‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 93 sur 205 · CH. IX. DYNASTIE (XIX*) DBS SONG · texte numérisé non relu

CH. IX. DYNASTIE (XIX*) DBS SONG

jaloux de Tintrépide général, persuade à Song Kao tsong de traiter avec eux. Ils accordent la paix, à condition qu'on se défera de Yo Fei. Il est exécuté en prison ; son fils Yo Yun est exécuté publiquement, avec Tchang Hien ^ j^, leur prétendu complice.

Ts^in Koei poursuit sa victime, même après son trépas: la ville de Yo-tcheou •§ )i\, ainsi nommée en son honneur, change de nom par ordre impérial. Malgré les haineux calculs du ministre qui veut flétrir sa gloire posthume au tribunal de Thistoire ofïicielle, la Chine porta aux nues l'invincible Yo Fei; elle en fît le type du dévouement et Tégala presque à Koan ti (Koan Yun-tchang) le dieu de la Guerre.

Le tombeau de Yo Fei constitue une des curiosités des environs de Hang-tcheou 3gj[ jHi ; les Chinois de toute classe affluent encore dans le temple qui lui est dédié. Les récits populaires redisent qu'il ne figurait originairement que sous Timage symbolique d'un oiseau fabuleux sculpté au-dessus d'un poussah dans une pagode du //o-nan. Le volatile s'y querella avec une chauvesouris de bois, entaillée auprès de lui, peut-être dans la même planche. Le dieu, abasourdi du tapage de leur mesquine dispute, de cette «prise de bec» quasi olympique, les envoya en ce bas monde achever de vider leurs différends.

Laissons la légende. Auprès du tumulus de Yo Fei, on a érigé la statue en bronze de son ennemi Ts'in Koei. Souvent les visiteurs la frappent, indignés de la jalousie qui porta ce perfide ministre à se défaire d'un patriote, d'un éminent général, tel que Yo Fei (1).

En 1136, le général en chef, Tchang Siun ^ ^ envoya à l'Empereur Song Kao tsong 5^ Jl^ ^, réfugié k Hang-tcheou, une pétition fort pressante de tous les mandarins de Kien-k'ang l'adjurant de venir au secours de sa deuxième capitale en détresse. Il y revint à la 3® lune de 1137: la bourrasque était passée.

On rebâtit sans retard (4® 1.) le T'ai-miao -jk: f^ ou temple ancestral des empereurs; les fossés de la ville furent recreusés, les murailles réparées. La ville forte de Sinn-hoa-lou Ich'eng ^ "fti JS M ^^^^ aussi de cette année.

Pourtant, l'an 1138, l'empereur regagnait sa capitale de Hang-tcheou,

En 1141, l'armée des Kin ^ (Tartares) inquiéta Nankin. «L'Empereur fit la paix (114 'i) à des conditions bien peu honorables à la majesté chinoise. En signant le traité, il ne fit pas difficulté de prendre le nom de Tchin (gj) c. à d. sujet, et celui de Cong (;^) qui signifie tributaire. Le Tartare, en considération de ces termes si soumis, s'engagea à envoyer les corps des huit parens de l'Empereur, qui étaient morts depuis huit ans. Lors-

(1) Cf. N. G. Daily-News, 19 nov. 1897, d'après un document lu à Nankin par le D"" Macklin.

s II. soNa MiAO TSONG, 1163-1190. 145

que ces corps morts arrivèrent à la ville impériale, il y eut partout de grandes démonstrations de joye, les portes des prisons furent ouvertes, et on accorda une amnistie générale dans tout l'Empire.»

«L'année trente-cinquième de ce règne (Song Kao tf^ong, 1161), le Roy Tartare rompit la paix qu'il avait faite avec les Chinois, et à la tête d'une armée des plus formidables, il entra dans les Provinces méridionales, et prit la ville de Yang-tcheou, S'approchant ensuite du fleuve Yang'^tse-kiang, qui n'est pas éloigné de cette ville, il ordonna à ses troupes de passer ce Fleuve vers son embouchure et dans l'endroit où il est le plus large et le plus rapide. Il s'éleva un grand murmure dans toute l'armée, et dans ce premier mouvement de sédition, le Roy tartare fut tué. L'armée se retira aussitôt du côté du Septentrion» (1). Les Tartares ne laissèrent que peu de répit à Nankin, car ils se représentèrent devant cette ville au printemps de 1161 et l'empereur y arriva l'hiver suivant pour défendre contre eux le vieux Kien-k'ang.

Au début de 1162, il l'abandonnait encore pour la ville de Lin-ngan g^ ^ (Hang-tcheou) au Tché^kiang.

Avec l'autorisation de l'empereur Song Hiao tsong (1163- 1190 (2)) Che Tcheng-tche ^ ]£ 5^, préfet de Kien-k^ang, construisit en 1166 les salles du Kong-yuen ^ j^, ou local des Examens littéraires, à l'endroit occupé jadis par l'hôtel familial de Ts'ai K'oan-fou ^' ^ ^. En 1192, ce Kong-yuen fut réparé et agrandi par le préfet de Kien-h'ang, Yu Toan-li ^ ^ H (3).

Les deux ponts nommés Tchen-hoai k'iao J^ fïl U (®^ ville, à quelques pas du Nan men f^ P^) et Yn-hong k'iao ifi iS, tÊ (à un demi H au N.O.) furent réparés et finalement reconstruits en 1205. Sept ans plus tard on éleva la «salle de la fidélité et de la piété» le Tchong-hiao t'ang JE» ^ ^, à côté du tombeau de Pien K'oen -^ ^ (sur la butte nommée encore aujourd'hui T'chaO't'ien kong).

ARCHÉOLOGIE de NANKIN sous les SONG.

Hang Che-tchong, avons-nous dit, éleva de grandes digues

(1) Du Haldc, l. 431.

(2) Fils adoptif de Song Kao tsonçy en faveur duquel cet odieux monarque (qui mourut 2r> ans après, sans postérité, âgé do 84 ans) avait abdiqué (du Halde).

(3) Lo bouddhisme prit un nouvel essor, grâce aux eunuques et concubines, et malgré (?) Tchou Ht (1130-1200) qui naquit sous Song Hiao tsong, 11* des Song, sec^nd^des Nau-Song, et mourut sous Soijg Ning tsong, 13' des Song. Après sa mort ce célèbre commentateur fut honoré du titre de Wen kong, prince des lettres. Sa tablette fut placée dans le temple de Confucius. .Cf. Var. sin. Trfiou Hi par le P. St. Le Gall S. J.

146 CH. IX. DTNA8TI1 (xIT) DBS BONft, 960-1280.

au nord de la ville, sans doute vers Hiarkoan, et mieux en bordure du lac Heou hou, qui baigne et protège la ville au nord. Il n'est pas impossible que le majestueux rempart qui relie le Pé-fti ko à Fou'tcheou chan et barre la vue de côté, date partiellement de cette époque. L'aspect et la structure grandiose de l'ouvrage, comparable aux murailles du Nan men, remontant à une date voisine, autorisent pleinement cette hypothèse. 6ur la Carte ^j, l'enceinte de la ville se maintient, de l'est à Touest, à la hauteur de Pé^men k^iao, assez loin de là. Rien n'empêche d'admettre la coexistence temporaire de deux lignes parallèles de murailles, au nord, en ce temps-là, bien qu'aucune carte, à ma connaissance, ne figure ce double tracé (Ph. XXXI).

Si l'on en croit le Pé^hia^souo^yen composé en 1845 par l'érudit et superstitieux KanHi it}^ et publié en 1890, la discussion de ce problème topographique se compliquerait plus qu'il ne semble au premier abord, et le vieux mur remonterait au 4® siècle. J'entends surtout l'épi qui se prolonge isolément en quart de cercle autour de KUming se. Voici le résumé de l'argumentation de notre auteur. A l'est de la portion qui nous reste de la muraille nommée T'atteh'eng, subsiste une porte bouchée qu'on appelle usuellement T'aitch^eng men. Quelques-uns affirment qu'elle marque remplacement de l'ancienne porte Pé-^i men et est un reste de la porte Koang^ mou men. Mais la ville de T'aUtch'eng n'était autre que celle de Yuen^tch'eng, au temps du royaume de Ou (1). L'Empereur Tsin Tch'eng ti (326-343) transforma cette dernière en son propre palais, vers 330. L'enceinte avait 8 li (5 kil.); la capitale des Six Dynasties, sise au nord, fut une ville toute différente. Sous les Sang (420-479), on ouvrit à l'E. et à l'O. de T'ai-tch'eng les deux portes Wan^tch^oen «10.000 printemps» et Ts^ien^lsHeou «1.000 automnes»! Mais comme la porte Koang^mou men, l'une des douze, sous les Six Dynasties, devait être au nord de la capitale, elle ne pouvait appartenir à T'ai-ich'eng. Aussi, j'estime que la porte T'ai-tch'eng men est un reste de la porte orientale Wan-tch'oen men. Car au début de la dynastie Ming, on utilisa ces antiques remparts de T'ai^tch'eng pour agrandir la nouvelle capitale. Je ne saurais donc voir l'ancienne Koang~mou men dans la T'ai-tch'eng men en question; au surplus j'abandonne la solution du problème aux archéologues. Tels sont les arguments du Pé^hia-souD'-'yen (2).

(1) Ce fut en 320 de notre ère, qu'on creusa ou modifia le lac Pé hou (lac du nord) ou Heou Jlou actuel. On le borda d'une longue digue.

(2) Cf. Bupra jjassim. La petite porte condamnée, qui se remarque à l'intersection des deux murailles, fut pratiquée dans le nouveau mur que Hong-ou (13G8-1399) mena plus tard vers Cheng-ta^é inen. Elle se nomme Heou-hou siao-vicn^ "petite porte du lac Heou-hou" E. T. Williams (lecture citée) parle d'une antre porte fermée au nord, inconnue sur les cartes. S'agit-il simplement de la poterne de la barbacane protégeant Té'Sêngmen?

I m. ARCHÉOLOaiB DE NAN-KIN 80UB LES SONO. 147

Pour en finir avec ces discussions d'archéologie topographique, rappelons les quelques points suivants.

Pé-men k^iao s'appela Ynen-ou- k^iaOj «le pont du lac YneU" ou,n vocable qui pourrait indiquer que ce lac, confiné maintenant hors ville, au nord du Pé-ki ko et de Fou^tcheou chan, s'extravasait jadis, au couchant, jusque dans ces parages de Pé-men kHdiO, par les terrains bas ou rizières entourant le Koan^ii miao.

Le mur massif et rectiligne, de Ki-ming se à Fou^icheou chan, remplit la destination évidente d'un barrage défensif, mené par le travers de cette trouée. La déclivité du sol corrobore aussi notre hypothèse : l'établissement de T'ai-tch'eng et, plus tard, de la capitale des Six dynasties, rendit de bonne heure nécessaire la construction d'une digue en ce point, pour refouler et contenir les eaux, s'épandant naturellement au midi, lors des crues périodiques du lac. La vanne de décharge de Xoan-ti miao ne fut probablement que refaite par Hong-'Ou, qui répara aussi la muraille et le remblai plus à Test. (Les briques du mur, aux dires de leurs inscriptions, datent de ce temps.)

Si Ton consulte les données hypsométriques dti terrain, il appert que le lac marécageux occupa originairement une aire immense (aux contours changeants), au milieu de laquelle la colline de Fou-tcheou chan surgissait comme un îlot rocheux. La moitié méridionale du vaste étang, asséchée sufiîsamment, fut définitivement gagnée au profit de la capitale de Hong^ou (1368) (1).

Les rivages sud du lac ancien peuvent se figurer par une ligne sinueuse, coupant Pé-men k'iao, le Fa-men du vice-roi et le midi de la ville impériale. Le Siao-yn (champ de mars) et ses environs furent ainsi conquis sur la plaine inondée.

Conséquence aussi probable: le lac Yen-'tsio hou communiquait avec le lac Heou hou (Yuen-ou), soit librement, soit par des saignées plus ou moins considérables, selon la saison des hautes eaux ou de la morte-eau (2). Les fossés de la ville des Song, ceux de la ville impériale des Ming et ceux de l'ancien mur au nord de la ville Tartare des Ts'ing, sont, avec les ruisseaux et marécages actuels, les restes évidents de ce lac desséché.

En outre, un éperon, constitué par le promontoire de Longkoang chan, terminait les contreforts sud-ouest du Long-po^tse ^ Tombelaine, Mont S. Michel (Tse-kin chan), et entrait dans le plan d'eau mentionné, jusqu'auprès de Hiang-ling se dont le territoire était alors submergé. Enfin le lac Yuen^ou, ou mieux sa portion nord^ se déversait par un autre trop-plein, existant à la

' (1) D'après lo Pé-hia-souo-yen^ dans cette plaine, au sud du Koan-ti miaOf on avait rôservé le Kiao-Van, ou tertre impérial pour les Sacriûces au Ciol.

(2) Le lac Yeu-taio hou est indiqué sur les cartes 4 à 11 exclusivement, du Kin-ling koH'kint^ouVao ^ R w ^ B *> celui de Yuen-oii sur toutes les cartes sauf la première.

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