‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 79 sur 205 · RÉVOLTE DE HEOU KING · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE HEOU KING

coûte de nouveau 100 millions de sapèques au Trésor. Les Bonzes s'entendaient aussi bien à caresser qu'à cultiver, puis exploiter financièrement la manie impériale. Des relations affirment que Ou ti se retira chez eux jusqu'à douze fois. En dépit de ces excentricités, l'histoire le représente comme un souverain de haute valeur, et tout ne dément point cette appréciation, difficilement conciliable à première vue.

Un mois après, il regagne son palais. Puis, il offre un dîner aux mandarins dans la salle Té-yang t'ang f^ I^ ^ et fait en personne l'inauguration du Wang-yeou yuen J^È^' récemment ouvert (1).

Selon la coutume presque invariable de ces époques, ce règne prospère en définitive, devait sombrer dans quelque sanglante insurrection.

A l'automne de 548, Heou King ^ ^ se révolte à Cheou^yang M ^ (^) (^f^^ou'tcheou du Ngan-hoei), Bientôt il s'empare de Lt- V^'f^Q M ^ (HO'tcheou %i ji\ du Ngan-hoei). Siao Tcheng-^té H j£ i^, Prince Lin-ho wano f^ ÎJ J, fournit des barques à ses troupes ; elles traversent le Yang-tse, arrivent sur Kien-k'ang j^ J^ (Nan-kin), guidées par ces deux rebelles, emportent Che Veou ich'eng, Pé-liia tch'eng et Tong-fou. A la 11® lune, Heou King élève sur le trône son allié Siao Tcheng-tè ^ j£ ^^.

Cependant Siao Luen H ^, Prince Chao-ling y^ang 5P ^ 36? accourait du Tché-kiang au secours de son légitime souverain. Sans tarder, il fond sur les insurgés, aux abords de Tchong chan, près de la pagode Ngai-king se ^^^z. Le succès trahit ses efforts : il fut bientôt refoulé vers King-k'eou 7«î\ P (Tchen-kiang), Aux derniers jours de 548, Heou King rompt les digues méridionales du lac Heou hou et inonde la capitale (3). Nombre de généraux marchent en vain à la tête de leurs contingents à la défense de Nankin et de leur empereur ; ils sont pour la plupart victimes de leur héroïque fidélité (4).

(1) Le K'* J. Edkins a fourui à la C/;//*^- Bcvicw dm^ détails inédits sur un moine d'Indo-chine, Sangahala, rai, venu à Nankin sous les T«'/ ^i y resta 8ei)t ans et y rencontra d'autres ascètes bouddhistes hindous. Ces bonzes, fort instruits, versés dans les arts, la littérature et les sciences, très influents, de ce chef, ;\ la Cour de Liang Ou ti, s'occupaient à des traductions de livres religieux, dans cinq établissements officiels. La Cochincbine elle-même étr-it alors vassale du royaume de Nankin, dominant le sud-ouest de la Chine (Cf. China ReviewXY^ vol; 1880-87, n° 6., p. 366).

Des documents assurent que Liang Ou ti avait réuni une flottille considérable sur le Yang-tae, en vue d'attaquer le Japon.

(2) Il gouvernait pour Ou ti la province du Ho-nan. Du Halde place Cheou-yang au Chan-ai (I, p. 385). Mais il s'est trompé sans doute, car Cheouyang du Chan-si appartenait, à cette époque aux Wei du Nord îft 1^'

^ (3) Ne Se contenta-t-il pas d'ouvrir les écluses, vannes, barrages ?

(4) L'un des principaux griefs, nourris ou allégués, contre Liang Ou ti, était sa prodigalité pour élever des tours et des monastères. Quel ministre insurgé fut jamais à court d'excuses et de prétextes pour légitimer sa révolte ?

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Les événements suivaient leur cours presque fatal. Pourtant la cause du droit faillit un instant triompher; Siao Luen se maintenait encore (1^^** lune, 549) au midi du Tchou-tsio hang ^-^j|ï. D'autre .part, Siao Se |ff g, Prince Pou-yang yvang g ^ ï, du parti de l'ordre, mettait en déroute les rebelles à Tong-fou tch'eng. A la 2' lune. Heou King, à court de provisions, implora la paix; il l'obtint: mais, à peine approvisionné en riz, il oublia son serment et reprit les hostilités. Il emporta d'assaut la ville impériale, pénétra dans le palais et y trouva Liang Ou H dans la salle T'ai-ki tien. De là, il publia un décret imaginaire de cet Empereur, enjoignant de licencier les troupes fidèles qui accouraient au secours de leur souverain en danger. Un édit annexé détrônait Siao Tcheng-té H jE |g.

Moins de deux mois après, le pauvre Liang Ou ti (502-550), âgé de 8G ans (549), mourait de tristesse (?) dans la salle Tsing-kiu tien^ Jgjg(l). Le jour même, Siao Kang jj^ M^ ^^ Prince héritier, 3° fils du défunt, monta sur le trône (2). Ileou King fit périr son ancien allié Siao Tcheng-tè, ainsi que Siao/C'io|||g, marquis Yong-ngan heou ^ ^ -jH, lequel avait voulu assassiner Heou King. Le défunt empereur fut enterré au Sieou ling f^ ^ a Tan-yang ^ ^.

Heou King alïectait les allures de Protecteur du nouveau souverain ; sans relâche il pressait son pupille de se rendre à Si'tcheou "g jt| et il lui offrit môme un banquet officiel dans le parc Lo-yeouyuen, Un inconnu assassina Siao Tse ^^, marquis Ou-ling heou ^ gf ft? P^'^^ de la porte Koan-mou men iH ^ P^- Heou King fit lui-même périr Siao Hoei-li ^ '^ ig. Prince Nank'ang wang ^* J^ £1 qui avait attenté à ses jours.

Au printemps de 551, il fit construire, auprès du Tchou-tsio hang ^^ J|jt. une ville qu'il nomma Hang kouo |^ g. La forteresse achevée, il renversa l'empereur Liang Kien-wen ti ^ ^ "^ f^ (550-552), le confina dans le palais Yong-fou seng -^ j^ i^, rabaissé au titre de Prince Tsin-ngan x^'ung Ç ^ ï- Il intronisa en sa place Siao Tong ^ifili, prince Yu^tchang \\:ang j^ ^ 3£. La tragi-comédie ne tarda pas à se couronner de son dénouement prévu : Heou King détrôna Siao Tong, mit à mort Liang Kien-XK^en ti, âgé de 49 ans et 3^ fils de Liang Ou ti^ puis se proclama luimême empereur (11® lune, 551). Il massacra aussi une vingtaine de princes de la famille impériale.

(1) Des historiens aflfirmtmt (juc, scqucstrô par Heou Kiïig dans une paj,'ode pr^s de Ki-miug se, il y périt do faim et do rnisùrc. «Un peu de. miel que demanda Kao-fsou Ou ti pour adoucir l'amertume qu'il sentait au j^'osier lui ayant été n;fusé, il mourut tout-.\-eoui), âgé de 8(î ans». Du Ilaldc, I. 380. Plusieurs fois, des ministres ferrés sur la "morale en action" invoquèrent ce h'épas lamentable pour détourner les Empereurs de favoiiserle Bouddhisme. V. g. en 810 et 15()3.

(2) Son nom dynastique est Liang Kicn-wm ti, et il se sif^uala par sa dévotion ridicule à Lao-isf, patron du Taoisme.

PÎN DB LIANa KIEN-WBN TI, 550-552. 107

Restait à conquérir l'empire, et Tentreprise très ardue, devait finalement échouer.

A la 2° lune de 552, Siao / ^ J^, Prince Siang^tong wang fffl ^ ï' réclama le concours du général Wang Seng-pien J fg* ^, pour combattre l'usurpateur. Son armée, sous la conduite de ce général fidèle, arriva par Kou-chou j^ ^ (T'ai-p'ing fou) et l'ile Tchang-kong tcheou 5ë 5^ ^- Profitant d'une crue opportune, la flottille entra dans le canal Ts'in Iloai. Des escarmouches s'engagèrent autour de Si-tcheou'S jfi\ (TsUng-liang chan); le parti de l'ordre triompha. Lou Hoei-lio jj H? HU, ministre de Heou King et commandant pour lui la place de Che t'eou, la remit à Wang Seng-pien. Voyant la clé de Nankin au pouvoir de l'ennemi, Heou King s'enfuit la nuit de T'ai tch'eng vers l'est, et, à son départ, SCS soldats incendièrent le palais. Alors furent brûlés le T'ai-ki tien et deux autres salles adjacentes.

Wang Seng-pien ï f^ |^ fit apporter à ce qui restait du palais le cercueil de l'empereur Liang Kieyi-wen ti 1^ ^ "^ ^ et mit en délibération la conduite à tenir. Tchou Mai-tch'en :^ JP[ E' un des généraux les plus en vue, fit noyer le Prince Yu-tcliang Wang ou Siao Tong ffi "M- ïM ^^ arbitrairement créé empereur quelques mois auparavant.

Enfin, à la 4® lune (552) Yang Koen ^ g| fit exécuter Heou King à l'île Hou-Vou tcheou ]|S39 S ]^ (près de Ou-song port de Changhai), Son cadavre fut exposé sur une place publique de Kien-k'ang (Nankin). On enterra au Tchoang ling ^ ^ (à Tan-yang f^ ^) l'empereur Kien-wen ti f{g ;^ ^, et (11® lune 552) Siao I ^ ^, Prince Siang-tong wang^ ^ 3Eï n^^onta sur le trône à Kiang-ling fX. 1^, ville du Hou-pé (King-tcheou fou ^\*}i\}^)' Tel fut l'avènement de Liang Yuen ti ^ ;7C ^ ^u pouvoir.

LIANG YUKN TI, 552-555.

L'un des premiers actes, aux dires des Chroniques, de l'Empereur Liang Yuen-ti ^ 7C ^ (552-555), le 17® fils de Liang Ou ti, fut d'ordonner au G**^ Wang Seng-pien î fB' ^ d'aller porter la guerre h Siang-tcheou ffy ^ (Tch'ang-cha du Hou-nan), Tch'en Pa-sien Jff^ ^ ^fc» Ko-lao d'Empire, fut en même temps (553) nommé Gouverneur de Kien^k'ang (Nankin). Plus tard il fondera la dynastie des Tch'en. On n'a pas oublié que le jeune empereur avait été intronisé à Kiang-ling ^ ^ (King- tcheou- fou, au Hou-pé),

Cette ville fut bientôt (10® lune, 554) assiégée par les troupes du royaume de Wei, l'ennemi héréditaire. Bien que Wang Sengj)ien fut accouru au secours de cette place, elle succomba et

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l'empereur périt dans le désastre (1). Tch'en Pa-sien |^ jg ^, de concert avec Wang Seng-pien 3|£ fg^ ^, fît venir Siao Fangtche ^ 3i^ ^, Prince Tsin-ngan wang -^ $ 3E (9' ^^^ ^^ Liang Kien-wen H), que Ton porta provisoirement au souverain pouvoir.

Ce prince, désormais Liang King ti (555-557), monta donc sur le trône au commencement de 555. Mais une compétition inattendue ne tarda pas à se produire. Le royaume des Ts'i du nord, revendiqua l'autorité impériale au profit de son frère Siao Yueyi-ming ^J^Bfl, marquis Tcheng-rjang heou j^l^^. Après mûre délibération, Wang Seng-pien admettant le bien-fondé de cette réclama-" tion, accueillit le compétiteur à Kiang-ning fou. Ce dernier prit possession du trône et déclara l'ex-empi^reur Siao Fang-tche, son héritier présomptif, grâce à une fiction légale.

Or, à la 9® lune*, l'ambitieux Tch'en Pa^sien se défit traîtreusement de son collègue le G"^ Wang Seng^pien, à Che~t'eou tch'eng, et Siao Yucn-ming restitua à Siao Fang-tche son propre trône (2).

Lors de ce chassé-croisé, Tch'en Pa-sien s'absenta pour conduire une expédition militaire vers Tchen-tcheou S^j{\ [I-tcheng hien^^^ sous-préf. àe Y a-Ag-tcheou) , Siu Se-hoei ^Si^' voyant la capitale dégarnie de troupes, s'empara de Che-t^eou tch'eng, qui restait, on le voit, une place de premier ordre. A cette nouvelle. Tch'en Pa-sien revint k marches forcées sur Nankin. Le royaume de Ts'i (Pé-Ts'ij 550-578) intervenant à propos, envoya Lieou Ta-mo et ses soldats appuyer les desseins de Siu Se-hoei; mais, bien que les troupes des Ts'i eussent fait leur entrée dans Che~t'eou, Siu Se-hoei, défait à Yé tch'eng (f^ J^ par Tch^eyi Pa-sien, recula jusqu'à Ts'ai'Che 5Jc >j5^ presque sous les murs de T'ai-p'ing fou -j^Z^J^^ pour y faire sa jonction avec l'armée de secours, envoyée par le royaume de r.s'i. Les derniers jours de l'année, Tch'en Pa-sien infligea une irrémédiable défaite aux bandes de Lieou Ta-mo :g^ ^ j^ et reprit Che-Veou tch'eng, le pivot de toute opération militaire dans la région de Nankin. La paix conclue, les troupes de Ts'i regagnèrent leur pays.

(1) Coinirn' sou pèro Liang On fi. ce monarquf» juxtaposait dans un môme culte caractéristique chinois. Bouddha, Lao-ts(\ Confucius, avec tous les tJii minores que ces mythologies évhémcriqucs peuvent si aisément tolérer. A la môme époque, le souverain du royaume des Tch&oii faisait brûler bonzes et pagodes de la Chine septentrionale (du Halde I. 387). Avant de se rendre ;\ ses assaillants, il aurait brisé une épée très précieuse et, par dépit ou désespoir, il aurait incendié une bibliothèque de 140.000 volumes. Il est difficile de concilier un pareil amour des Lettres, avec ce procédé digne d'un clief de hordes barbares. Mais cvs époc^ues présentent fréquemment d'aussi inexplicables contrastes ; ils abondent dans la conduite publique et privée de plusieurs des nn>mbres de cette célèbre famille des Sino ou des Liang.

(2) A la ,> lune de 550, l'Empereur Liang King ti porta des édits réglementant la circulation des sapèques soit anciennes soit nouvelles. (Voir Sapèques, N** 151, 152, 153, 154, 155, 156).

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