‹ Histoire du royaume mérovingien d'AustrasieChapitre 13 sur 19 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Usurpitiou d«! Grimoald ; il envoie secrètement Dagobe rt, Gis de Sigebert III, en Ecosse et déclare son propre fils Childebcrt , roi d'Austrasie ; chute de Grimoald et de Childebert. — Soumission passagère du royaume de l'Est à la Neustrie. — Chlldéric II reçoit la couronne d'Austrasie sous h tutelle de la reine Himnechtld (66Q). — Cbildéric devient roi de Keaslrie et de Bourgogne et quitte TAustrasie dont il laisse le gouvernement à la reine Himnechild sa belle-mère (670). — Mort funeste d<s Cbildéric (675); Ebrolo, maire du palais de Neustrie, se saisit, par stratagème, de l'autorité en Austrasie. — La reine llimnecbild est instruite de Texistence de son fils Dagobert et du lieu de son exil ; avec le secours de Wilfrid, évoque d*York, Dagobert est rétabli sur le trdne (674). — Caractère de ce prince ; aspect nouveau de la cour d'Austrasie. — Élévation de Pépin, fils d'Anségise, à la mairie du palais. — Ebroîn fait une guerre sanglante à Dagobert II pour loi ôter la couronne ; tentative homicide d'Ebroîn contre Wilfrid ; généreuse conduite du duc de Frise. — Passage de Févéque Wilfrid en Austrasie ; honneurs qu'il reçoit à la cour. ^ Dagobert est assassiné dans la forêt de Scorzes, près de Steoay ; causes de sa mort. — Ebroln domine pour la seconde fois en Austrasie ; Wilfrid est menacé encore une fois de la mort par les partisans d'Ebroin ; noble fermeté de l'évéque d'York. — Honneurs religieux rendus à la mémoire de Dagobert.

Suivant Tanlique coutume du peuple franc , Dagobert, ûls de Sigebert, devait hériter du trône. Comme ce prince n'était encore âgé que de cinq à six ans , c'était à la reine Himnechild, sa mère, qu'appartenait le soin de veiller sur sa jeunesse et de pourvoir, pen* dant sa minorité, à l'administration du royaume. Ainsi la reine Nanthilde avait gouverné pour Clovis H, son

fils encore enfant, le royaume de Neuslrie. Mais Grimoald prévit que son autorité allait déchoir et dans le temps même où Ton portait les restes mortels de Sigebert III dans Téglise de Saint-Martin-des-Champs, que le monarque avait choisie pour sa sépulture, le maire du palais forma le projet audacieux d'élever sur le trône sa propre famille.

Grimoald avait un fils, dont le nom primitif ne nous est peut-être pas connu : il est douteux , en effet , que cet enfant ait porté d'aboi d le nom de Childeberl, étranger à toute sa famille. Quoiqu'il en ait été, Sigebert, souscrivant aux désirs de son ministre, avait, par une adoption honorifique, donné à Tenfant le titre de fils du roi\ Hériger et le religieux de Gcmblours ont pensé que Sigebert IH, avant la naissance de Dagobert, adopta réellement pour son héritier le fils de Grimoald, et qu'il révoqua ensuite une adoption qui ne pouvait plus se concilier avec l'ordre naturel de la succession à la couronne *• Divers historiens ont déjà fait ressortir avec force l'invraisemblance de cette supposition. Ce qui parait vrai, toutefois, c'est que le monarque avait pris sous un illustre patronage le fils

' C'est ainsi que dans les leçons du bréviaire de Reims, sainte Beuve. abbesse de Sainl-Pierre, au septième siècle, est appelée fille adajptive du roi Sigebert, Bova a Sigiberlo, rege meiensi, in filiam adoplala. (D. Bouquet, Rerum Gallic. et Francic. Script,, t. 111. p. 543.)

' Vita S, Sigih. reg., Apud. Bolland. 1 feb. — Vtta S. Ursmari, abh, Laud. auctore Herigero, Inter acla SS. Ord. S. Bened . pars 2. saec. 3, in Append., p. 610.

de son premier ministre ; rien n'empéchc de croire que le maire du palais , en sollicitant cette distinction particulière, n'avait eu d'abord que la pensée d'augmenter la gloire de sa race et de lui assurer le premier rang au-dessous du trône. Mais après la mort de Sigebert III, le nom de fils adoptif du roi parut à Grimoald un titre précieux et qu'un habile artifice pouvait rendre utile à son ambition.

Au moment où la reine Himnechild devait réunir à Metz les leudes austrasiens et leur faire reconnaître Dagobert II comme rhéritier légitime de la couronne, Grimoald , par une adroite surprise , enleva le jeune roi à sa mère. Il lui fit couper la chevelure et le remit secrètement entre les mains de Tévéque de Poitiers, Didon, pour être conduit dans un monastère de l'Ecosse'. Grimoald avait, à ce qu'il semble, confié de préférence cette mission à un homme qui vivait loin de TÂustrasie et auquel on pouvait persuader plus facilement que le roi Sigebert en avait lui-même ainsi ordonné \

Le maire d'Âustrasie crut qu'il fallait aussi prévenir

' DefuDcto Sigiberto rege, Grimoaldus major domûs filium ejus parvulum, nomioe Dagobertum totondit, et per Didonem. Pictavensls urbis episcopum, in Scotiam« ad peregrinandum eum dirigens. rdium suum in regno constituit. [Gesta reyum Franc, Âpud. D. Bouquet. 1. 11. p. 568.)

' On peut remarquer, en effet, que l'auteur des Gestes des rois francs, qui a parle le premier de l'usurpation de Grimoald, et les plus anciens écrivains de l'bistoire mérovingienne ne reprochent point à l'évêque Didon d'avoir servi par une complicité volontaire l'ambition du maire d'Austrasie.

les retours de faveur et d'espérance dont le fils de Sigebert pourrait devenir Tobjet un peu plus tard. Après que Dagobert fut arrivé au lieu de son exil , Grimoald déclara que ce prince était mort et lui fit faire des funérailles publiques.

Tout porte à croire que le maire du palais attribua au malheur d'un naufrage la disparition du jeune Dagobert. Il eut été difficile, en effet, de persuader à tout un peuple que le fils d'un roi était mort sans que personne , dans le royaume , eût été admis à con«templer ses restes mortels, sans que Ton connût le lieu de sa sépulture *. La fausse nouvelle de la mort de Dagobert fut racontée apparemment avec des détails capables d'accréditer le mensonge : Himnechild fut trompée elle-même sur le véritable sort de Dagobert ; elle crut avec tout le monde qu'une fin prématurée et fatale venait de lui enlever son enfant, et qu'elle n'avait plus désormais qu'à pleurer à la fois un fils et un époux«

Alors Grimoald déclara que Sigebert III voulant, par une sage précaution, assurer, à défaut d'héritier direct» la succession de sa couronne, avait adopte le fils de son premier ministre. Le maire du palais fit prendre

' Cette ruse fut employée quelques années plus tard par Ebroïn. maire de Neustrie. Ebroïn ayant résolu d'envoyer en exil l'évêque d'Aulun, saint Léger, et de mettre fin à ses jours k force de cruautés et de mauvais traitements, imagina de faire croire que Léger avait péri dans un naufrage; et pour mieux persuader son mensonge, il érigea un tombeau à la mémoire de Tévêque. {Vita S. Leodeg, epise, et martyr, auclore anonymo et œquali, D. Bouquet, t. 11, p. 619.)

publiquement à ce prétendu successeur des princes mérovingiens le nom de Childebert, déjà porté par un roi d^Âustrasie, fils lui-même d'un Sigebert, et que son oncle Contran avait pris pour fils adoptif et pour successeur. L'usurpateur n'avait sans doute pas jugé inutile de donner aussi à l'élévation de son fils sur le trône l'à-propos de ces ressemblances. Quoiqu'il en ait été, Grimoald proclama son fils roi d'Àustrasie sous le nom de Childebert III, et se hâta de répandre par' tout les grâces et les faveurs '.

Cependant Himnechild ne put se résoudre à la dou-« leur de voir un étranger occuper le trône qui était destiné à son fils. Elle quitta le royaume de l'Est et se relira avec sa fille Blichild à la cour de Paris. Clovis II et la reine Bathilde accueillirent avec honneur la veuve et la fille de Sigebert.

Childebert portait depuis six ou sept mois. seulement la couronne d'Àustrasie , et Grimoald s'efforçait d'affermir par tous les moyens celte royauté naissante, lorsque la cour de Paris voulut mettre fin à l'usurpation et transférer au roi de Neustrie l'héritage de Sigebert 111. Suivant l'auteur de la vie de saint Rémacle, on imagina, pour s'emparer de Grimoald et de Childebert, un stratagème dont l'invention semble bien appartenir à un homme encore peu célèbre alors» mais qui portait déjà au plus haut degré les rafline-

' Grimoalclus. major domûs. Domino suo Dagoberto. Sigiberti filio^ atloDso, et per Didooem Pictavensem episcopum in Scoliiam directo. Hildeberlum iilium suum fecit regem Âustrasiorum. (Sigeb. Gamblac. Chron., ad ann. 656.)

ments de la ruse et de rartiliee : nous voulons parler d'Ebroîn , Tun des conseillers de la cour de Clovis. On invita Grimoald à venir, avec Childebert son fils, dans le palais du roi de Neu«trie qui leur destinait, disait-on, de magnifiques présents'.

Grimoald se persuada qu^en effet la cour de Paris, pleine de bienveillance pour la nouvelle royauté, voulait former avec elle des liens d'amitié et lui en donner solennellement des gages assurés. Tout ébloui de cette flatteuse espérance, Grimoald se hâta d'aller avec Childebert recevoir les brillants témoignages d'estime qui leur étaient promis. Il était loin de se douter que dans cette cour de Neustrie se trouvait un homme d'une ambition au moins égale à la sienne , mais d'une habileté infiniment supérieure et qui , de loin, cachait des vues de domination politique sur les deux royaumes. Au moment où Grimoald, le cœur plein d'orgueil et de joie, pensait être présenté devant le roi Clovis II , des gens apostés le saisirent et le jetèrent dans une étroite prison. Â Childebert, sans doute , on ouvrit l'asile d'un monastère , mais les historiens se taisent sur la destinée ultérieure du fils de Grimoald.

Suivant les Gestes des rois francs, ce ne fut point

* Grimoaldus, major domûs. sive Prsefeclus palatii, 8ub pra^lextu munerum accipieDdorum. a Clodoveo fratre Sigeberti evocatus. illic retenlus est, quod filium domini sui Sigeberti, quem in fidem suam susceperat ut eum patri subslitueret, clericum effecisset. sive totondisset. suum filium regem volens constituere. {Vtla S. Remacli episc. Traject. Apud. Duchesne, Script. Franc, t. 1, p. 642 )

la ruse que Ton employa en Neustrie pour renverser Grimoald. On aurait soulevé contre lui les seigneurs austrasiens irrités de son audacieuse usurpation : Grimoald ^ arrêté et chargé de chaines par ceux-mémes auxquels il avait donné un roi, aurait été conduit devant le tribunal de Clovis H, pour être puni de sa perfidie '• Ce récit à peu de vraisemblance.

Tout porte à croire qu^Ebroîn ne goûta pas de repos qu'il n'eût, à force d'adresse ou de violence, arraché à Grimoald le secret de son entreprise sur la couronne d'Austrasie» S'il est vrai « comme Taflirme l'auteur des Gestes des rois francs, que Grimoald finit bientôt ses jours dans les tourments d'une affreuse captivité» l'existence du fils de Sigcbert demeura pour tout le monde, à l'exception peut-être d'Ébroîn, un impénétrable mystère '•

L'Âustrasie paraissait devenir naturellement l'héritage de Clovis II , frère de Sigcbert. Mais la réimion de ce royaume à celui de Neustrie était peu conforme aux idées et au caractère des Austrasiens. Ceux-ci consentirent néanmoins à reconnaître la domination de Clovis ; ce prince avait plusieurs fils , et l'un d'eux pouvait être un jour donné pour roi à l'Austrasie. En attendant ce jour, la reine Himnechild représenterait

* FraDci ilaque commoli atque vehementer indigDati. Grimoaldo insidias prasparant, eumque eximenles. ad condemnaDdum régi Francorum Chlodoveo deferunt. (Gesla reg. Franc., D. Bouquet, t. 11, p. 568.)

* Parisius civitate (Grimoaldus) in carcere mancipatus, vincuioniro cruciatu constricius morte vitam Gnivit. (Ibid.)

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