‹ Histoire du royaume de Tch'ou, 1122-223 av. J.-CChapitre 99 sur 205 · DYNASTIE (XXP) DES MING · texte numérisé non relu

DYNASTIE (XXP) DES MING

17 EMPEREURS EN 276 ANS. CAPITALE FIXÉE QUELQUES ANNÉES À NANKIN, PUIS TRANSFÉRÉE À PÉKIN, OÙ ELLE DEMEURE (1368-1644).

OUIGINES DE i/()i»^G-0 C/.—LUTTES.—IL REGNE X NANKIN.

Tchou Ynen-tchang ^ yQ ^ (Kouo-choei g 3^), mieux connu des étrangers sous son «titre de règne» Hong~ou ^ |gÇ «fortune guerrière», fonda la dynastie chinoise des Ming, mot signifiant «splendeur, brillant éclat». Le caractère de Lune ^, accolé à celui de Soleil 0, forme le caractère composite Ming ^, suggérant à Toeil même et graphiquement Tidéogramme symbolique de la lumière parfaite (1).

Le titre ancestral du Souverain, celui sous lequel sa tablette fut officiellement intronisée dans la salle des ancêtres, est T'aitsou ^ 1^, l'auguste aïeul, l'une des appellations honorifiques réservées aux fondateurs de dynasties (2).

Yuben^tchang y£ i|È, pour lui donner son nom personnel, était le deuxième ou quatrième fils d'un obscur et pauvre laboureur de Se-icheou f|g jHj , ressort de Fong-yang fou ^f^}^ (au Kiangnan), cité qu'il décorera plus tard de beaux monuments. Sa famille était originaire de Kiu~yong -fij ^, (3) sous-préfecture de

(1) «Fccitquo Deus duo luuiiiiaria magna, luiniiiare inajus, ut priresset diei; et luminare minus, ut pncesset nocti.» Gcjicse, I. C. 1.

(2) Parmi les désignatiouK les plus typiques, nous avons déjà rencontré : Ou-ti ^ » le prince guerrier; Wni-ti %, ÇÇ» lettré; Kaoti ^ ^i le sublime; Ft'i-ti f^ 1 le déposé; TUii-tsony >0C if^t l'auguste souverain...

Quant aux noms de règne, K'avg-hi ]^ JîR signifie "l'inaltérable paix" ; Kicn-long 9u hI le s(îCours céleste" ;

La djTiastie des H'kl est celle de la "splendeur" ;

La dynastie actuelle des Ta-tsUng y^ (^ représente celle delà "Pureté" et l'Empereur régnant Koaug-siu possède "l'illustre béritage".

(3) Une anecdote chinoise traduite par de Groot, p. 1045, explique par quelles mesures l'on fit mentir les prédictions conditionnelles d'un sorcier annonçant la naissance d'un empereur î\ Kui-yong. L'on y apprend aussi pourquoi cette ville fournit tant de faucheurs, et surtout de barbiers-coiffeurs, dénommés dans certaines régions de la Chine "gens de Kiu-yong", Kiii-i/ongjrn v] ^ yV • Hi-tsou ^1^^ le grand-père de Hong-ou, habitait originairement au village de T^ong-té^ près de cette ville, et ce fut sous les Yueyi 7C» qu'il émigra à Se-tchcou fl3 /H" ^^s taoïstes lui avaient prédit qu'un de ses descendants monterait sur le trône impérial.

s I. PREMIÈRES ANNÉES DÉ HONO-OU. 157

la grande banlieue de Nankin (90 li S. E.), mais son père naquit dans cette dernière ville.

Lui-même vint au monde, en 1327, à Fong-yang hien^fil^j^ (appelé alors Hao-tcheou gg jji\), sous les murs duquel habitaient ses parents. Ou voit leurs tombes à 10 kilom. au S. 0. Sa naissance fut précédée, comme il convient, d'incidents prodigieux (1). Il cria trois jours : un bonze taoïste put seul, par des syllabes mystérieuses, charmer son courroux enfantin. A onze ans, des voisins le prirent comme pastour : ses espiègleries le firent bientôt renvoyer. Agé de 17 ans, il perdit son père, sa mère, son frère aîné; avec l'aide de deux de ses frères, aussi indigents que lui, il les ensevelit dans des nattes, faute de cercueils (2).

Un intéressant travail du R<ï E. T. Williams, lu à la réunion do la Soc. Asiat. de Changhai, le 21 juin 1891, ot imprimé dans le Journal de cette Société, contient surtout la biographie de Hong-ou ; on y trouve en outre quelques détails sur divers monuments de Nankin. Le titre est: nHong-ou et sa Capitale, ou l'Avènement dos Ming.yy Lo Shang-hai Mercury en eut la primeur (Juin 189Î .— 5 articles). Il faut prévenir les lecteurs que le conférencier a fait de larges emprunts à la légende, sans toujours distinguer assez la réalité historique des données romanesques. Il indique comme sources d'informations par lui consultées (outre l'histoire officielle de la Province du Kiang-aou et celles des deux districts (hien) de Nanking, le résumé de l'histoire des Ming qui figure dans le "Eul'Che-se che T*ung-aou (Yeou-i)" et le roman de la mAme période intitulé Yng-h\ dû îV Tau-weiy lettré du Fou-kien.

Un correspondant du Chinese Bepository (vol. VII. 1839, p. 353 à Î385) analyse un ouvrage ainsi présenté : «The eventfuU life of Hung-woo, founder of the Ming dynasty» from the Hung-woo T8euen-?huen, a chinese work in ten small volumes.» —

Signalons encore T^ai-tsou che-Iou "JoZ Im. K ïS» biographie de Hœig-ou.

Nous avons utilisé ces documents do valeur si inégale, sans m^me négliger quelques spécimens de littérature frivole. Nous avons aussi puisé dans l'Histoire du P. de Mailla, qui offre mieux et plus. D'après une note de l'éditeur, X, p. 2, voici les trois autcum principaux ( le T^ong-kien-hang-mou jB ffi Si B s'arrôtant exclusivement à la dynastie des Ming).

Ming-che ki-che peft-mo 1^ A îu V ^ ^ "Faits historiques de la Dynastie des Ming" par Fou I-tche flf jy p|f i premier ministre de Choen-tche, P*" des TsHng.

Tong-kien Ming-ki ts^uen-tsai "Suite complète de la dyn. des Ming*' par Tchou Tsing-ycHy docteur et gouverneur de Nan-yang fou^ au Ho-nan^ publié par Tchang Yn (présid. du Trib. des Rites et ministre d'état) la 35« année de Kang-hi.

Ming-ki picn-nien ^ jffi M ^ "Annale» de la dyn. des Ming" par le fameux lettré TcJiong Pé-king^ de la fin des Ming. L'ouvrage ne fut publié que la 47* année de K'ang-hi, plus de 50 ans après la mort de l'auteur.

Le P. de Mailla consulta eu outre un Recueil d'instructions et de discours de Hong-ou que Choen-tche des Ta^ing fit traduire en tartare.

(1) Cf. la conférence du R** E. T. Williams, sur ces présages et rumeurs.

(2) J'ai vu, ces dernières années, les mendiants, les émigrants et les plus pauvres habitants dos campagnes ensevelir ainsi leurs morts, surtout on temps de disette, au Chan-tong et au nord du Kiang-sou. Nattes ou tiges de sorgho servent alors tl envelopper les cadavres.

158 CH. X. DTNASTIB (XZI*) DES MINa, 1368-1644.

Il entra alors comme domestique dans la pagode de Hoangkio se ^ 51 ^, aujourd'hui Song-tch'eng se, à la porte de Fongyang fou SL ^ ilï* On y montre quatre énormes marmites à ouire le riz du monastère, une belle cloche datant de 1469 et un portrait de Hong-ou vieilli. Jeune alors, intelligent, actif et ambitieux, il s'accommoda mal de la vie licencieuse, somnolente et cafarde qu'on y menait. En outre, le Fang-tchang "ff 3^? Tccabbé», son protecteur, était mort, et le remplaçant rébarbatif.

Yuen-'tchang 7c ^ reprit sa liberté et fut recueilli par son oncle maternel Kou Koan-chHng (de Williams) Kouo Tse-hing (1).

Il dut pourtant aviser bientôt à se tirer d'affaire pour vivre ; de bonne heure il se montra fils de ses œuvres. Une légende le fait venir à Nankin, après sa sortie de la pagode, et y vendre un chargement de prunes, spécifique infaillible, très demandé lors d'une épidémie infectieuse. Chez son oncle, maître exigeant et dur, une jeune domestique semi-esclave, très accorte, nommée Ma, le prit sous sa protection : en temps voulu, l'orphelin saura ne point l'oublier.

L'oncle combattait en qualité . d'officier de Z.ieow Sou-tong, chef des «Bonnets rouges», révoltés contre la dynastie des Yuen, à Tch'ou-tcheou j|^ ^Hl^ ^u Ngan-hoei, Le neveu conseilla à son parent de se déclarer lui aussi indépendant et d'opérer à son profit personnel ; le conseil fut agréé. Ynen-tcliang, qui venait d'épouser la jeune 3/aJg|, fut créé commandant en chef de l'armée de Kouo Tse~hing ^ ^ ^, proclamé Prince de Tch^ou-yang |^ ^, aujourd'hui Tch'ou-tcheou If^jHl- A sa mort, il lui succédera.

A peine engagé dans la milice des révoltés, le bonzillon défroqué s'était signalé dans ce métier plus séduisant. On vit alors poindre en lui la détermination de tenter un rôle conforme à ses aptitudes natives. Constitué chef de parti, résolu h combattre, dès qu'il le pourrait, pour sa propre élévation, et d'aller aussi loin que le porteraient son ambition et ses secrets desseins, le roitelet de Tch'ou-yang se posa en réformateur ou libérateur de l'Empire. C'est la tactique habituelle. La fortune sourit si bien à sa précoce audace (il n'avait pas trente ans) qu'il attaqua et enleva T'ai-p'ing fou ^ 2jî jjjj, sur la rive sud du Yamj-lse puis Tsi'k'ing-lou ^ H {^ (Nankin), en 1356, avec les villes des alentours, Koang-té tclieou ^ ^ )i\, Tchen-kiang f^ ^ et Yangtcheou ^ jHi. Tch'en Tchao-sien Pf^^^, fils de Tch'eng Yen-sien

(1) MrsJii/8 Chinesc misrellatiy \2^ vol. p.4tJSir 1761 «KuoTszu Hsing ^ -f S^, qui ù la chute des Moiifj:ols, clevintle Tchou Yang wang, parce qu'il occupait le uord du Yaiigtse en fact Nankin.— C'est lui qui fit sortir de l'obscurité Tchou Yucti-tchang jfi TC ^^ (Min»^ t"ai-l.»^ou) en lui donnant un»- fille adoptive en mariage. Elle devint l'Impératrice Ma hcou 1^ /p • «There is a Grand Lodge of triad's called tbe Ma-Jant imig, a temi équivalent to our EmpresR Victoria Lodge.» cf. Mayer's Chinese Rc^aders' M&nual, 11'-^ 470. Kouo Tsze-hing n*' 305.

f I. HONG-ou s'Établit à nankin. . 159

Bt ^ ^» avait rallié à Fang chan 'jj [Ij les troupes des Yuen : mais elles se rendirent à Tchou Yuen^tchang ^ fc ^ quand il revint attaquer Nankin (1356).

Nous verrons les provinces voisines tomber successivement en son pouvoir. Après ces exploits imprévus, qui le mirent soudain en vue dans la Chine entière, il se retrancha prudemment à Nankin, pour consolider sa puissance et organiser de nouveaux triomphes. Cette ville, élevée derechef au rang de capitale, porta de 1356 à 1645 le nom de Yng^t'ien fou Ij^^ i^ }^, «capitale par la volonté céleste.» Il s'y prépara dès lors une résidence officielle, qui reçut le nom de T'ien^hing Kieng-k'ang i-yuen-c/ioai fou Ji^^^^ytMM «P&I&is du commandant de Taile gauche (de l'armée) de Kien^k^ang , favorisée du Ciel.»

Si l'on aime à savoir quels signes révélèrent cette volonté céleste, qui rangeait Nankin sous le joug du vainqueur, qu'on lise ces lignes de Mailla: «Tchou Vuen^tchang, dont la clémence fut admirée à T'aUp'ing fou, quitta cette ville et fit défiler ses troupes, puis descendre ses barques de guerre du côté de Kinling. Lorsqu'il arriva à Kiang-ning tchen, ses premiers corps forcèrent la garde avancée des Mongous, et, poussant plus loin, ils investirent Tsi King-lou (Nankin). FouCheou )SI^« général de Yuen qui commandait cette ville, en sortit; mais il eut le malheur d'être tué dans l'action, et ses troupes lâchèrent pied. Les vainqueurs entrèrent dans Tsi King, dont Tchou Vuen^tchang changea le nom en celui de Yng^tHen fou.n (T. IX., 519).

L'on entretient au pied du Pè-ki ko, un peu au S.O. et en bordure du Ma-^lou J|| ^ (route carrossable), le temple funéraire, ou Ts'e-Vang %% ^, appelé Fou-kong se jj^ ^ f^, que le général mongol Fou Cheou jpg ^ doit à la reconnaissance publique.

A son entrée dans Nankin, le général en chef de l'armée victorieuse logea d'abord chez un riche notable (près de Choei-si men) nommé Wang Ts'aUpé 3E 1$ 1^* Puis, il habita le tribunal du vice-roi des Yuen, ancienne résidence de la Préfecture sous la dynastie des Song. II en reste une double arcade voûtée et basse, à cheval sur une petite rue, à l'O. du Kong-yuen, ou Local des Examens littéraires. On appelle ces ruines KieoU" Wang fou iB ï iff- N'étant que roi de Ou, j^ ^, Hong^ou habita aussi à Tcheng^ngen se j|^ Jg, ^, au centre de la vieille ville (cf. infrà.)

Tch'eng Yen-sien Pfi $ ^, dit le Rd E. T. Williams, commandait à Nanking; il se rendit et fit sa soumission. (Révolté plus tard, il périt décapité). Son fils voulut prolonger la défense; pris ensuite, il se soumit également.

A la 7^ l. de 1356, les mandarins décernèrent à Tchou Yucn^ tchang le titre de Ou^kouo kong :^ B ^, «comte du royaume de Ou.n En cette qualité, il se choisit alors ses principaux fonction* noires. Cette année 1356^ la 80U8*préfecture du Chang^yuen hien

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