I III. TRAVAUX PUBLICS, ÊPHÉMÉRIDES
Du Tong-tsi men, les murs gardaient sans doute à peu près la même direction que ceux qui formèrent plus tard, le long du canal encore existant (Ts^ing k'i }g ^), la limite occidentale de la ville tartare, après la chute des Ming, * Nous verrons ces derniers ajouter cinq kilomètres de murailles, vers Hong-ou men, Tcheng-'yang men et T'ai-p'ing men, à la ville des Song, construite à cheval sur la Ts'in hoai, au nord de Tsiu-pao men. A dater de cette époque, du 12® au 13** siècle, le cours supérieur de cette rivière cesse, semble-t-il, d'être la voie stratégique pour les jonques militaires, entre Nankin, T^ai-pHng fou et Ning^ kouo fou.
La réfection des murs à cette époque est attribuée au roi de Ou, Yang P'ou ;^f||, qui engloba dans l'enceinte le bras sud de la Hoai, La ville mesurait alors 15 kil. de tour^ et ses murailles, larges de 8 à 15 mètres au sommet, de 15 ou 20 à la base, atteignaient çà et là 10 mètres de hauteur. Elles étaient percées de huit portes; des fossés profonds de 5 m. sur 100 de largeur, suivaient les murs à l'extérieur; ils avaient été creusés de 1260 à 1265, sous Li Tsong, 5® des Nan Song, 14® des Song. La Ts'in Iloai, qui se divise en deux branches au Tong-tsi men, eut son bras nord compris dans Tenceinte, qui plus belle qu'ailleurs au sud et sur les deux flancs voisins, semble dater de cette période. Qu'on nous permette d'aligner ici quelques éphémérides, simplement selon leur ordre successif, la topographie historique de Nankin n'offrant plus guère de particularités notables, avant l'avènement des Ming,
Une grande bataille navale se livre 1161, à Ta-cheng hoan ^ H ^ (1), c. à d. au canal qui relie au Yang-ise l'angle sud-ouest de la ville actuelle. Nankin délivré de ce nouveau péril, on entreprit l'année suivante la restauration générale de l'enceinte. — 1191 ; les soldats, jusqu'alors disséminés parmi le peuple, sont
réunis en des casernements.
— 1196; réparations aux ouvrages défensifs de Pé-men k^iao,
ancienne porte du nord, et siège aujourd'hui d'une populeuse
agglomération.
— 1206 ; rédaction nouvelle des Tche ou Chroniques de Nankin. — 1207; on compte 47 camps aux environs.
— 1209; conclusion de la paix avec les Tartares (Kin) ; la guerre • se cantonne au nord.
Vers 1214, les Kin (Tartares Nutchen) imaginèrent le nom même de Nankin "Cour du sud", mais ils l'appliquèrent à une autre ville.
(1) Il y a un Che-tch^eng hoan Ç T^k BS » à un Zi au nord du Han-n men^ sous les murs (est ?) du petit camp appelé vulgairement Tché-lan m^tiy 'fff ffq barrière de bois. P. Colombel. Une carte du mCme Père donne un Tsa-la men auprès du Siao-tong men (auprès et à l'est de I-fong men.)
150 CH. IX. DTN. (XIX') DBS 80NG, 960-1280.
1215. Djengishhan (1206-1228) occupe la capitale des Kin; son petit-fils jKou-bi-lai khan (1260-1295) transporte en 1264 la résidence des souverains mongols (commandant à un peuple fort divers des Mandchous) de Kara Koroum à Yen-king (Pékin).
1217. Des nuées de sauterelles dévorent les moissons dans la région nankinoise; on creuse ou Ton cure un canal à Test de la ville, pour fournir du travail et du riz aux indigents: les mandarins de nos jours sont moins avisés,
1227. Construction de nombreux baraquements pour les soldats (1).
1260. La ville s'entoure, ainsi qu'il a été dit, de fossés mesurant 15 kilom. ^/o de développement. Le mur occidental était peut-être un peu moins à l'ouest qu'aujourd'hui, au sud de Ts'ingliang chan, laissé en dehors, si j'en crois d'anciens plans. On construisit alors le Kong-yuen, au sud de la Ts'ing-k'i. (Tel est le nom des locaux d'examens pour la Licence, dans les capitales des provinces).
De 1264 à 1267, Kou-bi-/ai khan bâtit près de Yen-king iH^ (Pékin) une nouvelle ville, appelée, depuis 1271, Ta-tou -^ ^ "grande capitale", par les Chinois, et Khambaligh par les Mongols (2). «C'est cette ville, dit du Halde, que Marc-Paul Vénitien appelle Cambalu, an lieu de Ham-palu; car chez les Tartares Jlam signifie Roy, et Palu signifie Cour, ou Siège d'Empereur» (3).
L'on découvre sans peine la parenté de ces deux vocables Ta-tou et Kambaligh avec ceux de Nanking, Péking, Tongking et Tô-kyô, comme nous l'avons déjà fait remarquer (4).
(1) Tch'eji K'i BR ^ bâtit en 1252, sur la butte Chr.-t'cou chan ^ W }\ii le Kiosque Tsoei-wei Ving ^ j3t ^' Le pavillon massif, carré, i\ deux ctafj:es, (jui aujourd'hui couronne le Tiî*z;?5r-//'a?î</ r7z«?j ^^ \/i-% m et y abrite une inscription de Kicn-loug ffi lai' marque la place de la construction primitive.
(2^ Bretchneider, liccherchcs archéologiques et historiques sur Pt^kiii, trad. Col. de Plancy.
(3) Du Halde, T. I. p. 437.
(4) "On vient de déchiffrer l'écriture des Turcs Toii-kiour, item celle des Jou-tche «peuple de race tongouse qui fonda dans le nord de la Chine la puissante dynastie des Kin (1115-1234). Les empereurs mandchous actuels prétendent descendre d'eux [Renvoi au travail de Devéria. Examen dr, la stèh de Yeu-t^ai (lievue de l'Extrôme Orient, t. I. p. 173-181).), inscriiition non déchiffrée a/ors]. C'est une écriture syllabique (parente du niaiulohou) dans laquelle se sont introduits q.q. signes idéographiques, qui sont poui" la plupart des caractères chinois légèrement modifiés.
Les Mongols remplacèrent les Kin et dominèrent toute l'Asie ; l'influence du bouddhisme «répandit en tous lieux les écritures sanscrite et tibétaine ; le Mongol même demanda au lama tibétain Phags-pa un alphabet qui, s'il n'eut pas une longue durée, fut néanmoins fort employé sous les derniers empereurs de ladyn. Yuen. Les deux célèbres inscriptions hexaglottes gravées en 1.345 sur les parois de la porte de Kiu-yong koon^ au nord de Péking, nous montrent, d'une part, que le mongol s'écrivait alors en caractères de Phags-pa,
i III. PRISE DB NANKIN PAR LBB MON(K)LS, 1275. 151
Au cours de son mémorable voyage accompli vers cette époque (1270), Marco Polo visita Sou^tcheou fou et Nankin. Nous constaterons ailleurs qu'il fut peu explicite snr notre Gi^len fou, ainsi qu'il nomme Kin^ling fou en sa romanisation italienne (1).
En 1274, Pé^yen f^j |£, originaire du Si-t/u W^i ministre et général des Mongols, pour lesquels il s'était battu bom^ Kou-hi-Ui khan (Hou-pi^li ^^ ^ en Perse et en Syrie (Pauthier, Chine, 361) descendait de Ngo'tcheou ^jf{c. k d, Ow'tch'ang fou au Hou^pé, sur Kien^h'ang, à la tête d'une armée victorieuse. Les troupes des Yuen yC occupèrent Yu-hoa t'ai, la clé de Nankin au sud. Mais Tchao Tsin j^\^, auquel incombait la direction de la défense en qualité de Préfet de Kien^k'ang, prit honteusement la fuite ; plusieurs mandarins livrèrent alors la ville aux Mongols, qui (1275) dès lors se chargèrent de l'administration ofïicielle de Nankin.
D'après le Père de Mailla, lorsque le général Pé^yen s'avançait à grands pas vers Kien^k'ang, «le brave Ouang Li^sin Jï jflf fl^, gouverneur de cette ville,» voyant la situation désespérée, et regrettant que Kia Se^tao %^^ (général des Song) n'eût pas suivi ses conseils, s'empoisonna dans un grand repas offert à ses proches. «Au moins, disait-il, si je ne puis empêcher la destruction de l'empire des Song, j'aurai la consolation de mourir leur sujet et dans un pays qui leur est encore soumis.
Les Mongous (ajoute le P. de Mailla) s'emparèrent de Nankin sans éprouver d'obstacles.» Pé-yen l'occupa; il respecta les biens et la famille du défunt, qu'il fit enterrer à ran-yan^^ au tombeau de ses ancêtres. Nankin devint comme le quartier général des Mongols, qui, quelques mois après, gagnèrent sur les Song une bataille navale, furieusement disputée, aux abords de Tchen^ kiang (2) (cf. de Mailla IX, 353, 362.)
Ces derniers consentent pourtant à se reconnaître tributaires de cette nouvelle dynastie des Yuen (1280-1368), fixée au nord. Toutefois, malgré sa déchéance. Nankin demeurait encore une pépinière illustre de savants et d'artistes. On mentionne qu'en
et, d'autre part, qu'il n'y avait pas moins de cinq langues antres que le mongol qui pouvaient ^tre lues et comprises à la cour impériale. Ces cinq langues sont : le sanscrit, le tibétain, le chinois, le turc ouïgour et enfin une langue totalement inconnue que les inscriptions de Kiu-yong koan sont seules K nous avoir conservée.» Magnifique publication (en photogravures) des deux inscriptions hexaglottes, par le prince Boland Bonaparte (Documenta de VÉpoque mongole etc. in-folio. Paris 1895). Journal Asiatique 1895. Juillet-Août, p. 195. Rapport annuel par M. Edouard Chavannes.
(1) Giles (Herbert A) "A Chinese English dictionary" Part III. p. 1378, dans sa liste (D) «List of places mentioned by Marco polo and identified by Yule;» donne «Ching hiang fu = Ch^n-chiang Fm, et Kelinfu |S ^ /fj (que-lin bi)= Chien-ning Fu au Fuhklcn ; et Chinginju (romanisation Chin-ling) = Ch'ang-chou Fu au Kiang-sou».
(2) Cf. Stèle de S. II (P. Havret.) p. 385, n* XIII. (Texte chinois) «Temples et cimetières nestoriens de Tchen-kiang an XIII« S.»