h. ii. lbs trois royaumes et les tsin
A Nankin encore affluaient des caravanes de bonzes voyageurs, partis des bords du Gange, du Pendjab, du royaume bactrien. Ces faits laissent entrevoir l'importance de la civilisation en voie de s'dpanouir alors dans la région nankinoise.
Le R'^ W. Milne {Vie réelle en Chine, traduction Tasset, p. 451) rapporte un long récit, qu'il dit tenir de Chinois et concernant la première tour de pagode bâtie à Nankin. La 10* année de Ou Ta ti, vers 235, un bonze bouddhiste, nommé Keng Seng^hoei j^ fg> ^, serait venu de l'étranger en cette ville. Ce thaumaturge aurait présenté à l'empereur une relique de Bouddha, un Ché^li ^^1 un fragment d'os, d'un éclat éblouissant et que rien au monde ne pouvait entamer. L'empereur, qui essaya en vain de faire écraser cet os à coups de marteau, fut si émerveillé du prodige, qu'il fit élever une tour de pagode pour recevoir la relique : ce fut la tour de Nankin. A l'entrée on écrivit les deux caractères première tour; «Ce qui, remarque l'auteur, pouvait s'entendre aussi bien du rang que de l'ancienneté. »
En 257, relatent les chroniques locales, pour asseoir le palais "des princes feudataires," on applanit le sommet d'une colline. S'agit-il de la butte du Kou-leou, de celle de Yé chan, ou mieux encore du plateau qui couronne Ou-/ '^ai c/ia?i^ au centre de Nankin, au nord de la Mission Catholique?. Le grès pulvérulent à tons pourpre qui y perce le sol çà et là, nous engagerait à désigner ce plateau sous le nom de tertre rouge. C'est du reste le nom géographique donné à un haut pic, peut-ôtre volcanique, qui surgit isolé au milieu de la plaine, à l'est de Nankin. Sur ses flancs escarpés, de larges taches sanglantes, brillant parfois au soleil parmi les gazons verts qui le revêtent, proclament au loin la justesse de l'appellation populaire Tse chan, ''la montagne rouge" (1).
Parmi ces préoccupations belliqueuses et politiques, les arts de la paix n'étaient point oubliés. En 258, une ordonnance de Suen Hieou Jp, jjjj: (King ti ^ ^) avait réorganisé un système de préposés {pono~che f|} Jt) ^^^ écoles et collèges du gouvernement (cf. BiotjÈs.sai sur Vinstruction publique en Chine, p. 214). Arrivant au pouvoir, la jeune dynastie des Tsiyi § eut à cœur, pour consolider l'unité nationale, de rendre leur vitalité aux institutions des Han j^, relatives à l'enseignement classique et littéraire. Edouard Biot (loc. cit.) fournit des détails très circonstanciés sur la part des Tsin h cette renaissance, à cette tentative de rajeunissement, rénovation d'un passé si glorieux. D'après lui (p. 217), «l'histoire de la dynastie des Song (420-479) rapporte qu'en 284 on construisit dans la Capitale (Kien-h'ang ^^), outre le Pi Yong Jg^jg,une salle Ming-t'ayig ^^ et un observatoire Ling-t'ai^ ^. »
(l) Vuv paj^odo surmonte Tse chan. On redit aux environs que les TUii-pUng (185i-1864) ne purent jamais parvenir au sommet. Dis paysans, dépoui-^'us d'armes, mais approvlBionnés de gros cailloux prt' ts îi dévaler sur les pentes, le défendirent d'en haut victorieusement.
g II. FIN DU ROYAUME DE OU, 280. 49
Cette même année «parurent deux dragons verts dans le OU'k'ou tsing^^:^, ou Puits de l'Arsenal militaire; l'empereur (Tsin Ou H ^ ^ ^) y fut en personne et en reçut les compliments de tous les Grands.» (De Mailla, IV, 185) Il alla en personne l'année suivante, 285, faire le sacrifice Nan-kiao ^ ^.
Après l'assassinat de l'impératrice Tchou ^, le dernier des quatre empereurs de Ou ^, Ou^tch'eng lieou j^ % ^ (264-280) Suen Hao îp, ÔS ^^^ Prince de Ou, tenait sa Cour à Kien-yé J^ f|, en 2G5 avait essayé de la transporter à Ou-tch'ang ^ ^, deux ministres restant préposés à la garde de Nankin. Mais le mécontentement universel l'avait ramené dans cette dernière ville en 266. Au printemps de 280, l'empereur Tsin Ou H ^ ^ ^ (265-290) envoya sur les terres du royaume de Ou, ie général T'ou Yuijij^j^ avec 200.000 hommes, répartis en cinq corps d'armée. En prévision de cette attaque, le Prince de Ou, Suen Hao J^ ÔS» résidant à Kien^ljé ^ m (Nankin), avait fermé le Yang-tse par de lourdes chaînes, renforcées de barres de fer. A la suite de plusieurs défaites sur le fleuve et aux environs (1), sa capitale fnt assaillie par 80.000 h. venus par eau, tandis que Wang Siun ^ ^ allait la menacer aussi par terre. Suen Hao, s'estimant alors perdu, vint à ce dernier, près de la rive, dans une petite barque, la corde au cou et son cercueil à ses côtés. Wang Siun lui ôta ses liens, brûla son cercueil, et lui rendit tous les honneurs dus à son rang. Se-ma Tcheou ^ S^ ify^ général des Tsin ^ du nord, envahit le palais T'ai-tch'ou kong 'i^^^ et envoya l'infortuné Suen Hao k la Cour de ses maîtres. Déclaré déchu en 280, il descendit au rang de prince, avec le titre de KoeUming heou |f ô" ê|. C'était la fin des Ou (cf. de Mailla, IV, 183).
Leur capitale fut pillée. Ces Ou, auxquels échappait ainsi la souveraineté dans le sud, commandaient, dit-on, à 230.000 h. de troupes, 523 villes, 43 déparlements et 4 provinces (de Mailla, IÏI,p. 82). Détail trop oriental : on expédia à l'empereur victorieux 5.000 concubines de la Cour des Ou, dont le palais fut incendié, pendant le sac de la ville. Le même accident devait maintes fois se reproduire.
A la 4" L. de 280, on avisa, par des décrets spéciaux à réformer les abus du gouvernement des Ou jugé trop défectueux. Kienyé devint Mo-ling f)^ [^. Par suite d'un remaniement de la carte administrative, le territoire urbain'de l'ancienne capitale fournit la nouvelle sous-préfecture du Lin-kiang hien BÊ £C IR^ changée l'année suivante en Kiang-ning hien f£ U JR- Un an plus tard,
(1) spécialement bous les murs de Che-Veou tch^eng. De Mailla désigne encore uPan-k'iaoffi f^, en face de T^ai-pHng/ou jk *P fff^ à 15 lieues on amont de Nankin.» Les Ou (un. 280) étaient commandés par le premier ministre Trhang Ti ^ fl& qui y périt avec les généraux Chen Yng Jt ^^et Tchoxi-kouo Tsing"^ 9 wi- Avant l'engagement, leur armée avait campé «auprès de la montagne Nieou-tchon ^ ^, à 25 // au nord de Taip'ing fou^ du Kiang-namn (de Mailla IV, 172.) L'amiral Wang Stwnî ^g victorieux, descendit ensuite le Yang-tse et se posta «près de la montagne San chan ^ ui » dont les trois sommets, visibles aussi de Nankin, dominent en amont la rive sud-est.du grand fleuve.