SÉANCE DU H MARS
« Mon honorable collègue, M. Luzac, qui a parlé, dit-il, pour rétablir la paix et la concorde, vous a fort peu entretenu de politique, et beaucoup de théologie; il a cité un acte de Pie VIII qui contient la profession de foi des catholiques. Cet acte, j'en conviens, peut paraître fort extraordinaire à un protestant; mais enfin, c'est notre opinion à nous, c'est notre croyance ; et vous avez promis et juré de respecter la liberté de nos croyances. Il importe fort peu que nous nous damnions les uns les autres, dans l'autre monde ; mais il vous est interdit, sous prétexte d'opinions, de vous attribuer tous les avantages politiques dans ce monde-ci. Vous pouvez examiner et combattre ces croyances; mais il vous est défendu de les combattre, en provoquant contre elles des mesures législatives et préventives. Mais après tout, nous ne sommes pas ici pour faire de la théologie. C'est à vos pasteurs, s'ils le trouvent bon, à attaquer nos théologiens. Vous craignez que le clergé ne s'empare de l'instruction et ne propage ses pernicieux principes ! or prenez y garde! Vous irez beaucoup plus loin que vous ne le voulez sans doute! Ces doctrines sont aussi enseignées dans la chaire et dans le confessionnal.
c Pour être conséquent dans votre système, qui me parait à moi de l'intolérance véritable, vous devez tâcher d'écraser l'hydre tout à fait. Pour cela, il faut attaquer de front la Loi fondamentale, qui a réuni quatre millions et demi de catholiques à un million et demi de protestants. II faut attaquer les traités euxmêmes. Il faut prouver tout au moins que les catholiques sont autres aujourd'hui qu'à l'époque de notre réunion, ou que nous
avons démérité à vos yeux par quelque forfait énorme. Car encore une fois, vous nous avez acceptés en 1815, tels que nous étions, avec nos doctrines, telles qu'elles sont, telles qu'elles ont toujours été. Vous poursuivez des opinions; vous proscrivez, non des individus, mais des classes! Je suis obligé de vous le dire, vos doctrines, à vous, sont destructives de toute liberté. Et comme l'a dit un honorable collègue, il n'y a point d'ullramontains parmi nous, point de prêtres; il n'y a que des citoyens qui ont les mêmes droits que vous.
« Vous avez parlé de Yindex romain !
« Mais tout le monde a son index : les philosophes ont le leur: vous avez le vôtre, vous qui venez de censurer nos croyances avec tant d'amertume! vous qui n'avez pas même dédaigné de censurer ici des journaux ! Que diriez-vous, Messieurs, si j'allais vous lire des pages entières du National ou des Nederlandscke- Gedachten? Messieurs, je crois que tout cela est hors de propos et au-dessous de notre dignité.
« L'honorable et savant collègue à qui je réponds, a dit encore qu'il fallait déposer au greffe ces pétitions signées de tous les membres du clergé, comme de précieuses protestations contre les procès-verbaux de 1815. Mais, si vous connaissez les causes de son mécontentement en 1815, pourquoi renouveler, 15 ans plus tard, des mesures qui alarment ses croyances? Si, en 1815, la teneur de certaines dispositions de la constitution hollandaise effrayait tant de votants, si l'approche d'un gouvernement protestant leur inspirait tant de craintes, pourquoi les réveiller par des projets de lois qui ne prouvent que trop que l'esprit intolérant de cette constitution n'est pas éteint...? »