DEUXIEME APPENDICE
LES DIGNITÉS Partigulièrbs au royaume de Tch'ou (1)
. Aucun auteur, que je sache, n'a traité cette question. Le fameux érudit Kou Yen-ou JS^ fC) ^^^^ son recueil intitulé Je Tche-Iou B ^ JK vol- ^1 P* ^^1 ^® donne que le nom de diverses dignités, sans y ajouter les explications désirables ; qui donc cependant aurait été plus capable que lui de nous donner ces renseignement»? Nous devrons nous contenter de glaner un peu par-ci, par-là:
1^ jl ft Mou-ngao=Ces deux caractères sont probablement les phonétiques du mot, non pas sa traduction. Toutefois, le commentaire de Hoai Nan-tse f|| ^ ^, vol. 19, p. 12, nous dit: mou H signifie grand [:k «A»! ; ngao |(r ou ]| signifie beaucoup, tous, tout le monde [^ 4^]. Donc les deux caractères réunis signifient le plus grand de tous les dignitaires, le chef des grands officiers, le premier des ministres, ^^^^'^^f^-^^
Les grands commentaires intitulés Hoang-ts4ng-king-kiai ^ il¥ 8 1^1 vol. 104, p. 32, remarquent: A Tannée 706, apparaît, à côté du roi de Tch'ou, son grand fac-totum Teou Pé-pi f^ fd jl^, mais le nom de sa dignité n*est pas donné par Thistorien Tsouo K'ieou-ming £ £ ^- ^ Tannée 701, apparaît le titre mou-ngao ^ ^ ; son titulaire est le seigneur Kiué-hiai Jg ]Q, qui est en même temps le grand chef militaire. C'est manifestement le premier homme après le roi. A Tannée 690, apparaît le titre ling-yn (dont nous allons parler).
2*^ ^ ^ Ling-yn = A la date ci-dessus, le titulaire est le
(1) Le royaume de Tsin ^ avait eu propre le dignitaire Tcboiif^-hang ^ tT) le chef du corps central de l'armée.
Le royaume de Song 5ic avait le men-yn fl ^» chef des gardes du palais; «— et le Tchou-che iff BV^ directeur du marché.
Le royaume de Tch'eng H) avait le ma-che ^ B9i probablement le chef de la cavalerie, ou des écuries royales; et aussi le Tchou-che f|f G0i directeur du marché.
Le royaume de Ts*in ^ avait bon nombre de dignités, propres h lui, comme nous l'avons vu dans son histoire.
Le royaume du Tch'ou JB d'après Kou Yen-ou, est celui qui en avait le plus de particulières.
seigneur Teou-ki f^ |5* En môme temps, est mentionné le mou-ngao, dont le titulaire est le seigneur Kiué-tchong Jg 2; mais on ne peut voir lequel est supérieur à Tautre ; les deux personnages sont de la famille royale.
Aux années suivantes, tantôt le mou-ngao est mentionné, tantôt il ne Test pas; mais quand il est mentionné^ il est manifeste que lui, aussi bien que le Se-ma % J^, ministre de la guerre, est inférieur au Line-vn. Ce dernier donne des oidres aux gouverneurs, c'est-à-dire, il est le premier ministre du royaume, comme il est expliqué dans tous les commentaires. Le Ling-yn est toujours inscrit dans Thistoire ; son titulaire est toujours nommé ; ordinairement, ce poste est occupé par un prince du sang; le plus souvent, par l'oncle du roi; plus rarement, par son propre frère ; mais partout il est évident que c'est le premier homme après le roi, le premier ministre enfin.
Cependant, il y a des différences entre les attributs du Lingyn Tch^ou et ceux du premier ministre des autres. Ainsi, au royaume de Ts'in |^, le premier ministre, appelé 0hang-k4ng Jl jl^li ^^^^^ toujours en même temps le généralissime de Tarmée, Au pays de Tch^ou, c'est le Se-ma "g] j||, ministre de la guerre, qui était ordinairement le chef de toute l'armée ; le Ling-yn commandait une aile, ou bien n'y avait aucun poste.
Son office était le gouvernement général de tout le royaume. Les titulaires les plus connus furent des familles Tequ p], Tch^eng j^, Wei ^ (ou ^ et Yang H^ ; tous de la maison royale.
3® "gl j|| Se-ma == ministre de la guerre = 11 avait l'administration de tout ce pui concernait l'armée, les forteresses, les expéditions, etc.
4® ^ ^ T'ai-tsai = ministre d'Etat, grand conseiller de la cour =11 venait immédiatement après le Se-ma; il avait voix dans toutes les questions générales qui se débattaient, sur le salut ou l'administration du royaume (1).
En principe^ c'était un des dignitaires de la cour impériale Tcheou ^ ; il venait immédiatement après les San-kong ^ ^, les trois grands ministres. Les princes originaires de la famille Tcheou affectaient d'en avoir aussi à leur cour; comme ceux de Song 5fc, de Lou i^, etc. Dans les petits états, c'était un grand titre, répondant à peu de chose ; il n'en était pas ainsi dans les pays puissants, comme celui de Tch'ou et d'autres; c'était une fonction considérable.
5® ^ ^ Chao-tsai = conseiller d'Etat, mais d'un grade inférieur, comme l'indique le caractère chao=: Cette dignité avaitelle un seul ou plusieurs titulaires? Quel est exactement Téqui-
(l) Le caractère Tsai ^ signifie gouverner, disposer en maître ; donc, il peut indiquer un ministre d'Etat, un gouverneur, etc. Bref, l'expression est vague ; il s'agit de 8«Toir oe que cet homme gouverne ou administre.
têt
valent moderne? Cet mêmes questions se présentèrent plue d'une fois à Teeprit da lecteur; sans que nous puissions y répondre.
^* lï dr Yu-che = Le caractère ju signifie: conduire un cbe* val, une voiture. Ce dignitaire avait probablement, en chef, Tadmlnistration des chevaux et des chars de guerre. Yu-jen %f At dan» le livre des Rites [li-*ki j|| |£], signifie conducteur de voiture. Mais ce même caractère yu signifie aussi (en général) régler, gouverner. Ainsi, il faudrait un commentaire sérieux, qui fixât au juste la valeur de cette dignité. Le dictionnaire de K'ang-hi ||| JfR, et les autres, ne donnent ni la fonction exacte, ni l'équivalent moderne. A Tannée 551, nous voyons le fils do premier ministre honoré de ce titre Yu-che ; le commentaire dit seulement: conducteur du char royal, homme intime de la suite du. roi.
'^^ & ii Tsouo-che = premier assesseur du grand historiographe = C'était un poste peu éminent, puisqu'il était aussi occupé par des roturiers ; comme on le voit à Tannée 478. D'après divers auteurs, la famille du célèbre historien Tsouo K'ieou-ming £ £ 9 ^^dî^ <^ office, et en a gardé le nom Tsouo. Cette' remarque est juste ; mais nous ignorons quand même quelle était, au Juste, cette fonction.
8® :g ^ Yeou-ling=aide, second aide; mais de qui? et pourquoi ? = C* était un officier inférieur, comme Tindique le caractère Yeou ; Thomme qui se tient à la droite de quelqu'un, et à ses ordres. C'est vague! Ling signifie: le cou, faire couler par le oou, faire descendre jusqu'en bas ce qui vient de plus haut; donc transmettre des ordres, aider le directeur dans une administration. Le dictionnaire de K*ang-hi dit simplement que c'était une dignité de Tch'ou.
9* ^ f* Tsouo-yn = est-ce le premier aide du premier ministre?
10" ^ ft Yeou-yn= est-ce son second aide! Nous avons vu plus haut que yn signifie gouverner, administrer.
11* fli ^ Lien-jm = président du tir à la flèche = Cette dignité était assez élevée ; vu l'importance de cette arme dans les anciens temps. Nous avons déjà copié cette remarque des anciens commentaires, dans l'histoire de Ts'in |^.
*^ W 5^ Tchen-yn=:^ censeur, chef des censeurs = Le caractère tchen signifie aiguille, épingle ; donc Toffice de ce dignitaire consistait à faire des remontrances, des reproches; donc à examiner la conduite des autres officiers et à les signaler. C'est le même que le suivant.
13" $^ ^ Tchen-yn = Ce caractère tchen a la même signification que l'autre, dit le commentaire .le-tche-lou B ^ ^i ^ Tendroit cité.
*** fli 3^ T8'in-yn=le chef, le directeur des architectes = Car le caractère T'sin signifie se reposer, appartements,
constructions. Mais les deux caractères réunis pourraient aussi se traduire : gouverneur de la ville de Ts'in, qui se trouvait à cent pas au sud de Chen-k'ieou j^ ^ à 110 li sud-est de sa préfecture Tch*en-tcheou fou ||[ ^ ^ [Ho-nan]. (Petite géogr. vol. 12, p. 57).
15® X ^ Kong-yn = directeur des travaux publics.
16* (\ ^ Pou-yn = chef des devins,
17® ^ ^ Yu-yn =^ est-ce le majordome, le chef des cuisiniers du palais ? ou chef des ofBciers honorés de Tinsigne appelé yu ? Ce caractère yu désigne Tarum aquatique, dont on mange la racine; il signifie encore toute racine mangeable, tubercule (1).
18" Jg ^ Lan-yn=quel est ce dignitaire? Le caractère lan signifie Tindigo, ou plante employée pour teindre en bleu ; cet officier serait-il le chef de ceux qui avaient cette plante pour insigne ?
19" ^ ^ Yeou-yn = On ignore aussi quel est celui-là. Le caractère yeou signifie une mauvaise herbe qui ressemble au millet : de là, hypocrite^ nuisible, mauvais.
Voilà trois dignités, dont le nom est emprunté à des plantes ; où trouver Texplication ? — Il y a encore d'autres Yn, que Ton traduit par gouverneur ; par exemple Chen-yn ^ fS*, que Ton explique par gouverneur de Chen.
20" Jp} fS" Ts*ing-yn = qu'est-ce encore? Nous trouvons une rivière appelée Ts'ing, au nord-est de Yong-tohé bien ^ ^ j|^, à 140 li nord<^uest de K'ai-fong fou H ^ j|f [Ho-nan]. Ce même caractère signifie encore : pur, claie
21" H ^ Hiao-yn = C'était un grand dignitaire, dit le commentaire à Tannée 531 [Tch^ou ta-fou]; il est nommé après le ^e-ma "^ J£i et avant le Ling-yn ^ ^, dont nous allons parler
22" ^ ^ Ling-yn = On pourrait traduire ce titre par chef des gardiens de tombeaux royaux ; car le caractère ling signifie colline, tombeau ; cet ofïicier avait un grade assez élevé dans l'armée. On peut consulter, à ce sujet Touvrage intitulé Kouwen-yuen-kien "^ "^ Wi 9È^ ^ol 4. p. 12,
23" ^ ^ Kiao-yn:;-;: surveillant, défenseur des frontières. Kiao signifie les pays situés loin de la capitale, les frontières.
24" m ^ Yo-yn=chef des musiciens de la oour.
^^^ 1^ tiE ^ Kong-kieou-yn = chef des écuries royales, 26" £ »l| ^ Kien-ma-yn = intendant de la remonte, ou chef des of&oiers chargés de choisir les chevaux de Tarmée, et de veiller à leur entretien.
On comprend l'importance des deux fonctionnaires ci-dessuS. Pendant longtemps, la principale force d'une armée consistait
(1) I^ Yu-ya le tronvut aniti parmi let dignitaires da royaame de Xcb*en PU* AiUeurt, il n'y avait ritn de semblable.
dans ses chars ; ceax-ci. très lourds, très massifs, comme ceux des Assyriens, étaient traînés par des chevaux vigoureux, couverts d'une cuirasse, comme les cavaliers. Mais dans les pajv montagneux ou marécageux, cet attirail devenait un grand embarras. Aussi le roi Ling-wang S £ de Tchao j^ (3?5-?99) inaugura-t-il un autre système, celui des archers-à-cheval. Il parut si avantageux, que partout on Tadopta. (Voir le recueil Je-tche-lou H tt tt* ^<^l- ^9 P-P- ^ ^^ suiv.)
27* S K ^ Yang-t^oen-yn=généra1 de Finfanterie légère, sans doute; car Yang signifie monter, s* élever en volant; t^oen veut dire marcher d*un pas léger.
^^* f( iÉ ^ Ou-tch^eng-yn = N'est-ce pas le gouverneur militaire d*une forteresse? Celui qui était chai^ de la défendre, en cas de siège? Cela peut signifier aussi le gouverneur de Outch^eng ; plusieurs villes avaient ce nom ; il y en avait une au nord de Nan-yangfou iff JH J|ï [Ho-nan]. (Petite géogr. vol. 12, p. 40).
2^ tt ■ Tchou-kouo = colonne de rEtat = il y avait le supérieur [chang-tchou-kouo jt ft ■] et Tinférieur [hia-tchoulu>uo f ij^ H], comme 8e Ma-ts'ien ^ J9| 9 l'indique, chap. 40, p. 19, et chap. 7. p. 2; le commentaire ajoute que c'étaient deux grands ministres d'Etat, égaux aux premiers dignitaires de la cour.
30* 41 & Tche*koei=Les dignitaires qui avaient cet insigne (Koei), avaient libre accès auprès du roi. (Voir Se Ma-koang ^ JS :%« vol. 3, p. 10; et à l'année 312)
31* M db Ché-che = chef des archers =11 y avait trois grades, exprimés par les caractères suivants: chang J^, supérieur — tchong rft, moyen — hia f , inférieur (Voir Touvrage Tchankouo-tch'e IR ■ 5li vol. 3, p. 32).
32* 4 tl Tsouo-tou = grand conseiller d'Etat, d'après le commentaire. Nous avons vu ce poste occupé par le fameux Kiué-yuen JQ Jjji, proche parent du roi, et auteur de l'élégie Lisao ffH^ ^ de même, par le célèbre Tch^oen Chen-kiun ^ ^ :§*, avant de devenir premier ministre tout-puissant.
Comme on le voit, cette nomenclatuie laisse bien des desiderata; nous sommes les premiers a le regretter; mais nous n'avons pu trouver davantage. Nous applaudirons de bon cœur, aux découvertes faites par des personnes plus habiles et plus heureuses que nous; puisse le sujet en question exciter la curiosité de quelque savant! Car, en histoire, se vérifie souvent la parole de Notre-Seigneur : cherchez, et vous trouverez! Quand l'esprit est eh éveil, une légère indication peut mettre sur la bonne voie.
Ajoutons que les commentaires louent l'administration de Tch*ou; la dignité de premier ministre n'y étant donnée, ordinairement, qu'aux plus proches parents du roi, aux plus dévoués, aux plus habiles; les autres princes ayant des postes laborieux, ce
foyaume a pu durer plus longtemps, acquérir une plus grande puissance. Les révolutions n*y ont pas manqué, c'est vrai; mais ce furent comme des accès de fièvre, bientôt guéris. Dans d'autres pays, c'était comme une maladie chronique, causant l'anémie, amenant la mort.
Pendant quatre k cinq cents ans de suite, nous voyons l'Etat vraiment gouverné par le roi ; ce n'est pas telle famille influente, qui accapare l'autorité, pour être supplantée par une autre, comme il arriva dans le royaume de Tsin 9, dans le duché de Lou K, et ailleurs, pour la ruine de ces pays.
TROISIÈME ÂPPBNDIOE !
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