‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 90 sur 205 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DjYNASTTE (XI X«) DES SON G ^.

18 EMPEREURS en 319 ANS 1960-1280).

pém)\g4{: 5lc ''soNG DU nord" (960-1127)

9 EMPEREURS AU NORD, EN 167 ANS. COUR AU HO-NAN ff} #, À PIEN-LIANG fi; ^ (k'aI-FONG FOU S # ^) ET À LO-YANG f^ Jf^,

NANSONG S 5fc "SONG DU 8UD" (1127-1280)

9 EMPEREURS AU SUD, EN 152 ANS. COUR À LIN-NGAN gg ^

(haNG-TCHEOU ;gj[ JH, TCHÉ KIANG ^ f£),

S I hRANCHE DU NORD — PJB-SONG 4fj yjc-

Les circonstances, son mërite et son habileté, avaient transformé le général Tchao Koang-rjn ^ g |§l en fondateur des Song 5|c- Les historiens chinois, et les européens qui les ont copiés^ ne tarissent pas d*éloges sur le prince accompli, \ Ancêtre admi" rable, Song rai-tsou tIc "ic II (960-977). Il ouvrit pour la Chine unifiée et pacifiée, une ère de paix, de puissance et de splendeur. En politique, arts militaires, sciences et littérature, les écrivains indigènes placent la brillante période au premier rang: les T'ang et les Song restent les prototypes de la civilisation idéale au céleste Empire.

Nankin ne reçut en partage qu'un reflet pâli de cette gloire multiple. Nous allons exposer quelles péripéties lui ravirent encore une fois son titre de capitale, pour en faire une annexe, une portion intégrante de TEmpire des Song,

Voici, d'après le P. de Mailla (VIII, p. 56) le précis des événements militaires qui amenèrent la chute de Nankin. Le gouverneur de Li-choei ff^ -^ (70 kil. au sud>sud-est), nommé LiHiong ^^, s'y fit tuer avec ses fils, sans pouvoir sauver cette sous-préfecture. Le général Ts'ao Pin f[ i^^ au service des Song, se trouvait campé sur la Ts'in hoai, «attendant le succès de cette expédition. Une troupe de plus de 100.000 combattants, mal disciplinés, se rendit sous les murs de Nankin (Kin ling), par eau et par terre. P'an Mei ^ j|, (1) collègue de Ts'ao Pin, les fît

(1) P^an Mei, combattant les Nan Han^ au Koang-tong, aurait eu à lutter contre des éléphants de ^erre, montés chacun par 10 hommes armés. On sait que sou m&itre Song Vai-tsou dut "ramener au devoir de l'obéissance" une dizaine de petits souverains en guerre continuelle les uns contre les autres.

136 GH. IX. DTNASTIB (XfX*) DES SONG, 960-1280.

charger brusquement, les mit en déroute, et prit même un faubourg de Nankin, défendu par //oangf-/bu ki hiun ^ flf HHli pour le compte de Li Yu ^ jg, déçu par les rêveries des bonzes, /lochang et tao-se. Ce dernier, 3° prince de Nan T'ang ou de Kiangnan se soumit enfin à Ts'ao Pin et lui remit sa capitale (Nankin} avec sa personne» (974).

Song t'ai-tsou ménagea les vaincus et fit distribuer aux nankinois «100.000 muids de ris,» dit du Halde (I, 431), qui relate ingénument riiistorictte suivante: L'empereur prévoyant le carnage qui suivrait infailliblement la prise de cette place (Nankin), feignit d'être malade. Les principaux officiers en furent allarmez, et environnant le lit du Prince, chacun d'eux lui suggéroit quelque remède. «Le remède le plus efficace, répondit TEn^pereur, et dont j'attends la guérison, ne dépend que de vous. Assurez-moi par serment que vous ne verserez point le sang des citoyens.» Tous jurèrent, et l'empereur parut aussitôt guéri.

L'histoire et la littérature chinoises, la «Morale en actions» ad usum juventutis, fourmillent de ces traits emphatiquement puérils, invraisemblables et hypocrites, que la crédulité populaire, ou mieux nationale, accepte sans ombre de critique. Nous les qualifions d'hypocrites, parce que, contre toute sincérité, ils exaltent des vertus mensongères, au moyen d'exemples controuvés, d'exploits répréhensibles, et qu'ils transforment en mérites de faux aloi l'exagération de principes déclamatoires outrés, poseurs pharisaîques, tout de surface. Rien de plus propre, en fait, à pervertir la conscience naturelle, à obscurcir la claire notion du vrai et du bien dans ces intelligences païennes (1).

A la chute des .Van T'ang, Nankin recouvra son nom de Cheng-tcheou ^ ji\, et leur palais devint le tribunal du préfet, dont la circonscription administrative ressortissait du circuit du Kiang-nan oriental, Kiang-nan tong-lou ÛC iS jK IfS^*

Au second mois de 972, un ordre de Song T'ai-tsou signifia au dernier des Nan T'ang, Li Yu ^ j^, qu'il avisât îi réduire son train de vie extérieur et la pompe de ses cortèges. Jusque-là, toutes les salles ofïicicUes de ce monarque (Tien ^, ko ^) étaient décorées d'ornements en rostre de hibou. L'ambassadeur de la dynastie des Song venait-il rendre visite à ce '*Roi", l'on faisait disparaître ces motifs symboliques d'ornementation; quand il remontait an nord, vers son souverain, on les replaçait. L'empereur des Song somma coup sur coup le Kouo-tchou g ^

(1) L'un des exemples les plus cités (par los t'uropéens)^coMijn«' typt* de piété filiale est le suivant : le jeune Céleste X est vif^oureusenient battu par sa mère: il rit d«^ tout son c<Bur: sa maman conserve encon» la plénitude de ses forces et vivra louj^tomps. Quelques mois après, il reçoit d'elle une nouvelle correction : mais les coups trahissent une main débile ; il pleure alors A chaudes laniieu : sa mère vieillit et la décrépitude maternelle n'est que trop évidente.

Si. WANG ngan-che, 1021-1086. 137

(intendant du royaume) de venir lui présenter ses hommages à sa Cour de Si-ngan fou; ce dernier s'y refusa toujours, sous prétexte de maladie. A la fm de 972, outré, le nouveau suzerain envoya porter la guerre au pays de Nankin, et la fortune favorisa en mainte rencontre les troupes de Tarmée assaillante, commandée par Ts'ao Pin f[i^ (du Halde écrit: Hao-pin), Ce général s'empara au début du printemps (973), tout auprès ;de Nankin, d'un camp nommé Cheng-tcheou koan-tch'eng # ^ H jt^- Quelques mois plus tard, les ennemis achevèrent d'investir la capitale, qui fut livrée aux Song, Le Kouo-tchou se rendit à Ts^ao Pin; plusieurs mandarins refusèrent de faire leur soumission et furent condamnés à périr.

Au commencement de 974, le général victorieux conduisait à Si-ngan fou sa capture royale, le Kouo-tchou Li Yu S i ^ îS-

A l'aurore du onzième siècle. Nankin vit de son passé; sa condition de vassal l'exclut des événements généraux de l'empire ; il se réserve pour un avenir politique plus digne de lui, mais dont trois siècles le séparent encore.

En 1075, l'on y exile un lettré de renom, le grand ministre Wang Ngan-che 3E ^ -Ç (1021-1086), une des illustrations chinoises et locales, que la littérature indigène et celle des écrivains d'outre-mer jugent le plus diversement aujourd'hui. Ce novateur, ce révolutionnaire aux idées avancées, devint le bras droit du Préfet de Kiang-ning fou; il obtint (1076), sur un rapport adressé à l'empereur Song Chen tsong ^ jpf ^ (1068-1086), adonné à la magie taoïste, l'autorisation de faire pratiquer des coupures au lac Heou hou ^ jfjg, pour distribuer aux riverains le trop-plein de ses eaux. Huit ans plus tard (1084) il dédia à Bouddha sa maison et quelques-unes de ses propriétés, pour bâtir une pagode (aujourd'hui Pan-chan se ^ ]î\ ^) k laquelle un rescrit impérial décerna le titre de Pao-ning se ^^ ^. Dans sa retraite forcée, il composa des ouvrages appréciés, notamment un dictionnaire ti^fjZl't'H ^ ; l'Europe savante ne connaissait guère encore ce laborieux souci. Nous verrons ultérieurement, à propos de sa tombe présumée, sur la muraille, au nord et auprès de Tchao-yang men, que son souvenir vit encore à Nankin (1).

Vers 1023, les Taoïstes, jadis persécutés, lors de la prépon-

(1) Voir sa notice biographique dans les Mémoires courernavt les Chinois, Cf. aussi 2 p. du Chinese reader's Manual^ n» 807» de Mayers. Sié-kong toen ig & 9 ou Pnn-rhan se -^p \l\ ^, ancienne habitation de Wang Ngan-cJie. Eu 183G, un tartare Koei Koang ^g 56 y fit bâtir sa maison de campagne, et dès lors les lettrés y fréquentent beaucoup; c'est un des 48 paysages de Nankin. La tombe de Wang Ngan-che ^ 5f Ç se trouve un peu au nord de Sié-kong ten ; mais on n'y trouve rien qu'un petit bouquet de sapins. Wang Ngan-che aurait étudié derrière la tour de Ting-lin se ^ >pfC ^f , à

Llngkou se S ^ ^ (cf. Plan de Nankin), auprès de la vanne de l'angle N. E du mur, au N. E delà ville impériale. (Ph. XXX).

138 CH. IZ. DTNASTIB (xir) DBS SON&, 960-1280.

dérance conquise par le bouddhisme longtemps en faveur, se seraient extraordinairement multipliés au Kiang-nan, L'empereur Song Chen isong les tenait en grande estime.

Ils ne tardèrent pourtant point à y être tracassés. Aujourd'hui, par suite de Tindifférence doctrinale du pouvoir, éclectique et sceptique tout à la fois (1), la fureur de l'antagonisme semble s'être apaisée entre ces deux variantes d'idolâtrie, qui se partagent, non les cœurs ni les intelligences, mais les offrandes et les innombrables pagodes des Chinois. Jalousie humaine et rivalité d'intérêts matériels à part, cet état de trêve sied bien a deux cultes, où de dégradantes superstitions, n'ayant rien d'incompatible entre elles, déguisent à peine une équivalente indigence dogmatique et une commune hypocrisie morale.

Notre carte n® -y^ nKien-k'ang sous les Songn nous enseigne dans son commentaire, qu'en 1018, un décret impérial promut le préfet du Kiang-ning fou (nom de Cheng-tcheou ^ ji\) à un degré supérieur, sous le titre de Kien-k' ang-kiiin Tsié-tou^che j^ J^ ^ f5 J^ ^ (comme aujourd'hui le préteur de toute la province, ou Siun-fou ^ Hl). La même année, l'empereur accorda le titre nouveau de Cheng wang J^ 3E ^^^^^ ^" royaume de Chengn (c. à d. Cheng-tcheou), au roi Cheng-tcheou kiun \^ang ^ ^1 JfJï- C'était le 6® fils de l'empereur Song Tchen tsong^^'^ (998-1023), devenu plus lardSonr^f Jen tsoiig ^ fz^i (1023-106'*). Monté sur le trône, il déclara que le royaume de Cheng représentait une dignité trop auguste pour qu'on pût permettre à de simples Wang J (roi, ou prince) de gouverner Nankin, sa capitale : des mandarins de la Cour et des eunuques (ils étaient alors fort puissants) avaient seuls qualité pour occuper ce poste. En conséquence, le tribunal de la sous-préfecture de Chang^yuen hien Ji tc HI ^^* transféré à l'est, hors des murailles de la ville royale, à l'endroit nommé Se-hoei fou ^ ^ J^ sous les Nan T^ang ^ J^.

Au témoignage du Yuen-fong Kieou-yu tche (2) yt W iL

(1) Cf. Mayers, rhinese fforcrnvicnt, sur les titres hiérarc'hi(|iu;s reconnus aux niiuistres du bouddhisme et du taoïsme. La Capitale a des pagodes oUicielles d(î tous les cultes rivaux. De nombreux décrets du King-jjao, Gazette de Pékin, fournissent la preuve que les deux reli^^nons sontofliciellement patrontiées. Ainsi, en 1885, l'impératrice invitait bonzes et tao-se à. prier pour obtenir de la pluie. Les lamas ne sont point exclus. L'on n'ignore point qu'en effet l'Empereur qui entretient des pagodes lamaïstes j\ Pékin, intronise le Talaï-tn?na, le Souverain Pontife du Lamaïsme au Thibet. cf. Waddell, the Buddhism of Tibet or Lamaism. 1805. — «M. le lieutenant de vaisseau Trêve, pendant l'intérim qu'il remplit à Pékin en 1862, comme Chargé d'affaires, obtint un décret impérial élevant le christianisme au-d(;ssus des deux religions secondaires pratiquées en Chine, le bouddhisme et le taoïsme, et le mettant de pair avec le culte officiel, celui de Confucius.» licvnc scientifique, 9 oct-1875, p. 344.

(2) L'ouvrage, composé par Waïuj Ts'ocn 3E -ffi a été édité par Li Tê-tch^on ^ 13 ÎS ^'t Tseng Trhao g 91- On reproduit un ancien exemplaire, publié \mi' Fong TsHé-ou ?i| ^ |§ï en 1789, sous A'/en-Zo«^.— -Avicenna meurt en 1037. Canut le Grand règne but les Danois; Guillaume le Conquérant en Angleterre 1066, S^- Etienne en Hongi-ie. Henri IV va à Canossa, 1077. Première croisade, 1095.

s I. HOEI TBONG (1101-1126) ET LB6 TARTAAES. 139

jg, SOUS Song Chen tsong tIc # ^ (1068-1086), Nankin abritait 118,587 familles d'indigènes, et 49,865 d'étrangers au pays. Le chiffre de la population totale devait donc approcher de 900.000 habitants. Cette ville présidait à cinq Ilien ou souspréfectures (1). Le tribut impérial comprenait 500 pinceaux. Ce bénin tribut, prélevé sur Tindustrie locale et honorable pour elle, rappelle plus d'une coutume de notre moyen-âge: mainte redevance seigneuriale, imposée aux mêmes époques, en souvenir de l'ancienne rigueur très mitigée, témoignait aussi d'une sujétion moins vexatoire que plaisante.

Hoei tsong ^ ^ (1101-1126), 8° des Song^ s'unit imprudemment aux Tartares Nu-tchen -^ J[^, qui détruisirent le royaume des Liao (Khi-tan) au Liao^tong ^)|[ (nord du golfe du Pé-tche^li). Sur ses ruines, ces Tartares orientaux établirent leur nouveau royaume des Kin ^, occupèrent la Chine septentrionale, et menacèrent d'absorber les états de Hoei tsong. Connaissait-il la fable du -^Pot de terre et du pot de fer"? Épouvanté, il monta au nord pour régler à l'amiable les limitas des deux empires. La paix ou trêve dura peu. A la suite de nouvelles exigences, le malheureux monarque retourna auprès des Kin, qui le retinrent prisonnier. Exilé et gardé au Cha-mo ^ \^ (Gobi), il y périt après avoir abdiqué en faveur de son fils K'in tsong ^^ (1126-1127),

Les Tartares envahirent bientôt le Chan-si Jj |J et le Ho-nan M ifj' ^-t s'emparèrent de ce 9® et dernier souverain des Song du nord. Nankin, qui ne partagea point alors la destinée de ces provinces, allait redevenir Capitale d'empire (2).

(1) Ch(ui<j-yucn Jl 7C> Kiaiig-ning JQC ÎÇî Kiu-yvug vJ ^^ Li Choei\J^^^ Li-ijang }^m-

Près de la petite porte de l'Arsenal, ouvraut au nord sur le canal, l'inscription d'une vieille pierre relate que lii passait une ancienne route sous les Song.

(2) Le Tableau synoptique, mis en tôte du T. V de l'Histoire du P. de Mailla, résume heureu>»ement cette période: Les Tartares Orientaux Liav ou Khi-tan conquirent tout le pays des Tou Kiuei ou Turks, et leur chef établit sa cour A Liao-yang jS zm dans le Liao-tong, puis A Yen ^ ou Pékin. Il prit le titre d'empereur en 916. Ces Khi-tan qui, en 637, «étaient maîtres d'une partie du Chan-ai et du Pe-tcfie-li, et de tout ce qui est au uortl de Yen menn^ furent battus par Tchao Koang-yn^ le fondateur des Song du nord (iKîO).

Quant aux Kin gt » tartares Nutché ou Nutchen^ dont se réclament les Mandchoux régnaut aujourd'hui en Chine, ils occupaient le nord de la Corée et payaient tribut aux Liao. En 1114, A Routa ou O Ko ia^ leur chef, voulut secouer leur joug et les battit. Il fit alliance en 1118 avec les Song (du nord) contre les Liao^ leurs ennemis comniuns. «Les Chinois voulaient rentrer en possession du pays d© Yen^ que le fondateur des Heou Tsin avait cédé aux Khi-tan. En 1123, ce roi des Liao fut obligé d'accepter une retraite que Li Kicn-choen, roi de Hia, lui ofTrit.» A leur tour les lV//Jw^ ou Mongols, supprimeront les Kin, et en 1279 ils seront maîtres de toute la Chine. Nous rappelons ces généralités pour rendre intelligibles les révolutions dynastiques qui bouleversèrent le Nankin de ces époques.

140 CH. IX. DTN. (XIX*) DBS 80N6, 960-1280.

s II.

Page 1