AU
quelque peu étonné d'entendre un orateur, qui jusqu'ici ne s'est pas montré trop partisan du catholicisme, lui reprocher d'être protestant. Je déclare, pour mon compte, que je redoute moins un protestant qu'un gallican ; et aujourd'hui tous les princes catholiques sont plus ou moins gallicans.
a Quelques-uns de nos honorables collègues ont fait les plus nobles professions de foi ; pour vous prémunir d'autant mieui contre tout parti faible ils ont rappelé les outrages dont on avait honoré les anciens défenseurs de vos libertés. Je n'étais pas du nombre de ceux qui sollicitent des places et qu'on vous a signalés tout à l'heure avec tant de virulence : j'en ai donné plus d'une preuve. Je ne pense pas, Messieurs, qu'un belge, un seul belge ait été plus cordialement haï que moi par Van Maanen et le roi de Hollande pour sa conduite parlementaire. J'étais tour à tour jacobin, gallomane ou jésuite. J'ai eu tour à tour pour ennemis tous les ennemis de vos libertés. Je me souviens qu'appelé à délibérer au milieu d'une population qui nous était hostile, qui cherchait à nous déconcerter par ses insolentes clameurs et qui m'avait donné à moi des preuves particulières et non équivoques de ses dispositions malveillantes, j'osai parler de vos droits avec la même énergie que je pourrais le faire ici au milieu de mes concitoyens et de mes amis ; j'en appelle à la mémoire des assistants et des lecteurs. Je prédis à Guillaume sa chute prochaine, s'il ne changeait de conduite. Je vous ai parlé aujourd'hui avec la même conviction. Aurai-je été plus heureux ? l'avenir nous en informera. Mais les contrariétés, les dangers que j'affrontai sans crainte, lorsqu'ils m'étaient personnels, ne m'ont point rendu hardi pour compromettre le sort de mon pays. Je ne sème point révolution sur révolution. Je ne conseille point la guerre à moins d'une nécessité absolue ; la guerre, ce fléau qui renferme à lui seul tous les fléaux, tous les malheurs, tous les crimes ; la guerre, horrible et insensée, à moins que le salut du pays n'en dépende, car
alors elle est sanctifiée par le but, et le dévouement devient sublime puisque la patrie doit renaître des cendres de ses citoyens! C'est la main sur la conscience, Messieurs, quoique ce soit aussi pour moi un sacrifice, et que je le fasse avec répugnance, que je voterai pour l'acceptation des propositions qui vous sont soumises. Messieurs, vous avez dans vos mains les destinées de votre pays et celles de l'Europe peut-être pour un quart de siècle. Le pays et l'Europe diront quelque jour si vous étiez à la hauteur de votre mission ! ! »