CH. II. LES TROIS BOYAUMES ET LES TSIN
Carte xyh — Résumé de la glose accompagnant la carte de Nankin lors de la période historique de la division en Trois RoyaU" mes, San kouo.
Alors fut bâtie la capitale du Royaume de Ou, sur une partie du Nankin actuel, nommé Kien-yé J^ Hg. en ce temps-là (1).
A. La première année de Hoang-long ^ H (229 ap. J.-C.) sous Ou Ta ti, 1"' empereur, Suen K'iuen assit enfin sa capitale dans la partie sise au nord de la Ts^in hoai (ou Hoai-choeiJ, à 5 H de ce canal. La ville royale, de 20 H 19 pou (12kil.) de circuit, s^élevait au milieu d'une plaine défendue au sud par la Ts'in hoai, au nord par le lac Yuen-ou hou 7C ^ SB» ^ ^'^^* P^^ ^^^ chaîne de collines dominant tout le pays (Tse-kin chan?) et à Touest par la * 'colline de pierre," Che-feou.
B. La 10® année Tch'é-ou ^ J^ (247 ap. J.-C, sous Ta ti) on bâtit le palais impérial T'ai-tch'ou hong :|cîJ®" ^^ avait 500 tchang (1 tchang = 3™ 50) de tour et 8 portes (2).
Au nord du palais (par derrière, disent les Chinois), se trouvait Yuan tch^eng ^ ^, nommé T^ai tch^eng sous les Tsin. Il faut actuellement en chercher la place à Si-che^pa wei "g -f- A ^* au du nord pont Yuen-tsin tCÏ^ et de la grande place ou rue Ta^kiai.
C. La 4® année Tch'è-ou ^ ^ (241 ap. J.-C.) toujours sous Ta ti, à l'est de la ville fut creusé le canal Ts'ing-hH (''ruisseau limpide") qui naît au nord de Nankin, et communique avec le lac Yuen-ou, auquel il sert de déversoir. Enfin après 9 détours vers le sud et l'ouest, il se réunit à la Ts'in hoai (3). On creusa encore un autre canal nommé Yun-tou 3lf|ï ; il commence a Ts'ang tch'eng ^:j;^, se joint au Ts^ing-k^iau ^^oniNei-hHao^ ^, d'où, coulant vers
(1) L'examen de la carte peut seul faire comprendre certaines indications hydrofçraphiques de la fîlose, trop arides et trop vagues par elles-niAmes. Nous en insérons le sommaire pour piiiider le lecteur qui voudrait tenter un essai d'identification entre l'état actuel des lieux et l'ancien état de choses.
(•2) Ces portes étaient ô : Au sud, Yeoui ^ |^, Ming-yang B^ |^, Kong-tch'é ^ ^.Chnig-hien ^ ff, Tsoiio-i ^fe ^^ - 1 h l'est : IVing-Ioug |^ II, - 1 à l'ouest: Pc-hoH 0 ^^, — 1 au nord : Yuru-ou 7C WSi- Les murnilles extérieures n'avaient que la porte Siuru-ijaug jg, j^ ; et si l'on s'avançait ;\ Ti // plus au sud (3kil.) on en trouvait une autre appelé Ta-Iiatig y^ ^. Et comme jadis on entourait les villes de palissades de bambou, cette porte Ta-Jumg s'appelait encore Kou-Ji woi pf J|^ f g "vieille haie de bambous."
(3) Sur la carte on a omis d'indiquer la communication de la Ts^ing-kH avec le Yuen-ou. Ce dernier lac, sur la carte suivante, opère au contraire sa jonction avec celui du Ycn-tsio pRÏ pS, par le moyeu de la IVitig-Jc'i ^ ^ dont l'extrémité nord est an T^ai-piîig men actuel.
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le sud, depuis le pont K'ien-tao ^Jê J^^^^'^" P^"^ reou-men3|- P^, il se jette dans la TsHn hoai, que l'on endigua alors sur ses deux rives. Cet ouvrage fut appelé Tche-t'ang ||jg (1).
Le Yang-tse kianq, dont l'immense estuaire s'allongeait beaucoup moins à l'est, limitait habituellement et ce royaume de Ou au nord. La Hoai, laquelle n'est plus qu'un canal en disette d'eau presque chaque hiver (2), était une importante rivière, amenant à Nankin les jonques de Ning-kouo fou et de T'aUp'ing fou. Au nord-est, un vaste lac marécageux, couvrant encore plusieurs hectares, même en morte-eau, bordait et protégait la changeante capitale, dont les annexes et défenses s'épandaient sur les buttes de Ts'ing-liang chan, OuA'ai chan, Yé chan, du Kou-leou et des collines qui encadrent la porte moderne de T'ai-pHng men.
Ce qu'il importe de nettement saisir, pour se rendre compte de ces accroissements successifs de Nankin, c'est, d'une part, le* régime des eaux au confluent du Yang~tse et de la Ts^in hoai; d'autre part, la relation étroite et connexe entre le relief du sol, les conditions hydrographiques, et les exigences ou convenances des premières installations. Là aussi, les notions géographiques, spécialement celles de l'hypsométrie et de l'hydrographie, contrôlent, expliquent et complètent les données hypothétiques de l'histoire locale.
A vrai dire, elle demeure encore bien nuageuse, malgré les assertions des chroniqueurs et des romanciers sur cette phase semi-légendaire, et bien qu'on soit parvenu à l'asseoir sur des bases acceptables, dans ses lignes générales.
Dès ces temps reculés, au début même du IIP siècle de notre ère, l'un des rôles militaires les plus importants est dévolu à C/ie-
(1) La Carte ^^ "Cours d'eau" indijjue ce Yun-toit ho d'une façon plus exacte. Il porte trois ponts et garde une direction nord-sud, c. il d. parallèle î\ la grande rue du
Nan men, qu'il laisse un peu à l'est, il distance égale du Choei-si mcn situé jI l'ouest.
Sur la carte ^y^^ le Yang-tse ébauche quelques atterrissements, Pé-lou tchcou
& ^ vH» ^ la hauteur et au couchant de cette dernière porte ; ils forment le noyau de la future région de Kiang-tong nirn. La carte montre aussi le lac Yen-tsio et son déversoir.
(2) Le niveau de la Ts^ln hoai varierait prenque de G mètres, de l'été à l'hiver, en quelques endroits. Cf. Missions Catholiques, 1888, p. 436; ^^les bouches du Kiaug, Fleuve Bleu" par le P. A. Colombel. "La marée, dit-il, fait encore monter le niveau d'un pied sous les murs de Nankin." D'après l'article cité, la Ts^in hoai fut alors endiguée, régularisée et munie d'écluses (probablement de barrages de retenue avec plans inclinés) au début du II" siècle de notre ère. Comme les terres alluvionalcs de toute la Chine, le sol de Nankin a toujours souffert de son système fort insuffisant de drainage, malgré d'incessants efforts, tentés â, diverses époques pour régulariser l'écoulement des eaux pluviales et le dé])it de ses rivières. L'existence de ces anciens travaux d'art hydraulique, en contraste avec leur délabrement actuel, fournit une des preuves les plus irrécusables de la décadence contemporaine. M6me en pleine ville, spécialement au nord du Kou-leou, on rencontre plusieurs grands ponts sans eau, et des tronçons de ruisseaux fangeux, qui accusent la déplorable incurie de radministration mandarinale et rappauvrissement corrélatif du pays.
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t'eou tch'eng **la ville de pierre," sorte de forteresse de 9 kil. de tour, campée sur les buttes escarpées de Toucst, comprises aujourd'hui et depuis cinq siècles dans Nankin. Elle dominait rancien confluent du Yang^tse et de la TsHn hoai. C'est dans cette antique acropole, assise sur un haut massif de béton naturel, de pouddingues à gangue de grès rougeâtre. aux conglomérats à puissants rognons, que les potentats du vieux Nankin se réfugiaient en cas d'alerte. Aussi subit-elle plus d'une attaque. Naguère encore, les autorités militaires y voyaient volontiers une position stratégique, imprenable pour l'amiral Courbet ou les flottes japonaises ! Sur un plan inséré dans les Chroniques ]|| S^ £C W /É ^ {Kiuen 1, p. 8) et relatif aux époques à peine historiques, Che-t'cou tch'eng, le Ts^ing^liang chan actuel, ne mesure que 4 kil. 1/2 de tour; le Yang* tse roule ses eaux auprès du Han^si men d'aujourd'hui, pour y accueillir celles de la Ts'in hoaij à peu près h la hauteur de la *'porte d'eau" C/ioei-Zi'^oan jjcl^ ménagée sous la muraille. Au reste, n'était le réseau de digues qui coupent la plaine basse de Kiang* long men, le grand fleuve y charrierait directement chaque été ses flots limoneux.
Nous avons dit plus haut qu'un autre bourg fortifié, celui de T'ai tch'eng, une espèce d'oppidum, s'étageait sur les ,flancs du Pé-ki ho, qui, à ce titre, peut briguer aussi l'honneur d'avoir porté partiellement le berceau de Nankin.
Ces princes, rois, ou empereurs de Ou, au début du IIP siècle, modifient souvent leur capitale, Kien-yé, défendue par des ouvrages en terre et en bambous, fortifiant les hauteurs, éparses actuellement entre la butte du Kou^leou, celles de T'ai^p^ing men et le groupe de Ou^t'ai chan^ dans la partie centrale de la ville. Plus impérieusement qu'aujourd'hui encore, le relief du terrain commandait le choix de cette installation, au milieu d'une plaine périodiquement inondée; plusieurs des tranchées, ruisseaux ou canaux, qui la sillonnent, assèchent à peine en hiver; au début de l'automne, les eaux du Yung-ti^e viennent parfois, sous mes yeux, les engorger et les faire déborder, particulièrement dans les régions nord-est de la ville, si aisément transformées chaque été en rizières.
Tout réduit qu'il fût en étendue, Nankin, surtout à cause de sa position stratégique et commerciale, formait la métropole incontestée de la Chine méridionale, loin de comprendre son extension actuelle.
«Tandis que (sous Hien ti Jf^ 'î^,en 204 ap. J.-C.) Ts^aoTs^ao "SF Jl ^^^^^ occupé (par ses opérations militaires), Suen Tch'è ^ ^ se rendait formidable au midi du Kiang, Après s'être emparé des pays de Ou ^. (Sou-tcheou ^ ji\ du Kiang-uRn ùl ^*)î ^^ ^^^ Koei'ki -f- H (ChaO'hing fou ^ ^ ]^ du Tché-hiang ^ ^), il étendit ses conquêtes le long du Kiang du côté de l'ouest, et se fit un des plus puissants états de l'Empire.» (de Mailla, T. IV. p. 40).
g II. DBÛXiéllË BlàOLË, AMBASSADES ROMAIKES. 47
On rapporte principalement à Ta H ;^ ^, premier des Ou ^, (222-252) le mérite d'avoir exécuté des travaux considérables pour assainir, fortifier, agrandir et embellir le siège de son empire. La tradition place son tombeau presque au centre de la sépulture de Hong-ou gt ^ (fondateur des Ming ^, en 1368), au Hoan^ ling ^ |^, à un kilomètre est de Tch'ao-yang men D} Éf P^; il fallut môme, semble-t-il, modifier l'ordonnance traditionnelle des sépultures impériales pour respecter cette tombe, vieille alors de onze siècles.
«En 246 (1) on creusa un canal depuis Kiu-yong ^ ^jusqu'à Yun-^yang g ^ (2) afin que la flotte militaire pût communiquer avec le reste du pays, sans être obligée de passer par rc/ien-ftiangi et le yangf-tse.» (Var. Sin. 10. — Le royaume de Ou p. 164). — Ce fait dénote l'importance des ressources financières et Tactivité guerrière du gouvernement nankinois dès cette époque.
C'est à Nankin, auprès de Suen K'iuen qu'arrive, en 222, le romain Tsin-luen, envoyé par Alexandre Sévère, ou Héliogabale. Cet étranger avait voyagé par mer comme devait le faire aussi •rambassade députée, vers 285, par Dioclétien ou son prédécesseur. D'après T. de Lacouperie (Western origin... p. 241), Tan 166 de notre ère ^'Ngan-tun (Marcus Aurelius Antoninus)" envoya une mission en Chine (3). Ce serait la première arrivée de Romains proprement dits en ce pays. L'an 226, «un marchand romain, qui avait été à la Cour des Ou, à Nankin, reçut un présent de pygmées négrilles, qu'il devait emmener avec lui en sa patrie. Mais ce projet échoua. D'autres marchands romains parvinrent à Canton en 28i...)) Le même auteur afTirme plus explicitement ailleurs (p. 389), que ces sujets de iVgfaîi-f un arrivèrent à Kettigara, qu'on identifie avec Ke-cho (Ha-noi) et à Canton. Cette Kettigara, fondée 179-150 avant J.-C. fut conquise par les Chinois Tan 110 de notre ère.
SouS Ho ti ft ^ (89 à 106), plusieurs délégués des Romains étaient venus par terre. Nous avons rappelé jadis (Croix et Sv^astika p. 101), que vers l'année 207, une nombreuse colonie bouddhiste s'était fixée à Nankin et à Sou^tcheou, avec un grand nombre d'excellents traducteurs, prêtés par la Perse et par la Bactriane. Des ouvrages chinois prétendent même qu'un Bouddha, nommé Pi-lou ^ ^, serait venu lutter, sans succès, contre celui de la montagne Tchongf chan, auprès de Nankin. Pi-lou se ^ &^ est actuellement la pagode la plus considérable de la ville. Le précédent vice-roi Tseng Kouo-tsHuen § 0 3S la fit rebâtir non loin du coin N.O. de la ville impériale, à quelques pas de son Ka-men.
(1) Ou mieux 245. Cf. Manuel du sinologue sous presse.
(2) C'est la ville de Tan-yang TX fjj^ actuelle.
(8) Cf. China and Roman Orient by F. Hirth Ph. D. p. 175.