I I. LE GRAND YU, 2205. AV. J.-C
tions très admissibles, si Ton définit bien au préalable ce qu'on entend par le mot de Nankin,
Au demeurant, cette ville ne saurait s'arroger des origines très reculées, et les annales chinoises ne contredisent pas en cela les conclusions qui découlent de l'examen géologique de la contrée (1). L'on sait que les premiers événements connus de la Chine historique se déroulent sur les chemins qui, de l'ouest, amènent au Chan^si, puis au Chan-tong, sensiblement h la hauteur du 36' parallèle. Le bassin du Hoang ho laisse exhumer de temps à autre quelque nouveau jalon d'une des routes suivies par la civilisation primitive, en marche vers l'Extrême-Orient, loin des rives de TEuphrate et de la Chaldée. Les provinces du Ho-nan, du C/ian-si et du Chen-si forment donc le théâtre principal, sinon exclusif, des très rares particularités certaines, enregistrées avant le X« siècle.-
L'une des premières informations à glaner pour nous dans les Chroniques du Céleste Empire est celle-ci : Le Grand Yu traversa le Yang-tse kiang, on ne précise pas où, pour se rendre au lac T'ai hou :{; jjj0, sur la frontière du Tché-kiang et du Kiang-' 80U (de Mailla I, 298).
Serait-il venu à proximité du territoire que devait occuper Nankin? Sous les Ming, on grava un beau fac-similé de sa prétendue Inscription, sur 6 stèles érigées dans les dépendances de la pagode de St-/ita chan, à mi-côte de la colline de ce nom, au bord du Yang-tse, entre Nankin et Tchen-kiang, Le souvenir du Grand Yu semble pourtant, en dehors de l'information consignée plus haut, totalement étranger à l'érection de ces stèles en pareil endroit, où on les voit encore. Quoi qu'on pense des exagérations chinoises à son sujet, sa sphère d'action semble n'avoir qu'exceptionnellement débordé la région, assez restreinte, sise à l'ouest de Si-ngan fou (2).
(1) I/OU'ho /\ ^ an nord du Yang-Ue^ Tan-yang et Li-yang au sud, délimitant la grande périphérie du pays nankinois, existaient au temps du Tch'ocn-ta^icou (722-481). Song-kiang date du l** royaume de Ou, comme Ning-kouo fou et TUii-p^ing fou. Chang- ^», gros bourg sous les iSo^f^ (960-1280) devint sous-préfecture au début des Yuen 7C* {Var.nn. n'IO).
(2) Le P. de Mailla (I p. 58 et seq.) essaie do réfuter les assertions du P. Kao (JS^ SL, Aloys Kao, jésuite chinois 1733-1780. A. Pfistcr S. J. Biograph. ms. p. 1102) qui
rejette les temps antérieurs à Ffio, exagère les difficultés du Yu-kong^ n'admet point comme réels les travaux attribués au Grand Yu, et conteste l'authenticité de ce chapitre Yu-kong, Le savant D' Legge a laborieusement discuté ces questions des origines chinoisea; cf. Chinete classics. Livre III. Part I. p. 89. — N. C. I). N. 9 fév. 1898. Article sur la géographie chinoise. «Son antiquité remonte A Abraliam et Moïse par le Yu-kong {extrtÀi du Book of History). Reconnue exacte par les explorations de Richtofen, qui a très bien su séparer le fond authentique des additions légendaire»^ ajoutées au cours des ftges, même par Mencius, cette ancienne description dénote une ancienne civilisation
22 CH. I. AVANT LK8 TAOIt R0YAUMB8.
Les annales chinoises (cf. le Tableau mis en tète de V Histoire du P. de Mailla) reconnaissent trois dynasties, dont les dates méritent quelque créance probable. Ce sont les Hia (2205-1766) — les Chang (1766-1122) et les Tcheou (1122-249). En 1122, Ou wang (nommé Fa) fils aîné de Wen wa?igf et fondateur de ces Tcheou, «maitre de la Chine, la démembra en un grand nombre de principautés, dont il dota ses [11] frères et les seigneurs chinois qui l'avaient aidé à en faire la conquête.» Résultat naturel : ses successeurs «se virent dépouillés de presque tous leurs domaines par ces princes vassaux devenus indépendants, et enfin ils perdirent l'Empire. >i Enfm, ce qui nous intéresse plus directement, au temps de cette troisième dynastie des Tcheou, qui tolérait tant de vassaux (?) sur le territoire de l'Empire, les Ou occupaient la partie orientale du Kiang^nan et tenaient leur Cour à Sou'-tcheou, De Mailla nomme, parmi ces rois de Ou, Tcheou-tchRi^g (1122) et FoU'tch^ai (495) qui régna 23 ans.
Parmi les princes auxquels Tcheou Ou u'angf partagea l'empire en 1122 av.-J.C, en les créant princes feudataires, l'on n'en cite qne deux en ces contrées : le prince de Yuè au Fou-kien et au Tché'kiang, et le prince de Ou au Kiang-nan.
Mais leur biographie reste aussi indécise que l'histoire générale à ces époques» Legge rappelle avec raison qu'aucune date chinoise antérieure à celle de 775 avant notre ère, n'est historiquement certaine. Alors, Romulus et Rémus étaient probablement déjà nés, s'ils vécurent jamais. Et les Pélasges occupaient depuis 12 ou 13 siècles le nord de l'Italie.
Le P. A. Zottoli condense en ces quelques lignes une assez longue période de la préhistoire chinoise : Pan-keng H ^, 17* des Chang fg régna 28 ans. Il lit ensuite nommer Yn ^ sa dynastie, et eut pour successeurs ses fils Siaosin >J\ ^, puis 8tao-i >J> 2j- La 26® année de ce dernier (1327 av . .] ,-0 .)KoU'hong Tan fou "é" 5^ M ^» nommé ensuite T'ai wa7i[/ :i; 3E» ^^ dirigeant vers le SSE, éniigra au mont K'i f^ et donna à sa famille le nom de Tcheou J3, qui est celui de la dynastie suivante. 11 avait épousé T'ai Kiang pj^ || qui lui donna trois fils. Les aînés T'ai-pè ^ fjQ et Tchong-yong fiji 5jg, sachant que leur père leur préferait leur frère Ki^liè ^ Jg «s'exilèrent volontairement, et se rendirent chez les peuples barbares du sud. Là, coupant leur chevelure, et se défigurant pour dissimuler leur origine illustre, ils fondèrent le royaume de Nan-king, vers l'an 1260 avant Jésus-Christ.» (Cursus litt, sin. vol. II. p. 7. Synopsis historica).
qui a peu changé, mais le récit est très incomplet. Le Yu-Jcong n'a été bien compris que de nos jours; cf. El. Reclus, p. 250 (qui suit Eichtofen). Carte du Yu-l-ong, Item cf. carte du Yu-kong dans de Mailla. Nous espérons traiter plus à fond ces questions dans un travail en préparation.
i I. TEMPS ItïSTORîQUES. 800-500 AV. J.-C. 23
Nous ne pouvons compter que sur ces faibles lueurs pour nous guider dans ces ténèbres des origines nankinoises.
Si nous abordons les temps historiques, après un bond de plusieurs siècles de nuit noire, nous trouvons que l'hiver de 896 av. J.-C. fut si rigoureux, qu'à la suite d'une grosse grôle, le Ka?igtse gela (1).
En 827, Siuen \i:nng ^ 3E? ^*1^ ^^ ^^ \^'ang jg J, envoie des troupes réprimer les incursions des peuplades établies au sud du grand Fleuve, on ne saurait dire en quelle région exacte. Dans la période popularisée parConfucius sous le nom de Tch'oen'-tsUeou 3fî. ït (722-481), KfJ tch'eng J^ U.\c Tch^ii(M'ieii hong ^ ?c ifif actuel, au sud et à 500 mètres de la Mission Catholique, aurait existé comme fonderie et manufacture d'armes. En effet, le belliqueux roi de Ou ^, Fou-tch'ai ^ ^, régnant au pays de Soxi^ tcheou jjj^ jtji devait entretenir aussi des arsenaux dans la région nankinoise, spécialement au confluent de la rivière du sud (la TsHn hoai ^ f^) avec le Yang-tse kiang, c. h d. sur quelqu'une des buttes de Nankin (2).
Cette Yé tch'eng, ou Ville de fonderie, est marquée sous les //an (— 206 + 190) comme une antiquité des Ou. Le ruisseau qui passe auprès de T Hôpital de la Mission Méthodiste, pourrait marquer la trace de l'ancien cours d'eau, descendant du lac IIcouhou, et contournant la Butte de la fonderie pour rejoindre la Ts'in hoai, près de son confluent primitif avec le Ynng-lse^ au sud-est du Ilan-si men.
En 569 av. J.-C, disent les Chronique.^, Yng^tsi H^ fameux général du royaume de Tch'ou ^, vainquit les troupes du royaume de Ou ^, près de Ileng-chan ^ \l\ (maintenant la colline Hong chan fl| \l\) au sud-ouest de Nankin.
Afin de projeter quelques rayons de lumière parmi ces origines nébuleuses et les développements successifs de Nankin, nous avons recours aux explications arides, mais inappréciables, qui accompagnent les cartes d'un ouvrage chinois peu connu. Sa valeur documentaire, vraiment hors ligne, n'a point échappé h tous leri sinologues européens; M. Henri Cordier s'exprimait ainsi à son sujet : «Ni la Iii})liolhèquc Nationale, ni le Hritish Muséum ne renferme d'exemplaire du Kin-ling hou-kin t'ou-k'ao, ouvrage cité
(1) Le P.. Jean Paul-Louis Collas (1735-1781) a fait paraître dans les Mémoires co'ajemaut le» Chinois T. XI, l-.'U: Chroniq. météoroloj^iq. de Kiung-ningfou (Nankiij) de Tan 190 av. J.-C. jusqu'en 1G07.
(2) Cf. Le Itoijaume de OUy p. 70 et seq. On y lit d'intéressants détails, i\ peu prés inédits, sur le roi Ho-Uu (513-494) qui en 513 av. J.-C. bitit la ville de Sou-tcheou et en fit la capitale du Royaume de Ou. Elle était antérieurement îl Mri-li h 18 kil. au sud-est de Ou-ri. Ce roi nomma Fou-tch^ai (494-472) son successeur au trône. Nous renvoyons spécialement au §. I«' : «Lutte de Fou-tchUii contre les rois do Yuc vX de Ta'i.y) Il est enterré j\ 30 U N. 0. de Sou-tchcou; une pagode, où on lui sacrifie, marque l'emplacement présumé de sou tombeau.