CHAPITRE XI
PépiD et Mirtio entreprenneot d'afiEranchir l'Aostrasio de la domination d'Ébroln. — Défaite des Austrasiens à Loeofao, près de Toul (680) ; généreuse eondoîte d'Anstrode, abbesse de Saint-Jean de Laon ; Martin périt victime de la perfidie d'Ébroln ; noble fermeté d'Anstrude en présence du maire de Neustrie. — Mort tragique d'Ébroln (681) ; Waratton, son successeur, conclut la paix avec Pépin ; conditions de cette paix ; situation politique de Pépin en Austrasie. — Nouvelles luttes de l'Austrasie et de la Neusirie; détails particuliers donnés par l'annaliste de Metz sur ces événements ; victoire décisive de Pépin à Testry, sur les Neustriens (687).
Lorsqu'Ebroîn commençait à faire sentir pour la seconde fois aux Austrasiens une autorité plus odieuse * que jamais, Pépin et Martin résolurent d^en affranchir leur patrie ; ils prirent le titre de princes des Francs et appelèrent autour d'eux le parti national.
Ebroîn , accompagné du roi Thierry III , se hâta de marcher contre ses rivaux ; les trois chefs se rencontrèrent près d'un lieu que le deuxième continuateur de Frédégaire appelle Loeofao et que Ton suppose avoir été ou Loixi, dans le comté de Laon, ou Lifou-le-Grand, dans le territoire de Toul, non loin des rives de la Moselle. L'opinion suivant laquelle l'ancien Loeofao
serait le Lifou-le-Grand de nos jours, a eertainemcnt pour elle toutes les chances de vérité'. Ce fut, à ce qu'il parait bien , dans la plaine de Toul que Pépin et Martin livrèrent à leur ennemi un combat dont les chances longtemps incertaines se décidèrent en faveur du maire de Neustrie. Ebroîn fut-il redevable de sa victoire à quelque stratagème assez bien imaginé pour déconcerter le courage et Phabileté de ses adversaires? On pourrait le croire sans trop d'invraisemblance. Le chroniqueur, avec sa concision ordinaire, se contente de nous dire que la lutte fut sanglante et acharnée \
Dans leur retraite précipitée, Pépin et Martin se séparèrent ; Pépin se replia au centre de TAustrasie ; Martin, poursuivi par le vainqueur jusque près des murs de Laon , parviut à entrer daus cette ville qui
Nous avons vu dans une des notes d*un chapilre précédent que Héric. auteur d'une histoire des évéques d'Âuxerre. mentionne un lieu nommé Lufaus, situé dans le diocèse de Toul. Ce nom présente une analogie sensible avec celui de Locofao. qui ne parait être luimême qu'une variante de celui du bourg de Latofao. où Frédégaire place la bataille qui se livra en 697 entre les petits-fils de Brunechild et Chlotaire 11. roi de Neuf^trie. L'annotateur de D. Bouquet a remarqué justement la ressemblance de ces diverses dénominations avec celle de Lifou. qui ne semble plus que la forme romane du Lufaus de la chronique d'Auxerre.
Ajoutons que c'était à cette limite, qui bornait TAustrasie du côté du sud, que venaient presque toujours s'entre-choqucr les peuples rivaux qui se partageaient la Gaule.
* Commoto exercitu ad locum. cui vocabulum Locofao.... Magno certamine dimicantes. plurima pars populi ex utrisque parlibus corruit. Devicti cum sociis Martinus alquc Pippinus in fugam lapsi sunt. (Fredeg.. C/irow., cotUinual., pars sec, c. 97.)
passait depuis longtemps pour un asile inexpugnable. Mais il ne suffisait pas à Martin d'avoir placé entre ses ennemis et lui un obstacle matériel ; dans la détresse à laquelle il était réduit il avait grand besoin de trouver des amis sûrs et dévoués.
Anstrude, ûlle de Taustrasien Blandinus , était alors abbesse de Saint-Jean de la ville de Laon ; elle se distinguait également par l'élévation de son esprit , la noblesse et l'intrépidité calme de son caractère. Ajoutez cette circonstance que la famille maternelle d'Anstrude appartenait à ce même canton qui venait d'être témoin de la défaite des Austrasiens. Aussi l'abbesse de Saint-Jean avait-elle entendu parler des dangers dont la guerre menaçait continuellement la contrée qui s'étendait du plateau de Langres à la plaine de Toul; c'était même dans la prévision de semblables malheurs que Salaberge, mère d'Anstrude, avait résolu d'élever sous la protection des murs de Laon le monastère qui était maintenant l'héritage de sa fille '•
La catastrophe de Locofao et l'infortune de Martin émurent en particulier la fille de Blandinus et lui inspirèrent une résolution généreuse. Elle donna aux vaincus de Locofao les secours dont elle pouvait disposer ; elle exhorta les habitants de la cité à défendre leurs murs et à sauver les fugitifs de la cruelle atteinte d'Ebroïn \
' ReguQi limitibus hinc indè admixlis. pericuH iadicium futuris temporibus erat. (Exvilâ S. Salahergœ, ahbalissœ Laudiin. Inter acta SS. Ord. S. Bened.. sajc. 2. p. 423.)
' La géoéreuse ioitialive d'Aostrude, après le desastre de Locofao,
Cependant le maire de Neustrie n'essaya point de forcer les remparts de Laon ; il ne s'occupa que de trouver le moyen de gagner du temps, ce qui était à ses yeux la chose la plus importante. Arrivé au bourg d'Erchrecum , à peu de distance de la ville de Laon , Ebroïn manda près de lui Réolus, évéque de Reims, et ^gilbert, que l'on suppose avoir été Pévêque de Paris, bien que le continuateur de Frédégaire ne lui donne aucun titre particulier'. Le maire de Neustrie déclara à ces deux hommes qu'il désirait mettre fin le plus tôt possible à une guerre funeste, et il les pria de se rendre dans la ville de Laon pour inviter Martin à une entrevue avec le roi. Suivant les instructions qu'Ebroin donna aux deux ambassadeurs, ceux-ci devaient jurer à Martin, sur les reliques des saints, l'entière inviolabilité de sa personne.
Réolus et iEgilbert se chargèrent volontiers d'une mission qui leur semblait devoir décider de la paix générale et du salut de leur patrie. Mais avant de remettre la châsse entre les mains des deux évéques Ebroïn en retira secrètement les reliques , pensant éviter par là le crime ou du moins l'accusation de parjure \
ressort naturellement des reproches et des menaces de vengeance que lui adressa le vainqueur, lorsqu'il fut entré dans la ville de Laon. Cette remarque n'a point échappé à D. Mabilion. qui a pris soin de la consigner dans une de ses notes sur la vie de sainte Ânstrude. {Actes des Saints de l'ordre de Saint-Benoît, siècle II, p. 976.)
' Erchrecum serait, suivant quelques écrivains, Escheri-La'unois, et suivant l'annotateur de D. Bouquet. Ecry-sur-i'Âisne, près de Chàleau-Porcien. dans le diocèse de Reims.
' C'est l'opinion du savant et judicieux Mabiilon que Réolus et
Martin devait connaître le maire de Neustrie, et il ne pouvait avoir oublié le sort de l4nfortuné Leudésins. Mais le caractère sacré dont se trouvaient revêtus les deux ambassadeurs ; les espérances dont ils étaient eux-mêmes pénétrés ; le serment prêté sur les choses saintes; enfin le désir si naturel à tout homme de sortir le plus tôt possible d'une situation critique, tout semblait se réunir pour inspirer au duc des Francs quelque sentiment de confiance. Martin se rendit à Erehrecum, qui était le lieu désigné pour Tentrevue ; mais à peine y fut-il arrivé que le maire de Neustrie le fit mettre à mort ainsi que les autres seigneurs anstrasiens dont il était accompagné*.
Ebroin et Thierry, à la tête de leurs guerriers , se firent ouvrir aussitôt les portes de Laon. Le vainqueur de Locofao n'avait pas tardé à savoir que Tabbesse de Saint-Jean avait donné quelque secours à son ennemi. Le cœur plein de colère, il se rendit aussitôt à la demeure d'Anstrude, et jetant sur Tabbesse des regards foudroyants, il jura que la vengeance ne se ferait pas attendre. L'abbesse, sans paraître émue, sans changer de visage, répondit en peu de mots qu'elle n'avait
iE^lbert prêtèrent de bonne foi leur ministère au dessein perfide d*Ebroïn. La réputation dont ils jouirent toute leur vie exclut en effet l'idée d'aucune espèce de complicité de leur part. Nous voyons de plus que Réolus fut maintenu sur son siège lorsque Pépin disposa de la suprême puissance en Austrasie.
' A Lugduno Clavato egressus (Martinus) cum sodalibus ac so^ ciis. ad Erchrecum veniens. iliùc cum suis omnibus interfectus est* (Fredeg.. Chron., pars sec. c. 97.)
point voulu offenser le maire de Neustrie et qu'elle ne pensait pas avoir lieu de craindre ses reproches ni ses menaces. A cet air de tranquillité confiante, à ce$ paroles pleines de douceur et de fermeté, la fureur d'Ebroïn fut comme déconcertée subitement ; il devint calme, respectueux même, et c'était cet homme pourtant qui depuis plusieurs années faisait trembler toute la Gaule*.
Cependant à la nouvelle du dernier forfait d'Ebroïn la consternation de Réolus et d'iflgilbert furent au comble , et dans tout le royaume de TEst se répandit un profond sentiment de douleur et d'indignation. On ne parlait plus que du courageux dévouement de Martin à la cause austrasienne ; on déplorait sa fatale confiance et Ton ne faisait entendre partout que des paroles de malédiction contre le meurtrier.
Nul, sans doute, n'éprouvait ces sentiments à un plus haut degré que le duc Pépin; il redoubla d'activité pour réparer le désastre de Locofao et venger les illustras victimes qu'Ebroin venait d'immoler à sa perfidie. On accourut de tous côtés se ranger autour du vaillant fils d'Ansegise; chacun était décidé à courir les derniers périls plutôt que de subir la cruelle domination qui menaçait de s'appesantir sur l'Austrasie.
' Paucis ac lenissimis sermonibus respondebal (ADStrudis). ostendens patienter se non timere minas et temerariam objurgationena superbi tyranni
Confestim suam ferociiatem mutavit (Ebroïnus) in maximam lenitatem. {Ex viiâ S. Anstrudis, MaL Laudun. Inler acta SS. Ord. S. Bened.. sœc. 2, p. 976.)
fibroïn comprit alors que sa victoire n'était point encore achevée, et il jugea prudent de suspendre la lutte pour aller en Neustrie préparer de nouvelles forces»
On s'attendait à voir bientôt Ebroïn reparaître en armes, et Ton se disposait à soutenir de nouveaux combats , lorsque l'on apprit tout à coup que le maire de Neustrie venait de finir ses jours d'une manière tragique. Un seigneur nommé Hermanfred , chargé de l'administration du trésor royal, avait été accusé d'in*> fidélité dans l'exercice de ses fonctions et condamné par Ebroïn à perdre sa fortune. Menacé ensuite d'un châtiment plus rigoureux , Hermanfred voulut prévenir ce nouveau malheur. Un jour de dimanche , de grand matin , pendant qu'il faisait encore nuit , cet homme attendit le moment où Ebroïn devait sortir de sa maison pour se rendre à l'église, et le maire de Neustrie tomba mort sous les coups de l'ancien trésorier, à quelques pas seulement du seuil de sa demeure. Hermanfred s'enfuit sur-le-champ et vint chercher un asile en Austrasie (681) \
Les Neustriens donnèrent pour successeur à Ebroïn un seigneur nommé Waratton ou Wert, homme de haute naissance, considéré à la cour et qui n'avait ni l'ambition ni le caractère cruel et perfide d'Ebroin ; on pouvait donc espérer de voir mettre un terme à la lutte sanglante qu'Ebroïn avait engagée contre le peuple austrasien. En effet, à la nouvelle des derniers événc-
* Fredeg., Chron., continuât, pars sec. . c. 98. — Gesta reg. Franc, c. 4.7. — Vxta S. Leodeg. episc, Auguslid. Apud D. Bouquet, t. Il, p. 621.
roents, Tévêque de Rouen Audoën (saint Ouën), alla offrir à Thierry et à Waratton de négocier avec Pépin et les chefs de TAustrasie une paiiL si désirable pour les deux peuples. Muni du double consentement du roi et du nouveau maire, Audoën se rendit aussitôt près de Pépin» dans la ville de Cologne. Il Gt savoir au duc des Francs que Thierry III était disposé à signer la paix avec lui, et à le maintenir dans le gouvernement général du royaume de TEst s'il voulait reconnaître la haute autorité du monarque et lui envoyer des otages'. Pépin souscrivit aux conditions proposées par Tévèque de Rouen , et il conserva le titre de duc des Francs et celui de maire du palais d'Austrasie sous la dépendance de Thierry III '.
A la suite du traité de Cologne, le premier soin de Pépin fut de chercher activement les moyens d^effacer les derniers désastres de sa patrie. Il se fit un devoir de réparer d'abord , autant qu'il le pouvait , le malheur qui avait frappé la famille du dernier roi. La veuve et
* Orta est discordia inter gentem Francorum et Austrasiorum
Ad urbem Coloniœ , veniens (Audoënus) pacis fœdere cooGr-
mato. prospéra cuncta. ut gesserat, indicavit. Ergo inter iitrosque pax ista allquantùm temporis fuit. (Vità S. Audoeni, Rothomag. episc. Apud Boliand, die 24 augusti.)
* Prœfatus Warado obsides a Pipino Duce accipieos, pacem in invicem palraverunt. (Fredeg.. Chron., continuât, pars sec, c. 98.) — La charte donnée par Thierry 111, eu Tannée 683, à Bercaire. abbé de Montier-en-Derf. en Champagne, est une preuve irrécusable qu'après le traité de Cologne, ce prince exerça la puissance royale en Austrasie, et que Pépin, avec le titre de maire du palais, reconnut son autorité. (Voir D. Bouquet, t. IV. p. 662.)
les filles de Dagobert H furent rappelées en Àustrasie ; le maire du palais leur assigna sur les rives de la Moselle et de la Sure de riches domaines où elles vécurent tranquilles, entourées du respect qui était dû à leur rang et à leur infortune '.
Dans le même temps Pépin rétablissait Lambert sur le siège épiscopal de Maëstricbt, d'où Ebroîn l'avait contraint de descendre sept années auparavant*
Mais lorsque le peuple austrasien commençait à respirer sous le paisible gouvernement du fils d'Ansegise, il se préparait dans la mairie du palais de Neustrie une révolution étrange qui devait faire ressentir jusque dans le royaume de l'Est ses effets malheureux.
Waratton avait un fils nommé Gislemar, jeune homme distingué par Tintelligence et qui paraissait capable de partager le poids d'une grande autorité. Mais Gislemar joignait aux brillantes qualités de l'esprit
' Âdéla, une des trois filles de Dagobert IL fut mariée à un sei« gneur austrasien dont le nom n'est point arrivé jusqu'à nous. Cette princesse ayant perdu son époux embrassa la vie religieuse et bâtit le monastère de Palatiolum. à deux lieues au nord de la ville do Trêves, sur la Moselle. Âdéla nous apprend elle-même qu'elle avait acquis Palaliolum par échange avec Pépin, maire du palais d'Âustrasie. Il est donc infiniment probable qu'elle ne regardait pas le duc Pépin comme l'auteur de la mort du roi Dagobert 11 : elle se fût bien certainement abstenue même de conclure un simple marché avec le meurtrier de son père. (Teslamentum Adelœ abbat. Âpud D. Bouquet, t. in. p. 653.)
On attribue à Irmina, sœur d'Âdéla. l'établissement du monastère d'Horreum. aujourd'hui Oeren, sous les murs de Trêves. Quant à Regentrude. troisième fille de Dagobert II. elle est seulement nommée dans l'acte testamentaire d'Adéla en faveur de Palaliolum.
une anibitioii démesurée '. Jaloux à Fexcès de Tautorité que Pépin exerçait en Àustrasie et même jusque dans la cour de Paris , Gislemar haïssait mortellement ce puissant rival , et ne désirait rien tant que de pouvoir reprendre contre lui les projets d'Ebroïn.
Waratton , pressé peut-être par les instantes sollicitations de son CIs, consentit à partager avec lui Tadministration des affaires publiques. Mais Gislemar ne fut pas plutôt investi de cette portion* d'autorité quMl fit éclater au grand jour ses sentiments de fils ingrat et dénature. Il réunit autour de lui les anciens amis d'Ebroîn , tous les partisans de la guerre contre TAustrasie , tous les hommes avides de pillage et de récompenses. Appuyé sur ce parti , le fils de Waratton imputa comme un crime à son père la paix conclue avec les Âustrasiens, et, après avoir fait déclarer sa déchéance, il se revêtit lui-même de la dignité de maire du palais de Neustrie*.
 cette nouvelle, si triste pour toutes les âmes hon-^ nêtes, Àudoën accourut de nouveau à Paris, et quoiqu'il n'ignorât point la haine secrète que lui portait le fils de Waratton , il se hâta de lui adresser des remontrances sur sa conduite criminelle , et de Texhorler à un prompt repentir \ Gislemar demeura entièrement SQurd aux paroles de l'évêque , et ne s'occupa que dç
• Fredeg., Chron., continuât., pars sec, c. 98.
^ Fredeg.. Chron., ibid.
^ Vila S. Audoeni Rothom. episc. Apud Bolland . die XXiV Aug.
réunir sur-le-champ les gens de guerre auxquels il avait promis les dépouilles de TÀustrasie '.
Malgré toutes les peines qu'il s'était données, le jeune usurpateur n'avait point, à ce qu'il semble, une armée bien nombreuse, si l'on considère surtout l'importance de l'expédition qu'il osait entreprendre : mais il comptait beaucoup sur le succès d'une politique dont il paraissait avoir fait l'étude à l'école d'Ebroïn. S'il n'osait pas tout à fait espérer de renverser la puissance de Pépin, il se promettait du moins de porter le pillage dans les villes et dans les cités les plus opulentes du royaume austrasien, de partager une partie de leurs richesses aux hommes qui s'étaient déjà rangés sous son commandement, et de tenir le reste en réserve pour accroître le nombre de ses amis.
Le fils de Waratton se porta rapidement vers les remparts du château de Namur, au confluent de la Meuse et de la Sambre. Les villas et les châteaux de l'Ardenne ou du Brabant passaient non sans raison pour renfermer les plus précieux trésors de la famille de Pépin. Un succès ou deux obtenus dans cette partie du royaume austrasien, les guerriers de Gislemar, c'était leur espoir du moins, revenaient chargés d'or et d'argent dans leur pairie.
De son côté Pépin observant la marche de son ennemi était venu se ranger avec l'élite de ses guerriers
' Fuerunl igitur inter Pippiniim et praefatum Gislemarum discordî» raull». bclla civilia plurima. (Frecleg.. Chron., continuât., pars sec, c. 98.)
en avant de la forteresse. Lorsque Gislemar vit quelle était la supériorité des forces ennemies, il ne jugea pas pouvoir sans grand péril livrer ouvertement une bataille : il envoya dans le camp austrasien des hommes chargés de déclarer qu'il désirait la paix et de demander une entrevue avec le duc d'Austrasie pour en déterminer les conditions réciproques. Le duc d'Àustrasie se persuada trop facilement peut être que Gislemar cédait à un sentiment de crainte qui lui faisait souhaiter réellement de conclure la paix avec le peuple austrasien : les guerriers de TEst semblaient ne pouvoir soupçonner jamais les ruses dont un ennemi perfide savait user contre eux avec tant d'habileté.
Pépin ayant accepté les conditions qui lui étaient proposées, Gislemar prêta le serment solennel qui était exigé en pareille circonstance ; puis quand il vit les Àustrasiens en repos et sans défiance, il les attaqua à rimproviste, peut-être à Theure du sommeil, après avoir désigné les chefs et tous les guerriers les plus richement armés aux coups de ses Neustriens. Pépin échappa heureusement au péril ; mais un grand nombre d'austrasiens de haut rang trouvèrent dans la ])laine de Namur une mort inattendue, et leurs dépouilles furent rapportées en triomphe dans le royaume de Neustrie\
Cependant la sanglante surprise de Namur, toute
' Ad castrum Namuco (Namurco) contra hostem (id est exercitum) Pippini ducis Gislemarus consurgens. fraudulenter. falso juraraento dato. quam plurimos eorum Dobiles viros occidit. (Ihid.)
funeste qu'elle pouvait être, n'avait rien de décisif, et à peine le Gis de Waratton avait-il obtenu cette victoire déloyale qu'il termina ses jours dans la fleur de son âge (684)'.
Le parti dont Gislemar s'était fait le chef pour un moment se trouva déconcerté par ce coup* imprévu , et Waratton , avec l'appui des principaux seigneurs , reprit la dignité de maire du palais de Neustrie. Le rétablissement de la paix avec l'Àustrasie devint la conséquence naturelle du retour de Waratton au pou« voir; mais ce seigneur ne survécut que de deux années à Gislemar (686), et transmit àBerthaire, son gendre, la mairie du palais.
On a pu remarquer que depuis plusieurs années déjà la tranquillité du peuple austrasien n'avait rien que de précaire ; elle dépendait toujours du caractère par^ ticulier des hommes que les circonstances élevaient à la direction suprême des affaires dans la cour de Neustrie. La promotion de Berthaire fut encore une vicissitude malheureuse pour le royaume de l'Est. Ce qui étonne, c'est de voir un monarque subir tranquillement toutes ces révolutions de palais, accepter tour à tour avec une sorte de résignation les maîtres qui s'imposent à la Neustrie et au prince lui-même.
Le continuateur de la chronique de Frédégaire nous a tracé d'une manière concise mais énergique le por^ trait du nouveau maire de Neustrie. « C'était, dit-il, un
Jhid.
homme de petite taille, d^esprit médiocrei emporté par une folle légèreté , ne montrant souvent que du mépris pour Tamitié et les conseils des Francs » '. Le parti de la guerre, celui des hommes de condition inférieure qui avait dominé sous Ebroîn et Gislemar, reprit aussitôt Tavanlage. Les grands essayèrent de lutter contre ce parti , mais Berthaire leur déclara une guerre à outrance et les hommes qui le servaient dans ce combat politique déployèrent d'autant plus d'ardeur qu'une partie des biens conGsqués sur les vaincus devenait la récompense de leur zèle. Aux violences intérieures se mêlait encore naturellement chez les amis de Berthaire la pensée de porter de nouveau en Àustrasie la dévastation et le pillage.
Les seigneurs de Neustrie et de Bourgogne qui avaient déjà souffert la proscription , ceux qui étaient sur le point de la subir, jetèrent les yeux sur Pépin et résolurent d'aller en Àustrasie implorer son secours* À leur tête se placèrent Àuderan et Réolus, que leur caractère, leur crédit, leurs griefs mettaient au premier rang parmi les plus mortels ennemis de Berthaire \ Au nombre des fugitifs qui se rendirent alors près du due d'Àustrasie, on remarqua un jeune homme de haute naissance et d'esprit distingué, nommé Hubert, qui
* Ërat stalurâ parvus. intelleclu modicus, levis atque cilatus, Francorum amicitiam et consilia sa^pè contemnens. {Ibid.)
' Hacc indignantes Franci, Auderannus, Reolus et alii multi relinquentes Bercharium ad Pippinum perobsides conjunguntur. (Fredeg.. Chron,, continuât., pars sec. c. 99.)
avait aussi la réputation d'être Tua des plus passionnés chasseurs de la Gaule * .
En Àustrasie, les circonstances étaient favorables aux proscrits de la Neustrie et de la Bourgogne. Avec un génie infatigable , formé par de dures épreuves , Pépin avait travaillé sans repos à effacer les désastres de sa patrie ; il avait pris soin de mettre sur pied chaque année des forces militaires nombreuses et prêtes à marcher au premier signal.
Nous lisons dans les Annales franques et dans celles de Metz qu'en Tannée 798 , au mois de novembre , Charlemagne fit bâtir par son armée un camp sur les bords du Weser, et quMl voulut que ce lieu fût appelé Her stally c'est-à-dire Station ou Campement de Varmée \
Ce fait donnerait lieu de croire , par analogie , que déjà un siècle auparavant , à l'époque du second Pépin, un château fortifié, bâti sur la cime d'un rocher, au bord de la Meuse et à quelques milles seulement de la ville de Liège, du côté du nord , devint le rendezvous assigné de préférence aux guerriers de TAustrasie, lorsque la proclamation du ban les appelait soit à entendre les ordres du chef, soit à défendre la patrie. Ce serait donc au pied des murs de cette villa que Pépin aurait convoqué plusieurs fois les leudes en
• Duchesne. l. I, Script, Franc, p. 678.
* Novembrio mense roediante ad hiberDandum cum exercitu Saxooiam intravit. posiiisque castris ad Wiseram fluvium. locum castrorum Heristalli vocari jussit. [Annal, Franc., apud D. Bouquet, t. V. p. 22.)
armes. La villa témoin de ces solennités guerrières aurait reçu le nom de Herstall qui n^est en effet connu que depuis ce moment dans notre histoire \ Une chose certaine 9 d'ailleurs, c'est que parmi toutes les villas qui formaient le domaine du second Pépin , celle d'Herstall prend alors le premier rang.
Lorsque Pépin dirigeait de cette manière Tadministration du royaume austrasien , il voyait croître près de lui deux fils qu'il formait à la politique et à la science des affaires. L'ainé, qui était âgé d'environ seize ans, portait le nom de Drogon ; le plus jeune se nommait Grimoald. Les fils de Pépin , dans la première fleur de Tadolesccnce, paraissaient déjà avec distinction an milieu des seigneurs austrasiens, et Ton pouvait espérer qu'ils marcheraient dignement sur les traces de leur père»
Telle était à peu prés la situation de Pépin lorsque les illustres fugitifs de la Neustrie et de la Bourgogne vinrent lui exposer leurs griefs et le conjurer de prendre en main leur défense. Le maire d'Âustrasie les accueillit avec empressement et les assura de son se« cours. Mais pour mettre de son côté la justice et la modération , . il commença par envoyer prier le roi Thierry de rétablir les proscrits dans leurs biens et dans leurs .honneurs.
' Saxon, le poète, nous rappelle dans un de ses vers celte étymologie tudesque du nom du château d'Herslall.
in auU
Nomen Ileristalli dederat oui barbara lingua.
{Gest. CaroliMagni, vers 317-518.)
Berthaire, peu disposé à entendre une semblable requête, reçut d'un air plein d'orgueil et de mépris les ambassadeurs austrasiens ; ensuite il dicta la réponse de son maître ; on y lisait à l'adresse de Pépin les paroles suivantes : c Vous avez, contre toute justice, reçu chez vous mes serviteurs ; je promets donc, sur ma parole, que d'ici à peu j'irai moi-même les re* prendre en Austrasie » ' .
« Pépin résolut de prévenir l'accomplissement de celle menace, et aussitôt il marcha en armes du côté de la Neustrie. L'auteur anonyme des Annales de Metz ra« conte que Pépin , arrivé dans la forêt Carbonaria , qui séparait au sud-ouest le territoire austrasien de celui de la Neustrie, ordonna une halte et assembla les chefs de l'armée pour retracer de nouveau à leurs yeux les nobles motifs qui animaient le duc d' Austrasie dans cette circonstance \ L'annaliste de Metz , désireux sans doute d'imiter les écrivains de l'antiquité, qui prêtent volontiers des discours à leurs héros, suppose que le due d' Austrasie prononça une petite harangue divisée en trois points et qui montre , dans le chroniqueur du moins, une certaine connaissance
' Hanc legationem Theodericus. suggerente Bertbario, superbe recepit, suosque profugos servos. quos Pippinus contre jus et legem susceperat. quandèque à se requirendos spopondit. (Annal, Franc. Mettenses, ad ann. 686. Apud D. Bouquet, t. II. p. 678.)
' Les annales latines» dites Annales franques de Metz, commencent à l'époque du second Pépin et finissent à l'année 904 : elles furent écrites par un religieux de l'abbaye de Saint-Arnould de Metz, au dixième siècle.
des règles de la rhétorique* Pépin, suivant le récit de Tannaliste, commença par se défendre de toute pensée d'-ambition personnelle et rappela à ses guerriers combien il était beau de combattre pour le triomphe des opprimés. Il fit voir ensuite que le roi Thierry et son conseiller Berthaire avaient seuls appelé cette guerre en se refusant aux justes demandes qui leur étaient faites. Pépin concluait enfin que les armes pouvaient seules décider de la question : la victoire suivrait une juste cause ; sur Thierry et sur Berthaire retomberaient les audacieuses menaces par lesquelles ils avaient répondu au message du peuple austrasien\
Quand Pépin eut fini de parler, tous les hommes de Tarmée répondirent par des acclamations en frappant de leurs épées et de leurs lances sur leurs boucliers*.
Sans admettre comme authentique la forme oratoire donnée par Fannaliste de Metz aux paroles de Pépin , on peut croire qu'en effet le maire d'Àustrasie , au moment de passer la frontière neustrienne, voulut communiquer à ses Icudes quelque chose des senti-^ ments qui exaltaient son àme fière et généreuse. Il avait déjà fait de même, sans doute, en plusieurs cir-* constances , et c'était Toccasion aujourd'hui plus que jamais de rompre le silence.
Arrivé sur le territoire de Neustrie , Pépin rencontra
' Annal, Franc. Èîeltenses, ad ann. 687.
' His diclis universiis populus roboratus. vocibus simul et armorum plausu sentenliam Ducis firmaYcrunt. (Annal. Franc. Mettenses, ad ann. 687.)
Thierry III et Berthaire près d'un lieu appelé Textricium , aujourd'hui Testry, entre Vermand et Péronne. Le nom de Textricium semble nous dire que ce lieu était déjà depuis longtemps habité par de paisibles tisseurs de toile. La petite rivière de Daumignon séparait les deux camps. Suivant Fannaliste de Metz, Pépin, avant d'en venir à un combat, envoya une nouvelle ambassade à Thierry pour l'inviter encore une fois à faire justice aux exilés. Le chroniqueur va même jusqu'à nous assurer que Pépin faisail dire à Thierry par ses ambassadeurs : « Je vous donnerai de grandes sommes d'or et d'argent, si vous consentez à une paix qui préviendrait le malheur d'une guerre civile , qui empêcherait de répandre dans une lutte violente et incertaine un noble sang, le sang de deux peuples unis par le lien d'une commune origine » '.
L'annaliste de Metz semble avoir voulu ici pousser jusqu'à l'extrême la modération et la magnanimité de son héros. Que Pépin , dans cet instant suprême, ait résolu de faire une dernière tentative, cela ne peut paraître que naturel ; mais ce qui est invraisemblable, c'est que pour faire accepter la paix il ait offert beaucoup d'or et d'argent à ce même peuple qui venait de portera diverses reprises la dévastation et le pillage au sein de l'Âustrasie.
fierthaire ayant fait rejeter les dernières propositions de Pépin , il fallut en venir aux armes. Pépin
* Ne civile bellum existerct, in quo nobilissimus et cognatus sanguis Francorum sub incerto bclli impetu funderctur. (Ibid.)
n'avait pas cette fois pour adversaire un Ebroïn ni un Gislemar ; cependant le souvenir de Locofao , de Laon et de Namur faisait aux Âustrasiens une loi rigoureuse de la prudence. On eut lieu de voir bientôt que Texpérience du passé n'avait point été perdue pour Pépin, ni pour les hommes qui marchaient à sa suite.
Le continuateur de la chronique de Frédégaire , toujours sobre de détails, ne mentionne que très-sommairement cette rencontre de Testry, qui a cependant une si grande importance dans notre histoire. L'annaliste de Metz vient heureusement suppléer un peu à cette sécheresse ; il nous donne quelques détails empruntés, à ce qu'il semblerait, à l'un de ces poèmes latins qui , après une action d'éclat , étaient composés pour les hommes d'origine romaine, pendant que les poètes de la nation franque versifiaient de semblables récits dans leur idiome.
Le jour où la réponse de Thierry fut apportée à Pépin, on vit le duc d'Àustrasie, dans une méditation profonde, réfléchir aux meilleurs moyens de s'assurer la victoire. II avait remarqué à l'orient du camp ennemi une colline qui offrait un poste favorable pour une attaque. La difficulté était de s'en rendre maître : Pépin ne jugea point la chose impossible et résolut de tenter ce mouvement à la faveur de la nuit. Quand il eut ainsi combiné son plan de campagne , le duc d'Austrasie, avec l'accent inspiré et pénétrant d'un cœur brave , exhorta de nouveau ses compagnons d'armes. Aux paroles de leur chef les Âustrasiens répondirent encore avec enthousiasme ; Pépin , tou^
heureux de cette ardeur, prenait soin cependant de la régler par la discipline, et de ne s^écarter en rien des conseils de la prudence.
Avant le lever du jour, Pépin , à la tète de son armée, franchit la rivière dans le plus profond silence. Arrivé sur la colline, il distribua ses diverses colonnes sous le commandement de leurs chefs respectifs, en recom^ mandant partout une patiente vigilance, une immobilité absolue jusqu'à Tapparition du jour. Les Austrasiens avaient le dos tourné aux rayons du soleil qui devaient au contraire frapper en face les yeux des NeustrienSé Un plan aussi bien concerté révèle certainement chez Pépin un esprit de calcul et de discipline très-digne de remarque.
Pendant que Pépin combinait ces mesures que devaient soutenir le courage et la prudence de ses guerriers , une orgueilleuse confiance régnait dans le camp opposé. Thierry et Berthaire ne voyaient dans les Austrasiens qu'un ennemi timide à qui la crainte seule avait fait demander la paix ; ils ne cessaient de ré-* péter d'un ton fastueux que Pépin et son armée étaient entre leurs mains ' .
Aux premières lueurs du soleil levant , les sentinelles neustriennes n^ apercevant plus les pavillons ennemis, envoyèrent prévenir le roi que les Austrasiens avaient abandonné leur camp et brûlé leurs tentes. Aussitôt Berthaire fait sonner de la trompette et ordonne de
' Theodericus. . . . traditum jam sibi Pippinum cum universo exer citu suo maDÎbus et verbis gloriabatur. {Ibid,)
poursuivre les Austrasiens. En ce moment Pépin s^élance de sa colline et attaque de flanc les Neustriens qui dirigent leur marche vers un autre point. Cependant le choc est violent, et les Neustriens, quoique forcés de déranger leur ordre de bataille, soutiennent avec ardeur Teffort du vaillant duc d'Austrasie. Mais la victoire n'est point cette fois pour eux.
Thierry et Berthaire, à la vue de leurs guerriers qui tombent en grand nombre, s'enfuient précipitamment du champ de bataille ; bientôt les Neustriens, dont les rangs ont été éclaircis d'une terrible manière* cèdent le terrain et se dispersent de toutes parts (687) '.
Assuré d'une victoire décisive. Pépin se reposa dans le camp ennemi des fatigues de la bataille. Cependant les fugitifs de Tarmée neustrienne s'attendaient à être poursuivis à outrance et prévoyaient, comme certaines, des vengeances sans miséricorde, s'ils avaient le malheur de tomber dans les mains des vainqueurs. Ils se dirigèrent vers les églises les plus voisines : la basilique de Saint-Quentin de Vermand en reçut un grand nombre ; d'autres se réfugièrent à Saint-Fursy de Péronne. Ce fut aux humbles habitants de ces demeures que les vaincus de Testry demandèrent une suprême assistance'.
Pendant que les guerriers de l'Est s'occupaient de recueillir dans le camp de Thierry de riches et nom-
' Commissoque accrrimo prœlio Tbeodericus cudi consiliario suo Berlhario in fugam versus, cunctos optimales in ore gladii intereroptos dereliquit. (Ibid.)
* Annal. Franc, Mellenses, ad ann. 687.
breuses dépouilles, dont quelques-unes pouvaient bien provenir de TAustrasie , arrivèrent les abbés de Saint-Quentin et de Saint-Fursy qui venaient supplier Pépin de se montrer généreux dans la victoire. Pépin usa d^une douceur à laquelle on n'était guère accoutumé et qui surpassa de beaucoup les espérances des vaincus et de leurs intercesseurs. Il n'accorda pas seulement la liberté aux fugitifs , mais il les maintint aussi dans la possession de leurs biens, n'exigeant d'eux que le serment de ne plus porter les armes contre leurs frères de l'Austrasie '.
Cependant Pépin fut informé que Thierry avait di^ rigé sa fuite du côté de la Seine ; et en effet le mo-** narque était arrivé sans obstacle dans la ville de Paris, incertain toutefois du sort qui lui était réservé. La situation de Berthaire était moins connue. Bertbaire ne sachant à qui demander secours , se voyait forcé d'errer, çà et là , sans trouver d'asile assuré. On apprit enCn que , dans sa détresse , il s'était confié à quelques misérables qu'il croyait ses amis parce qu'ils avaient été ses flatteurs , et que ces perfides ne voyant plus en lui qu'un homme tombé et proscrit l'avaient assassiné \
Pépin entra dans Paris et se rendit maître de la personne de Thierry ainsi que de ses trésors. La politique et la générosité conseillaient également au duc d'Aus-
' Inlerventu abbatum locorum illorum mitissimus Princcps Pippi- DUS acceptis ab bis tantùmmôdè sacramenlis vitam et hasreditalem donavit. (Ibid)
• Fredeg., Chron., continuât., para sec. c. 99.
trasie de ménager les vaincus. Il ne se sentait pas moins obligé de prévenir les craintes jalouses que n'auraient pas manqué de concevoir les Austrasiens sUls avaient vu leur chef s^établir, avec un pouvoir suprême , dans cette Neustrie qui savait si bien captiver ses maîtres et pour laquelle on avait vu déjà on Dagobert et un Childéric abandonner les palais dn Rhin et de la Moselle.
Pépin laissa la couronne sur la tête de Thierry et lui conserva le double titre de roi de Neustrie et d^Austrasie'. Le monarque, d'autre part, consentit à réparer les injustices de Berthaire ; il rétablit les exilés dans leurs biens et leurs honneurs.
Pépin avait glorieusement accompli ses généreuses promesses : il ne se laissait point éblouir par le succès ; il montrait Thumanité la plus louable pour les vaincus, le respect le plus profond pour Fautorité royale. Cependant le héros de Testry voulait assurer d'une manière solide et durable son influence sur la Neustrie. Il éleva à la dignité de maire du palais, à la place de Berthaire, un homme qu'il choisit tout exprès pour être dans la cour de Paris le fidèle représentant de son autorité et de sa politique. Le nouveau maire de Neustrie fut un seigneur austrasien du nom de Norbert, parent de Pépin et tout dévoué à sa cause \ Il garda pour lui-^
^ Theodoricutn quoque recipiens, oe tyrannidem viderelurexercere. nomen illi régis inasstimabili pietate reservavit. (Annal, Franc. Uei^ tenses, ad ann. 688.) — Fredeg., Chron., continuât,, pars sec, c. 100.
* Posthaec Pipinus cuo) Theuderico rege cœpit esse Princeps régi-
même le titre de maire du palais d'Austrasîe, auquel il ajouta celui de prince des Francs, avec le privilège supérieur d'un ministère général dans retendue des deux royaumes'. Après avoir réglé de cette manière la situation politique de la Neustrie, Pépin retourna dans le royaume de TEst, siège principal de sa puis* sance.
mÎDis et major domûs. Nortbertum quemdam de suis cum.rege reliquit. {Gest. reg. Franc, c. 48.)
■ Ipse verô (Pippinus) totius regni gubernacula retinuit.
{Annal. Franc, Mellenses, ad ann. 688.) — Pippinus singularem Francorum obtiouit principatum [Ibid.) — Apud regnuro Fraucorum tune temporis Pippinus obtinebat principatum. (P. Diac, De Gest. iMngcb,, lib. 6.)