. Fa., vol. 15, p. 10).
(2) YoDg= c'est la province actuelle du Chen-si R Bl""• (3) 8in-ngan=est à 70 li à l'ouest de sa préfecture Honan fou f^ m Jff [Ho-
nan] (p. Fa., vol. 12, p. 37).
Hiaog^yu» avec tef Ifoapet si nombreuBea, eiiTahit donc l'ancien pays de Ts^in (1) ; Il en massacra le dernier roi, Fem» pereor Tse-yng ^ J^, dévasta la célèbre capitale Hien*yang Jll §|« la réduisit en cendres, déshonora le tombeau de Che Hoang'tt lé Sk ^^ ^^^ ^^ butin immense.
C'était à la Gn de Tannée ?07. Un seigneur, nommé Ts*al«> obeng m ^, lui ayant (ait la remarque très sensée que cette pro- Yinee était le meilleur boulevard de sa domination, il lui répondit par un proverbe banal: quiconque a fait fortune, ou est monté au plus haut sommet des honneurs, ne rentre pas dans sa patrie pour se Caire voir, est comme un homoie qui s'habille en grand gala pour marcher dans les ténèbres; qu'y gagne-t-il? Et moi, repartit le seigneur, je reconnais la justesse d'un autre proverbe, qui dit que lea gens de Tcb'ou n'ont jamais été que des singes coiffés !" Hiang-yu bondit de colère, et fit rôtir l'imprudent contradicteur.
Après ce bel exploit, il envoya un messager demander les ordres de Hoai-wang; celui-ci répondit: qu'on s'en tienne à ce qui a été autrefois réglé ! Sur ce, Hiang-yu le proclama empereur, sous le nom de I-ti H ^ (2) ^ ensuite, il déclara rois tous ses généraux, leur attribuant de grandes et riches contrées.
Bien entendu, il ne s*oublia pas dans ce partage. Gomme il désirait rentrer dans sa patrie, il divisa le pays de Tch^ou en quatre oofitrées, prit celle qui lui convenait, celle de P'ong« tch'eng J^ jd (3), qu'il appela 8i-tch*ou B % (le royaume occidental de Tch'ou), et se déclara chef de tous les princes vassaux de l'empire (pa*wang ^Q £), avec P^ong*toh'eng pour capitale.
Voici comment il fit sa distribution des royaumes: P*ei<kong f$ "& ayant le premier forcé l'entrée de Ts'in H^, avait, plus qu'aucun autre, droit à l'investiture de ce pays ; mais c'était un trop grand territoire ; il était déjà un rival bien dangereux ; il fut donc relégué le plus loin possible; il reçut les provinces de
Pa C»* ^® Chou ^ et de Han<tchong ^ 4*9 ^^^^ 1^ ^^^^^ ^^ ^ de Han ^, et Nan-tcheng ^ ffi pour capitale (4). Malgré toutes les précautions prises par Hiang-yu, nous verrons bientôt P'ei-kong se soumettre toute la Chine.
Le général Ou-joei jf| ^ fut roi de Heng-chan'H^ lij, avec Tchou i|l|i (5) pour capitale. Le général Yng«pou ^ ^I^ fut roi de KieoU'kiang ^ {!' •v®^ ^^^ /a (^) P^"^ capitale. Le général
(1) Pour connaître l'étendue de l'ancien royaume de Ts'in, consultez notre histoire de ce pays.
(2) l-tl = c'est-à-dire IVmpereur juste, équitable.
18) P'oDg-tch'eng=o'MtlA contrée de Sin-tcheoa fou t^ jH /rP [Kiang-sou].
(4) Nan-tcheng= c'est Han-tchong fou 9 4* IflF [Chen-sî].
(5) Tchou = c'est Hoang-t«heoti fou j| 7n Jff [Hou-pé].
(6) Lpnsc'dft Lon-ngan toheon /\ S /H [Ngan-hoei].
KoDg-ngao ^ |j[ fut roi de Lin-kiang g| {i^, avec Kiang-ling ÏL K (^) P^ui* capitale. Celui qui connaît la Chine s*apercevra que Hiang-yu s'était attribué la part du lion, à peu près le Kiang-nan actuel, c'est-à-dire la contrée la plus fertile et la plus
S>puleuse. Cette réunion de rois eut lieu dans le camp de iang-yu, sur les bords de la rivière Hi-hia J|| f (3). Chacun des nouveaux princes devait se rendre dans son royaume pour la 4ôme lune de l'année 206.
Quant à l'empereur nominal I-ti H ^, Hiang-yu lui dit: les anciens «saints», vos prédécesseurs, n'avaient qu'un territoire de mille li d'étendue ; et cela, toujours sur le cours supérieur d'un fleuve. C'était lui intimer Tordre de partir; il fut relégué dans la préfecture actuelle de Tch'ang-cha ^ fp^ province du Hou-nan ; c'était un véritable exil ; car ce pays était alors habité par des peuples à peine civilisés. Il n'y arriva pas même vivant; pour se débarrasser de lui, Hiang-yu ordonna au nouveau roi de Lin-kiang Qj[ 2L de le massacrer, au moment où il traversait le fleuve Yang-tse-kiang j^l ^ 2Li à la lO^m^Iune de Tannée 205 (4). P'ei-kong ^ ;^, en homme prudent, se rendit à Lo-yang ^ |lg, l'ancienne résidence des empereurs ;. là, il célébra officiellement ce qu'on nomme aujourd'hui un service funèbre, revêtit des habits de deuil, et dénonça aux autres princes l'assassinat de I-
n arriva bientôt ce que Ton pouvait prévoir: plusieurs ne furent pas contents de leur lot; Hiang-yu avait agi arbitrairement ; il avait favorisé ses amis ; les autres étaient jaloux ; d'ailleurs, eût-il fait un partage équitable, il n'aurait pu satisfaire l'ambition révolutionnaire de ses coopérateurs. Puis, son naturel était brutal, soupçonneux, cruel, tyrannique; si quelqu'un le gênait, il le faisait mettre à mort, toujours sous prétexte de trahison, bien entendu.
Tandisque P^ei-kong jf^ ^ s'établissait solidement dans son royaume, celui de Ts'i était en pleine révolte contre Hiang-yu; celui de Tchao ]@ et celui de Yen ^ secouaient son joug, et se donnaient des princes de leur choix, ennemis naturellement de cet homme fantasque. H s'emporta de colère, envoya des ordres qu'on méprisa ; il enyoya des armées qui furent battues ; son prestige baissait à vue d'œil. P'ei-kong, au contraire, sans faire de bruit, arrondissait son territoire, groupait les mécontents autour de roi^ s'entourait de généraux et de diplomates capables.
(2) Kiang-liDg c c'est King-tcheou fou IN /H Jflf [Hoa-pé].
(3) La rivière Hi-hiA=coale à .% U à l'eit de Lin-tong hian B| ft fil, qoi est à 70 li à l'est de Si-ngan ton "S ^ J^ [Chen-si] (p. F^a., vol. 14, p. 10) — (g. vol. 58, p. 44).
(4) I-ti=8on tombeau est à T'cben-toheon Hp jt\ [Hoa-nan] ; il est encore un objet de vénération pour le peuple ; mais je n'ai pas trouvé l'indication où il est situé.
A la i^^ lune de Tannée 205, Hiang-yu se mettait lui même en campagne, contre le nouveau et puissant roi de Ts^ ; ayant remporté la victoire à Tch'en-yang ^ ^ {^), il fit massacrer les soldats qui s'étaient rendus à lui, avec promesse de vie sauve; il réduisit à Tesclavage les femmes, les vieillards et les enfants, mit le pays à feu et à sang ; de telles sauvageries poussèrent la haine de ce peuple jusqu'au paroxisme; ce fut une lutte à mort.
P^ei-kong voyant le moment favorable, s'associa cinq princes révoltés contre Hiang-yu ; leur armée montait à cinq cent soixante mille hommes. Â cette nouvelle, Hiang-yu laissa ses généraux poursuivre la destruction de Ts4 ^; lui-même prenant trente mille soldats d'élite, s'en alla faire face à cette ligue redoutable.
Il passa par la ville de Lou ^ (2) et se rendit à Hou-ling DJ gj^ (3). Les soldats de P'ei-kong |i^ ^, à la 4^""^ lune, s'étaient emparé de P^ong-tch^eng ^^ ^, du trésor et des femmes de Hiang-yu; celui-ci les surprit en pleine ripaille, en tua plus de cent mille, et mit le reste en fuite ; c'était un vrai coup de théâtre ; mais le drame était loin d'être fini !
Les troupes débandées traversèrent les rivières Kou ^ et Se jU (4), pour se réfugier dans les montagnes du sud ; Hiangyu les poursuivit jusqu'à l'est de Ling-pi S 9^ (5) ; il les cerna sur les bords de la rivière Soei Jij[ (6) ; ils croyaient pouvoir refuser le combat; mais Hiang-yu les chargea avec une telle furie, qu'il les força de se jeter dans la rivière; il en périt encore plus de cent mille ; les cadavres des tués et des noyés étaient si nombreux qu'ils arrêtaient le cours de l'eau.
(1) Tch*en-yang=étftit à 60 li nord-est de Ts'ao-tcheou ton ^ jf\ fff [Chantong]. Pendant cette grande révolution, plusieurs fois on a bataillé près de cette ville. Le roi de Ts'i en question se nommait T'ien-yong Eu y^ (p. Fa., vol. 10, p. 16) — (g. vol. 33, p. 26).
(2) Lou = patrie de Confucius, dont le tombeau est à 2 li au nord, c'est K'iu-feou fou ffl jp. JS f qui est à 30 li & l'est de sa préfecture Yen-tcbeou fou ^ jHi ]ff [Cbantong] (p. Fa., vol. 10, p. 7) — (g. vol. 32, p. p. 4 et 47).
(3) Hou-ling=à mi-chemin entre Yen-tcbeou fou et Siu-toheou fou ^ jHi Jff [Kiang-sou] (g. Fa., vol. 29, p. 14).
(4) La rivière Kou = est une branche de la rivière Soei HE (ci- après), dont elle se sépare où était l'ancienne ville de Kou-chou ^R ^ ; de U lui est venu son nom ; elle coule au sud de Siu-tcheou fou, tourne vers le nord-est, et va se joindre à la rivière Se f8 (g. Fa., vol. 29, p. 7).
La rivière Se=se trouve au nord-est de Siu-tcheou fou (ibid, p. 29).
(5) Ling-pi=au nord-ouest de Sou-tcheou îg jî\ i qui est h 233 li nord-ouest de sa préfecture Fong-yang ion Wk m Jff [Ngan-hoei] (p. Fa., vol. 6, p. iS) — {g. vol. 21,
(6) La rivière Soei=& 60 li au sud de Siu-tcheou fou, à 20 li au nord de Sou-tcheou ;
Tenant de Siao-hien jff JH ; c'est 1à qu^eut lieu la bataille, comme le dit la i grande géographie, vol. 21, p. 50:
P^ei'kong était dans une position désespérée; trois cercles de soldats lui barraient le passage ; il ne lui restait qu*à vendre chèrement sa vie, s'il voulait mourir avec honneur. Mais un terrible ouragan, venu du nord-ouest, le tira de ce péril extrême: le vent brisait les arbres, renversait les maisons, soulevait une masse de poussière si considérable qu'elle obscurcissait la lumière du jour. Cet ouragan frappait en plein les soldats de Hiang-yu. P^ei-kong profita du désordre causé par cette tempête, et s'échappa avec quelques dizaines de ses hommes ; on le poursuivit en vain ; il était hors d'atteinte quand on s'aperçut de son évasion.
 la 5^™« lune de cette même année 205', P'ei-kong était réfugié à Yong-yang ||( fi§ (1) ; c'est là que les restes misérables de son armée' vinrent le rejoindre ; là aussi que son fidèle ministre Siao-ho H 'l^ lui amena des renforts considérables, qui lui permirent de reformer une nouvelle armée,
Hiang-yu enivré de ses derniers succès, sûr d'avance d'un nouveau triomphe, se présenta bientôt sous les murs de cette ville; mais il ne put la prendre d'assaut; il fut obligé de livrer bataille entre les deux rivières King ]jc et Souo ^ (2) ; il y fut vaincu, et il dut signer un traité de paix quelconque avec ce redoutable adversaire ; coup bien sensible pour un tel homme !
A la 6^^^ lune, P'ei-kong attaqua l'ancien généralissime de Tchang-han j|t %, établi roi de Yong (3) par Hiang-yu; ce fameux général fut battu ; il en fut si humilié qu'il se suicida ; son territoire fut annexé à celui de son vainqueur; le ministre Siao-ho H jiîf y établit une administration régulière, ainsi que les temples des ancêtres, pour s'affectionner le ccout du peuple. Les généraux de P^ei-kong, de leur côté, guerroyaient avec succès dans les pays de Wei H et de Tchao |^; à la lO^i^e lune de cette même année 205, ils achevaient la soumission de ces royaumes.
En 204, à la 4«»"e i^ne, Hiang-yu, effrayé de tels agrandissements, prit la résolution d'arrêter et d'abattre ce rival si heureux; il revint donc mettre le siège devant Yong-yang K ^; c'est là que mourut Fan-tseng f^ j^, son conseiller; c'était une grande perte; car lïiang-yu n'était qu'un homme de guerre, incapable d'administrer un pays quelconque.
P^ei-kong ne vint pas lui-même s'opposer à Hiang-yu ; il
(1) Yong-yang=un peu au nord de la ville actuelle de ce nom, qui est à 200 11 à l'ouest de K*ai-fong ton ^ ^ fff [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 8).
(2) La rivière King=22 11 à l'est de Tong-yang; & 30 li sud-est se trouvait la ville de King.
La rivière Souo = à 35 li au sud de Tong-yang ; à 20 li à l'ouest de la précédente ville de JCing, se trouvait Ta-souo-tch*eng ^ ^ JK « c'est entre ces deux villes qu'eut lieu la baUille (g. Fa., vol. 47,'p. p. 56, et 58).
(3) Le pays de Yong= c'est la province actuelle du Chen-si.
députa pour cela le fameux P*ong-yué % jg, ancien chef de brigands, bon général ; celui-ci remporta quelques avantages, mais il put empêcher la prise de Yong-yang, à la 6*ïn« lune. Pour se venger de la résistance de cette ville, Hiang-yu fit rôtir le gouverneur ; après quoi, il s'en alla prendre la ville de Tch'eng-kao j^ ^ (1).
A la 8*™e lune, P'ong-yué voyant son impuissance, finit par se retirer. A la 10*me lune, P'ei-kong arriva lui-même, reprit Tch'eng-kao, et livra une bataille sanglante, près de la montagne de Koang-ou JJ IR (2) ; il fut grièvement blessé à la poitrine. A cette même époque, son fameux lettré-diplomate, Li Che-k4 ft^ ^, était rôti par le roi de Ts4 H; deux traits qui suffisent à faire connaître les moeurs de ces temps de révolutions
En 203 à la 8^°^^ lune, les deux rivaux faisaient un nouveau traité de paix ; ils se divisaient la Chine en deux parts ; tout ce qui était à l'est de la rivière Hong-keou |!$ fd (3), appartenait à Hiang-yu, avec le titre pur et simple de roi de Tch*ou ; tout ce qui se trouvait à Touest, appartenait à P'ei-kong. Donc, dans leur pensée, les autres états n'étaient plus que des provinces à soumettre.
La raison de cette convention, c'est que P'ei-kong voulait à tout prix délivrer son père et sa femme, détenus par Hiang-yu ; celui-ci, dans sa brutalité, pouvait à chaque instant les massacrer, comme il les en avait plusieurs fois menacés.
De son côté, Hiang-yu désirait la paix ; il se voyait délaissé par ses anciens généraux, devenus des rois; de plus, il sentait qu'il ne parviendrait jamais à réduire ce rival, aussi fort, et plus habile que lui. A la 9*"^® lune, il lui renvoya son père et sa femme, licencia sa propre armée, et reprit le chemin de sa capitale P^ong-tch^eng.
P'ei-kong allait faire de même, quand il en fut dissuadé par ses deux conseillers, Tchang-leang S S ^^ Tch^en-p^ng Df( 2|i. Ceux-ci en sages lettrés prévoyant l'avenir, lui disaient : vous, le maître de la plus grande moitié de Tempirre, vous laissez échapper une si belle occasion ! L'armée de Hiang-yu est exténuée, affamée; vous ne l'exterminez pas ! Voulez-vous donc épargner ce tigre, pour renouveler les guerres sans cesse? .
P^ei-kong oublia la foi jurée, et se mit à la poursuite de Hiang-yu. Parvenu au sud de Yang-hia |^ J[ (4), il s'y établit ■ »
(1) Tch*eng-kao= était un peu au nord-ouest de Fan-choei bien fU /f^ j|^i qui est à 250 11 à l'ouest de sa préfecture K*ai-fong fou R XI ffif [Ho-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 10)— (g- Fa., vol. 47. p. 42).
(2) La montagne de Koang-ou = est à 10 linord-estdeYong-tché jR 3» Q^i est à 110 li uord-ouest de K'ai-fong fou (p. Fa., vol. 12, p. 8)— (g. Fa., vol. 47, p. 59).
(3) La rivière Hong-keou= est au nord de Yong-yang bien yk xSs Xi^ 4^ ^^^ ^ 200 li à l'ouest de sa préfecture (p. Fa., vol. 12, p. 8)— (g. Fa., vol. 47, p. 58).
(4) Yang-hia = c'est T'ai-k*ang bien jfi JSk JR' à 50 li au nord de Tch'en-tcheoa f ou Mt W JfiP [Honan (p. F., vol. 12, p. 57).
etr camps retranchés, pour attendre tes renforts promis par ses anciens généraux, restés ses amis et ses alliés. Ne voyant rien venir, il se rendit jusqu'à Kou-ling @ g| (t); mais il y subit une grande défaite ; il ramena ses troupes, et creusa plus profondément les fossés de ses retranchements, afin de n'être pas surpris par Hiang-yu.
S'adressant à Tchang-leang, il lui disait: les autres princes, mes alliés, ne viennent pas! que faire? Celui-ci lui répondit: Han-sin 1$ ^ et P*ong-yué ;gj j^ sont fâchés contre vous ; parce que vous ne leur avez rien attibué dans le dernier partage de Tempire, malgré les grands mérites qu'ils ont acquis dans toutes ces guerres.
P*ei-kong reconnut sa faute; il expédia aux deux généraux le message suivant : allons ensemble abattre Tétat de Tch'ou ; quand ce sera fait, tout le territoire situé entre Tch^en-tcheou flfi ^ et la mer orientale appartiendra à Han*sin 1^ ff, avec le litre de roi de Ts'i ^ ; la contrée entre Soi-yang B§ R^ et Koutch*eng fg[ ^ (2), sera le partage de P'ong-yué J^ tt"^
Aussitôt les deux généraux se mirent en marche^ dévastant tout sur leur passage: ils campèrent à Kai-hia j^ f (3), ou se trouvait Hiang-yu. Celui-ci vit plusieurs de ses officiers le quitter et faire cause commune avec ses ennemis. Tel fut Tcheou^yn M tti gouverneur de Chou ^ (4), qui se rua sur la ville de Lou ^, masacra toute la population, puis alla se joindre à P^ei-kong. La dernière partie de ce long drame allait se jouer.
L'armée de Hiang-yu, nous l'avons dit, avait été licenciée; ce qui lui restait n'avait pas de vivres ; elle était cernée de toutes parts ; pendant la nuit, Hiang-yu entendait les chansons joyeuses du camp rival : il pouvait distinguer la voix de ses anciens soldats qui se riaient ainsi de lui. H fut effrayé; s' adressant à son entourage, il demanda: P^ei-kong est-il donc maître du pays de Tch^ou? Comment a-t-il dans son camp tant de gens de notre dialecte? Sur ce, il passa toute la nuit à boire, pour noyer son ohagrin. Il avait une concubine fameuse, nommée Yu-ki K jg ;
(1) Kon-lingsétAit à 43 li uord-ouest de Tch'en-toheott fou (p. Fa., vol. 13, p. T^)^ (g. Fa., vol. 47, p. 86).
<2) Tch*en-tobeoa=dan8 la province du Ho-nan.
Soei-yangKétalt à.Sli au sad de Koei«té ton tÊ ^ M [Ho-uan] (p. Fa., vol. 12,
Kou-tch'eng= c'est Tong-ngo IR P9f à 210 li uord-ouest T'ai-ugau fou jk ^ JS [Chan-tong] (p. Fa., vol. 10, p. 14).
(.3) K'ai-hai»c'e8t à 90 lia l'ouest de Ou-ho bien ^ M fSk^ qui est à 150 li à l'ouest de Se-tcheou f|9 TH [Ngan-hoel] ; c'est un petit bourg, au pied d'une colline (p.
Fa., vol. 6, p. 43)— («• F»i ^ol- 21, p. 16).
(4) Cbou et Lou (Lou-ngan tcheou /\ 9 TW^ sont au nord de Ngan-k'ing JC JK [ Ngan-boei] .
il fallait maintenant la quitter ! II avait un superbe coursier grispommelé, nommé Tchoei |§, il fallait Tabandonner! Dans sa douleur, il chantait la complainte suivante: mes forces étaient si grandes que je pouvais transporter des montagnes ; mon courage ' était sans bornes ; malgré sa rapidité, mon coursier ne peut me sauver! hélas, que faire? Ma chère Yu-ki, ma chère Yu-ki, qu'allons-nous devenir? Celle-ci alternait avec lui sa complainte; et tout l'entourage pleurait à chaudes larmes, sans oser le regarder en face.
Tout-à-coup, Hiang-yu retrouve son énergie ; il enfourche son coursier, suivi seulement de huit cents hommes des plus intrépides; il perce les lignes ennemies, et s'enfuit vers le sud. Au lever du jour, P'ei-kong est averti de cette courageuse évasion ; il ordonne à Koan-yng j|( ^^ général de la cavalerie, de prendre cinq mille hommes, de se lancer à la poursuite de Hiang-yu, et de le ramener mort ou vif.
Celui-ci parvenu à la rivière Hoai f||, n'avait plus qu'une centaine d'hommes qui avaient pu le suivre dans sa course effrénée. Arrivé près de Yn-ling |i( K (1), il ne reconnaissait plus son chemin ; il interrogea un paysan ; celui-ci, dans son aversion pour un homme qui avait mis toute la Chine à feu et à sang, le trompa indignement, et lui dit : tournez à gauche ! Hiang-yu erra dans les maréccages, et perdit un temps considérable avant de retourner vers Test.
Parvenu enfin à Tong-tch'eng ^ ^ (2), il n'avait plus que vingt-huit cavaliers ; il se vit bientôt cerné par les hommes de Koan-yn; s'adressant à ses compagnons, il leur dit: il y a huit ans que je suis parti en guerre; j'ai livré plus de soixante-dix batailles ; quiconque m'a résisté a été abattu, jusqu'ici j'ai été invincible ; je n'ai tourné le dos devant personne ; ainsi j'étais devenu le maître de l'empire ; maintenant, me voici dans une affreuse impasse; le ciel veut ma perte; ce n'est pas une défaite qui m'a mis dans cet embarras. Aujourd'hui, il faut mourir; c'est dans l'enivrement du combat que je veux finir ma vie, sous vos yeux, messieurs; je veux encore remporter trois victoires^ rompre les cercles de fer qui nous entourent, tuer le général envoyé pour me prendre, déchirer d'un coup de glaive ce drapeau élevé en face de nous; je veux vous prouver, messieurs, que c'est le ciel qui veut ma perte, et non mon génie qui m'abandonne.
L'endroit de ce combat homérique est au pied de la montagne
(1) Yn-ling= était à 601i nord-ouest de Ting-yaeu bien £ W JHi Q^i est à 90 li au sud dé sa préfecture Fong-yang ton gf^ Vli Jn [Ngan-hoei] (p. Fa. vol. G, p. 23).
(2) Tong'tch'eng= était à 50 li sud-est de la m/^me ville Ting-yuen bien (p Fa., vol. 6, p. 28Mg- Fa., vol. 21, p. 12).
Se-koei-chan B 9| |Il (1); Hiang-yu divisa ses compagnons en quatre groupes, afin de cacher sa présence ; il les fit marcher en même temps sur Tennemi. Allons couper la tête à ce général inutile! En avant! Et il poussa ce cri avec une telle furie que les premières bandes ennemies se dispersèrent un moment. Hiang^yu profita du trouble pour couper la tête au général. Un autre officier se mit à sa poursuite ; Hiang-yu le maudit avec une telle fureur, que chevaux et hommes 8*enfuirent à plusieurs li de distance.
Les compagnons de Hiang-yu ne formaient plus que trois groupes ; les gens de P^ei-kong se divisèrent de même en trois compagnies, ignorant où se trouvait Hiang-yu; celui-ci les chargea, comme un tigre attaque un troupeau de moutons ; il tua une centaine d'hommes, et coupa encore la tête à un petit chef; il parvint ainsi à sortir de l'enceinte où il était cerné. Quand il eut rassemblé ses compagnons^ il se trouva n'en -avoir perdu que deux. Hé bien! leur dit-il, n'ai-je pas tenu ma promesse? Eux se jetèrent à ses genoux en s*écriant: oui, votre Majesté a tenu sa parole !
Hiang-yu pensait d'abord traverser un bras du Yang-tse-kiang, nommé Ou-kiang j^ 2L (2) ; 1^ garde champêtre le pressait même de monter au plus vite sur sa barque i le pays à Test du fleuve, lui disait-il, n'a guère que mille li d'étendue ; mais sa population est nombreuse; votre Majesté y aura encore un royaume respectable; hâtons-nous donc de traverser ce fleuve! Ma barque est la seule en ce moment; les gens de P^ei-kong ne pourront vous poursuivre !
Hiang-yu s'était ravisé, et souriait de ce conseil donné à un aigle par une colombe : le ciel veut ma perte^ répondit-il stoïquement; pourquoi traverserais-je ce fleuve? Il n'y a que quelques années, je sortais de ce pays, suivi d'une brillante jeunesse de huit mille hommes; il n'en reste pas un seul; quand même leurs, pères et leurs frères exerceraient la miséricorde envers moi, de quel front oserais-je paraître devant eux ! Quand même ils ne proféreraient pas une seule plainte, une honte inexprimable rongerait toujours mon cœur ! Je connais votre probité, je veu% la récompenser; voici mon coursier; je n'ai pas le courage de le tuer ; prenez-le ; il n'a pas son pareil ; il peut faire mille li en une journée !
(1) La montagne Se-koei=eBt à 70 li au nord de Hoao-tcheoa % TH [Nganhoei] (g. Fa., vol. 29, p. 30).
(2) Oa-kiang=ce bras du Yang-tse-kiang se trouvait à 4 li environ au sud de Tancienne sous-préfecture de ce m(^me nom ; celle-ci était à 40 li nord-est de Houo-tcheon. La grande géographie vol. 20, p. 20, dit qu'on a bâti un kiosque, juste à l'endroit où Hiang-yu s'est suicidé, pour en perpétuer le souvenir (p. Fa., vol. 6, p. 86) — (g. vol. 29, p. 31).
Ayant ainsi parlé, Hiang-yu ordonna à sea compagnons de mettre pied à terre, et de faire faoe aux gens de P^ei-kong qui le cernaient de nouveau; ils en tuèrent encore plusieurs centaines; mais cette fois Hiang-yu perdait son sang par plus de dix blessures. Apercevant Liu Ma-tong S JBS jK^ ^^ ^"^ cria: n'étes-vous pas un de mes anciens officiers? Oelui-ci détournait la tête, pour cacher sa honte, et disait au général) Wang-i £ ff: le voilà! c'est le roi Hiang»yu lui-même ! Ce dernier reprit : j*ai oui dire que P^ei-kong a mis ma tête à prix; mille livres d'or, et un fief de dix-mille familles, à qui la lui rapportera; je vais vous récompenser des services que vous m'avez autrefois rendus ! Sur ce, il se coupa la gorge.
Les gens de P'ei-kong se disputèrent le cadavre ; il y eut encore là quelques disaines de morts, chacun voulant recevoir la récompense ; de fait, elle fut partagée entre les généraux, qui devinrent de grands richards et de grands seigneurs (1).
Hiang-yu avait été reconnu officiellement duc de Lou ^K, par le roi Hoai ^, comme nous Tavons dit; il fut donc enterré avec les honneurs dûs à ce titre, dans un fief de ce duché, près de la ville de Kou-tch^eng |R JÉ (^) « ^^^^ on ne sait plus au juste à quel endroit ; Le recueil intitulé Ta-ts4ng-i-t*ong-tohe A il¥ "^ it ^« vol- ^^^t P'^v donne trois versions, et se décide pour celle qui place le tombeau au nord-est de la ville.
Hiang-yu n'eut pas une gloire durable ; il brilla un instant d*un vif éclat, pour rentrer aussitôt dans la nuit. Parti de rien, il réussit en trois ans à abattre la dynastie Ts^in H, devint le maître de toute la Chine, la partagea entre ses généraux, dont il fit des rois. Jamais pareille chose ne s'était vue jusqu'alors en Chine. Mais il ne sut conserver ce qu'il avait conquis ; guerrier violent, impétueux, entiché de son génie militaire, il n'entendait rien à l'administration d'un pays; après cinq ans de règne, il était usé.
P^ei-kong était moins fort pour la tactique ; mais il le surpas-
(1) Le fameux érudit Kon Ten-on M JR Ki dans son recueil intitulé Je-tohe-lou M 9St JKi vol. 11, p. 11, fait la remarque suivante: en Chine, l'or avait cours comme
monnaie, dès avant la djimstie Hau ol ] seigneurs, paysans l'employaient dans leurs transactions ordinaires ; l'argent, au contraire, ne fut adopté, comme monnaie, que 8oas la dynastie T'ang J^ (620-907), et surtout sous la dynastie Song ^ (960-1280). La monnaie courante était la sapèque ; une livre valait dix-mille sapècines; le jade, les perles, le nacre, l'écaillé de tortue, l'argent, l'étain, servaient pour l'ornementation des meubles ou des ustensiles, nullement comme monnaie. L'argent n'avait pas grande valeur, puisque huit onoes de ce métal ne se payaient que mille sapèques, le cuivre était donc bien plus apprécié que de nos jours,
(2) Kou-tch'eng=nous avons dit plus haut que c'est Tong-ngo hien Jd PQ JE|) à 110 li nord-ouest de sa préfecture T*ai-ugan fou jk yt m [Chan-tong] (p. Fa., vol 10, p. 14)— (g- Fa-» vol- î^. P- 17).
sait de beaucoup pour tout le reste. Il se montra généreux après la victoire définitive ; il pleura même son compagnon d*armes devenu son rival ; contrairement aux usages d'alors, il n'extermina pas la parenté de Hiang-yu ; il lui accorda de hautes faveurs.
Hiang-pé ^ fè, oncle de Hiang-yu, devint marquis de Cheyang-heou ^ |^ ^ (1) ; Hiang-siang devint marquis de T*ao-heou iSl ^ (2)f 6^ ^^^ fîls ^^^ ^ ^"^ pl"^ ^^^^ ministre; Hiang-touo ^ fÊ devint marquis de P*ing-kiu-hcou 2p ^ ^ (3) ; un autre membre de la famille fut marquis de Hiuen-ou ^ fg^ ; mais on ignore le nom du titulaire et remplacement de ce fief.
P'ei-kong alla plus loin; il adopta la famille Hiang comme ses propres parents, et leur donna son nom Lieou J||). Cet esprit de conciliation, de prudence, gagna le cœur du peuple. C'est ainsi que P^ei-kong se vit bientôt le maître unique de tout l'empire, et fonda la dynastie Han ^.— Après des guerres si longues, si sanglantes, chacun désirait la paix ; on se donna volontiers à celui qui voulait et pouvait la procurer.
(1) Cbe-vang= c'est Chan-yaug bien lU fflf JK) dans la préfecture de Hoaingan fou fÊ 4f fflP [Kiang-Bou] (p. Fa., vol. 4, p, 22)-(g. Fa., vol. 22, p. 3).
(2) T'ao-tch*en«^ était à 65 li & l'est de Wei-hoei fou Hî IV /j^i au nord de Yentsin bien ^ ^ M [Ho-nan] (g. Fa., vol. 49, p. 20).
(3) P'ing-kiu- était à 70 li sud-est de Hoai-k4ng ton^ M J(f LHo-nan] (p. Fa., vol. 12, p. 25}— (g. Fa. vol. 49, p. 3).