SÉANCE DU 15 DÉCEMBRE
Vous avez la bonté de me prévenir, M. le président, et ceux de mes honorables amis qui siège à côté de moi m'avaient déjà fait connaître que la chambre a arrêté, vers le commencement de la séance, qu'il ne serait plus parlé de théologie, à propos du budget (i). Je vous assure que je n'en avais pas la moindre envie. Je parlerai d'abord du budget : il est à l'ordre du jour. Je parlerai aussi de l'instruction publique ; elle est de même ù l'ordre du jour, et parce que le budget y met toutes les parties du service public, et parce que plusieurs de ses articles sont relatifs aux dépenses quelle occasionne. Il me semble d'ailleurs que si l'on a cru devoir attaquer hier et avant-hier des mesures du gouvernement en matière d'instruction publique, il doit m'étre permis d'en prendre la défense, puisque je les crois utiles et bonnes. Nous n'avons pas tels plaisirs tous les jours. Je ne m'occuperai donc pas de théologie, et par une bien bonne raison encore : c'est que je n'y entends absolument rien. Si, sans le vouloir cependant et bien certainement sans le savoir, il allait m'échapper quelque chose qui ressemblât à de la théoloti) L'honorable membre fait ici allusion à une molionde M. De Slassari.
îîie, et que quelqu'un s'y connût parmi nous, je le prierais de m'en avertir ; je m'arrêterai tout aussitôt (i).... » (Aon* omettons ici H pages ïn-8° de ce discours relatives au budget).
(!)« Je ne m'occuperai pas, dit-il, de théologie. Si, sans le vouloir cependant, et i bien certainement sans le savoir, il allait m'échapper quelque chose qui ressem- « bldtà de la théologie, et quequelqu'un s'y connût parmi nous,\e le prierais de m'en « avertir ! » Comme si le remplacement des petits séminaires par un collège philosophique, de la façon d'un roi calviniste, n'était pas l'oeuvre la plus théologique ou la plus antilhéologique du monde! En réalité Dotrenge était très-fort sur la théologie, et son discours en offre la preuve ; mais c'était sur la théologie a la manière de Vol taire, de Febronius, ou de la Convention^ nationale. Il soutint qu'au nom de l'ordre UgnîM gouvernement avait le droit de dissoudre toutes les corporations religieuses dont le chef réside à l'étranger; qu'il avait le droit de choisir /ei hommes et les livres destines à l'enseignement ; qu'il aurait même le droit de défendre absolument a la jeunesse d'aller faire son éducation hors du pays, etc. Et Dotrenge disait tout cela au nom de la liberté ! En vérité, il semble que les hommes soient destinés à tourner toujours dans le môme cercle d'erreurs... Quel étrange contraste! Dotrenge et Reyphins moururent désespérés et politiquement déshonorés après le triomphe de la rnolotion belge; et s'ils avaient vécu jusqu'en 1830 ils auraient pu trôner glorieusement, au banc des ministres belges de celte époque qui, dans leur loi sur l'enseignement secondaire ressuscitèrent les systèmes de 1825 proscrits en 1830!
Cette grande question de la liberté de l'enseignement, il faut en convenir toutefois, en soulevait plusieurs autres qui se présentaient trop a i'improviste pour que fbacou y fût bien préparé. Ainsi, quand on objectait que la libertéde l'enseignement en donnerait le monopole aux jésuites, instruments de cette puissance occulte de l'Église, qui tend à tout envahir, je répondais: a Pourquoi nous occuper des ultramwrtains? Il n'y en a plus ou bien ils ne sont plus dangereux : le temps des GrégoireVII est passé.» «Pourquoi,disai-je encore, nous occuper des jésuites, qui sont tn France, et qui ne sont pas chez nous?»C'était mal répondre, car on me répliquait: • S ils ne sont pas chez nous, ils y seiont bientôt. » C'est en effet ce que disait Dotrenge, qui fil certaine impression sur l'assemblée. Il fallait poser le principe de la litalé largement et pour tout le monde, en face des protestants et des voilai riens. C'est feqwjc fis bientôt après; et depuis Je me tins ferme sur ce terrain. Mais la lumière ne jaillit pas toujoursdu premier coup; on n'y arrive qu'en tâtonnant. On était alors eu 183, il ne faut pas l'oublier, nous l'avons déjà dit. Celte question de la puissance de l'Église et de son influence sur la civilisation au moyen Age, l'une des plus hautes qui puissent s'offrir aux méditations du politique et de l'historien, je l'ai mminée plus tard en parlant des révolutions suscitées par la réfoime, dans mon
« J'ai dit tout ce que j'avais à dire relativement au budget ou à son occasion. Mais, à propos du budget, ou plutôt sans aucun rapport au budget, dont j ai au contraire entendu prendre en grande partie la défense, ou bien même annoncer qu'on ne parlerait pas du tout, on a fait, de quelques mesures du gouvernement en matière d'instruction publique, une critique si inopportune, si imprudente, si propre à alimenter ou même à exciter les discordes, à jeter le trouble dans tout le pays, à augmenter l'effervescence de quelques tètes exaltées qui s'imagineront être puissamment soutenues dans le sein même de la représentation nationale, que je crois ne pouvoir me dispenser de parler de mon côté pour (a justification de ces mesures qu'on nous représente comme ayant répandu tant d'alarmes. Un honorable ami, dont je ne puis sur ce point partager l'opinion, a été le seul, je pense, parmi les adversaires des derniers arrêtés du gouvernement sur l'instruction publique, qui ait été conséquent dans son attaque. Il s'en est servi comme d'un moyen de plus contre le budget qu'il attaquait en même temps. Tous les autres discours que j'ai entendus m'ont paru sans but, car il me répugne de penser qu'on n'en aurait pas eu d'autre que de faire beaucoup de bruit quand même, et de donner matière, même malgré soi, à l'Étoile et autres journaux de la congrégation dans un pays voisin, de se livrer à de nouvelles sorties bien virulentes et surtout bien calomnieuses contre notre gouvernement et contre ses intentions.
« Dès qu'on n'alléguait rien d'essentiel contre le budget et contre la loi qu'on lui donne comme accessoire, dès qu'on annonçait au contraire qu'on leur donnerait son assentiment, dès qu'à l'égard des arrêtés du gouvernement sur l'instruction
Introduction à V Histoire du royaume des Pays-lias, et j'ai redressé ce qu'il y atait de hasardé dans son premier jugement en rétablissant les droits de la vérité d*8pres les faits.
publique, on n'entendait provoquer aucune délibération do la Cambre, aucune démarche de sa part, dès le moment surtout qu'il s'agissait de matières inflammables, et qu'on avait l'intention, non d'exciter, mais de prévenir l'incendie, c'était, non pas à la chambre, me parait-il, mats au gouvernement même, de qui rinanaient Us actes dont on croyait avoir à se plaindre, que la prudence, l'utilité et l'intérêt même de la cause qu'on voulait défendre et la confiance enfin, dont on se disait pénétré, exigeaient qu'on adressât ses censures et ses doléances. Le gouvernement pouvait seul les apprécier; car lui seul aussi connaissait les motifs de sa détermination.
« Voyons au reste sur quoi portent ces mesures.
« Le gouvernement a fait fermer trois ou quatre écoles d'ignorantins. Il a bien fait, s'il avait acquis la certitude que les doctrines qu'on inculquait à l'onfance dans ces établissements, étaient contraires à nos principes nationaux et à nos institutions politiques. S'il n'y avait même eu rien à reprendre ni dans la conduite, ni dans la doctrine, ou patente ou secrète de ces frères, il aurait encore eu le droit et même il eût été de son devoir de les congédier, par la seule et péremptoire raison que ces religieux dépendent d'un supérieur français, résidant en France. Ce rapport suffit pour que leur institut ne nous convienne pas et ne puisse jamais nous convenir. Je ne vois guère que le parti de étranger, s'il en est un dans notre pays, ait pu s'attrister beaucoup de cette mesure. Je ne sais quel hasard ou plutôt quelle combinaison nous a amené tout à point de France, il y a quatre ou cinq ans seulement, ces frères ignorantins, qu'auparavant nous n'avions ni vus, ni connus, même de nom, ni sous le régime autrichien, ni même sous le régime français. Assurément l'on ne pouvait dire qu'ils fussent chez nous ou regrettés ou désirés par le peuple : Ignoli nulla cupido. Ils sont nécessaires, dit-on. Comment donc a-t-on pu s'en passer pendant si longtemps partout Y Comment, à l'exception des quatre villes où ils
se sont intrus depuis environ cinq ans (et le gouvernement doit savoir commeut et sous quelles influences, a-t-on pu continuer non- seulement à s'en passer, mais à ne pas en vouloir ailleurs? Comment, dans ces villes même où Ton prétend qu'ils étaient si tendrement c/iéris, les écoles qu'on a substituées à l'instant mémo à celles qu'ils y tenaient, ont-elles, dès le premier jour, été fréquentées par un plus grand nombre d'élèves qu'ils n'en avaient jamais rassemblé dans les leurs? Il est nécessaire, sans doute, que le" peuple reçoive de l'instruction, et le gouvernement y pourvoit ; mais il n'est pas du tout nécessaire qu'il la tienne d'un corps enseignant, étranger, hiérarchiquement dépendant de trois ou quatre supériorités étrangères. C'est ce qu'il était au contraire très-urgent d'empêcher ; et le gouvernement l'a fait.
« L'on a fermé, les petits séminaires ! C'est encore une institution tout nouvellement importée de la France. Us sont notoirement en France les succursales dévouées de Sl-Acheul et de Mont-Rouge, et s'ils ne l'étaient déjà chez nous, ils n'auraient pas tardé à le devenir. Nous n'avons eu ces petits séminaires ni sous le régime autrichien, soit espagnol, soit allemand, ni sous le régime français, pendant que nous nous y sommes trouvés soumis. L'on pouvait aussi très-bien continuer a s'en passer. Nos véritables séminaires épiscopaux sont ouverts. Le concordat garantit leur existence, et l'art. 41 de sa loi organique supprime tous autres établissements ecclésiastiques. On a donc pu très-léga- I cment, et même pour se remettre dans l'ord re légal , on a dâ su pprimer les petits séminaires. Sous le gouvernement autrichien, les enfant s dont on voulait diriger l'inclination vers l'état ecclésiastique, n'étaient pas parqués et séparés des au très. Us recevaient, comme tous les autres et avec tous lesautres, leur première éducation dans les collèges ordinaires, soit royaux, soit municipaux, accessibles et ouverts à tout le monde, et placés, quant à l'enseignement et quant à la police, sous la surveillance des magistrats locaux et
de l'autorité publique supérieure. Ces collèges, même quand ils étaient tenus par des religieux, devaient suivre le règlement d'études en lui-même très-libéral et très-bon que Marie-Térèsc avait fait faire pour les collèges royaux. Us ne ressemblaient en rien, quoi qu'on en dise, à la nouvelle institution française des petits séminaires. Ce n'est encore que par esprit d'imitation qu'on a imaginé chez nous, il y a très-peu d'années, que nous en ressentions le besoin. Je suis très-peu disposé à croire aux effets du hasard : mais le gouvernement encore doit pertinemment savoir si cette imitation n'a pas été bien plutôt concertée que fortuite.
« Le roi a fondé un collège philosophique où l'on enseignera les belles-lettres, la logique, la morale, les éléments des sciences exactes, de la physique, de la chimie et au par-dessus l'Aùrtoire ecclésiastique et le droit canon. Mais l'histoire ecclésiastique et le droit canon sont du domaine exclusif do l'épiscopat ! Je croyais que l'histoire, quelle qu'elle fût, était du domaine de tout le monde. Quant au droit canon, il y en avait autrefois trois chaires principales ù Louvain, celles des institutes canoniques, celle du décret de Graticn et celle des décrétales. Ce n'était pas Iévéque, c'était ou lev gouvernement ou la ville de Louvain qui les conférait. Il y avait une ou même deux autres leçons de droit canonique encore que la ville de Louvain avait fondées pour retenir les étudiants dans ses murs, pendant la moitié au moins des vacances des facultés supérieures qui duraient trois mois : on les appelait leçons de six semaines. C'était non pas l'évêque, mais la magistrature de Louvain qui les donnait. Et personne ne s'est donné le ridicule de crier à l'usurpation. Les chaires principales de théologie même étaient à la collation du gouvernement. Celui-ci s'institulait professeur royal du catéchisme, celui-là professeur royal de l'écriture sainte. D'autres avaient d'autres titres encore de professeurs royaux en théologie. Les titulaires s'honoraient de ces dénominations, et personne n'a-
vait encore découvert qu'il fallait s'en scandaliser. D'autres leçons de théologie étaient a la collation des bourgmestres de la ville de Louvain, qui en portait les frais à son budget.
« Mais ce collège est institué pour recevoir les jeunes gens qui se destinent au saint ministère et à l'étude de la théologie dans les séminaires épiscopaux ! Et bien î notre gouvernement n'a pas aussi mal pensé que vous de l'étude de la théologie. Il n'a pas cru qu'il y eût insurmontable antipathie entre elle et les lettres, les sciences et l'histoire. Il procure à nos ci-devant petits séminaristes des moyens de s'instruire. Y a-t-il là de quoi les qualifier d'opprimés dont il faut prendre la défense?
« S'il fauten croire VEtoile et ses échos, ou bien Y Etoile et ceux dont plus vraisemblablement elle est l'écho (1), ne dirait-on pas que ce collège philosophique est une vaste caserne, une espèce de dépôt forcé de conscription ou de milice ecclésiastique, d'où l'on ne pourra sortir que pour être ordonné prêtre, bon gré, malgré soi et même bon gré, malgré son évêque ? V Étoile sait bien qu'il n'y a nulle bonne foi dans tout ce qu'elle se permet de dire. Mais elle gagne son argent et suit fidèlement l'ancienne maxime jésuitique. « La calomnie, docteur, la calomnie : il en reste toujours quelque chose ! » En sortant du collège philosophique, on se fera prêtre, si l'on persévère dans cette vocation et qu'on y soit trouvé propre. Si l'on n'y persévère pas, on pourra suivre toute autre carrière à son choix, celle du barreau
(1) J'ai cru entendre répéter ces mots, «ers ta tin de la séance, comme si je les avais adressés ù quelqu'un de mes honorables collègues, antagonistes du colleg»1 philosophique. Certainement les expressions dont je me suis servi n'emportent pas, par elles-mêmes, que ce soit dans la chambre que Y Étoile a des échos ou des souffleurs, et elles pouvaient d'autant moins le Taire entendre que l'imputation calomnieuse contre laquelle je m'élevais daus cet endroit venait du dehors et n'avait été faite par personne dans le cours de la discussion. Je ne puis entacher tes méprises, ni prévenir les apologies indiscrètes; mais j'attache quelque importance à faire remarquer que mon discours n'y avait pas donne lieu.
{Note de M. Dotrenge.)
et de la magistrature judiciaire ou administrative, celle des sciences et des arts, celle des armes, du commerce, de la navigation, etc. : seulement à quelque profession qu'on veuille se livrer, on I'embra6sera avec plus de connaissances acquises et plus de culture dans l'esprit.
« Mais il fallait le concours de l'épiscopat pour fonder un collège et surtout un collège destiné à recevoir des théologiens futurs ! Nullement, Philippe II a fondé un collège à Louvain, destiné en partie même à des théologiens actuels. Il a même nommé, comme nos autres princes, des professeurs de théologie, et le tout sans s'y faire autoriser par aucun évêque. Mais qu'ai-je besoin de recourir ici à ce que l'autorité royale a fait chez nous sans aucune réclamation? De simples particuliers avaient fondé à Louvain, de leur autorité et libéralité privées, de nombreux collèges destinés à recevoir, même uniquement, non pas des aspirants éventuels à l'étude de la théologie, mais des étudiants effectifs, inscrits en cette qualité au nombre des suppôts de l'université. Ils avaient fait plus : ils avaient prescrit, comme condition indispensable d'admissibilité, quelles autres études préalables devraient avoir faites ceux qui voudraient jouir dans leurs collèges, comme étudiants en théologie, des avantages qu'ils leur faisaient. L'obligation qui leur était le plus généralement imposé était nommément celle d'avoir achevé leurs deux années d'études philosophiques, et d'y avoir donné à la fin du cours la preuve d'instruction ou de capacité qu'il plaisait aux fondateurs de déterminer par leur testament ou par l'acte constitutif de la fondation.
« Mais le collège philosophique sera précisément la même chose que le séminaire général de Joseph II! Comment ne voit-on pas qu'on répète une calomnie, pour ressusciter, s'il est possible, des préventions oubliées? C'était la théologie qu'on enseignait au séminaire général. Il n'en sera du tout point question au collège philosophique.
« Mais Ton lie pourra entrer aux séminaires épiscopaux, où l'on enseignera la théologie de plein droit, qu'après avoir passé par le collège philosophique ! Je pourrais vous prouver encore par l'histoire que rien dans cette disposition n'excède les bornes du pouvoir civil. Mais tandis qu'il ne s'agit que d'histoire, l'on pourrait me reprocher d'être un de ces théologiens bouffis ou bourrés de conciles, dont un adversaire du collège philosophique a parlé avant-hier, en récusant leur compétence et en leur déclarant véhémentement suspects de ne pas même savoir leur catéchisme. Je repousse à la fois, en ce qui me concerne, et le compliment et l'objurgation. Je confesse humblement devant vous et ma profonde ignorance en théologie, et même mon inaptitude absolue à jamais rien y comprendre. Heureusement elle n'est pas nécessaire au salut, mais je n'en suis pas moins jaloux, Messieurs, de ma réputation d'orthodoxie; je prétends savoir très-bien mon catéchisme, et je puis prouver, par de belles inscriptions mises en tète des livres qu'on m'a donnés pour récompense, que j'en ai remporté le prix dans chacune de mes cinq classes. Je suis prêt à mettre ces monuments très-précieusement conservés, sons les yeux du premier inquisiteur de la foi qui pourra m'en requérir.
« Quant à la théologie dont je ne me vante pas, je crois me souvenir confusément qu'une autre fois déjà elle avait tenté de se glisser dans cette enceinte, sous la figure de saint Mathieu. Il me parait que si, à mon très-grand étonnement et à mon plus grand regret encore, elle vient tout à coup d'y faire une irruption à visage découvert, ce n'est pas à ceux qui défendent en ce moment la mesure royale contre une bien fâcheuse et bien impolitique agression qu'on peut reprocher de lui en avoir ouvert les portes. Ne craignez donc pas que je me serve d'aucune arme théologique; mais permettez-moi de vous renvoyer à un livre de législation civile, au Code et aux Novelles de Justinien. Vous y verrez que cet empereur avait fixé par ses édits les qualités
qu'il exigeait pour qu'on pût être prêtre ou même évêquc, et qu'il enjoignait de dégrader et de renvoyer à leur premier état ceux qui seraient parvenus à se faire ordonner sans les posséder. 11 avait aussi la simplicité de croire qu'il n'était pas contraire au bien-être et à la splendeur de l'église que ses ministres fussent instruits : LiUeras ignorantes omnino nolumus neque UAMi» ordinem suscipere, clericorum videlicet, presbyterorum et diaconorum. Ouvrez encore les Capitulaires des rois de France, vous y verrez que les pères du concile de Paris, de l'an 829, tous évèques ou abbés, s'adressaient à Louis-le-Débonnaire, pour lui demander l'érection d'écoles publiques destinées à former et à iostruire les ministres des autels, ad filios et ministros ecclesiœ msirucndos r*l edocendos. e Nous supplions instamment votre « altesse, lui disaient-ils, d'ériger, par votre autorité, à l'exem- « pie de votre père, des écoles publiques dans trois au moins « des endroits les plus convenables de votre royaume : ce qui « contribuera beaucoup à l'utilité et à l'honneur de l'église de « Dieu (i). » Ces évêques de l'église gallicane tout entière ne connaissaient vraisemblablement pas les droits de l'épiscopat aussi bieu que les petits séminaristes et les sacristains d'aujourd'hui. Remarquez toujours, Messieurs, que les Capitulaires que je cite ne sont point un monument théologique, ains historique seulement.
« Le licenciement de la légion étrangère des ignorantins était depuis longtemps signalé comme une mesure indispensable de police interne et d'affranchissement de la police étrangère. L'ordre lègul demandait la clôture des petits séminaires, dont l'origine et l'invention également étrangères, rendaieut la ten-
(I) (Mmixe ac supplicilcr vertrœ n-lsituditu sttggerimus, ut morem paternum «H'Mntts, saltem in tribus congruentisrimis impern vestri locis schola publias, ex ïtttnauctoiiliite. fiant: ex hoc facto magna utilitas et honor sunctœ Dei ecclesiœ «m*cet. (Note de M. Dolrenge.)
(lance équivoque et dangereuse. L'institution du collège philosophique n'était pas aussi impérieusement réclamée par nos besoins. Peut-être même pouvait-elle présenterdes inconvénients, en ce que dans tous les détails de son organisation, le gouvernement paraissait faire, au préjudice de ses prérogatives, du bien grandes et de bien gratuites concessions à l'influence du clergé. C'est cependant contre ce dernier établissement, de nature toute civile, qu'on s'est plu à susciter le plus de rumeur dans quelques-unes de nos localités rurales les plus dépourvues d'instruction. Je m'étais attendu que, de la part du clergé au moins, le collège philosophique serait reçu avec reconnaissance comme un bienfait insigne. Il paraît que l'on dit maintenant que, par transaction, par procédé peut-être, ou même seulement par grâce, ou aurait pu l'accepter, si le gouvernement de son côté avait voulu faire une toute légère concession de plus, celle de faire de cet établissement, au profit du clergé, un petit état dans l'état, absolument soustrait à l'action de nos lois et tout à fait indépendant de l'autorité civile, chargée seulement de pourvoir à ses dépenses. Le gouvernement est heureusement placé dans l'impuissance constitutionnelle de souscrire jamais à cette exigence. « Le « roi veille, dit l'art. 106 de la Loi fondamentale, a ce que tous « les cultes se tiennent dans l'obéissance qu'ils doivent aux « lois de l'état. »
« Mais, dit-on encore, avec tout ce que le gouvernement voudrait que nos jeunes clercs apprissent, ils auraient deux ans à perdre! Est-il donc bien vrai que le temps qu'ils mettraient à s'instruire soit considéré par eux comme un temps perdu? Ce serait une erreur qui prouverait de plus en plus la bonté et la nécessité de la mesure du gouvernement. Et puis, quand un nouveau curé ou un nouveau vicaire vieut prendre le gouvernement spirituel d'une paroisse, où il n'est encore connu de personne, est-il de toute nécessité ou même seulement de toute convenance qu'il n'ait absolument que 25 ans, pour qu'il
puisse s'attirer la confiance et la vénération des bonnes gens dont il doit diriger la conscience*
f Autrefois, dit-on, le cours de philosophie était bien de deux ans dans l'université de Louvain: mais on n'était pas tenu d'achever le cours entier. Au bout de deux ou trois mois, on pouvait le quitter et on le quittait pour s'adonner au droit, à la médecine ou à la théologie. Cela n'est pas exact quant a la théologie. Le candidat théologien pouvait quitter le cours de philosophie, mais il se gardait biert de le faire, quorque lo cours do théologie fût de sept ans à Louvain. Il eût mal entendu ses intérêts; il eût très-bien pu passer, non pas deux ans de plus, mais toute sa vie dans l'université, sans grand espoir de promotion aux bénéfices ecclésiastiques. C'étaient les privilèges de Domination aux bénéfices de patronat ecclésiastique qu'avait la faculté de théologie et surtout celle des arts, qui attiraient tant d'étudiants en théologie à Louvain. La faculté des arts n'appelait aux bénéfices, cures ou autres à sa nomination, que ceux do ses élèves qui avaient achevé leur cours de philosophie entier, et de préférence, toutes autres considérations égales, ceux qui s'y étaient le plus distingués. Les étudiants en théologie auraient donc perdu de grandes expectatives, en se bornant à deux ou trois mois d'études philosophiques. Us auraient perdu un autre avantage encore dont j'ai déjà parlé. Toutes les bourses fondées à Louvain Tétaient en général pour le cours de philosophie, parce que c'était par là qu'on entrait à l'université : mais la loi presque générale aussi, de leur fondation, portait que, pour les conserver pendant le cours de théologie, il fallait dans le concours général de tous les étudiants en philosophie, qui avait lieu au bout du cours biennal, avoir été dans les trente-six premiers ou tout au moins dans la première moitié du reste. Il eussent perdu leurs bourses et dû faire leurs sept ans de théologie à leurs frais et dépens, s'ils avaient quitté l'étude de la philosophie après un mois ou deux, ou même après douze ou
dix-huit. Il n'y avait guère que les étudiants qui n'avaient pu obtenir de bourses à Louvain, ou qui n'avaient pas su les conserver, qui allassent faire leur cours de théologie dans les séminaires épiscopaux.
« Les dispositions du gouvernement portent atteinte 4 la puissance paternelle ! Certes, le reproche est grave. Voyons en quoi il consiste. L'on force les parents, dit-on, à remettre l'éducation de leurs enfants entre les mains de gens qu'ils pourraient ne pas croire dignes de cette délégation, et la violence est prouvée, puisque, pour être habile aux fonctions nationales qui exigent de l'instruction, il faudra l'avoir reçue dans les écoles nationales. D'abord, ce ne serait pas l'universalité de nos instituteurs, qu'il serait raisonnable de suspecter, mais bien plutôt les sentiments cachés ou tout au moins le bon sens du père de famille, aux yeux de qui il n'y aurait de non suspect que l'instituteur étranger ; mais encore la précaution dont on se plaint est en elle-même prudente et juste. Tous les gouvernements l'ont prise dans tous les temps. Elle existait dans la Belgique sous le gouvernement autrichien, tant espagnol qu'allemand, et pour les fonctions de l'ordre ecclésiastique et pour les fonctions de l'ordre civil. Et personne ni de l'ordre ecclésiastique, ni de l'ordre civil, n'a songé à lui en faire un grief. Il faut que le civisme des magistrats, des administrateurs, des fonctionnaires publics de toutes les classes, que la sincérité de leur attachement à leur pays soient au-dessus de tout soupçon dans l'esprit et du gouvernement et des citoyens, dont ils doivent également connaître, gérer, défendre et conserver les intérêts et les droits. 11 est don< salutaire et tout a fait dans le sens constitutionnel et national, non-seulement que le gouvernement ne donne pas, mais qu'il se mette lui-même dans l'impuissance légale de donner sa confiance à ceux qui ont été puiser, dans les écoles étrangères, des principes opposés aux principes qui sont et doivent demeurer les nôtres. La nomination à un très-grand nombre de fonctions
publiques appartient au gouvernement. // pourrait, sans vous prévenir, n'en confier jamais aucune à ceux dont l'éducation, reçue chez l'étranger, ne lui offrirait aucune garantie, en même temps qu'elle autoriserait toutes les défiances. Vous n'auriez aucun reproche à lui faire, car il ne ferait qu'user de sa prérogative. Comment pouvez-vous vous croire fondés à lui en adresser, parce que d'avance il vous prévient de ses intentions avec franchise et loyauté? En quoi cela gêne-t-il la liberté des pères de famille dans Je choix de l'éducation et des maîtres qu'il leur plaira de donner à leurs enfants? Tout ce qu'il résultera de là, c*cst que le père de famille qui, sciemment et de propos délibéré, aura envoyé son fils à S'-Achcul ou au séminaire de S'-Sulpice, plutôt qu'à nos athénées, à nos propres séminaires épiscopaux, ou même à notre collège philosophique, l'aura, sciemment et de propos délibéré, fait élever pour la France plutôt que pour sa patrie(i).
(1) Je dirai plus: nos lois pourrai? ni aller plus loin encore, sans blesser la puissance paternelle. Elles jouiraient défendre aux pères d'une manière absolue de faire élever leurs enfants à l'étranger. Il n'est guère moins dangereux de permettre aux principes étrangers de s'insinuer dans l'esprit des simples citoyens, que de s'exposer^ les voir suivre par les employés de l'état dans l'exercice de leurs fonctions. La puissance paternelle n'a celte exlension indéfinie que votre métaphysique lui attribue, ni dans l'état naturel, ni dans l'état civil: la raison lui assigne ses limites dinscelut la; les lois positives la règlent et la déterminent dans celui-ci. Les lois ont accordé au citoyen romain le droit de vie cl de mort sur sa progéniture. Les nôtres ne doivent pas plus permettre l'infanticide au moral qu'au physique. Les suites de la puissance du père sur la personne de son fils ne peuvent d'ailleurs s étendre plus loin que celles de la puissance qu'il pourrait exercer sur lui même. Nouspouvons ne pas vouloir du médecin, du jurisconsulte, du ministre de culle qui se serait Tait graduer en médecine, on droit ou en théologie par une unimsilé étrangère, même après avoir atteint l'Age où le Jugement est formé et l'esprit à I abri des séductions, et vous voulezqu à son défaut il puisse nous forcer à recevoir les services de son fils, parce qu'il lui aura fait instiller des principes anlinaùonaux dès l'âge où toutes les impressions deviennent des préjugés indélébiles? Vn titre *»rra conséquence, une dignité, uns charge étrangère, un simple ruban, un ordre même quand il n'impose aucune obligation, ne peuvent être acceptés par un sujet
<* Le gouvernement, dit-on eucore, sous prétexte de surveillance, ne doit pas s'attribuer le monopole de l'instruction publique ; il ne doit pas prescrire Vusage exclusif de tels ou de tels litres élémentaires. On veut la liberté générale de tous Us commerces et des toutes les industries. La dispensation de l'instruction est aussi un commerce. L'état de professeur est aussi une industrie qu'il ne faut pas plus gêner que les autres.
« Eh, Messieurs, de quoi se plaint-on ? Dans quel pays fmstruction est-elle plus indéfiniment libre? C'est ailleurs, précisément dans le pays même d'où nous viennent les instituteurs sur le renvoi desquels on s'apitoie, qu'on prescrit exclusivement et minutieusement tous les livres où l'on pourra puiser l'instruction. Ici, le gouvernement n'en prescrit absolument aucun. Toutes les méthodes sont également accueillies. Peut-être n'aurait-on à se plaindre que de ce que le gouvernement, dans sa trop grande impartialité, n'accorde point, non pas des privilèges, mais plus d'encouragement, au moins, aux méthodes que l'opinion du public éclairé, fondée sur l'expérience, regarde comme les meilleures. Tout professeur d'enseignement peut choisir et suivre l'auteur qu'il croit le plus propre à mieux faire comprendre la science qu'il explique. Mais de ce que le gouvernement ne prescrit aucun livre d'enseignement, n'allez pas en conclure qu'il ne puisse en proscrire aucun. Quoi ! (et remarquez, Messieurs, que je ne vous parle pas d'un scandale imaginaire) un professeur fera un livre, dans lequel il n'aura d'autre tache que de blâmer, de rendre odieuse la mémoire de nos ancêtres et celle des héros qui défendirent chez nous nos constitutions, car les nôtres sont historiques, nos libertés, tous
du roi, sans sa permission expresse, dit la Loi fondamentale, et vous voulez que le roi soit obligé d'accepter l'élève de l'étranger, non pas pour simple sujet seulement, mais pour employé et fonctionnaire de l'état! Je ne sais si celle prétention a quelque chose de sérieux, mais très-certainement elle n'a rieu de raisonnable. {Xote de .H. Dotrenge )
uos droits naturels, civils et politiques, contre les actes arbitraires d'un tiran et les atrocités de ses satellites ! il en fera le livre élémentaire ei normal de la leçon d'histoire dans rétablissement public qui lui est confié, et le gouvernement ne pourrait pas empêcher la propagation de cette doctrine pestilentielle ! Il devra tolérer qu'on l'infuse de préférence dans le cerveau de cire des enfants ! Non, Messieurs ; non-seulement son droit, mais son devoir est de faire cesser au plus tôt de pareils abus, et de priver ou de faire priver de sa chaire publique fanti national professeur qui fait un si perfide usage de la confiance qu'on lui avait accordée.
< Le droit qu'a le gouvernement, non pas de prescrire tels ou tels ouvrages doctrinaux, mais d'en proscrire quelques-uns, s'étend et doit s'étendre, non-seulement aux ouvrages historiques mais-même aux livres de théologie, de quelque communion que ce soit, quand on fait servir ces livres à l'enseignement et que la doctrine qu'ils renferment est contraire aux loisde l'état, attentoire aux droits des citoyens et à ceux de la puissance publique.
« C'est d'après ce principe que plusieurs fois non-seulement nos anciens gouvernements, mais nos anciennes cours supérieures de justice, le grand-conseil de Malines, le conseil souverain de Brabant et d'autres encore, ont empêché, sous des peines graves, à la poursuite du ministère public, et la défense de certaines thèses et l'enseignement de certains livres, même dans nos séminaires archiépiscopaux.
« J'entends dire à mes côtés que me voilà sur les confins do la théologie. Je ne le crois pas ; mais si quelqu'un se connaît à cela, je l'ai dit : qu'il veuille bien m'avertir : je m'arrêterai sur sa parole.
« Vindustrie doit être libre: Sans doute! et, poursuivre la métaphore qu'on a employée, l'industrie qui consiste à donner ou débiter de l'instruction doit l'être comme les autres. Aussi I est-elle sur le même pied. De ce que l'industrie doit être libre,
il ne s'ensuit pas que ceux qui veulent professer de certains genres d'industrie ne puissent pas, et par raison de police, et dans l'intérêt même de cette industrie, être assujettis à des examens où ils fassent preuve de leur capacité. Et c'est tout ce qu'on exige chez nous de ceux qui veulent embrasser la profession d'instituteur public. La police exige encore que de certainaines professions soient soumises à des surveillances et même à des visites habituelles. Outre qu'elle fait vérifier les poids et les mesures de tous les marchands, elle fait des descentes particulières chez les boulangers pour examiner si leurs pains ont leur poids ; s'ils n'y font point entrer des substances malsaines. Elle soumet les orfèvres au poinçon et à la visite des inpecteurs et essayeurs des bureaux de garantie. Personne encore ne trouve mauvais qu'elle aille de temps en temps s'assurer que les pharmaciens et les apothicaires ne débitent point de drogues empoisonnées, ou de médicaments corrompus. Il y a, me semble-t-il, plus de raisons encore de connaîtrcet de surveiller ceux quiprètendérU nourrir et mèdieamenter nos âmes. J'ai tantôt parlé des ignorantins, Messieurs, et j'ai dit pourquoi leur institut ne pouvait nous convenir ; mais je me suis bien gardé de dire que leurs drogues fussent des poisons. J'aime à croire, au contraire, que leurs simples sont forts innocents. C'est leur certificat d'origine qui met un obstacle insurmontable à leur admission. Mais encore, s'ils étaient admissibles, aurait- on le droit de les examiner. Il faudrait aussi, je pense, les engager à renoncer à leurs procédés orbiliens, à moins qu'en leur lâchant la bride sur l'article de renseignement, on ne réclame aussi pour eux la liberté des sévices et mauvais traitements.
« L'ultramontanisme, dit-on, les anciens excès de l'autorité ecclésiastique, ses empiétements et ses tentatives d'empiétements sur les droits du pouvoir civil ne sont plus que des souvenirs surannés. L'église qui a autrefois tantôt dèliè les sujets des serments qu'ils avaient faits à leurs princes, tantôt dispensé les jmn-
c&a des serments qu'Us avaient faits à leurs sujets, ne se permet plus ces choses-là aujourd'hui. Quoi ! il y a à peine dix ans que uotre royaume est fondé, et vous appelez surannés ces mandements épiscopaux, ces instructions pastorales, ces avis doctrinaux par lesquols on a tâché, autant qu'on l'a pu, d'empêcher même qu'il se constituât, par lesquels on a défendu, sous peine d'anathème, de voter en faveur de la Loi fondamentale, dont le roi présentait le projet à l'acceptation do la nation? Elles sont surauniesb votre avis ces longues persécutions qu'on a exercées, que sourdement l'on exerce encore, même au lit de la mort, envers les fonctionnaires publics convaincus du crime énorme d'avoir prêté serment aux lois de leur pays, sans y avoir fait de restriction? L'honorable ami (i) qui vient de parler avant moi vous a trop bien dépeint toutes ces odieuses menées, et dans leur origine, et dans leur cours, pour que vous n'aperceviez pas quel est le but que l'on s'efforce d'atteindre, tout en affectant de le déguiser. Sans sortir de notre pays et sans remonter au delà de son érection en royaume, je pourrais vous prouver, par la succession d'une multitude d'autres faits, que l'ultramontanisme est aussi actif, aussi entreprenant, aussi entier dans ses prétentions aujourd'hui que jamais. A aucune autre époque peut-être le temps ne fut plus gros d'orages ultramontains. Mais il me faudrait vous parler et de quelques morts dont je ne veux point troubler la cendre, et de personnes vivantes dont je voudrais que tout le monde s'appliquât plutôt à calmer qu'à aigrir l'effervescence.
c Depuis plus d'un mois on nous disait menacés d'une grande explosion. Ce n'est pas moi, Messieurs, qui, nouvel Oldecom, suis venu placer les chambres au-dessus de ces poudres, ce n'est pas moi qui ai essayé d'y mettre le feu ; j'ai fait au contraire tout c*que j'ai pu, j'ai engagé tous mes amis à faire de leur côté tous leurs efforts pour qu'au nom de la paix publique m voulût renoncer à faire jouer cette mine.
(!) M. Rcyphins.
« Il n'est pasù craindre, dites-vous, que l'on voie renaître le temps des Grégoire VU, des Innocent III, des Boniface VIII. Voyez donc si les écrits des De Maistre, des Lamennais et de tant d'autres, ne tendent point à faire porter l'abus du pouvoir spirituel beaucoup plus loin que ces pontifes mêmes ne l'ont osé ! Voyez si la saint Barthélemi, dont Grégoire XIII fit remercier le Ciel dans toute la catholicité par un jubilé général, n'est pas encore prônée et vantée aujourd'hui comme une rigueur salutaire? Et dites-moi cependant si ce sont les auteurs qui propagent ces insociales doctrines, si ce ne sont pas au contraire les auteurs qui les combattent, que Rome met à son index.
« Mais que nous font ces écrits d'auteurs étrangers? Demandez donc à nos sociétés secrètes, à ces juntes apostoliques en herbe, qui se contentent encore des. titres plus modestes, celle-ci de société romaine, celle-là de société catholique, pourquoi ce sont spécialement ces écrits qu'elles font imprimer et réimprimer pour les distribuer avec profusion et à vil prix, parmi tous les adeptes de nos dix-huit provinces.
« Qu'on me dise encore ce que nous veulent ces circulaires vraies ou supposées que les journaux nous intiment comme venues de Rome, quand elles nous exhortent, nous autres catholiques, à adopter pour la guerre à faire au collège philosophique institué par notre roi, le même plan de campagne qu'on a suivi dans celle qu'on a faite au séminaire général de Joseph II? Le sens caché dans l'argot mystique de ce pacifique monitoire n'est pas obscur pour quiconque a de la mémoire, 1790 peut être une époque surannée pour quelques personnes; mais il parait qu'il y a quelque part des gens qui s'en souviennent.
« Quelle influence encore fait agir ce frénétique irlandais, qui, au moment même où les journaux nous signifient les circulaires prétendues romaines, invite, par la même voie, les catholiques belges à faire une sainte ligue, offensive et défensive, avec les
catholiques irlandais, contre les gouvernements établis? L'émancipation de nos frères les catholiques d'Irlande est une» grande et juste cause en elle-même, mais qu'il est à craindre que le succès n'en soit indéfiniment retardé parles exigences et le mauvais esprit de ses défenseurs, et par tout ce que les partisans de i'ultramontanisme préparent de troubles en ce moment à la partie catholique et même non catholique du continent! Ces troubles seraient bientôt plus dangereux dans l'empire britannique qu'ailleurs, car depuis longtemps on y a perdu de vue tes moyens légaux dont on s'y servait pour les réprimer, quand le catholicisme y était dominant.
« Mais les jésuites au moins, dont personne avant vous n'avait parlé dans cette assemblée, ne sont qu'un fantôme dont on effraie les bonnes gens !
« Vous niez l'existence des jésuites! C'est parfaitement en règle: car le cas est niable. Et l'on tient le langage convenu. Il y a huit ans qu'eux-mêmes en France nient et font nier tous les jours leur propre existence. Ils n'y existent pas moins trèsréellement en chair et en os.
« Sont-ce des fantômes cependant que ces pères de la foi, qui, d'après les rapports de nos officiers de police, ont tenté plus d'une fois de pénétrer dans ce pays pour le mettre au régime des missions?
« Mais puisque ces pères ont été renvoyés de chez nous, ce n'est donc pas chez nous, dit-on, qu'ils font leurs exercices, qu'ils mettent en vogue leurs pratiques quelles qu'elles soient. Quand cela serait tout a fait exact, encore le gouvernement ne pourrait-il être trop sur ses gardes : Tune tua res agitur, paries cum proximus ardet. Oui, les farces dont la vraie religion et la solide piété s'inquiètent et s'affligent ailleurs, n'ont point encore jusqu'ici déshonoré notre pays ; mais à qui en avons-nous l'obligation, et qu'arriverait-il si le gouvernement leur laissait un seul jour le champ libre? Et enfin, même relativement à
nous, n'est-ce donc qu'une fantasmagorie sans influence ce collège bien certainement jésuitique de S'-Acheul, dont les émissaires viennent tous les ans embaucher nos jeunes gens? La liste imprimée de l'appel nominal de tous les élèves de ce collège pour 1821 constate qu'il s'y trouvait alors 85 à 87 élèves de toutes les parties de la Belgique, sur le nombre total de sept ou huit cents dont se composait le pensionnat. Ce livret a pour devise: Olim meminisse juvabil. Ce qui veut dire sans doute: « Nous ferons voir plus tard ce que c'est qu'un jésuite. »
« Je terminerai ce long discours par une courte prière au roi : « Sire, préservez-nous des jésuites, mais délivrez-nous de la « mouture, dont, le cas échéant, ils se feraient une très-persua- « sive auxiliaire, »
« J'ai dit mon opinion dans cette occasion comme dans toutes les autres, avec indépendance et franchise, dans la seule vue de m'acquitter des devoirs que je me suis imposés en acceptant là mission que j'ai toujours remplie, sans m'inquiéter de savoir ni d'une part si elle m'attirerait la faveur, ni de l'autre si elle ne m'exposerait pas à la calomnie. Ce ne sont point mes affaires personnelles que je suis venu faire ici; ce sont celles de mon pays. J'ai prêté et j'observe mon serment de député sans restriction ni expresse ni mentale.
« Le budget sera accepté sans doute, quoiqu'en lui-même je ne le croie pas acceptable. Si cependant je voyais la majorité des votes incliner vers son rejet, comme l'on pourrait non pas croire, mais tâcher de faire accroire que ce rejet serait le produit de considérations tout à fait étrangères au budget, je préviens qu'alors je joindrais ma voix à celles qui l'adoptent. Je me trouverais dans le cas dont j'ai parlé d'un devoir vaincu par un devoir
de plus haute importance. J'obéirais à la loi suprême qui est le salut public. »
Nous venons d'analyser ou de reproduire les discours des députés qui prirent part à la discussion des arrêtés du 14 juin. Voici les noms de ceux des provinces méridionales qui faisaient partie de la 2* chambre, pendant cette session de 1825-1826.
Pour Anvers :
Geeîhand Dellafaille; Cogels; Van Genechten ; Van Velsen; Demoor.
Pour le Brabant méridional :
Le comte Cornet de Grez, père; DcSnellinck; Vanden Hove ; Pascal d'Onyn; le baron De le Vieilleuze, fils; Dotrenge; le comte De Celles ; Barthélémy.
Pour le Hainaut :
Le baron De la Motte Baraffe ; le comte Duchâtcl ; le baron de Secus; le baron De Roisin; Trenteseaux; Dumont; Taintenier.
Pour la Flandre occidentale:
Coppicters: Angillis; Mesdach ; le baron de Serret; De Langhe; De Meulenaere; Reyphins; Serruys.
Pour la Flandre orientale :
Huyttens-Kerremans ; Liefmans; Goëlens ; Van Crombrugghe; le comte Vilain XIII1; DeRouck; le baron Del-
Infaille <FHuys.se; Van H u Item ; Boyé-Pascal; Surmont de Volsberghe.
Pour la province de Liège:
Nicolaî, président delà chambre; Loop; le baron de Stockhem-Méan; Fabri Longré; De Gcrlache; De Mélotte d'Envoz.
Pour la province de Luxembourg :
Tinant; Maréchal; Desprez ; Faber.
Pour la province de Namur:
Th. Fallon; le baron DeStassart.