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dans la cour de Paris les intérêts du peuple de TEst dont elle avait mérité Testime et la confiance.
henx mois à peine s'étaient écoulés depuis la chute de Grimoald et de Childebeit , lorsque Clovis H finit ses jours, laissant trois fils encore mineurs sous la régence de la reine Bathilde leur mère (656). Erchinoald le suivit de près dans la tombe , et ce fut Ebroîn qui devint maire du palais et premier ministre de la cour de Paris. Suivant une politique nouvelle, conseillée probablement par Ebroîn , on ne fit point de partage entre les enfants de Clovis : Tainé des trois frères, nommé Chlotaire , réunit sous la même domination la Neustrie, la Bourgogne et FÂustrasie'.
Bathilde désirant attacher les Francs de TEst au gouvernement de son fils Chlotaire III, chargea Bonitus et Chlodulf de Tadministration des affaires en Âustrasie. La régente signala encore par deux actes importants Tautorité que les derniers événements lui donnaient dans le royaume de Metz : elle abolit la capitation, c'est-à-dire Timpôt personnel qui pesait gravement sur la classe nombreuse des Gallo-romains'; une autre loi défendit la vente des esclaves dans toute l'étendue des trois royaumes'.
' Franci Chlotarium senem pucrum ex tribus sibi regem statuerunt. cum ipsà reginâ (Bathilde) regnaturum. [Gest. reg. Franc. Âpud. D. Bouquet, t. II. p. 569.)
* Vîta S. Bahhildis reginœ Franc. Inter act. àSS. Ord. S. Bened.. ?;îftc. 2. p. 776.
^ Captivos homioes christianos ire prohibuit. deditque pnecep- Ttones per singulas regiones. ut nullus in regno Francorum captivum liomincm penilùs transmilteret. {Ibid.)
Cependant quelle que fût la douceur du gouvernement de Bathilde, les Francs de TEst ne supportèrent pas longtemps Tautorité étrangère à laquelle ils s'étaient soumis. Après quatre années passées sous cette dépendance, ils envoyèrent prier Batbilde de leur donner un roi particulier. La demande des Âus* trasiens s'accordait peu avec les vues politiques du maire de Neustrie Ebroïn , qui désirait étendre le plus loin possible son ambitieuse domination. Mais le pouvoir d'Ebroïn était balancé alors par celui de Tévéque d'Âutun, Léger, que la régente ne manquait jamais de consulter dans les afifaires les plus importantes. Batbilde , suivant Tavis de Tévéque d'Âutun , résolut de donner pour roi aux Austrasiens son second fils Childéric , âgé de neuf à dix ans. Elle confia la régence du royaume de Metz à la reine Himnechild , sa bellesœur, et la mairie du palais de Metz à Wulfoald , seigneur de TÂustrasie (660)'.
* Austrasii pacifico ordine, ordinante domoâ Balthilde. per consilium quidem seniorum recepcrunt Childericum filium ejus Regem Auslri. (Vita S. BaUkildis reg. Franc.)
Cbildericus in Austriâ cùm Vulfaldo duce, regnum suscipere
perrexit. (Gesi. reg. Franc. Apud D. Bouquet, t. 11. p. 569.)
La régence d'Himnechild en Auslrasie. pendant la minorité de Childéric, est constatée par deux chartes authentiques où le nom de ceUe reine figure à côté de celui du jeune monarque. Un de ces diplômes fut donné à saint Amand, pour la terre de Barisi, près de Laon, en 662. Le second fut délivré à saint Rémacle. pour lui confirmer la donation de Stavelot et de Malmedi faite par le roi Sigebert III.
Ces deux chartes ont été insérées dans le Recueil des Historiens de France de D. Bouquet, t. IV. p. 645 et 650. La première a été
La minorité d'un roi était rarement exempte d'agitations et de troubles : celle de Childéric II , en Austrasie, devait faire à cette sorte de règle une heureuse exception. Les Austrasiens aimaient et respectaient, dans la tutrice du jeune roi, la veuve de Sigebert, et il faut reconnaître que Himnechild possédait le don précieux de prévenir ou de calmer les rivalités politiques. Bonitus et Ghlodulf partagèrent avec le maire du palais le gouvernement de Fétat , et la régente ne permit point à Wulfoaid de prendre une trop grande autorité'.
A mesure que Childéric H avançait en âge, Wulfoaid , Chlodulf et Bonitus prenaient soin de Tinitier à la connaissance des affaires*. Childéric montrait une disposition naturelle à la générosité et à la munificence ,
reproduite également par D. Mabillon dans l'Appendice des actes des saints de l'ordre de Saint-BeooU. siècle 2. p. 1094. Dans cette dernière pièce la reine Himnechild est appelée Chinechild : c'est le môme nom avec l'aspiration germanique. Ainsi de CHIovis on a fait Lovis ou Louis: de Chlotaire on a fait Lothaire.
* Regalia negotia et palatinas curas cum fratre Anchise (Ansegiso) praividens et procurans (Chloduifus) animaruro sibi commissarum et gregis sibi commissi sic offîciuro implebal. ac si de altero ad eum non perlineret. (Vita S. Chlodulfi episc, tnett, Interact. SS. Ord. S. Bened.. saec. 3. p. 1047.)
' Au règne de Childéric II. en Austrasie, se rapportent les commencements de trois petites cités dont le nom mérite d'être rappelé. Vers 062. Truyen, disciple de Chlodulf, éleva dans la province de Hasbanir. sa patrie, une église et une école semblable à celle de Saint- Étienne, de Metz. Cette église et cette école s'entourèrent bientôt d'habitations et formèrent le centre d'une ville qui est maintenant Saint-Truyen, dans la province belge du Limbourg. et qui compte
mais peut-^trc fallait-il déjà réprimer en lui une irri-f tabilité de caractère qui lui donnait un nouveau trait de ressemblance avec Dagobert I, son aïeul.
Vers Tannée 669, Childéric II, parvenu à sa majorité , prit pour épouse la princesse Blichild , Glle de Tancien roi Sigebert et d'Himnechild '. Les Austra* siens pouvaient croire ainsi Tindépendance nationale assurée pour Tavenir ; mais cette espérance ne dura pas longtemps. La mort de Chlotaire III , arrivée en 670. rendit vacante la couronne de Neustrie et de Bourgogne ; Chlotaire ne laissait point d'enfants : ses héritiers naturels étaient Childéric, roi d'Àustrasie, et Thierry, qui ne possédait aucun apanage.
La sage et conciliante politique de Bathilde eut été fort nécessaire dans cette* grave circonstance; mais depuis quatre ans que cette princesse avait pris le
près de neuf mille habitants. {Vita S. Trudotiis. Inter act. SS. Ord. S. Bened., 8£c. 2. p. 1072.)
Vers le même temps, Gondelbert, évêque de Sens, éleva sur les rives du Rabodo. dans les montagnes des Vosges, un inslilut monastique qu'il appela du nom de Senones, en mémoire de sa première patrie. (D. Bouquet, t. 111, p. 583.)
Quelques années plus tard, vers 669. Déodat. évêque de Nevers, bâtit une autre retraite près des sources de la Meurtbe. à la rencontre de deux gorges sauvages nommées les Jointures, mais que Déodat appela le Val-de-Galilée, en souvenir de la Terre-Sainte qu'il avait peut-être visitée. La ville de Saint-Déodat. ou de Salnt-Dié, qui a aujourd'hui une population de huit mille habitants, est le centre d'un pays industrieux et commerçant. (V. Bolland., die IX junii.)
* Pratceptum Childerici reg. pro monast. Stab. et Malmund- (Martènne. AmpL colkct., col., 10.) — Ckron. Fredeg., Sehoh eontinuat, Apud D. Bouquet, t. II. p 450.
voile dans le moiTastère de Chelles , le pouvoir était tombé aux mains du maire Ebroin , qui en usait avec la dernière violence. Ebroïn n'eut pas mieux demandé assurément que de voir le royaume de Metz uni à celui de Parts ; mais il connaissait le caractère de Childérîc^ et il prévoyait que si ce prince, formé à Técole politique d^Himnechild, devenait roi de Neustrie, il ne permettrait point qu^un maire du palais fût mailre absolu du royaume. Thierry, au contraire, était encore un jeune enfant dont ta volonté serait facile à gouverner.
Lorsqu'il fallut décider lequel de Childéric ou de Thierry serait appelé à la succession de Chlotaire III , Ebroïn ne convoqua point l'assemblée des hommes libres de la Ncustrie et de la Bourgogne ; il donna, de sa propre autorité , le titre de roi à Thierry, et ût défendre aux seigneurs de se montrer, sous quelque prétexte que ce fut , dans le palais du nouveau monarque '.
Les grands de Neustrie et de Bourgogne se demandèrent, avec autant d'indignation que de surprise, ce qu'il faudrait craindre désormais de la part d'un homme qui osait attenter de celte manière aux droits les plus antiques et les plus respectés de la nation ; il leur parut évident que le maire du palais voulait régner seul et abattre sur-le-champ quiconque voudrait lui résister. Sans attendre plus longtemps, ils s'assemblèrent en armes et envoyèrent des députés à la cour
' Vita S Leodeg epise. Augtistidnn , c. 3. Apud D. Bouquet, t. 11. p. 615.
de Metz pour offrir à Childéric la couronne de Chlotaire*. Ebroïn voyant sa liberté et sa vie même en danger, se réfugia dans Tasile d'une église et demanda pour toute grâce qu'il lui fût permis d'aller finir ses jours dans un monastère. L'évéqoe d'Âutun intercéda en sa faveur, et l'ancien maire du palais de Neustrie alla prendre à Luxeuil l'habit religieux qui semblait devoir le dérober pour toujours aux ambitions de la terre \
La nouvelle couronne donnée à Childéric avait pu flatter non-seulement ce jeune roi , mais aussi la reine Himnechild , sa tutrice et sa belle-mère. Les Âustrasiens, toutefois, ne partagèrent point ce plaisir, et ce fut avec beaucoup de regret qu'ils virent Childéric quitter la cour de Melz pour celle de Paris. Ce prince consentit du moins à laisser à Himnechild le gouvernement de l'Austrasie , et promit que la mairie du palais , désormais unique pour les trois couronnes , appartiendrait à Wulfoald qui était depuis longtemps attaché aux intérêts du royaume de l'Est \
' Inito in commune consilio, relicto eo (Theoderico) omnes expetunt Hildericum ejus fratrem juniorem qui in Austro sortitus erat regnum. {Vita S, Leodeg,, ibid.)
Propter Childericum in Ausierlegationem mittunt. {Chron. Fredeg., SchoL continuât. Apud D. Bouquel. t. II. p. 450.)
' Vita Leodeg. episc, Augustid. — Chron. Fredeg., continuât. — Gestareg, Franc.
' Unà cum Wolfaldo duce venientem (Childericum). super cunctum regnum suscipiunt. {Chron, Fredeg., continuât, Apud D. Bouquet, t. II. p. 450.)
Un passage de la vie de saint Prix, évêque de Clermont, nous parle
Lorsque Childéric fui arrivé à Paris, les grands de Neustrie et de Bourgogne, réunis aux députés austrasiens, se rendirent près du monarque pour le prier de régler préalablement avec eux certaines conditions jugées nécessaires au maintien de la paix générale. L'évéque Léger, au nom des leudes, déclara qu'il convenait de laisser à chacun des trois peuples l'usage de ses lois et de ses coutumes, et de ne point permettre au maire du palais de prendre, comme l'avait fait Ebroîn , une autorité excessive qui lui permettrait d'opprimer les autres seigneurs. Lorsque le maire du palais saurait que cette haute charge n'était donnée que pour un temps et qu'elle était transmissible à d'autres seigneurs, il n'aurait pas la pensée d'en abuser d'une manière tyrannique '.
Childéric souscrivit à cette double demande, et chacune des trois nations eut un représentant accrédité à la cour du monarque*.
Il n'y avait pas encore trois ans que la reine Himnechild gouvernait le royaume d'Austrasie pour Chil-
de l'autorité que la reine Himnechild exerça encore à cette époque dans le royaume de l'Est : « Vir Dei (Praejectus) respoodit se causas Ecclesi» Imnichild» reginae ditioni commendatas habere. « Inter aeta SS. Ord. S. Bened,, saec. 2. p. 6i0.
' lotereà Hilderico régi expetunt universi. ut talia daret décréta per tria quse obtinuerat régna, ut uniuscujusque patriae legem vei
consueludinem observaret, Nequc ultus ad instar Hebroîni
tyrannidem assumeret. (Vila S. Leodeg., episc, c. 4.)
' Wulfoald, maire du palais, représentait en même temps les intérêts auslrasicns; saint Léger représentait les intérêts de la Bourgogne.
déric II, son gendre, lorsque de tristes événements se passèrent dans les états de Neustrie et de Bourgogne. Childéric, qui avait d'abord montré de la déférence pour les conseils de l'évéque d'Autun, s'était laissé entraîner bientôt par les flatteries et les mauvais exemples de quelques jeunes courtisans. Ces nouveaux conseillers n'avaient pas eu de peine à soulever la colère du prince contre Léger qu'ils peignaient comme un censeur importun ; ils persuadèrent même à Childéric que l'évéque d'Autun songeait à lui ôter la couronne. Le ressentiment du prince éclata par des menaces si violentes , que les amis de l'évéque , pour sauver ses jours menacés, ne trouvèrent pas de meilleur moyen que de conseiller à Childéric d'exiler à Luxeuil celui qui était devenu l'objet de sa haine et de ses défiances.
Après la retraite de l'évéque d'Autun , Childéric , affranchi de toute contrainte, augmenta considérablement les impôts; on murmura hautement, et un seigneur nommé Bodilon s'emporta même aux plaintes les plus hardies contre le roi. Childéric informé de la chose ordonna d'attacher Bodilon à un poteau et de le battre de verges comme un esclave.
Peu de temps après , lorsque Childéric , par un jour d'automne, chassait dans la forêt de Livry, en compagnie de sa famille, plusieurs conjurés, à la tête desquels était Bodilon , sortirent tout à coup d'une embuscade et assassinèrent le monarque , la reine BUchild , son épouse, et leur fils aîné, Dagobert. Wulfoald' prenant aussitôt la fuite se retira en Austrasie, où
il apporta la première nouvelle de cet affreux événement'.
On se représente aisément Teffroi et la douleur d'Himnechild au récit d^une pareille catastrophe. Une surprise mêlée de terreur frappa également les leudes d'Austrasic, et ils attendaient avec anxiété les suites de révénement, lorsqu'ils apprirent que les seigneurs de Neustrie et de Bourgogne, réunis autour de Tévéque d'Âutun et du comte Guérin , son frère , avaient fait reconnaître Thierry comme le successeur de Childéric dans les trois royaumes. Léger donna la mairie du palais à Leudésius, Gis d'Erchinoald, et les Âustrasiens se soumirent à la domination de Thierry, après avoir obtenu sans doute, pour leurs intérêts nationaux, quelques garanties particulières \
On pouvait croire la tranquillité rétablie, mais c'était une erreur. Pendant que Thierry III et Leudésius résidaient dans la villa royale de Noyon , située à peu de distance de la rive droite de TOise', Ebroîn , sorti de Liixeuil , forma le projet hardi de s'emparer de la personne du prince et de ressaisir son ancienne puissance ; il se dirigea , avec un petit nombre d'hommes armés, vers la demeure où le nouveau monarque se proposait de passer en paix la saison
' Wulfoaldus quoque per fugam lapsus evasit, et in Auster rêversus est. (Chron. Fredeg., continuât, Apud D. Bouquet. 1. 11. p. 450.
' Vita S. Leodeg., episc., Augustid. — Chron, Fredeg., cotitinuat. — Gôsta reg. Franc, — Chroniques de Saint-Denis, liv. V. c. 23.
' Il faut distinguer cette villa mérovingienne de la ville de Picardie qui porte le même nom.
d'automne. Ebroïn n'avait, il est vrai, pour tenter ce coup de main difficile, qu'une faible escorte, et, d'autre part, le pont Sainte-Maixence, qui communiquait avec la villa de Thierry, était bien gardé.
L'auteur des Gestes des rois francs, avec sa tendance naturelle au romanesque, nous raconte qu'au pont Sainte-Maixence, Ebroïn éprouvant de l'embarras et de l'hésitation, envoya secrètement quelques-uns de ses compagnons demander conseil à l'évéque de Rouen, Âudoën, son ami. Audoën, suivant le même chroniqueur, fit cette courte réponse : « Que de Frédégonde il te souvienne. » Alors Ebroïn , comprenant qu'il fallait user de stratagème, surprit et massacra la garde du pont au milieu de la nuit*. Est-il nécessaire de faire ressortir l'invraisemblance de cette fable? Ne faudrait-il pas aimer à se persuader des choses étranges, pour supposer qu'un homme qui en aurait remontré aux plus habiles dans l'art des stratagèmes, envoya jusqu'à Rouen demander à un pacifique et saint évéque son avis sur la meilleure manière d'attaquer un ennemi.
Ebroïn , après avoir franchi l'Oise pendant la nuit , attaqua à l'improviste Thierry et Leudésitis , qui s'enfuirent précipitamment jusque dans le château fortifié de Crécy, au nord de la Somme. Ebroïn s'empara du trésor royal, dont il se servit pour rémunérer ses compagnons de guerre, et en accroitre le nombre. Toutefois la lutte pouvait recommencer avec avan-
Gest. reg. Franc, Apud IK Bouquet, t. Il, p. 569.
iage pour le maire du palais, car Leudésius comptail des serviteurs et des amis au nord de la Somme, où dominait sa puissante famille. Ebroîn recourut à un autre moyen que celui de la force : il envoya proposer à Leudésius de sortir du château pour traiter avec lui. Le maire accepta avec confiance, et fut mis à mort par Tordre d'un ennemi cruel, aux yeux de qui les serments n'avaient rien de sacré.
Thierry échappait encore à Ebroin , et il était nécessaire d'inventer contre lui un autre artifice. Possesseur d'une quantité considérable d'or et d'argent prise dans le irésor royal de Neustrie , Ebroîn se rendit chez les Âustrasiens qui étaient , à la vérité, ses ennemis naturels, mais où il espérait se faire un parti nombreux en trom, ant les uns , en olFrant aux autres de riches présents ou de brillantes promesses. Il déclara aux peuples de l'Est que Thierry Hl venait de mourir, el que de la famille de Mérovée il restait encore un enfant qui était fils de Chlotaire III. Après avoir accrédité habilement ce récit mensonger, Ebroin montra un enr<nnt qu'il appela Clovis III, el le fit élever sur le bouclier'.
Clovis lU fut établi dans le palais de Metz avec une cour composée des amis les plus zélés d'EbroIn; au
Acceperuni queindam pueruin, quem Ghlotarii fuisse finxeruDt filiuin; hune in parlibus Auslri secum levantes in regnum. Quà de re mullum collegerunt hosliliter populum, eô quôd verisimile cunctis
videbatur esse Quand enim per boc calliditalis ligmentum.
Theodoricum tune defunctum. et Chiodoveum Ghlotarii tllium esse crediderunt. [Vita Leodeg. epi$c. Augvstid., c. 9.)
premier rang parurent Désidératiis, ancien gouverneur de Chalon-sur-Saône , et Âbbon , ancien gouverneur de Valence*. Cependant Ebroin voyant en Âustrasie de nombreux adversaires, exerça contre eux une violente persécution : la perte des dignités , la confiscation , Texil , la mort , furent les châtiments infligés à ceux qui refusèrent de lui obéir \
Dans ce moment de proscriptions et de fureurs sanguinaires, r Austrasie fut témoin d'un crime affreux, d'un acte de la plus noire ingratitude. Anségise et Begga, son épouse , avaient recueilli autrefois un enfant du nom de Gondouin , qu'ils avaient élevé comme un fils, et Anségise avait même obtenu pour cet enfant adoptif les faveurs de la cour. Gondouin, entraîné par un odieux sentiment d'ambition, et sachant peut-être qu'Anségise était au nombre de ceux qu'Ebroïn poursuivait de sa haine , conçut la pensée d'ôter la vie à son bienfaiteur, pour se revêtir lui-même de ses dignités et de sa puissance \
' In nomine sui régis quem falsô fecenint praecepta judicibus dabanl. ..... Erant enim in hoc mendaciuin. primi et quasi redores
palatii, Desideratus qui in urbc Cabilone quondam habuerat principatum . necnon et ejus collega Abbo qui civitatem Valenliam habuerat io dominium. {Ibid.)
* In regnum inlulerunt magnum nialum elstragem depopulationis.
în persecutione multorum Tune qui eis noluil acquiescere, aut
jura polestatis amisil, aut, si non fugâ latenler discessit. gladii internecione periit. {Ibid,)
' Ansigisilus a Gonduino, quem inventum et. nutritum. de sncro fonte susceperat, et ad maximos honores mlliiiaî provexerat. interemptus est. (Sigeb. Gemblac, Chron.)
Ansigisus ab ahimno suo. quem puerum forte inventum. et sacro
Gondouin accomplit dans une partie de cbasse son détestable projet; mais il ne jouit pas longtemps du fruit qu^il en avait espéré : Pépin , fils de la victime^ vengea sur le meurtrier la mort de son malheureux père \
Ebroln dominait, sous le nom de Clovis III, dans le royaume de TEst ; son ambition n'était qu'à moitié satisfaite : il voulait exercer le même pouvoir dans les états de Neustrie et de Bourgogne. Sa première pensée fut alors de se saisir de Tévéque d^Àutun , qu^il regardait comme son plus puissant rival et contre lequel il nourrissait une haine implacable. Léger s'était retiré, depuis quelque temps, dans sa ville épiscopale^ résolu de se tenir désormais éloigné de la cour et de donner, sans partage, le reste de sa vie aux devoirs de son minislère. Mais Ebroïn le croyait toujours redoutable, et quoique L^r fût dans les états de Thierry III, H envoya hardiment sous tes murs d'Autun le due Waimer, seigneur de la province de Champagne, et Désidératus, ministre de la cour de Clovis III. Waïmer et Désidératus devaient investir la ville d'Autun et
fonte suseeptum aluit in filium et exaUavU. eroidentcr tn venatione interemplus est, propler appetilum honoris sui. quem tamen impius ille non est consecutus. (Viîa S. Modoaldi epise. Treviz autore Stefhano. Àpud Ch. Lecointe. AnnaL eccles., t. 111. p. 690.)
Annales Franc, metens. Àpud D. Bouquet» t. H, p. 677. — Begga, après la mort d'Anségîse. fonda, près de Maëstricht. le monastère d'Andenne» où elle prit le voile et où elle fit donner la sépulture i son époux. (Chron., Sigeb. Gembl. — Lecointe, Annal, eccles.^ ad ann. 673'!)
forcer les habitants de livrer Léger entre leurs mains.
A la vue des dangers que la résistance pouvait attirer sur la cité, Tévéque résolut d'aller se remettre lui-même au pouvoir de ses ennemis. Ebroîn , qui ne se croyait point en sûreté tant que Ton supposerait Léger encore vivant , répandit le bruit de sa mort et le fit conduire dans une forêt sauvage pour quMl y finit ses jours au milieu de l'abandon et de la misère*.
Malgré la captivité de Léger, la Neustrie et la Bourgogne ne cessaient pas de se montrer fidèles à Thierry III, et, d'autre part, il devait être impossible à Ebroîn de faire croire plus longtemps aux Austrasiens que ce prince était mort. Avec Tor et l'argent qu'il avait enlevé de la villa de Noyon ou qu'il avait recueilli dans le trésor public de TAustrasie, Ebroîn gagna quelquesuns des principaux serviteurs de Thierry et fit demander au jeune roi de le rétablir dans la mairie du palais de Neustrie ; il promettait, en retour, d'annuler l'élection de Clovis'III et de réunir le royaume de l'Est à ceux de Neustrie et de Bourgogne. Ebroîn voyant sa proposition bien accueillie, déclara la nullité des droits de Clovis III et fit prendre à Thierry le titre nouveau de roi d'Austrasie.
Lorsqu'Ebroîn, avec une audace sans exemple, se jouait ainsi du peuple austrasien, des marchands écossais, qui faisaient le commerce avec le pays des Francs
Vita S. Leodeg. epise. Auguslid. Inlcr acta SS. Ord. S. Bened.» sœc. 2. p. 680.
de TEst, vinrent annoncer à Himnecbild que son 61s était vivant ; ils indiquèrent avec exactitude le lieu de sa retraite et donnèrent tous les renseignements qu'ils avaient pu recueillir '. La joie d'IIimnechild fut grande assurément lorsqu'elle retrouva un fils qu'elle croyait depuis longtemps perdu ; mais elle ne se promit paa seulement de le revoir, elle résolut aussi de lui faire rendre le trône do. son père.
Ici une difficulté assez grave se présente à Tesprit. On comprend , sans doute, qu'Himnechild se soit persuadée autrefois que son fils avait réellement cessé de vivre ; mais on a peine à comprendre que Dagobert , qui ne devait pas ignorer le secret de sa naissance, n'ait pas, dans ce long intervalle de dix-huit ans, fait coanaitre la vérité à sa mère et dévoilé Tarlifice de Grimoald. On a recherché les causes possibles de cet oubli prolongé où vécut le fils de Sigebert : on a supposé que la cour de Paris s'étant portée héritière du royaume de l'Est, Himnecbild n'avait pas osé rappeler son fils de la terre étrangère. Suivant la même opinion , Himnecbild satisfaite de gouverner l'Âustrasie au nom de Cbildéric et de donner à ce prince sa fille Blichild pour épouse, aurait eu moins de souci de revendiquer la couronne en faveur de Dagobert. Cette explication parait un peu forcée ; mais nous reconnaissons qu'il
Post annorum circulum amici et propinqui ejus (Dagoberti). viventem et in perfectâ asiate floreDlem a navigantibus audientes. misère nuncios suos. etc.. (Vila S. Wilfridi, episc. Eborac. auctore Eddio Stephano Monach, ejus famiUaH et œquali, Inlor acla SS. Ord. S Bcned., part. l. saec. 4, in Appcml.. p. 079.)
serait peut-*ètrc diiBcile d^en trouver une qui fût de nature à éclaircir complètement le problème. Cependant un écrivain contemporain, témoin des événements, Eddius , affirme qu'Himnechild et toute sa famille avaient réellement ignoré le véritable sort de Dagobcrt.
Dès qu'Himnechild connut Texislence de son fils, elle chercha par quels moyens il pourrait recouvrer sa couronne. Wilfrid , évêque d'Yorck , avait eu l'occasion de faire quelques voyages dans la Gaule, et peut-être avait-il reçu Thospitalité à la cour d'Austrasie. Himnechild lui envoya un message pour le supplier d'appeler près de lui le fils de Sigebcrt et de le renvoyer dans sa patrie '. L'évéque d'Yorck répondit volontiers à cette prière. Avec les dons de ses amis et avec ses propres ressources il pourvut généreusement aux besoins du prince et réunit, pour former son cortège, une élite de jeunes seigneurs de l'Angleterre*.
Quand tout fut prêt pour le départ, Wilfrid entretint une dernière fois le fils de Sigebcrt des devoirs de la royauté, et Dagobert promit à l'évéque d'Yorck de n'oublier jamais les conseils qui lui étaient donnés.
Vers le milieu de l'année 674, le vaisseau qui portait Dagobert et Mclthilde , son épouse , princesse d'une noble famille anglo-saxonne, quitta sans bruit la côte
■ Amici ol propinqui ejus misère nunciossuos ad B. Wilfridum
episcopum . patentes ut eum de Scoltià et Hibernià ad se invitâsset et sibi ad (in) regem emisisset. {Ibid.)
^ Sanctus Poniifex noster suscipiens eum de Hibernift (id est
de Scotiâ) venientem. per omnia ditatum et de viribus sociorum ele* vatum. magnificè ad suam regionem emisit. (Ibid.)
de Northumberland pour traverser la Manche. On peut se représenter le moment où le prince descendit sur le rivage austrasien ; celui où la mère et le fils se retrouvèrent après une si longue absence. L'exilé qui venait ainsi redemander son trône et sa patrie était le fils de Sigebert ; une mère reconnaissait elle-même son enfant ; il n'y avait pas à craindre là une erreur ou un stratagème.
Les leudes austrasiens réunis à Metz, dans un Champ de Mars, firent monter Dagobert sur le bouclier, et cette nouvelle étonnante alla surprendre la cour de Neustrie qui n'avait rien soupçonné de Tévénement. Ce qui peut surtout donner une haute idée de Tintelligence, du courage et de Tautorité morale de la reine Himnecbild , c'est bien certainement la manière dont elle avait formé et conduit une pareille entreprise.
Dagobert était âgé d'environ vingt-trois ans quand il reçut la couronne de son père. Eddius , l'écrivain contemporain qui nous a parlé du retour de Dagobert II en Àustrasie , nous représente ce prince comme doué à un haut degré du sentiment de la reconnaissance". Ce sentiment était une preuve qu'il y avait, dans le fils de Sigebert III, de la noblesse d'âme et de la générosité. Éprouvé dès l'enfance par le malheur, Dagobert ne pouvait en oublier aisément les dures leçons. Il désirait donc s'attacher le cœur des Austrasiens et faire revivre en lui le caractère de Sigebert III , son père. La reine Himnecbild , sa mère , l'aidait de
Rex (Dagobertu«) beneficiorum ejus (Wilfridi) memor erat. {Ibid.)
ses avis, et le titre de vénérable, donné à cette princesse dans un document de Tépoque , semble n^avoir été que Texpression du respect général qui entourait toujours le nom de la veuve de Sigebert * .
Suivant les avis d'Himnechild , Dagobert rendit à WuJfoald la mairie du palais. Bonitus, ancien référendaire de la cour d'Âustrasie, avait été élevé Tannée précédente à la dignité de gouverneur de Marseille et de la Provence \ Un seigneur du nom de Turand le remplaça dans les fonctions de chancelier à la cour de Metz\ Chlodulf paraissait, comme autrefois, à la tête des conseils , et parmi les hommes qui eurent le plus de crédit à la cour, on distingua encore Pépin , fils d'Anségise, et son cousin Martin , élevé comme lui dans la science des armes.
Parmi les seigneurs du palais de Metz , on voyait aussi quelques jeunes gens de nobles familles d'Angleterre qui avaient accompagné Dagobert et s'étaient attachés à sa fortune; on les reconnaissait facilement au large manteau, orné de bandes de diverses couleurs, qui était de mode dans leur patrie ^ La cour d'Aus-
■ Prîvilegium Dagob. H reg. pro ecclcsiâ Tullensi. Apud Mabillon, Annal. Benedict., p. 553.
* Ftto S. BonUi, episc. Arvem, loco jàm ciUto.
' Le nom du chancelier Turand se trouve dans un diplôme publié par Coccius. livre XV, et tiré d'un manuscrit de l'église de Strasbourg. Ce diplôme, qui a subi des altérations, a dû cependant conserveries noms propres tels qu'ils étaient dans l'original. Le chancelier Turand est appelé Durand dans la vie de saint Ârbogaste, évéque de Strasbourg. C'est le ménne nom adouci dans la prononciation.
^ Paul, diacre. De 6c«^ Langob.
trasie présenta ainsi une physionomie nouvelle, à deoii étrangère pour ainsi dire ; elle fut le rendez-vous hospitalier des voyageurs de distinction qui passaient de la Grande-Bretagne sur le continent.
Il s'en fallait de beaucoup , malheureusement , que la situation du nouveau roi fût exempte de périls. Ebroin ne se résignait point à Tidée de voir le royaume de FEst affranchi de son pouvoir, et, les yeux toujours fixés sur la cour de Metz et sur le jeune monarque, il songeait au moyen de ressaisir TAustrasie et d'exercer de terribles vengeances contre ceux qui avaient aidé le fils de Sigebert à monter sur le trône.
Les amis qu'Ebroïn s'étaient faits en Âustrasie élevèrent bientôt des plaintes contre Dagobert. Us l'accusèrent de ne pas gouverner par le conseil des seigneurs et de ne prendre que les avis des jeunes hommes de son royaume. Ce ne fut pas la seule chose dont ils surent lui faire un crime irrémissible. Dagobert avait trouvé, à son retour, le trésor royal épuisé par les dernières révolutions et par l'avarice d'Ebroïn ; il fallait pourvoir à de nouvelles ressources, et les ennemis du monarque s'écrièrent avec indignation qu'il accablait ses peuples sous le poids des impôts.
Dagobert était l'objet de ces attaques menaçantes, lorsque vers Tannée 676 la mort de Wulfoald laissa vacante la mairie du palais. Le monarque lui donn^ pour successeur Pépin, fils d'Anségise, dont le caractère ferme et résolu était connu de tout le monde. Dagobert donnait ainsi une force nouvelle au parti
national contre les prétentions d'Ebroia*. Mais, d'autre part , Ebroîn fût plus irrité que jamais, et comme il supposait bien que les ennemis nombreux quMl avait en Neustrie et en Bourgogne tournaient déjà leurs pensées du côté de Dagobert, il redoubla contre eux sa baine et ses persécutions.
Les proscrits et les opprimés vinrent chercher un refuge en Austrasie. La cour de Metz les accueillit avec empressement , et malgré les réclamations menaçantes du maire de Neustrie , Dagobert et Pépin refusèrent de les livrer entre ses mains *.
L'année 676 n'était pas encore entièrement écoulée lorsque Dagobert et Pépin furent informés qu'Ebroïn , avec Thierry III, s'approchait en armes de la frontière méridionale de TÂustrasie. N'osant point compter sur les grands de Neustrie et de Bourgogne, Ebroîn avait recruté son armée parmi les hommes de la classe inférieure des villes et des campagnes. Attirés par de larges munificences auxquelles devaient s'ajouter encore les richesses que donne le pillage, ces hommes couraient à la guerre avec ardeur, préis à donner sur le champ de bataille une attaque impétueuse , ou
' In Âuster mortuo Vulfoaldo duce, Martinus dux et PippU
nus dominabantur. (Chron, Fredeg,, continuât, Apud D. Bouquet,
t. il, p. 451.)
* Ëâ tempestate plurimi nobilium Francorum ob saevitiam prœdicit tyranni (Ebroïni) Niwistriam relinquentes. in Austriam ad Pippinum confugiunt, supplices suam clementiam postulantes, ul sesc de manibus crudelissimi hostis eriperel. Quos ille pielatis solitae afTectu commotus raisericorditcr exciptcbal. {Annal. Franc, nieltenses, Apud D. Bouquet, t. II. p. 678.)
bien à faire jouer avec précision les ressorts d'un stratagème.
Le roi d'Àustrasie, de son côté, ne pouvait pas manquer cette occasion de montrer sa valeur; il courut au devant de ses ennemis , et le territoire situé entre les villes de Langres et de Tout devint , comme d*ordtnaire , le théâtre d'une lutte violente marquée par rincendieet la ruine ^ Ebroîn, cependant ^ ne réussit pas à rompre la barrière que lui opposa courageuse* ment le roi d'Âustrasie ; il renonça « pour le nHHoenl , à ses ambitieuses tentatives « sans déposer toutefois ni sa haine contre Dagobert et Pépin , ni Tespérance d'obtenir quelque jour la victoire (677) *.
L'Âustrasie se reposait depuis un an des malheurs de la guerre, lorsque Té véqueWilfrid entreprit le voyage de Rome. L'évéque d'Yorck avait en Angleterre d'implacables ennemis qui ne cherchaient que les moyens de le perdre. Ce moment leur parut on ne peut plus favorable à leurs desseins. Supposant que Wilfrid , pour abréger sa route, prendrait le chemin de la Nous trie, ils envoyèrent prier le roi Thierry et le maire Ebroîn d'arrêter le voyageur à son passage et de le retenir prisonnier; ils avaient pensé, avec raison, ne
' Civile bellum inter reges Francorum Theodericum et Dagobertum eircà illos fines est actum ; ibique vicinia quaeque depopulata. (H/a S. Salabergœ. abb. Laudun. Inter acta SS. Ord. S. Bened., saec. 2. p. 423.)
* Ce fut l'année suivante qu'Ebroïn, déchaînant de aouveaii sa fureur contre l'évêque Léger, le fit mettre à mort après de cruels tourments.
pouvoir mieux s'adresser qu'au maire de Neustrie qui se croirait trop heureux de saisir Toccasion de faire expier à Wilfrid le retour de Dagobert en Austrasie. Mais ces perfides calculs furent heureusement trompés. Soit qu'il eut été prévenu à temps , soit que pour tout autre raison il se fût décidé à prendre une autre voie, r^véque d'Yorck se dirigea vers les côtes de Frise, où il aborda vers Tautomne de Tannée 678'.
Wilfrid se proposait de rester en Frise pendant la saison d'hiver et de traverser ensuite le royaume de Metz pour se rendre en Italie. Àdelgise, duc des Frisons, consentit à recevoir dans son pays révéqne d'Yorck ; il lui permit même de faire entendre à ses sujets idolâtres la parole évangélique et lui offrit l'hospitalité dans sa propre demeure. Wilfrid était accompagné de plusieurs clercs, parmi lesquels se trouvait Eddius, de qui nous tenons le récit de cet événement.
Ebroîn ayant été informé que Wilfrid était à la cour d'Àdelgise , écrivit au prince frison pour le prier de lui envoyer l'évèque d'Yorck chargé de liens, ou de le mettre à mort et de faire porter sa tête à la cour de Neustrie. Pour prix de cette action, Ebroîn promettait à Âdelgise un boisseau rempli de sous d'or*.
Wilfrid était dans le palais rustique du duc de Frise
' Vita S. Wilfridi, auct, Eddia ejuê famiL, loco jàm ciiato.
' Efruinus (Ebroïnus) dux Theodorici régis Francorum misit nun-
cios cum litlerisad Âdelgîlsuro regem Freis (Frisiae) prometteos
et sub jurejùrando modium plénum solidorum aureorum dare. si Wilfridum episcopum aut vivuxn deduclum, aut caput e]us occisi sibi emisisset. {Ibid.)
au moment où arrivèrent les messagers dépêchés par Ebroin. Àdelgise, en présence de Tévéque, des seigneurs frisons et des envoyés neustriens, fit donner lecture du message. Quand il entendit ce qui lui était demandé, il arracha, avec un mouvement de vive indignation , la lettre des mains du lecteur, la déchira et en jeta les morceaux dans les flammes du foyer qui chauffait sa demeure * .
Wilfrid, sauvé des pièges d^Ëbroin, quitta la Frise vers le printemps de Tannée 679 et entra dans le royaume de TEst pour continuer sa marche du côté de ritalie. Dagobert éprouva une grande joie en revoyant révoque d'Yorck. Dans la pensée de l'attacher à son royaume et de le garantir contre les persécutions dont il était Tobjet en Angleterre, le monarque le pressa d'accepter la dignité épiscopale dans la ville de Strasbourg. Ce fait, énoncé très-simplement par le biographe de Wilfrid, devait prendre plus tard la forme d'une scène dramatique dont l'auteur est le religieux anglais Fridegode qui, au commencement du neuvième siècle, mit en vers hexamètres les actes de l'évéque d'Yorck. Quoique l'imagination ait la part principale dans ce tableau poétique, il ne sera peut-être pas sans intérêt de le reproduire comme l'expression des souvenirs qui s'attachèrent en Grande-Bretagne aux deux noms de Wilfrid et de Dagobert. Suivant le versifica-
' PraBsentibus nobis .... Rex (Adalgeisus) legi lilteras jussit : post l(^ctam vero chartam. accipiens inter manas suas.- cunctîs videntibus. discedens dissipavit et in ignem coram se ardentem projecit. {Ibid.)
leur anglais, Dagobert assembla une cour nombreuse pour retracer devant elle, de sa propre bouche, les malheurs de sa jeunesse, proclamer les bienfaits de Wilfrid et inviter le peuple austrasien à retenir près de lui cet ami généreux. « Vous le savez, dit-il, perdu par l'ambition d'un homme , je souffris dans un âge tendre de cruelles infortunes. Je montai sur un esquif tremblant et qui n'avait pas un grand nombre de rameurs. Chassé de ma patrie, j'allai tout jeune en exil chez les Écossais qui m'étaient inconnus. Vous voyez devant vous celui à qui j'ai dû le bonheur de vous être rendu. Par ma tête et par votre salut, braves guerriers, conservons avec nous un tel ami '. »
Wilfrid refusa l'offre du monarque parce que, malgré toutes ses souffrances, il ne pouvait consentir à se séparer de son diocèse et de sa patrie ; mais lorsqu'il dut partir, Dagobert le combla de présents et pourvut généreusement aux frais de son voyage \
* Perditus, ut nostis. inquit, popularibus ails (auris?) Excepi mœstas tenero olim soraate (corpore) erumnas. Âd scendi tremulum non inulto rémige leinbum, Puisus ad ignavos (ignotos?) adolesccns exul Hibernos. En vobis cujus merui tutamine reddi,
Per me. per que tuam, miles délecte, salulem. Si qua fides animo tantum aervemus amicum.
{Vita S. Wilfridi a Fridegado tnonacho metricè scrijpta, Inter acta SS. Ord. S. Bened.. part. I. saec. 3, p. 171.)
* Rex beneficiorum ejus memor eral : diligenter poscens ul in regno suo episcopatum maximum ad civitatem Streilburg perlinentem susciperet. Et eum nQlente maccipere cum muneribus et donis magnis ad apostolicam sedem emisit. (Ibid.)
Wilfrid laissait le roi d\\t]s(rasie plein de santé et de jeunesse : il espérait le revoir et passer encore plusieurs jours près de lui lorsque, les affaires de Rome terminées, il retournerait en Angleterre. Dagobert se promettait aussi le bonheur de posséder de nouveau à sa cour, pendant quelques moments, Thomme qui avait eu sur sa destinée une si grande influence et qui lui inspirait tant de respect et d'affection. Telles étaient donc les espéraâces mutuelles de Dagobert et de Wilfrid quand le dernier prit le chemin de Tltalie.
Malheureusement le roi d^Âustrasie avait toujours des ennemis implacables et dont la haine stimulée par Ebroin ne faisait que s'enflammer chaque jour davantage ; mais de tous les ennemis de Dagobert le plus dangereux était bien certainement Ebroïn lui-même, et Ton avait eu lieu plus d'une fois de voir combien il fallait craindre les pièges homicides du maire de Neustrie. Mais souvent les natures honnêtes sont peu déOantes, et Dagobert parait avoir été de ce nombre.
Le roi d'Austrasie avait résolu de passer la saison d'hiver dans sa villa de Stenay, située vers l'extrémité septentrionale de la grande forêt de Woivre, où il voulait prendre , cette année, le plaisir de la chasse. Il choisit pour cet exercice la partie de la forêt de Woivre qui portait le nom de Seortiœ ou Scorzes, entre Stenay et Montmédy. Le matin du â3 décembre le prince venait d'entrer dans la forêt <le Scorzes, quand tout à coup des hommes placés en embuscade se précipitèrent sur lui et le tuèrent à
coups d'épées\ Quelques fidèles serviteurs recueillirent son corps, le portèrent à Saint-Remi de Stenay et le déposèrent dans un cercueil de pierre qu'ils descendirent sous les dalles de l'église \
C'est dans le martyrologe de l'église de Saint-Laurent de Liège, écrit avant le douzième siècle, que nous trouvons l'indication du jour de la mort de Dagobert. II nous fait savoir aussi que l'infortuné monarque se trouvait pour une partie de chasse dans la forêt de Scorzes, et que son filleul, nommé Jean, s'était mis à la tète des assassins. Eddius, auteur contemporain, disciple et ami de Wilfrid , ne mentionne point la circonstance de la chasse, qui d'ailleurs n'a rien d'invraisemblable ; cet écrivain nous dit simplement que Dagobert II fut assassiné dans une embuscade par plusieurs seigneurs , et que quelques évéques , ceux bien certainement qu'Ebroïn avait établis autrefois en Austrasie, consentirent à la mort du prince .
' Qui (Dagoberlus) quâdam die, pergens venatum, in sallu Wavriensi. plenus spiritu sancto, in loco qui dicitur Scortias, tribus noillibus distante a fisco Satbaniaco in quo ipse morabatur. à fîlioio suo nomine Joanne. X Kalend Januarii martyrisatus est. (Martyrologium Adonis antè sœculum XII. Scriptum in monaslerio S Laurentii Leodiensis, apud BoUand. t. i. Martii. p. 19.)
' Qui ibi erant fidèles, tollentes sanctum corpus et in sandapilâ ponentes translulerunt illud in iocum nunc Satanagus vocatum. et ibi sepelierunt in oratorio S. Remigii ubi diutino tempore noansit humalus in saxeo sarcophago. terra ubique cooperto. {Ex vitâ, S. Dagoberti reg, et martyr, atictore anonymo. Apud Le Coinle. Annal, .eules., t. IV. p. 547.)
^ Dagoberto rege per dolum ducum. et consensu episcoporuin.
Fridegode ne parie point , à son tour, de la chasse de Dagobert II dans la forêt de Scdrzes '. C'était là, sans doute, un souvenir conservé par la tradition qui supplée ainsi quelquefois au silence de Fhistoire.
Le récit du martyrologe de Liège, en ajoutant déjà quelques détails aux paroles concises d'Eddius et de Fridegode, présente encore une certaine simplicité. Mais il semble que les écrivains, à mesure quMIs s'éloignent de répoque de l'événement, se plaisent à augmenter rintérét du récit par des indications toujours plus précises. Ainsi, dans une biographie anonyme de Dagobert II, écrite au douzième siècle et gardée dans les archives de la ville de Stenay, on lisait que le roi d'Âustrasie avait reçu la mort au moment où il se reposait des fatigues de la chasse, et que l'homme qui avait conduit les meurtriers était un serviteur de sa maison, nommé Grimoald, frison converti à la religion chrétienne, mais revenu ensuite à l'esprit de son paga-
quod absit ! occiso. (Inier acta. SS. Ord, S. Bened., part. I, sac. 4, Id append.. p. 679.)
— Ut plures per fas nefasque sibi coDciliaret (Ebroïnus) épiscopains perversis hominibus tradidit, legitimis pastoribus ejectis. (D. Mabillon. AnnaL benedict., t. 1. p. 552.)
■ Fridegode traduisant, par une image tragique, les paroles d'Eddius, déclare seulement que « le prince Dagobert avait senti les mains meurtrières de ses sujets et le fer cruel plongé dans son flanc jusqu'à la garde. •
« Civiles elenim Dagobertus marchio dextras,
» Senserat, et rigidum capulo tenus inguine Terrum. •
{Vita S. Wilfridi episc, Eborac. metricè scripta a Fridegodo monacho, inter act. SS. Ord. S. Bened., part. I, ssec. 3, p. 171.)
nisme'. On montnh aussi aa milico de la forêt ane petite plate-fonne de terre qoi passait pour avoir été
le liea de la mort de Dagobert '.
Enfin , Tautear d^aa manoserit composé dans Fabbaye de Gorze ajoute encore qael<|ue chose aax renseignements donnés par ses prédécesseurs. D raconte que Dagobert se reposait au pied d^on chêne , près d'une fontaine appelée Jpftayi^ quand il avait été surpris par les assassins '.
La tradition suivant laquelle le frison Grimoald, appelé aussi do nom de Jean , avait , par la plus noire des trahisons, guidé lui - même les meurtriers du roi d'Àustrasie , était très-probablement Técho des récits contemporains. Mais si le frison, comme Ton ne saurait guère en douter, ne fut point le premier coupable, jusqu'où fallait-il faire remonter le crime ? qui Tavait commandé?
Quelques écrivains modernes ont supposé, sans Tappui d'aucun témoignage ancien, que Dagobert II périt victime de la faction de Tancien maire du palais Grimoald, et, par une conséquence toute naturelle, ils
* La Lorraine ancienne et moderne, par Jean Mussey, prêtre, curé de LoDgwi. 1712.
" Ibid.
^ Dans un manuscrit de l'abbaye de Gorze il est dit que Dagobert 11 fut tué, dans la forêt de Woivre, sous un chêne, près d*une fontaine nommée Aphays. dans le finage de Mouzay. par son filleul, nommé Grimoald, et qu'il fut enterré honorablement dans l'église de Saint-Remy de Stenay.
(Nouvelle histoire de Metz, manuscrit de la bibliothèque de cette ville. •^». t. 1. p. 57).
ont regardé le duc Pépin, neveu de Grimoald, comme le chef de cette faction. Si Ton veut faire attention aux circonstances, si Ton veut examiner de près quelques textes contemporains, on verra que cette conjecture est fort peu vraisemblable.
Il s'était écoulé près de vingt-quatre ans depuis que le maire Grimoald avait disparu de la scène du monde, et ceux de ses amis qui restaient encore ne pouvaient guère avoir conservé assez d'ardeur pour vouloir le venger dans le sang du monarque. D'un autre côté, le duc Pépin joue dans l'histoire le rôle d'un guerrier vaillant et d'un politique habile , mais non celui d'un conspirateur et d'un assassin. Remarquons aussi, car l'observation est très-importante , que Pépin , après la mort de Dagobcrt II, ne recueillit pas, le premier, l'autorité suprême en Austrasie. Ce fut Ebroïn qui se saisit, au nom de Thierry III, de la puissance arrachée par le meurtre au fils de Sigebert *.
Les soupçons que font naître la mort du roi d'Anstrasie se portent donc naturellement, ou plutôt forcément, du côté de la Neustrie. Ebroïn avait toujours été l'ennemi mortel de Dagobcrt ; il avait fait à ce prince une guerre sanglante pour lui ôter sa couronne, et, la force ouverte n'ayant point réussi, l'assassinat était devenu, comme d'ordinaire, la suprême ressource d'Ebroïn.
Le forfait accompli dans la forêt de Scorzes avait
* On trouvera dans la note d'une des pages suivantes un texte d'Ëddius qui établit avec précision et clarté ce point si important de l'histoire austrasiomie.
livré au maire de Neustrie un pouvoir absolu dans le royaume de TEst, et la terreur devait maintenir quelque temps ce pouvoir. Que devint en ce moment la famille de Dagobert? Par quel moyen parvint-elle à se mettre à Tabri de Timplacable baine d'Ebroin ? C'est ce que Ton ne saurait dire d'une manière certaine. La reine Mclthilde et ses trois ûlles, Adéla, Irmina et Régentrude, cherchèrent-elles d'abord leur sécurité dans l'exil ? On pourrait le penser ; mais nous verrons que cet exil, du moins, ne devait pas durer toujours. Vers ce même temps la reine Himnechild ne parait plus sur la scène ; nous ignorons si elle avait déjà fini s^s jours ou si elle vécut assez longtemps pour pleurer ce nouveau malheur.
Au printemps de l'année 680, quelques mois seulement après la mort de Dagobert, l'évêque d'Yorck repassa les monts pour retourner en Angleterre ; il se trouvait encore cette fois accompagné de plusieurs clercs, parmi lesquels était Eddius, témoin et narrateur fidèle de ces derniers événements. Wilfrid était déjà instruit , sans doute , de la catastrophe qui avait ensanglanté l'Austrasie ; il ne voulut pas moins traverser de nouveau ce royaume dont l'aspect ne pouvait que rendre sa douleur plus vive. Mais il n'avait pas prévu ce qui l'attendait lui-même sur cette terre de malheur. A peine en eut-il franchi les limites , qu'une troupe nombreuse d'hommes armés vint à sa rencontre avec l'intention de l'arrêter et de lui faire subir, au tribunal d'Ebroïn, un jugement capital pour avoir favorisé le rétablissement de Dagobert sur le trône.
Un évéque de la création d'Ebroîn, Tun de ceux, qui avaient consenti à la mort de Dagobert, était à la tète des hommes qui venaient se saisir de Wilfrid'. Il s'approcha de l'évêque d'Yorck et lui dit avec l'expression de la menace et de la colère : < Par quelle téméraire confiance osez-vous bien entrer dans le royaume des Francs, vous qui êtes digne de mort pour avoir tiré de l'exil ce roi qui est monté sur le trône par votre secours,. Ce roi détruisait les cités, repoussait les conseils des seigneurs, et, à l'exemple de Roboam, fils de Salomon , accablait les peuples d'impôts ; il méprisait les églises de Dieu ain^i que leurs serviteurs '. En punition de tous ces maux il a été mis à mort par le glaive, et son corps est aujourd'hui gisant dans la tombe »^.
Eddius a passé son nom sous silence.
' Le reproche d'avoir détruit des cités faisait probablement allusion à la guerre que Dagobert 11 avait soutenue contre Thierry 111 et Ebroîn. En accusant le même prince d'avoir repoussé les avis des seigneurs et méprisé les ministres des églises, on signifiait que Dagobert avait écarté de ses conseils les hommes dévoués au parti d'Ebroïn.
^ Ex quibus (episcopis qui consenserant neci Dagoberti) unus cum
ingenti exercitu obviavit. cogitans impie in corde suo insidias
Atque pastorem nostrum (Wilfridum), anxiatum in custodiâ, usque ad Efruini (Ebroini) judicium reservare.
Interrogavitque eum episcopus dicens : Quâ fiduciâ tam temerariè per Francorum regionem pergis, qui dignus es morte quia nobis Regem subsidio tuo faclum exilio emisisli. Dissipator erat urbium, consitia seniorum despiciens. populos ut Roboam filius Salomnis tributo humilians, ecclesias Dei cum praesulibus contemnens ; quorum malorum pœnas luens occisus (est?). Cadaver ejus humatum jacet.
Ce récit, dont la précision égale l'authenticité, vient répandre un
Surpris, comme Ton peut penser, d'un semblable discours, Wilfrid cependant ne perdit pas contenance. Prenant un langage modéré, mais ferme et plein d'adresse : c J'ai secouru , dit-il , j'ai élevé haut pour votre bien et non pour votre mal cet homme qui était
grand jour sur les causes véritables de la mort de Dagobert. Les hommes qui arrêtent Wilfrid ont résolu de le livrer au jugement d'Ebroïn ; il est bien clair alors qu*Ebroïn est reconnu comme juge suprême dans le royaume d'Austrasie. Le crime prétendu que l'on veut faire expier à Wilfrid est la part qu'il a prise au rétablissement de Dagobert 11 sur le trône. Le chef qui conduit la troupe armée est, d'après l'affirmation expresse d'Eddius. un de ceux qui ont consenti à la mort du roi d'Austrasie ; il le fait d'ailleurs assez bien voir luimême par les accusations qu'il porte contre Dagobert et par la manière dont il justifie l'acte sanglant qui a mis fin aux jours de l'infortuné monarque. Les hommes envoyés à sa suite pour se saisir de Wilfrid sont eux-mêmes les approbateurs et, en partie peut-être, les complices de l'assassinat du roi d'Austrasie.
Comment supposer dès-lors que le parti qui a récemment trempé ses mains dans le sang de Dagobert. et qui appelle maintenant la vengeance d'Ebroïn contre Wilfrid, aurait obéi, dans l'accomplissement du premier de ces deux actes, à un autre ordre que celui du même Ebroïn?
Quoiqu'il soit peu nécessaire d'ajouter à un témoignage aussi explicite une preuve nouvelle, nous dirons encore que quelques années plus tard, une des filles de Dagobert. nommée Adéla, fit avec le duc Pépin un échange de propriétés ; il serait diOicile sans doute de se persuader qu'Adéla eût conclu la moindre transaction avec le meurtrier de son père. Nous aurons lieu de citer dans le chapitre suivant des paroles mêmes de la fille de Dagobert.
11 est désirable que ces témoignages si clairs et si véridiques soient examinés avec attention et qu'ils puissent servir à décharger la mémoire de Pépin de l'assertion erronée de quelques écrivains modernes qui l'accusent d'avoir conspiré la mort de Dagobert H, par la seule raison que Pépin était neveu de l'ancien maire du palais Grimoald.
exilé et qui vivait loin de sa patrie. Je l'ai élevé haut pour quMl bâtit des cités et qu'il fût Tappui de ses sujets ; pour qu'il prit les conseils des seigneurs et la défense des églises de Dieu : il m'avait donné la promesse qu'il ferait ainsi.
» Mais, dites-moi, vous-même auriez-vous fait autre chose que ce que j'ai fait, au nom du Seigneur, si un exilé de notre race et du sang de nos rois était venu à vous pour réclamer votre secours? « '
Ces paroles firent une certaine impression sur les ennemis de Wilfrid; celui même qui venait de le traiter si durement ne put s'empêcher de s'adoucir ; une sorte de remords parut même dans cet instant remuer l'âme de l'évêque austrasien. « Plût à Dieu , dit-il, que je ne fusse point devenu prévaricateur ! Vous êtes plus juste que moi , dit-il à Wilfrid ; que Dieu garde votre entrée parmi nous ! » Wilfrid échappé à ce nouveau péril retourna tranquillement dans sa patrie.
Lorsqu'un des hommes les plus dévoués à Ebroïn ne pouvait dissimuler le reproche qjie lui adressait sa conscience, le sentiment public protestait d'autre part contre le crime qui avait ô(é à Dagobert II la couronne et la vie. Le temps n'était pas éloigné où la voix religieuse des peuples honorerait dans le roi d'Austrasie comme dans l'évêque Léger la mort d'un martyr.
c En l'année 872 , nous dit l'auteur de la nouvelle histoire manuscrite de Metz, qui emprunte ce renseignement à la chronique de Gorzc, on leva du tombeau
• im.
le corps du roi Dagobert II , on le déposa dans une belle châsse et on mit des chanoines dans cette église pour y faire le divin service ; mais en 1069 Godefroy de Bouillon en éloigna les chanoines pour y mettre des religieux bénédictins de Gorze. Tel est le commencement du prieuré de Saint-Dagobert de Stenay, où ce roi est honoré comme martyr. »
Cependant , malgré le témoignage de la tradition et Tautorité des documents écrits, on a discuté quelquefois, et d'une manière un peu subtile, la question de savoir si saint Dagobert de Stenay était bien le même que le prince qui régna en Austrasie sous le nom de Dagobert II , et qui fut assassiné dans la forêt de Scorzes. Un des principaux arguments produits en faveur de la négative, c'est que le duc Godefroy de Bouillon, dans le privilège par lequel il accorde le prieuré de Saint-Dagobert de Stenay aux religieux de Gorze, ne donne point au patron de cette église le titre de roi. Une raison aussi peu concluante ne saurait infirmer le double témoignage des écrivains et de la tradition qui nous présentent le martyr de Stenay comme le roi même qui souffrit une mort injuste dans la forêt de Scorzes.