DES NOMS DE (FAMILLE (OHE JE
Le commentaire du livre des Rites [Li-ki j( |g] donne les remarques suivantes : Les princes féodaux, qui avaient pour ministre un membre de leur famille [t'ong-sing f^ ^], lui. accordaient, en récompense de ses mérites, un nom de famille (che Jg), comme par exemple : Kong-tse ^ ^ (fils du prince régnant); et à ses fils, celui de Kong-suen ^ m (petit-fils du prince régnant). Mais sa descendance ultérieure n'avait plus le droit de marquer ainsi le lien qui la rattachait à la maison régnante.
En conséquence, les petits-fils et arrirère-petits-fils avaient recours à une combinaison pour former leur che J^; par exemple: 1® de leur père, ils adoptaient le prénom, soit le tse ^ (ou tchenghao jE H), soit le hao |t (ou t'ai-hao ^ ^ (1). 2® ou bien ils adoptaient son nom posthume, c'est-à-dire son che ^; 3® ou bien encore le nom de la ville dont il avait été gouverneur ; 4** ou bien le nom de la dignité dont il avait été honoré. 5® s'ils étaient
(1) Le t8e=prénom ordinaire, moins distiiif^^ué, dont se servent les membres d*ane (ftmille envers l'un d'entre eux.
Le hao= prénom plus noble, employé par les étrangers.
expatriés, ils prenaient le nom de leur pajrs (1); 6* 8*ile étaient les descendants d*un roi détrôné, ils prenaient le nom de la principauté anéantie (2).
Les fils de la femme lé^time prenaient, à Tàge de cinquante ans, pour nom de famille celui de leur ordre de naissance : par exemple ; Mong->suen £ ^ (équivalent de tchong-suen fljf ^)t c'est-à-dire l'aine des petit-fils; Chou-suen ^ {R, le second des petits-fils ; Ki-suen ^ i^, le troisième des petits-fils ; noms que l'on trouve si souvent dans l'histoire du duché de Lou ||. «»
Les cadets [chou-tse JB| ^] ; ou fils de concubines, parvenus à l'ftge de 20 ans, étant déclarés majeurs, et recevant le bonnet (chapeau) viril, prenaient pour nom de famille le prénom ordi* naire qu'ils avaient reçu à leur adolescence ; par exemple : Tchan jm ou Tsang m. —
Quant aux nobles, qui n'étaient pas de la famille régnante, ils prenaient, pour leur che Jg, le nom de la dignité de leur pèrtf^ ou de leur grand-père ; ou encore le nom de la ville dont il avait été gouverneur. C'est ainsi que Ton eut les familles Se-ma [ministre de la guerre f^ J|], 8e-tch^eng [gouverneur d'une ville 1Q IritI 9 ^^ encore les familles Han K, Tchao ^, Wei H, du nom de ces villes, dont les ancêtres avaient eu le gouvernement.
Pour prétendre à l'honneur d'un nom transmissible à la postérité, il fallait être ou ministre ou grand dignitaire [K4ng jj|||], d'un mérite rare, d'une vertu exceptionnelle ; comme fut, par exemple, Ohou-suen Tai-tch'en ;^ {^ ^ Si ^'s du prince Ya 3f , et petit-fils du prince Hoan jj^ (années 662, 626, 604, annales du duché de Lou ^) (3).
Si un membre de la famille régnante s'était distingué au service du pays, alors, mêmc^ de son vivant, son appellation honorifique passait à sa descendance, comme nom de famille (che BQ; ainsi, la postérité du prince Siang-tchong ^ jijf reçut le nom de Tchong fi|i, c'est-à-dire fils, petit*fits, arrière-petit-fils... etc. . . du prince 'Tchong.
Si un membre de la famille régnante ne s'était pas distingué après sa mort seulement, on lui donnait un nom que sa descendance pouvait se transmettre. C'est ce qui arriva au prince Ou-hiai ^ ]^; après sa mort^ il reçut le nom honorifique
(1) Ainsi, King-tohoug 9( fP» originaire de Tch'eu p^i s'étaut enfui au pays d^ TB*i 7^t y fut appelé Tch'en ; quoique ce ne fût pas son aom de famille.
(S) Mmb il ne faut pas conclure, conune il arrive parfois, que tous les uoins actuels de famille, répondant à ceux de principautés anéanties, aient cette origine. Ce n'est que Texception I
(3) Le frère de Siuen-kong Ji. ^ (608-591) avait aussi pour nom de famille Chou H 9 mais ici il ne s'agit pas de lui. Les annales de Lou parlent longuement des mérites de l'autre.
Toh^ïk-^yp(^rté':4'ab6tà ipar fibn ^géandi^père Kong Tsei-tchan ^ •iF^JR» etjqi paifpa.aingi à sa postérité. «
'.i .Quaf^aux ptinpcB qui ne- é'étaietit pas distfn'gnés, quelque- £^s pn 9# h^v donnait aucun nom honorifique, même apria leur mort. Ainsi arriva-t-il pour les princes suivants: Hia ^ en 714, •Yaou |g Biv:701, etifii g| en 691.
; ' ^n 692, le frère«*aiaé de; Tchoang-kong ^ ^, mais né d'une poncubine,. ae reçut pas le nom de Mong jg; (frère aîné), comme i) ll^ AewAHi^ m^ïB senlçment celui de '^Tchong fjf (frère éadet); et sa descendance porta le nom de Tchong*suen jijf ^. Plus tard pepeodanl; PU r^viiU 3ur cette décision, et ses descendants reçursnt le nom <jbe Mongrsuep JE ÎR. (1)
IXoiu;, H y avait des règlements ofliciels pour oes détails^ (des Rites, pomme on disait); mais on ne les observait pas tonjouM, taiit $en faut!: Dès Iprsrqu'il S'agissait d'un favori du prince, ou d,*un homme puissant^, etc, oa;faisait volontiers des exceptions.
Faute de mérites personnels, on s'appela d'apirès lé nom honorifique d'un ane^re. Dautres fois les principes énéncés pl^ haut; sont dits exagérés; et ne sont pas admis par (bus les commentaires. Naturellement, . bien ! des détailii de ces temps sr roulés nous sont: jAOonnua,:' et) les textes, eussent-été autrefois ^rèsclairsi sont niaiotenant très obscurs pour nous. - «^ ; ^ f
Jusque vers l'au 1\&, Ce geBre d'honneur, q^i çonsisteit & attribuer ou à cl^ang^r des nomsi, était encore sssea raioet.- (j'empereur seui, au' jrss^. eut toujours le pirivilège :d'acçorder 4^8. iipms.die ctan (sing JH) ; les vassaux n'eurent que le droit d'accorn der 4^s noms de» famille (cbe |g). '
Les noms de clan restaient toujours les mêmes ^ cei|X ^dè faille pouvaient qhapger après une ou deu!x générations,. comme on Ta yp î^ar ces nombreux exemples (2). La confusion entvsiies:
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4t:ttÇt!udftieDt dç I^oan-koug JS ^' ^^^^^ furent très p^i8SCDt•s dfiut ld,«liKlié ^e IjOii ■ ^ ) Cunfuçia^ le^ App^41ç 1^ trpifi (iamiUtîs) Huftu (n^U'iioiui ^ fiJ* <«• •> r,
i2\ N. ou veftux exemples; La prince Fpu-kai ^ ^i aprè« «^OU^rcvoité cmi^eiioil^ ^ère, le lame^x ^o-lia Pj JK de Ou j^9 et s'ùtre déclaré roi, f 'çnlujjt mi p«ys.di0 Tçb'ou; U y reçut le gouyemepaeqt de T'aog-fci ^.^i et prit le,iv}m TJai^^^b^ ^;
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Ji(0 fai^ei^ ministr^ Ou Tae-siu Ql j W^ ori^aire de Tch'oa. , vo}ri^ ^f^^ If
royaume de ()u .^ courait à sa p^rte, confia son fijf à )» coiir de Ts't l|;i Ht. ^ui 49Wf^l
le«omde WangSufi»rchf ï^dR. }K* —^ ti . ;• '•
L^ ^grande, faïuilk Fau ^^y de Tsii)^) df.«;fiitUi^ du fafiieux i^upt^s^ur yAo| et son nom de clan était Kl ]fp î alors son nom de famille était Tao T'ang.-çl>e' W ,^-ft î S9U8i» dynastie Hi^ Jjt» elle P>pp^f Yq i^joi^g-cj^e IB H J^ ; ^(^b l» ^^astie Çl^ng jS|> elle s'appela Çbe Wei-clie ^/^ JSéi aoo» la dynastie Xclieou JS|« «Uo- Si'appjeU T>Og Tou:o^^^K ^ ^ ! Aj'i^ut étté iqb»rgée du ^ouv^r^i^o^ep^ 4e Fai) ; fEr»
elle l^ardA toniours son nom de clan (Ki ]K) •
ans et les autres oominence k la dynastie Han :^; c^est ainsi que son fondateur est mentionné par Se Ma-ts4en 'Bl A 9 ^^^^ ^ curieuse appelation Sing Lieou-che ^ 91 Af ^^ le Sing |f et le Che gQ sont accolés au nom Lieou ; le nom de clan et celui de famille était le même.
On explique cette confusion dont nous parlons, en disant que la gloire des anciens clans avait bien pâli, à la suite des temps ; pour plusieurs même, elle était éteinte; à leur place, s'étaient élevées des familles nouvelles, plus riches, plus puissantes, plus célèbres ; celles-ci ont éclipsé celles-là.
Les princes régnants n'avaient pas de nom de famille ; on les appelait par le nom de leur pays ; par exemple, à Tannée 516, on trouve cette mention: Tch'ou Tse-kiu 511 "P JS* ^^" (^0 ^^ Tch'ou. Les historiens ont de nombreux faits semblables.
Les fils des princes régnants n'avaient pas non plus de noms de famille ; on les appelait par leur nom propre (personnel), précédé du titre (prince) Kong-tse j^ ^.
Le peuple n'avait que son nom personnel.
C'était donc la spécialité, le privilège, des ministres et des grands seigneurs d'avoir un nom de famille.
Tant que les princesses demeuraient dans la maison pater* nelle, on les appelait du nom de leur ordre de naissance: Ghou-koei ^ m Tainée, Ki-koei ^ m la cadette ; etc. .
Quand une princesse était mariée à un grand seigneur, on l'appelait par le nom de famille du mari, auquel on ajoutait son nom de clan à elle. Ainsi nous avons vu, dans cette histoire, la princesse Mi ^, mariée au seigneur Kiang f£^ s'appeler (la dame) Kiang-mi Jt ^« —
Après leur mort, les princesses recevaient un nom posthume, auquel on ajoutait celui du clan paternel; ainsi, King-yng j^ jK signifiait: la princesse (défunte) King, du clan de Yng.
Nous avons dit plus haut que c*était une loi sacro-sainte, sous la dynastie Tcheou JQ, de ne pas prendre femme dans son propre clan; on voulait conserver intacte et vigoureuse, la race des anciens «saints» qui avaient fondé et gouverné la Chine. Ainsi Tchao-kong Hjg ^, duc de Lou ^ (541-510), ayant épousé la sœur du roi Yu-mei fjj^ ^ (543-527), ce mariage fut absolument réprouvé, quoique depuis mille ans les deux familles princières n'eussent plus eu de rapports entre elles; et pour cacher la provenance de la duchesse, on ne l'appela pas Lou Ki-che ^ j|g Jg, ce qui eût été un crime; on l'appela Ou Mong-tse ^^ j* ^, comme si elle fût du* clan Tse, qui régnait au pays de
Voilà donc une brèche éclatante, faite aux «saintes lois» des anciens ! Après l'avènement de la dynastie impériale Ts'in ^, ce fût bien pire encore! tout fut renversé! Même les descendants dès anciencr «saints» ne reçurent aucun fief; il n'y eut plus que
des provinces et des gouverneurs; tout le monde fut égalisé, comme à la grande révolution française. La confusion des noms de clan et de famille fut un «fait accompli»; elle persévéra jusqu'à nos jours, et continuera sans doute.
Mais le désordre dans les traditions antiques datait de plus loin. Tant que la population fut peu nombreuse^ il fut assez facile de conserver les règlements établis si sagement; mais, avec le temps et l'augmentation incroyable de la population, avec l'agrandissement énorme des anciennes frontières, on ne sut bientôt plus à quel clan appartenait telle ou telle personne ; on ne connut plus que le nom de famille, que Tusage journalier empêchait d'oublier.
Ainsi, quand le fondateur de la dynastie impériale Han ^^ monta sur le trône, personne ne sut de quel clan il descendait; on ignorait même le prénom (ou surnom) de son père ; le nom de clan de l'impératrice Ngo*hiang fJH ff^ était aussi oublié ; il ne restait plus que le nom de famille Lieou. L'empereur déclara donc que le nom de famille équivalait à celui de' cl^n ; on plutôt, on ne fit plus de distinction.
Aussi est-il généralement admis, par les lettrés, que les généalogies des diverses familles ne sont pas authentiques; malgré le soin que l'on a mis à en écrire et conserver les registres [Kia-pou ^ If]. — L'origine des différents noms de famille est et reste donc incertaine, comme à peu près partout.
Nous n'avons presque rien dit d'une autre source de confusion, à savoir l'adoption, qui a toujours eu lieu en Chine, dans n'importe quelle famille ; même dans celle de Confucius ! même dans celle de l'empereur ! Que de fois celui-ci adopta ses favoris, leur donna son propre nom ! Que de fois il les fit adopter par des familles illustres !
Enfin, quand on réfléchit aux guerres, aux révolutions, aux anéantissements successifs ou simultanés de tant de principautés, petites et grandes, qui donc osera se fier à un registre généalogique pivé? D'ailleurs, en est-il un seul qui puisse remonter à la plus haute antiquité? Les noms qui s'y trouvent ne sont pas non plus une preuve irréfutable. On sait comment se font ces registres : moyennant finance, n'importe qui peut se faire inscrire comme membre d'une famille célèbre, et recevoir un exemplaire du registre généalogique. Ici, on est encore plus large que les Romains, qui avaient l'adoption légale.
Les livres classiques, malgré d'innombrables exemplaires, ont pu avec peine traverser les siècles; des ouvrages fameux, malgré de nombreuses copies, n'ont pu parvenir jusqu'à nous; quel registre privé osera se glorifier de n'avoir été, dans les temps les plus reculés, les plus troublés, ni falsifié, ni même embrouillé?
Chez le peuple hébreu, on faisait aussi grand cas des livres généalogiques, tous ont été embrouillés, excepté celui de la tribu
4t Juda; et cela, griee à «ne providence spéciale : Dieu vonlani prouver la fidélité des promesses qu'il avait laites ao sojet du Messie; ce but rempli, la providence spéciale cessa; et cettc^ tribu, glorieuse entre toutes, disparut de l'histoire authentique, cut non glorietur omnis caro». L*homme est poussière; même après avoir volé bien haut, cette poussière retombe, et se confond avec celle du sol. Il n*y a pas d*arbre qui pousse jusqu'au ciel !