SÉANCE DU 2 JUIN
« Messieurs, je me suis tellement associé à la dignité, à la gloire de cette auguste assemblée, que tout ce qui pourrait les compromettre m'affligerait profondément. Si la scène qui a terminé hier cette séance devait se renouveler, je croirais que la faute doit m'en être imputée, que vous vous êtes trompés dans
votre choix, et je n'hésiterais pas, soyez en sûrs, à m'exécuter moi-même. C'est à vous, Messieurs, que j'en appelle pour venir à mon aide, à vous souverains législateurs, juges et juges uniques de ce grand procès qui se plaide devant vous et dans lequel nul autre que vous n'a le droit d'intervenir sans qu'à l'instant la nature de votre mission soit altérée et le salut public compromis. Je vous en conjure, Messieurs, maintenons dans toute son intégrité la liberté de nos délibérations ; mais épargnonsnous ces mouvements, ces expressions connues d'avance, qui provoquent l'approbation ou l'improbation do ceux qui n'ont à jouer ici qu'un rôle repectueux et purement passif. Il ne vous sera pas difficile, Messieurs, de vous mettre à la hauteur de votre position ; vous y avez toujours été. Terminons donc, mes chers collègues, comme nous avons commencé. Faisons tout ce qu'il est possible à la sagesse humaine de faire. Dieu fera le reste. Bannissons les personnalités et les paroles amères qui en provoquent de plus amères. Bannissons le langage des passions. Nous n'avons tous qu'un but : le salut du pays, et qu'un moyen d'y parvenir, l'union. Je ne répondrai certes pas au reproche de partialité dont on m'a accusé dans certain journal, c'est à vous seuls à me juger. Alors le public des tribunes n'aura plus le droit d'oublier ce qu'il nous doit. Au surplus, s'il en est qui l'oubliaient, je dois les prévenir que des mesures efficaces ont été prises pour que leurs tentatives soient à l'instant réprimées.
« il/, de Robaulx. Je demande la parole pour répondre aux paroles de M. le président. — Non ! non ! Rumeurs.
« M. le président. Je n'ai rien dit de personnel à M. de Hobaulx.
« M. de Robaulx. Mes paroles ont été quelquefois suivies d'applaudissements, quelques orateurs ont vu leurs talents accueillis par des marques d'approbation, mais je ne crois pas que personne ait calculé d'avance l'effet de ses paroles ; quant à
moi, si les paroles de M. le président contenaient quelque allusion qui me fût- personnelle, je proteste contre ces paroles.
« M. le président. J'espère que l'assemblée me rendra assez de justice pour croire que je n'ai fait allusion dans les paroles que j'ai prononcées ni à M. de Robaulx ni à aucun autre membre de cette assemblée. J'ai exprimé les sentiments pénibles que m'avaient fait éprouver les désordres d'hier, et j'ai dit ce que je pensais qu'il fallait faire pour les éviter.. »
(Courrier du i juin.)