‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 78 sur 205 · LIANG OU TI · texte numérisé non relu

LIANG OU TI

victimes animales dans les sacrifices aux ancêtres, pour leur substituer des légumes et des fruits, probablement à l'instigation des bonzes bouddhistes. Toutefois la dynastie suivante des Tch'en revint à l'ancienne coutume. Par respect pour les principes de la métempsychose bouddhique, le trop faible souverain, abusant de son droit de grâce, n'osait condamner à mort les plus grands criminels. Impuni, le brigandage se prévalait de la piété impériale (1). Au reste, Liang Ou ti amalgamait tous les cultes; il maintenait celui de Confucius à un rang presque éminent; il rebâtissait les autels du Ciel (2) ; en même temps il tentait de faire prévaloir son ingérence sans appel dans l'administration monastique des bonzes, qui résistèrent à ces prétentions d'envahissement.

Chaque mois, Liang Ou ti présidait l'assemblée des bonzes, réunis pour les cérémonies de leur culte. A la 4" lune de 519, il reçut d'eux en personne l'initiation bouddhique dans la pagode Ou-ngai tien ^ ^ j^»

Autre fantaisie : il créa, dans sa capitale, les jardins du Kou-tou yuen SL ^ M (521). Neige extraordinairement épaisse à la fin de l'hiver. Puis, incendie de la salle Wan-yen tien JjJ ïS^-ffiî Trois mille travées (ou chambres) dans les habitations du voisinage furent également la proie du feu (3).

Les numismastes spécialistes savent qu'en 523, on reprit l'usage de sapèques en fer. (Voir Sapèques : n" 148, 149, 150.) Liang Ou ti édicta encore en 546 (7® lune) plusieurs ordonnances relatives à la monnaie de billon.

L'empereur se rendit à pied, à la 3® lune de 525, à la ville de Pé-hia tch'eng ^ f* ^. Je note, sans en pouvoir fournir la raison, la singularité du fait. C'était^ pour la majesté impériale, un assez long voyage, très en dehors de l'étiquette inexorable d'une Cour chinoise. Mais Liang Ou ti essaya-t-il jamais de s'y soumettre.

A la 3® lune de 327, il entra dans la pagode célèbre, ou monastère de Tong^t'ai se ^ ^ ^, là où s'élève aujourd'hui la pagode renommée de Ki^ming se ^ H^ ^^ presque sur l'antique muraille de la ville, à 500™ est du Pé-ki ko (4).

(1) Cf. du Halde, I, 385.

(2) Plus loin, la carte IX, Nankin sou^ les Nan-T^anÇy indique le Kiao-Van^ ou autel du Ciel, au S. P]. de la ville. Nous constaterons ailleurs que ce choix topographique se conformait à l'ordonnance traditionnelle, en désignant ce site relatif.

(3) «Le palais de Nankin avait été brûlé (520) : Siao-yuen^ dit du Halde (I, p. 81), en fit construire un plus superbe, dont le parquetage était incrusté de fleurs d'or».

(4) A la mort d'une impératrice de second rang, follement aimée et arbitrairement intronisée, Choen-tche f§( jp premier des T«'m^ actuels, prendra aussi l'habit des bonzes, (comme Liang Ou ti) et s'abandonnera à mille extravagances. De Groot, p. 1029, raconte une liistoire relative îl l'enterrement de Ting^ concubine du 1*' rang de Leang Ou ti^ qui prouve qu'alors, géomanciens, eunuques, taoïstes et mandarins s'entendaient à exploiter la crédulité du Souverain et des Grands en matière de Fong-choei.

lôÉ CH. V. DYWAJm» (xO DBB LIANG, 502-557.

L'ejtcentrîque Souverain y Vécut trois jours entiers de la vie des bonzes, avant de régagher son palais. On put le voir, dans les salles du T'ong-^t^ai se, vêtu de toile, prenant un seul repas par jour, adorant les Poussahs, s'abstenant, comme un ascète, de vin, de viande, de poissons, d'œufs et de laitage. Le matin même de son entrée au monastère, «un phénix avait traversé la \ille en Volant» (1) !

Dans cette pagode de T'ong-rai se, il organisa une assemblée générale, une réunion plénière de tous les bonzes de son empire ; E. H. Parker. Chin, Rec, 1894. p. 232. Ce n'était pas pour la première fois du reste.

L*an 528, des séditions troublèrent le Royaume de Wei ffl, et T'O'-payu fSiSt^ (prince Lin-^hoai voang des Wei ^ gg fj^ 3£) Be réfugia à Nankin avec ses partisans. L'empereur lui donna audience dans le parc Lo^yeou yuen ^ ^ ^, et le garda quelques mois à la Capitale (2).

L'épidémie la désola l'été suivant. En vue de secourir son peuple, Liang Ou ti alla prier et jeûner à la Pagode bouddhique jTc/i'ongf-yUn tien ;g |g jg. De même il retourna plus tard au T'ong'^t'è.i se, y pria sous le nom de Ou-tclié hoei ^ jlS W î P"*^ il s'y affilia aux bonzes. Pour prix de sa rançon, les mandarins de la Cour eurent à débourser 100 millions de sapèques (soit 100,000 dollars de notre monnaie actuelle). Cinquante-deux jours après, le souverain rentrait dans son palais. Des documents chinois insinuent qu'il avait subi les brûlures rituelles des bonzes sur la partie antérieure de son crâne rasé (3).

Autre voyage au T'ong-i^ai se en 530 (4° lune); l'empereur y pria sous le nom de P'ing-teng hoei ^ ^ '§'• ^^ donna quatre mois après, dans la salle Té^yang i'ang H ^ ^. un banquet

(1) Météore, oiseau exotique ou fait controuvé, la vérité importe bien peu en l'esfiècé. Tous les phénomènes naturels de ce régne furent loin d'être aussi heureux; sous Liang Oïl ti, il n'y eut pas moins d'une douzaine de tremblements de ten-e k Nankin. Les Vhroniqueê en relatent aux dates suivantes : 500, 522, r)2r^, 533, 537, 5il, 543, 54S, 5-19 à trois reprises.

(2) En 525, projetant de se soumettre aux Liang, l'Empereur des Wei aurait envoyé son fils î\ Nankin.

(3) Liang Ou ti se fit bonze plusieurs fois A Ki-tning se ; alla une douzaine de fois à cette pagode: fonda une douzaine de ])agodes bouddhi(iues7>r/7- aii. Vu Ifttré de Nankin me dit (1897) que le mur de Ki-ming se ne datf pas des Liang, mais de Hoiig-nn qui l'aurait construit en voulant d'abord le conduire jusqu'il Ts*in-lia?ig rhaii, avant de se décider i\ renfermer Ilia-koan dans la ville. Je crois que Hong-ou l'a réparé en effet et que les briques de parement datent de lui; il a respecté le tracé et le style du mur primitif. Sous les LoU'tch'ao, la capitale était au sud du Fé-ki ko qui l'abritait des vents funestes du nord. On rencontre des briques, pâte fine, qui portent sur le plat l'empreinte de j,'rosses toiles avec caractères sur la tranche, datant des Liang. On en fabriquai' une espèc^. pour les murs, les pagodes et les tombeaux. Le Musée de Zi-ka-wei en conserve une cpii date des Tsin "^• On l'appelle "Brique des ro«flr-^5(w capitale :\ Kicn-k'ang" ^ ^mW' i^'^- XXIX).

LIANO OU TI BT LES BON2B8. 103

d'adieu à T'o-pa^yué f^ jgj i^, Prince Jou-nan wang ^ JÇ ï, du royaume de Wei.

Siao T'ong ^jjl' l'héritier présomptif, mourut à la 4® lune de 531. Son tombeau serait à Fétang qui est au nord du Kiosque Siè kong toen ^ ^ ^, au sud-ouest du Tombeau des Ming, près de la muraille de la ville.

Le Tong kong, palais de l'héritier de la couronne, fut alors restauré; durant les travaux, Siao Kang J^iH, le nouveau Prince de ce titre, résidait à Tong-fou ^^J^' Il n'occupa son vrai palais qu'à la 9® lune de 532.

A la 10'' lune de 531, TEmpereur monta au T^ong^t'ai se pour assister pendant sept jours à l'explication des livres bouddhiques, intitulés Ta^pan Up'an king :^ |[5S5? S* Deux mois plus tard, il revint y passer sept autres jours pour l'explication des Mou^ho pan-jo pou'lou-mi king J^ M )l$ ^ îft S ^' S- On Ty revit une semaine entière, à la 2® lune de 533, dictant un thème de composition sur les prières de ce dernier traité. A la 4* lune de 530, îl y fondit des statues d'argent et y pria sous le nom de Ou-ngaî hoei ^ ^ ^' Sous ce titre et sous celui de PHng-teng hoei H^ ^ '^, on compte trois nouveaux voyages du souverain à cette pagode, en 536. A la 5" lune de 537, il y fondit 10 statues d'or. Trois mois après, il priait sous le nom de Ou-ngai fa hi-che |tt jÇ ^ § ^ [qui donne un banquet aux bonzes) à la pagode i4-yuwang se |^ "^ ï ^ (site du Pao-ngen se ^ ^, ^, Tour de Porcelaine) (1). Siao Luen "^ m, Prince Chao'-ling wang ?P ^ î et Gouverneur de Yang-tcheoUj s'était révolté sur ces entrefaites (2® L. 532). Il fut privé de tous ses biens et déclaré déchu de sa dignité princière.

(1) Pour un bonze d'occident nommé K^ang-cheng hoei J^jh g î on bâtit la pagode Kien-t'chou se §j^ ^ ^i qui fut Toripino àuPao-ngen se, Tour de porcelaine. Pour un taoïste, nommé Eou Yuen î§ ^ ' ot^ bâtit Tong-yuen Koan 119 l^C fR â Fang chan. C'est ainsi que les pagodes furent introduites j\ Kmng-tong (Kinng-nan). Cf. Chroniq. de Nankin. «îtt'KP^IÏ^S»1illAjiSEM- Devant la porte Chen-ou du vieux Nan-kin^, suspendre avec joie le chapeau et les habits de cérémonie de l'immortel : rentrer dans la vie privéo. Sous lo règne de ^ ^ i^ (483-494), T'ao Uong-king Totig-ming K 9A jj^ 5S Ç3 quitta la Cour et déposa les insignes de sa dignité â la porte de la Capitale, nommée Chcnoii meii. Il gagna aussitôt le mont ^ Eu UJ de v] ^^ décidé à s'y livrer aux pratiques du taoïsme, dont il avait, dès sa jeunesse, avivé le goût dans la lecture dn Ifljf fK iH par Ko Hong M S?* I^» huitième grotte H A ?@f célèbre par le séjour des immortels, et appelée ^ ^ Z^^i lui servit d'abord de retraite, ce qui explique ses trois titres taoïstes ^ ^ RQ ^ ^) ^n^ASSet^^il^A' Les conseils sur la manière de gouverner qu'il adressa de sa solitude t^tSkfAW (502-550) lui valurent encore le surnom de [U ^ ^ Wi comme celui de Jî Q ^ ^ lui vint de la perfection avec laquelle il pratiqua les observances de son nouveau genre de vie. Lorsque T*ao résigna ses fonctions, Ou ti prit l'engagement de lui fournir tous les mois une certaine quantité d'étoffe, de succin et de miel pour subvenir à ses dépenses». AlluBions littéraires du P. Pétillon S. J. Var. sin. N* 13. p. 273.

104 CH. V. DYNASTIE (x*) DES LIANG, 502-557.

Dans les premiers jours de 533, sur la Terrasse du Sacrifice au Ciel du sud, apparurent d'éclatantes lumières qui émanaient du firmament. On ne précise point la signification de ce pronostic. Mais Tété suivant, l'inondation fut telle que Ton naviguait dans l'Avenue impériale du midi; et à la 10" lune de 535, il tomba des nues de la poussière jaune aussi dense qu'une chute de neige épaisse. Même phénomène en 535 (ll'^L.); la terre produisit des poils blancs! De même en 543. Mais, en 537, c'est par un ciel sans nuages qu'on avait assisté à une pluie de cendre jaune. Il tomba un mètre de neige véritable, à la 11® lune de 544 (1).

Li Yun-tche ^ jj^ ^ (probablement un bonze) promulgua, (7® lune de 538), une concession d'indulgences générales, octroyées au peuple de la part de Bouddha. En voici le texte ' Mï^ ^^

it i- nia jH S^ m ^ »■

La même année, l'empereur passa la revue de toutes ses troupes dans le parc de Lo^yeou yuen |j| ^ ^. Sa manie pour les momeries bouddhiques ne l'absorbait point tout entier.

Un décret de 540 pourvut à l'entretien des sépultures impériales des dynasties Tsin §, Song JjJ, Ts'i ^, assignant des gardiens spéciaux pour cet emploi. L'année suivante, Ou ti fonda un nouveau Gymnase et y convoqua de partout les Lettrés. Il ne se désintéressait pas non plus des améliorations matérielles; sur son ordre, on creusa (543) un canal, de Sin t'ing 5gf Ç à Sin-lin p'ou Sf ^ ^- ^^ autre canal existant déjà au sud-ouest de la ville.

Un incendie avait dévoré la porte Tchou-tsio men ^ -^ P^ en 537; huit ans plus tard, la foudre tomba dans le parc Hoa-lin yuen ^ ^ H et y détruisit les deux salles Koang-yen tien j{^ IIJB et Tchong-yun ko H S ^.

Nous avons à mentionner encore plusieurs des extravagances de Liang Ou ti à la pagode de T'ong-Vai se, A la 3® lune de 546, il y assiste à l'explication des San-hoei hing ^ ^ |^, recueil bouddhique bien connu. Le mois suivant, il y revient dans le même but. et publie des indulgences fictives, au nom de Bouddha. Par suite de l'affluence populaire à l'occasion de cette Kermesse idolâtrique, l'incendie dévore la Tour du monastère, le soir même de la cérémonie. Nous ne voyons pas que cette tour ait jamais été rebâtie.

L'année suivante (3® lune), l'empereur revient prier à T'ongt'ai se, sous le nom de Ou tché hoei ^ 5^ ^. Il s'y consacre encore au service des poussahs, en qualité de bonze, et son rachat

(2) On prétendit ent(;ndre s'entrechoquer les nuages, avec un bruit de flots, au 6* mois de 54C. Au 5' mois de 548, deux lunes apparaissent pendant la nuit; ce phénomène naturel est plus admissible. En 549, un bolide nocturne estimé long de 300 pieds s'abat sur la porto de la trésorerie CHi-k^on jÇ j^. En .550 (l" mois) on distingua la lune en plein midi; sécheresse et famine cette année à Nankin, où, pendant plusieurs mois, on so nourrit de chair humaine.

XXV Cloche do Temple de Koaii Yu. pp. 43. 291.

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