‹ Histoire du royaume des Pays-bas depuis 1814 jusqu'en 1830Chapitre 15 sur 70 · DISCOURS SUR LE CONCORDAT, LA PRFSSE ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE, A · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LE CONCORDAT, LA PRFSSE ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE, A

l'occasion du budget de 1828.

(séance Dr 18 décembre 1827.)

a NN. et PP. SS., j'étais d'abord incertain si je prendrais^ parole pour remercier le gouvernement d'un acte que je considère comme un nouveau gage de bonheur pour la religion et pour l'état, et dont l'exécution franche et entière doit resserrer à jamais les liens qui unissent les Belges entre eux et avec le souverain: je pensais que la joie publique, si récente, si vive, si universelle, parlait bien assez haut: mais l'un des discours que je viens d'entendre m'a prouvé que cet acte, inspiré par une politique si sage, n'était pas sainement compris par tout le monde, et c'est ce qui m'a suggéré les courtes observations que je vais vous soumettre.

« On dit que « le concordat a reçu dans la bulle qui l'accom- « pagne, des interprétations qui sont de véritables empiétements « sur la prérogative royale; et on ajoute qu'on ne veut pas con- « tribuer à créer parmi nous une suppréniatie ecclésiastique in- « conciliable avec la protection égale qui est promise à tous « les cultes par notre pacte fondamental. »

« II est clair, NN. et PP. SS., qu'on pourrait, quant à présent, repousser toute discussion à ce sujet par une fin de non recevoir insurmontable. Un concordat étant un véritable traité, et Kart. 58 de la Loi fondamentale accordant exclusivement au roi le droit de conclure et de ratifier les traités, il s'ensuit qu'il faut bien s'en rapporter à lui et à lui seul pour soutenir l'honneur de sa prérogative et la dignité de sa couronne.

c Quant à la bulle du pape, qui paraît inspirer de si vives appréhensions, comme elle n'a été reçue et promulguée dans le royaume qu'avec les réserves d'usage, il est impossible qu'elle porte atteinte à notre constitution : tout ce qu'elle renfermerait de contraire serait nul de droit.

c A la vérité, cette bulle annonce qu'une dotation sera affectée aux sièges épiscopaux et aux chapitres; et le gouvernement, dit-on, n'a point nié qu'il eût fait cette promesse au moins inconsidérée. J'allais dire qu'une dotation a été consentie dans le concordat passé en 4847 entre Rome et la France ; mais je crains que des hommes trop imbus de M. de Pradt, ne récusent cette autorité. J'aime mieux leur citer le roi de Wurtemberg, prince protestant, qui a doté le clergé catholique, l'empereur de Russie qui lui a fait la même concession en Pologne, et le roi de Bavière dans ses états. On objectera peut-être qu'aux termes de la Loi fondamentale, il ne saurait être question de doter le clergé, attendu que l'art. 494 porte seulement que les traitements et pensions dont jouissent actuellement les différents cultes et leurs ministres, leur sont garantis. Je réponds que naturellement ces expressions de la bulle doivent être interprétées et limitées par la Loi fondamentale. Et dans le fait, quelle garantie plus grande le clergé pourrait-il désirer que celle que lui assure notre constitution, puisque le roi lui-même n'en a point d'autre pour sa liste civile? Une somme de 400,000 florins est ajouté au budget de cette année-, pour le traitement du#clergé catholique. Cette allocation, comme on vous l'a déjà fait observer, est une suite

nécessaire de la nomination des nou\eaux évêques, et de ce que va coûter à l'état l'entretien du culte catholique dans le nord, où une partie du clergé était salariée par les particuliers. Et si vous comparez la somme totale accordée aux catholiques aveccelle qu'ont obtenue les protestants, vous serez obligés de reconnaître que la dépense est loin d'être en proportion égale des deux côtés, eu égard à l'énorme différence des populations.

« J'ai ouï faire, depuis longtemps, mille questions sur le concordat; peut-être est-ce bien l'occasion d'y répondre en quelques mots.

« J'ai ouï demander d'abord s'il fallait absolument un concordat? Il est assez singulier que cette question se soit élevée dans un pays où il existe près de quatre millions de catholiques. L'épiscopat allait s'éteindre, la chaîne hiérarchique allait se briser; et, aux termes de l'art. 17 du concordat de 1801, en vigueur dans une partie du royaume, si un prince non catholique venait à monter sur le trône, il devait être pourvu à la nomination des évêques par une nouvelle convention: c'est ce qui a eu lieu. Mais, poursuit-on, n'était-il pas possible de se passer d'évêques, ou tout au moins ne pouvait-on se passer du pape pour les nommer? Quoique ces étranges objections aient été réellement faites, je n'ai nulle envie d'y répondre sérieusement: je crois même que cela serait fort déplacé devant vous.

« Quatre millions de catholiques dans notre royaume, voilà un fait plus fort que tous les raisonnements du monde. La hiérarchie qui attache les fidèles à leurs évêques, et ceux-ci au pape, est de l'essence du catholicisme. 11 est sans doute permis à ceux qui prétendent l'arranger à leur guise de se mettre dehors, et certes, s'ils voulaient le faire une bonne fois, cela simplifierait beaucoup la question. Mais le gouvernement a dû prendre cette religion telle qu'elle est, et il a négocié avec Rome. %

« La nomination des évêques et l'établissement des rapports

avec le saint siège n'entraînent point, ainsi qu'on le suppose, la création d'une suprématie ecclésiastique inusitée dans le royaume. La puissance spirituelle s'est maintenue dans tous les pays catholiques, même en Hollande, où lesrelations avec Home étaient plus intimes et plus fréquentes, précisément parce qu'il n'y avait pas d'évêques. La mise en présence de plusieurs religions dans un même pays, où elles n'étaient pas jadis favorisées, n'aura pas les inconvénients que quelques esprits prévenus paraissent redouter.

« Egalement protégées et sagement contenues par le gouvernement, il n'en résultera qu'une rivalité de zèle et de vertus publiques et privées. On craint, je crois, l'esprit de prosélytisme. C'était bon il y a trois siècles. Alors la politique elle-même provoquait parfois les peuples au changement de religion ; alors on pouvait cesser de croire à tel ou tel point sans rejeter le tout: la foi était assez robuste pour cela. Le véritable prosélytisme de nos jours est d'une tout autre nature; c'est celui de quelques hommes hardis qui, affichant la science et la vertu politiques, spéculent sur l'ignorance, les passions et l'inexpérience de la multitude pour s'ériger en puissance, et élever ainsi l'édifice de leur réputation et de leur fortune. On conçoit que l'universalité et l'immuabilité de cette admirable religion chrétienne qui a tout prévu et tout réglé dans le monde moral, contrarient singulièrement leurs systèmes. On conçoit enfin comment elle est devenue un objet d'indifférence pour les uns, de haine et d'envie pour les autres.

« Le concordat assure à l'autorité civile des moyens réguliers d'agir sur les catholiques et sur le clergé, de calmer les esprits ou de les diriger selon ses intérêts ; il lui prête une force nouvelle et irrésistible parce qu'elle est incontestée ; il consomme enfin l'accord si désirable de la politique et de la religion. C'est ce qu'avait bien senti un homme qui ne fut pas seulement un habile gagneur de batailles, mais qui fut encore doué d'un

admirable instinct de gouvernement. Bonaparte, à son retour en France, trouva tout en désordre, dans la guerre, dans l'administration, dans la religion. Après avoir vaincu les ennemis du dehors, il songea à rétablir l'ordre dans l'intérieur. Comme il était entouré de gens qui n'avaient combattu que pour la révolution, on lui fit d'abord grand'peur du pape et des prêtres. L'esprit de la capitale ne le rassurant pas, il voulut connaître l'opinion des provinces. 11 apprit que la religion catholique, persécutée avec acharnement depuis tant d'années, s'était réfugiée dans le sein des familles ; et que s'il voulait gagner les cœurs de l'immense majorité des Français, il devait se hâter de remettre le culte en honneur. Ce fut alors qu'il conclut le concordat de 1801. Il est de fait que cet acte de politique, ou de bon sens, fut une des principales causes de sa popularité première et de sa grandeur future. Cet esprit altier, qui était si jaloux de son pouvoir, ne crut pas que ce serait le partager avec un souverain étranger, que ce serait mettre Vètat dans Vègli$et que de traiter avec le pape. Et en effet, quelle rivalité peut-il y avoir entre la puissance spirituelle qui n'a de prise que sur des croyances concernant les intérêts de la vie future, et la puissance civile destinée à régir des intérêts temporels et présents? A la vérité, Bonaparte changea de conduite plus tard; il imagina le concordat de Fontainebleau, mais alors il courait à sa ruine. Ayant voulu envahir ciel et terre, il perdit tout.

« Ici, NN. et PP. SS., en comparant le passé au présent, je ne puis m'empêcher de vous communiquer quelques réflexions qui prouvent à quelle fluctuation est soumise cette puissance qu'on appelle l'opinion publique, et comment elle ébranle quelquefois les principes. Quelques-uns des philosophes français qui avaient le plus marqué dans le courant du dernier siècle, poursuivirent, comme Ton sait, le christianisme et surtout le catholicisme avec une violence sans égale ; ils lui imputaient la plupart des abus qui dérangeaient l'ordre social tel qu'ils

l avaient conçu dans leurs livres ; et leurs systèmes de réforme acquérant chaque jour de nouveaux partisans et de nouvelles forces, ils avaient lini par renverser le gouvernement établi. Quand Bonaparte eut rappelé la religion, il s'opéra une espèce de contre-révolution dans les idées. On se mit à considérer tous les malheurs et tous les crimes qui avaient été produits par l'épouvantable catastrophe dont on sortait à peine, et on les imputa principalement au mépris des anciens principes. Les philosophes eurent le dessous. On vit paraître alors une foule d'ouvrages sur les bienfaits et sur le génie du christianisme, qui eurent de la vogue, parce qu'on y traitait un sujet tout nouveau pour la génération nouvelle. Ce mouvement progressif se soutint pendant quelque temps sous les Bourbons ; mais aujourd'hui le cours des esprits est encore une fois changé en France : il tend à une nouvelle révolution (t); il semble que douze années de paix et de prospérité continues soient un fardeau insupportable pour cette nation.

« J'ai fait ces observations, parce que je crois que cette double et contraire influence s'est aussi fait sentir chez nous ; que les pamphlets et les journaux de France y exercent une réaction beaucoup trop grande. On dirait par exemple, que ce sont eux qui dictent quelques-uns des jugements de nos tribunaux. Il existe, comme vous savez, un arrêté de 1815 qu'on appliquait d'abord, si je ne me trompe, et quoiqu'il ne leur fût nullement destiné, aux écrivains libéraux ou soi-disant tels, qui attaquaient avec trop peu de réserve les actes du gouvernement ou les autorités établies. On commença par les poursuivre vivement ; et puis peu à peu l'arrêté tomba en désuétude. Mais voilà que tout à coup on le ressuscite, et on l'applique à une classe de personnes à laquelle on n'avait pas songé jusque là. Ainsi la censure du gouvernement, dans un discours pastoral

(1) Elle est arrivée en 1830. (Note de la V édition.)

ou dans un écrit public, est assez sévèrement punie par le code pénal actuel, mais du moins elle n'est pas assimilée aux cas de sédition ni aux complots tendant à renverser le gouvernement. Cependant c'est en vertu de l'arrêté de 1855 qu'on poursuit les ministres du culte qui se rendent coupables de semblables délits ; et cela sous prétexte qu'ils ont tenté de semer la défiance et la désunion entre les citoyens ! Il est vrai que, par une espèce de compensation, on peut fort librement attaquer la religion de quatre millions d'individus et plaider même la cause de l'athéisme, dans des journaux répandus parmi toutes les classes de la société, et l'autorité ne s'avisera pas d'observer que c'est aussi un moyen de semer la défiance et la désunion entre les citoyens. Nulle part peut-être on n'a plus multiplié le serment que chez nous : le serment n'est qu'une invocation à la divinité. Or je demande quelle garantie offre le serment que nous prêtons au prince, à l'état et à Dieu, si l'on peut nous prouver impunément que Dieu n'existe pas? Nous vivons sous un régime constitutionnel, et nous jouissons de la plus grande liberté de la presse, du moins tout le monde le dit ; mais d'où vient que lorsqu'on attaque des doctrines sacrées dans tous les pays civilisés, on n'a besoin de mesurer ni ses paroles ni ses coups; tandis que si on les défend, une expression imprudente ou ambiguë peut vous faire traiter comme séditieux, en vertu de la loi de circonstance de 1815? Comment du moins ces poursuites n'ont-elles pas cessé à l'apparition du concordat, qui est une véritable loi de pacification ? J'avoue qu'il m'est absolument impossible de me rendre compte de cette espèce de complicité de ceux qui sont placés au haut de l'édifice social, avec des hommes qui travaillent évidemment à le renverser par sa base? C'est là un phénomène trop remarquable et trop peu remarqué dans notre histoire contemporaine, pour que j'aie cru pouvoir le passer sous silence.

« C'était cette tendance générale des esprits et chez nos voisins

et chez nous, dont je craignais les suites et qui m'avait dicté, il y a deux ans, l'opinion que j'énonçais sur l'instruction publique. On a imaginé que je voulais ôter l'instruction au gouvernement, pour la donner à quelque corporation religieuse, ce qui serait absurde dans un pays comme le nôtre. Mon avis, au contraire, eût été qu'il s'en emparât, si j'avais pensé qu'il pût la diriger dans son intérêt, qui n'est autre que celui des familles et de la nation. Mais il m'était démontré que la liberté de l'instruction devait aller de pair avec la liberté de la presse, dont elle est la conséquence nécessaire et le correctif. Voilà un point de vue qui m'avait bien plus frappé que l'élévation des miuervals, contre lesquels on s'est tant récrié dans cette discussion. Il faut avouer pourtant que ce dernier abus, qui est réellement grave, cesserait aussi avec la liberté de l'instruction. Mais laissons là ces principes: on y reviendra peut-être quand certains préjugés seront effacés. Prenons les choses telles qu'elles sont, et contentons-nous de répéter que le gouvernement s'est imposé une immense responsabilité, et envers les familles et envers lui-même en s'attribuant exclusivement le domaine de l'instruction. Il sentira plus tard, s'il ne le sent déjà, le besoin de s'en faire un bouclier, en la rendant de plus en plus morale et de plus en plus religieuse, ce qui au fond est la même chose.

« On ne peut se dissimuler qu'un grand mouvement s'opère dans la société. Les progrès des arts, des sciences, de l'industrie, du commerce, élèvent les classes moyennes et inférieures au niveau des premières. Chacun aujourd'hui tend à sortir de sa condition. Il est impossible d'arrêter cet élan quand même on le voudrait; ainsi il n'en peut être question. Mais y a-t-il lieu de s'en applaudir si fort ? L'autorité est-elle bien sage de l'accélérer par tous les moyens dont elle peut disposer, sans songer à lui opposer au moins quelque rempart? Voilà une grande question ! Grâce au nouveau mode d'instruction élémen-

taire, partout le peuple chez nous saura bientôt lire et écrire: les discussions delà politique et les systèmes de la philosophie ne lui seront plus étrangers. Il faut convenir cependant que cette science, sans quelqu' antidote, pourrait lui devenir fatale. J'aurais bien peur, quoi qu'en ait dit certaine carte statistique sur l'état comparatif des lumières dans nos provinces, que les plus blanches ne fussent un jour sujettes aux plus terribles orages. A-t-on calculé les suites que peuvent produire les forces combinées de l'enseignement populaire et de la licence de la presse périodique? J'ai lu quelque part qu'on avait inventé une nouvelle espèce d'arme à feu, au moyen de laquelle on peut tirer une prodigieuse quantité de coups par minute. Rien ne saurait tenir devant elle. Telle est la presse, et surtout la presse périodique, lorsqu'elle est sans frein et sans contre-poids, soit dans les lois, soit dans les institutions. Il n'y a forteresse morale, politique ou religieuse, qui puisse résister à ses efforts répétés et multipliés à l'infini (i).

« Mais, s'écriera-t-on, vous voulez donc enchaîner la presse? Certes, je n'en aurai jamais la pensée. Dans un pays où il y a différence de religion, et parfois différence d'intérêts et d'opinions la presse est le palladium de toutes les libertés: j'expose des faits. Je me plains qu'il y ait licence, et licence absolue d'une part, et servitude de l'autre. Je demande ou qu'on applique à tous ceux qui troublent l'ordre, l'arrêté de 1813, ou ce qui vaudrait mieux encore, qu'on ne l'applique à personne. Je crains justement que sous prétexte de l'abus, on ne nous enlève cette précieuse liberté que je réclame.

« L'arrêté de 1815 et tous ceux qui Ton précédé et suivi devraient être remplacés par une bonne loi qui fit respecter à la

(1) Ces appréhensions, trop bien justifiées depuis par les événements, m'attirèrent ufte terrible querelle au sein de la chambre, comme on le verra par la réplique suivante (1830).

fois toutes nos libertés. Alors pourraient, je l'avoue, se présenter des questions fort délicates sur l'espèce de délits dont je me plains. Hais il n'entre pas dans mes intentions d'anticiper sur un tel sujet; j'ai voulu seulement prémunir l'autorité sur des abus qui ne durent que depuis deux années, et qui pourraient peut-être cesser avec la cause qui les a produits. Je ne sais par quel surcroit de fatalité la législation de la presse et les dispositions relatives aux ministres des cultes, dans le nouveau code pénal, semblent composées de la plus pure substance des arrêtés de 1815 et du code de Napoléon.

» 11 faut songer à diriger les esprits, non d'après ses haines, ses préjugés ou ses craintes, mais d'après les principes fondamentaux de nos institutions. Or, les véritables institutions des sociétés modernes ce sont celles qui existent depuis dix-huit siècles et qui régissent la grande famille des nations civilisées. On voudrait nous faire accroire que tout commence parmi nous; que la véritable civilisation ne fait que de naître; on représente le christianisme comme une mythologie usée qui tombe de toute part et qui doit céder le terrain à je ne sais quelle philosophie, comme le paganisme lui-même l'a cédé au christianisme. Des hommes hardis et avides de bruit s'imaginent qu'on peut innover impunément dans le monde moral comme dans le monde physique. Rien n'est à la fois plus dangereux et plus contraire aux faits que ces systèmes contre lesquels devraient se réunir les chrétiens et les bons citoyens de toutes les communions. Que l'on considère la tournure que les choses ont prise depuis quelque temps, et l'on concevra le tort qui en est résulté non pas seulement pour le catholicisme, mais pour la religion en général et pour l'état. On a eu l'air de n'en vouloir d'abord qu'aux prétentions ultramontaines; mais peu à peu on s'est enhardi. N'avonsnous pas vu établir tout récemment cette belle progression d'idées religieuses : que le protestantisme, vaut mieux que le catholicisme ; le déisme mieux que le protestantisme,

et l'athéisme mieux que toutes les croyances? Ceux qui soutiennent de semblables thèses et qui repoussent le concordat, savent bien ce qu'ilsveulent; mais les protestants qui, par intérêt ou par crainte pour leur religion, attaquent ce même concordat, ne savent pointà quel danger ils sont exposés. Commentne s'aperçoivent-ils pas qu'un traité avec Rome, qui trancherait ces discussions fatales exploitées avec tant de zèle par les ennemis de toute religion réprimante, serait l'événement le plus heureux et pour eux, et pour nous, et pour notre commune patrie?

« Je ne crains pas de dire que si cette espèce de conjuration ou de révolution anti-religieuse, fomentée par un grand nombre d'hommes de tous les pays, et qui ont malheureusement leurs échos dans le nôtre, venait à réussir, nous retomberions dans le paganisme et la barbarie, malgré nos arts, nos sciences et notre industrie toujours croissante, et nos beaux contrats constitutionnels, incessamment éludés et battus en brèche parles passions humaines. Si quelque chose prouve la nécessité, aujourd'hui révoquée en doute, d'avoir des religions positives, c'est-à-dire de bien conserver celles qu'on a, c'est que les républiques de l'antiquité, qui n'en avaient que de purement politiques, c'est-à-dire de fausses, perdirent leurs mœurs et leur liberté avec leurs croyances. Tous les historiens ettous les grands publicistes sont unanimement d'accord sur ce point.

a J'ai pensé, NN. et PP. SS., que ces considérations générales n'étaient pas aussi étrangères qu'on pourraitle croire d'abord à un concordat; que c'était plutôt le cas d'attirer les regards du gouvernement sur l'intérêt de la religion en général, que de combattre des prétentions ultramontaines; car celles-ci n'existent plus guère aujourd'hui que dans la tête de ceux qui ont des prétentions encore moins rassurantes. J'ai pensé que vous ne trouveriez pas mauvais que je vous demandasse quelques minutes d'attention pour répondre une seule fois à tant d'attaques injurieuses, à tant de dangereux paradoxes, renouvelés tous les

jours et sous toutes les formes, contre des objets de votre profonde vénération, et qui compromettent plus qu'on ne le pense généralement le repos et le bonheur des nations.

« Si je ne considérais que l'ère nouvelle qui va commencer avec le concordat, la nécessité d'en assurer et d'en hâter l'exécution, les améliorations qu'il doit apporter à nos institutions religieuses, et en particulier les modifications que va recevoir le collège philosophique et que j'avais provoquées moi-même, il y a deux ans, je n'hésiterais pas à accueillir le budget, quels que soient d'ailleurs les griefs nombreux qu'il présente sous ses rapports financiers, cette année tout comme les précédentes: de si grands intérêts peuvent bien faire fléchir pour une fois la rigueur des principes constitutionnels. Néanmoins, je n'ai point encore entièrement fixé ma résolution sur ce point délicat : je me réserve mon vote. »

REPLIQUE DE l/ORATEUR, ACCUSÉ d'OBSCURASTISME.

s NN. et PP. SS., il y a des noms d'un effet sûr et commode ; ils vous dispensent de chercher des arguments et de réfuter ceux qu'on vous oppose ; tel est, par exemple, celui d'obscurantisme. C'est, je crois, le nom d'un parti auquel tout le monde peut jeter la pierre impunément. Mais je déclare moi, que si je voulais m'engager dans un parti, je me rangerais infailliblement du coté de ceux qui lapident et non du côté de ceux qui sont lapidés. Si par hasard dans ce que j'ai dit sur la licence de certains journaux en matière de religion exclusivement, sur l'illégalité de certains jugements, et sur l'instruction populaire, il n'y avait nulle trace d'obscurantisme, mais seulement vérité et bon sens, qu'aurait-on prouvé? Rien autre chose, sinon qu'on

n'avait pas voulu se donner la peine d'entrer dans le fond de mes idées. On a supposé que j'avais parlé en général contre la liberté de la presse; et je répète que je n'en eus jamais la pensée, que dans un pays où il y a différence de religion et assez souvent différence d'intérêtset d'opinions, la liberté de la presse est le palladium de toutes les autres libertés. Je me suis plaint qu'il y eût licence et licence absolue d'une part, et servitude de Vautre. J'ai demandé qu'on appliquât à tous ceux qui troublent l'ordre, l'arrêté de 1815, ou, ce qui voudrait beaucoup mieux, qu'on ne l'appliquât à personne.

« J'ai craint justement, que, sous prétexte de l'abus, on ne nous enlevât un jour peut-être l'exercice de cette précieuse liberté que je réclamais. J'ai pensé que l'arrêté de 1815, et tous ceux qui l'ont précédé et suivi (dont apparemment on a cru devoir prendre la défense) devraient être remplacés par une bonne loi qui fît respecter à la fois toutes nos libertés civiles, politiques et religieuses. C'est là le point difficile. Je répète aussi qu'il n'entrait nullement dans mes intentions d'anticiper sur un tel sujet, mais seulement de prémunir l'autorité sur des excès d'une nature toute particulière, qui ne durent guère que depuis deux ans et dont il semble que reflet devrait cesser avec la cause qui les a produits.

« Vous ne voulez peut-être point de loi répressive sur la liberté de la presse ! mais cela ne dépend pas de vous. Vous avez étudié sans doute le nouveau projet de code pénal : dites-moi si vous en êtes content? s'il ne vous satisfait point, réunissez-vous donc à moi pour demander quelque chose de mieux. Quand ou peut violer aujourd'hui les principes constitutionnels au détriment de votre voisin, n'oubliez pas qu'on peut les violer demain à vos dépens.

< J'ai demandé si Ton avait bien calculé l'effet prodigieux que peuvent produire sur la multitude les forces combinées et accélérées de l'enseignement élémentaire, et la licence de la

presse périodique ? et en observant qu'il ne pouvait être question d'arrêter la marche progressive de la société, parce qu'elle était le résultat de la force des choses, j'ai dit que le gouvernement s'étant emparé de toute l'instruction publique (et je crois contre les principes d'une vraie liberté), il devait songer du moins à opposer une digue à de dangereuses doctrines : et comment cela ?En rendant l'éducation plus morale et plus religieuse, ce qui est au fond la même chose. Je sais bien que cette manière de voir ne peut plaire à tout le monde ; mais je n'en ai point l'intention. Voilà, après la facile justification du concordat, toute la substance du discours, ou plutôt des notes rapides que vous avez entendues avant-hier, et que j'aurais volontiers supprimées, si on ne nous eût forcés à la discussion sur un point qu'il eût mieux valu, peut-être, abandonner à la conscience de chacun. L'occasion s'en étant présentée, j'ai dit ce que je pensais sur des matières importantes et délicates. Les opinions que j'ai émises à cet égard me paraissent dignes de de toute l'attention du gouvernement; elles sont chez moi l'effet d'une conviction profonde, et si je ne puis faire partager aujourd'hui cette conviction, j'en appelle au temps et à l'expérience, qui tôt ou tard, mais parfois trop tard malheureusement, viennent rectifier les faux jugements des hommes. »

Par lettre en date du 3 octobre 1827, le ministre de l'intérieur écrivit à M. de Méan pour lui annoncer qu'un concordat avait été couclu, le 18 juin, avec le Saint-Siège.

o Vous êtes autorisé, Monseigneur, lui disait-il, à faire publier cette pièce dans les églises de votre diocèse. Je dois toutefois vous prévenir que les hautes parties contractantes sont convenues de ne donner pour le moment aucune suite quelconque à cette bulle, mais d'attendre jusqu'à ce que S. S. ait pourvu par une bulle ultérieure, à tout ce qui sera nécessaire pour l'exécution de la convention précitée. »

La vérité est (comme nous l'avons dit dans notre premier volume), que le roi n'eut pas plus tôt signé le concordat, qu'il s'en repentit et ne voulut plus l'exécuter, et qu'il reprit le projet de faire marcher, bon gré mal gré, son collège philosophique. C'est ce que prouvent clairement et la lettre ci-dessus, et la fameuse circulaire de M. Van Gobelschroy. Celui-ci écrivit à l'archevêque pour l'engager à recevoir les élèves du collège philosophique dans son séminaire, en lui faisant entendre que cela avait été ainsi convenu avec le pape. L'archevêque résista ; mais comme il se défiait, et avec raison, des intentions du gouvernement, il prit le parti d'envoyer une personne de confiance à La Haye, pour s'accorder s'il était possible avec le roi, ou pour tâcher du moins de pénétrer ses desseins. Cette personne devait conférer avec les principaux députés de l'opposition, auxquels le prince envoya des lettres ainsi conçues :

« Monsieur, sans avoir l'avantage de vous connaître en per-

sonne (i), je sais l'intérêt sincère que vous prenez à tout ce qui peut assurer à la religion catholique le libre exercice que nos lois lui garantissent, et partant à tout ce qui peut raffermir et consolider la bonne harmonie qui doit régner entre le sacerdoce el l'empire.

« Si cette union si utile, et même, si nécessaire dans l'intétérêt des deux puissances, s'est malheureusement trouvée un peu affaiblie par suite de certaines mesures, trop connues pour que j'aie besoin de vous les indiquer, aujourd'hui je crois le rapprochement possible ; et comme je suis intimement persuadé que jamais ces sortes d'affaires ne s'arrangent mieux que de vive voix, je me propose d'envoyer sur les lieux une personne qui a ma confiance, pour en conférer (2).

« J'ai cru de plus que cette négociation pourrait avoir un succès plus prompt et plus complet, si cette personne déléguée de ma part trouvait dans quelques membres de la chambre, connus par leurs talents et leur modération, non-seulement des témoins fidèles de la loyauté de mes procédés, mais au besoin 'les appuis et des protecteurs.

« Le choix d'hommes aussi amis de Tordre et de la paix que zélés pour les intérêts de la patrie et du roi, servirait d'ailleurs de preuve évidente à S. M. de la modération de mes vues, et de mon désir sincère de concourir à une pacification pleine et entière. C'est vous, Monsieur, qui entre autres avez fixé à cet

(1) Qu'on veuille bien remarquer ces paroles: à la fin de 1827, le chef de l'épiseopfttklge ne nous connaissait point ! ! Voila la meilleure réponse à un grand nombre de pamphlets contemporains, dont nous n'avons pas cru devoir parler, et entre autres, à certains articles du Supplément au conversations lexieon, qui ne voit dans I ondes députes de la province de Liège (M. de Gerlache), membre de lopposilion catholique, que l'agent secret et soudoyé de la cour de Rome, le mannequin des jésuites, l'instigateur de la résistance du clergé belge (1839).

(ï) Celte personne de confiance était M. Stercki, aujourd'hui cardinal, archevêque de Malines(l839).

égard mon attention, et j'ose me flatter que vous voudrez bien répondre à cette marque de ma confiance, et rendre à l'église, au clergé et en même temps à l'état et à son auguste chef ce service signalé. Vous trouverez, je l'espère, la récompense d'un si bel acte de dévouement dans la conviction d'avoir coopéré à un bien dont les résultats seront immenses, dans l'estime et la reconnaissance de tous les bons catholiques, et, si vous voulez bien y attacher quelque prix, dans celle de

« Voire très-affectionné,

« Le prince De MEan, archevêque de Malines.

a Malines, le 45 décembre 1827. »

Cette lettre fut adressée, à M. le baron De Secus, à M. De Gerlache, à M. Geelhand Dellafaille et à M. Nicolaï. membres des états-généraux. Ce dernier ne répondit point, et se tint coi. M. De Secus répondit dans les termes suivants :

« Monseigneur, je prie V. A. d'être persuadée de la profonde reconnaissance dont m'a pénétré la marque de confiance contenue en la lettre qu'elle m'a fait l'honneur de m'adresser. M. le doyen d'Anvers lui aura rendu compte du succès de sa mission. Il existe deux grands obstacles : le roi ne veut pas avouer que ses vues n'ont pas été justes, et il ne le croit pas. Ce n'est donc que par des voies indirectes et presque inaperçues, qu'on peut l'amener à les changer. L'exemple de l'archevêque de Trêves est ce qu'il y a de plus fâcheux (i) ; et V. A. sent tout ce qu'on en peut tirer.

(1) Ce dernier avait récemment ordonné plusieurs élèves du collège philosophique; le roi Guillaume regardait cet acte de condescendance comme un grand triomphe pour sa cause, et comme une preuve évidente du mauvais vouloir de l'épiscopat belge (1839).

« Dans tous les cas, Monseigneur, je chercherai toujours à faire tout ce qui sera en moi pour prouver à V. A. mon entier dévouement.

« La Haye, le 22 décembre 1827. »

M. de Gerlache répondit :

« Monseigneur, la personne que vous avez envoyée à La Haye et avec qui j'ai eu l'avantage de conférer, en conséquence de votre lettre du 15 courant, vous aura déjà rendu compte du résultat de sa mission ; comme il nous reste l'espoir que les choses pourront se renouer, j'oserai réclamer, si vous jugez que je puisse vous être utile, la continuation de l'honorable confiance que vous avez bien voulu m'accorder.

« Je vous supplie, Monseigneur, de ne douter ni de mon zèle, ni de mon entier dévouement pour une cause que je n'ai embrassée que parce que je suis profondément convaincu que son triomphe importe autant à l'état qu'à la religion. »

Les différents sièges épiscopaux de la Belgique envoyèrent également des députés à La Haye, pour tâcher de déterminer le gouvernement à exécuter le concordat. Tous revinrent peu satisfaits de leur mission. Quelquesuns même furent assez mal reçus par le roi.

(Extraits de la Correspondance, inédite, de V archevêché.)

Nous avons dit que le roi des Pays-Bas avait eu primitivement l'idée de rompre tout à fait avec la cour de Rome ; nous avons parlé de son projet de schisme, et nous avons supposé qu'il devait ravoir concerté avec les princes protestants d'Allemagne, longtemps avant l'apparition des arrêtés du 14 juin. Il est difficile de ne pas croire à celte espèce

de ligue, lorsque l'on compare la conduite du gouvernement néerlandais avec les menées anti-catholiques de plusieurs princes allemands. Voici ce qu'on lit, à cet égard, dans uu recueil périodique parfaitement informé :

« En 1818, les députés et conseillers des princes protestants, entre autres de Wurtemberg, de Bade, do l*ÈIectorat et du grand duché de Hesse, de Nassau, de Mecklcmbourg, de Weimar, des duchés de Saxe, d'Oldembourg, de Waldeck, et des villes libres de Lubeck, Brème et Francfort-sur-le-Mein, se réunirent dans cette dernière ville pour délibérer sur l'organisation définitive de l'église catholique dans leurs états. Le président était un ministre wurtembourgeois. Comme il y avait unanimité de zèle et d'intention, on tomba facilement d'accord sur les princ:pes. Il fut convenu de réduire la religion catholique aux droits qui résultent de sa constitution essentielle, tirée, non du droit canonique, mais des rapports rationnels et naturels de l'église et de l'état, tels que les a rêvés le protestantisme et préchés Fébronius. On adopta les conclusions du concile de Bâle, et les ordonnances autrichiennes de Joseph II; on résolut de supprimer toute communication libre avec Rome ; de dépouiller rèpiscopat d'une influence active sur les séminaires et les établissements eC études théologiques ; et de remettre, toute enchaînée, f instruction publique inférieure et supérieure entre les mains de l'état. Le patronage des cures et des bénéfices fut adjugé au seigneur du territoire. Et pour les mariages mixtes, la rapture du lien, et l'éducation des enfants, la règle fut de prendre le contre-pied de la doctrine catholique. On se promit enfin de favoriser l'abolition du célibat pour les prêtres, afin de n'avoir plus rien à craindre de ces instruments avilis. C'est de cette manière qu'on se préparait à tenir les promesses laites aux peuples. De tout cela il résultait une incorporation monstrueuse de l'église à l'état. On n'eut pas honte de proposer à Rome un concordat sur de telles

bases; l'accepter était trahir son devoir: Rome le refusa: une note énergique du cardinal Gonsalvi, en date du 41 août 1819, développa les sentiments du saint père sur cette notification des princes prolestants. Ils s'adoucirent, et sur la foi de leur parole changée, il devint possible de traiter avec eux. Une bulle du 16 août 1821, et une autre du 11 juin 1827, réglèrent les droits des catholiques allemands et leurs rapports avec le gouvernement. Le roi do Wurtemberg n'hésita point d'accepter en termes formels ; et cependant le gouvernement n'en continua pas moins sa prétendue omnipotence apostolique: collation Remplois et de bénéfices à d indignes créatures ; usage arbitraire du droit de patronage ; introduction d'ecclésiastiques méprisables ou d une doctrine erronée dans les maisons d'enseignement clérical ; changements même dans la liturgie. Déjà on a osé parler dans les chambres d'un synode diocésain qui consommerait la séparation avec Rome, s'affranchirait de la superstition latine, et d'un bras réformateur achèverait de renverser l'idole vermoulue du catholicisme. En attendant on agite des plans d'église nationale; et, quelque horreur qu'on éprouve à le dire, la vérité cependant force d'avouer qu'un nombre considérable de prêtres, vendus et dégradés, concourent, au moins par leur silence et leurs vœux, à la réalisation des plans de l'état....

i Les princes protestants cherchent à ne faire proposer à Rome que des sujets incapables ou énercés par une ignoble faifilesse^ qui lâche servilement la bride à toutes les exigences des passions et de la politique. De sorte que le saint père, presqu'à chaque nomination, se trouve dans la cruelle alternative de laisser les églises sans chefs, au milieu de toutes les aberrations de la politique et du dogme, ou de leur proposer un sujet dont la main, souvent il est vrai, moins coupable que débile, laissera tomber ruines sur ruines.

* Toutefois l'influence de ces gouvernements sur l'état général du catholicisme en Allemagne serait petite comme leur pou-

- JOG -

voir, et leur action individuelle ne serait peut-être pas si dévastatrice dans son cercle rétréci, s'ils ne prenaient pour boussole une puissance imposante et habile, dont les exemples leur servent de leçons et dont la politique les encourage et les soutient. Je veux parler de la Prusse. Le cabinet de Berlin, disons-le franchement, est le champion entré en lice avec le plus d'opiniâtreté et de colère contre le catholicisme; mais cette colère est froide comme une,haine sourde et préméditée; il est passé mattre en ruses de guerre, et sa conscience est large sur le choix des moyens ; sa fierté sait s'abaisser à toutes les adresses d'une mesquine police ecclésiastique. Il faut être aveugle voloutaire pour refuser devoir qu'il y a même chez lui plus que de l'engouement pour les théories des publicistes sur une église nationale. Une fusion religieuse est un moyen compris et préparé d'agrandissement: il vise à un califat protestant(i) dont la juridiction serait plus impérieuse que ne le fut jamais, malgré les calomnies dont elle a été l'objet, la puissance spirituelle, tutélaire et divine des vicaires de Jésus-Christ....

a La tactique de la Prusse, à l'égard du clergé, est la même que celle des autres états dont nous avons parlé; elle a seulement l'avantage d'être à l'apogée de la perfection...

« Je plains les souverains des pièges que tend sous leurs pas une propagande révoiutionnairey ennemie jurée de leur pouvoir ; mais pourquoi en ont-ils une aussi bien montée contre le royaume dé Dieu? Les émissaires de cette propagande anticatholique sont, en Prusse, répandus partout. Les uns ont les mots d'ordre, les autres ont seulement les instructions

(1) Aujourd'hui cette même putoauec vise aussi, comme l'on sait, a un ctliW d'un antre genre : elle cherche a étendre son influence, en organisant une raste ceinture de douanes et une vaste confédération commerciale, dont une grande partie de l'Allemagne Ibriueiail le cercle, et dont la Prusse serait le ceatre: c'est un nouveau moyen daccroltre à la Ibis sa suprématie matérielle et p^uiqoe (1839).

que donnent l'exemple et le sentiment de l'intérêt personnel.

« Le protée auxiliaire du cabinet, qui lui imprime l'action, insaisissable dans ses formes diverses et son ubiquité, se trouve au poste, depuis la frontière do France jusqu'à celle de Pologne; sous l'habit du dernier douanier, comme sous les galons de l'officier supérieur: son arme la plus puissante est un moyen doux, attrayant pour la faiblesse humaine, et innocent en apparence: le mariage. Les mariages mixtes sont pour le protestantisme une vaste tactique d'agrandissement. La loi prussienne sur cet article semblerait au premier abord assez tolérante et conforme au principe d'une religion qui professe la possibilité du salut dans toutes les communions chrétiennes. Les fils doivent suivre la religion du père ot les filles celle de la mère. Mais le pouvoir suprême s'est réservé le droit d'accorder des dispenses, et il en fait un fréquent usage sans tergiversation, dans les intérêts du protestantisme, jamais en faveur des catholiques dont toute demande est repoussée par un refus sévère.

« Les mariages mixtes les plus fréquents sont entre homme protestant et femme catholique: la tactique du gouvernement est de favoriser ceux-là, la raison en est facile à comprendre... Fidèle imitateur de la politique du roi de Hollande, à l'égard de la Belgique, le gouvernement affecte dans la distribution des places civiles et militaires, une disproportion marquée à Favan-

toge des protestants : elle est surtout choquante dans l'armée, carrière la plus honorée. Si les catholiques ne sont pas moins que les autres obligés d'y entrer comme recrues rangées en file et larme au bras, leur ambition y trouve peu d'espérance ; car sur vingt officiers auxquels il faut présenter les armes, d'adroites combinaisons font qu'il n'y a qu'un catholique. Quant aux emplois civils, ceux-ci en obtiennent quelque peu d'avantage, mais dans leurs provinces seulement. Car pour être envoyé dans les provinces du nord il faut avoir auparavant donné des garanties d'une indifférence notoire en fait de religion... Les

relations de société qui s'établissent avec les employés civils ou militaires, reçues dans des familles catholiques, amènent ordinairement, pourvu qu'ils rencontrent de jeunes personnes agréables ou riches, des mariages... Le pasteur protestant a le privilège de pouvoir unir les époux sans le consentement, et malgré la résistance du curé catholique, exposé pour cela d'ailleurs à mille vexations. Le despotisme sur ce point tend toujours às'étendre; et déjà en 1830, un ordre plein de menaces

et de sévérité était lancé contre le clergé, lorsqu'à la nouvelle de la révolution française, la crainte d'une fermentation dans les provinces rhénanes fit dépêcher un courrier chargé de le retirer avant sa publication... Les rois (dit en terminant l'auteur à qui nous empruntons ce sombre tableau), pourront peut-être, il est vrai, avoir le triste succès de faire apostasier leurs peuples; mais qu'ils tremblent de voir s'écrouler en même temps leurs trônes et leurs nouveaux autels î... »

(Journal historique tic M. Kersten.t. 1".)

Cet article est daté de 1834. Depuis, la querelle entre l'église et le gouvernement prussien a éclaté et retentit par toute l'Europe. Et ce dernier n'a pas craint de se porter aux dernières violences contre un des chefs du clergé catholique qui osait résister à ces despotiques usurpations.

DISCOURS SUR !<fc$ DROITS D'ENTRER ET DK SORTIE, ET SUR LES ENTREPOTS

Page 1