‹ Histoire du royaume mérovingien d'AustrasieChapitre 2 sur 19 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Première origine du nom des Francs. — Émigration de la tribu salienne vers les embouchures du Rhin ; caractère propre de cette tribu , ses premiers établissements dans la Gaule romaine. — Époque de la première publication de la loi salique. — Rapides succès de Clovis dans la Gaule ; il associe son (ils aîné Thierry à ses conquêtes.

Le caractère et les destinées d'un peuple se découvrent toujours mieux à notre esprit , lorsque nous en avons étudié avec quelque soin les premiers développements. Nous avons donc pensé qu'il serait utile de jeter un coup d'œil sur les commencements du peuple auquel le royaume austrasien dut sa naissance , et de former de Tensemble de nos observations , dont queU ques-unes nous ont paru nouvelles, le premier chapitre de cette histoire.

C'est au milieu du troisième siècle de Fère chrétienne, et sous la date de Tannée 241 , que le nom des Francs se rencontre , pour la première fois , dans les écrivains de la langue latine*. La nation qui était

* Flav. Vopiscus, in Âureiiano.

ainsi désignée se composait de différentes tribus, et habitait Tespace de territoire compris entre le Rhin et l'Elbe, la Lippe et le Necker '. Depuis l'époque où ils commencèrent à porter un nom devenu ensuite si célèbre , les Francs occupèrent presque sans intervalle les armes et la politique des Romains , qui avaient à défendre contre eux les frontières orientales de la Gaule. Cette lutte durait encore lorsque, vers la fin du troisième siècle , les Francs essuyèrent de vives attaques de la part des Saxons qu'ils avaient pour voisins du côté du nord. Suivant l'historien grec Zozime , la tribu des Saliens , plus particulièrement exposée sans doute aux ravages de ces dangereux ennemis , résolut d'abandonner sa demeure et d'aller s'établir dans les iles que formaient les deux bras du Rhin à leur embouchure dans l'Océan \ C'était la contrée que l'on appelait Batavie, du nom de ses anciens habitants.

Les émigrés Saliens trouvèrent dans leur nouvelle patrie un territoire marécageux, hérissé d'épaisses forêts au sein desquelles il devait être difficile de les atteindre. Une autre circonstance également digne dé remarque , c'est qu'ils ne furent séparés du territoire gaulois que par le bras méridional du Rhin que l'on désignait alors , comme aujourd'hui , sous le nom de Wahal. Il s'en fallut donc de beaucoup que les Saliens

* S. Hieronymus. in vitâ S. Hilarionis. erem. — Tabula ilineraria, Peutinger. — Sidon. Apollin. , Paneg. Avili, v. 324.

* Zozimus, Historiar,, lib. III. — Eumenii., Paneg, ad Constantin^, imp.

ne perdissent quelque chose de leurs habitudes guerrières. Alliés des Sicambres qui habitaient sur le cours supérieur du Wahal , et avec lesquels on les confondait assez souvent dans le langage , ils exerçaient la piraterie dans FOcéan du nord , ou bien ils venaient faire le ravage sur la rive gauche du fleuve , se jouant de la poursuite du soldat romain par leur extrême agilité à franchir les marais et les bois épineux qui protégeaient leur retraite.

Cependant les anciennes tribus franques , celles qui n'avaient point quitté la mère patrie , conservaient la supériorité de puissance , et c'était à elles qu'appartenait la principale part de cette renommée qui s'attachait au nom des Francs. Une vaste carrière s'ouvrait» en effet , à leur infatigable besoin de guerre et de pillage. Cologne, Trêves , Mayence , toutes les grandes cités voisines de leurs demeures étaient les objets constants de leurs attaques et de leurs dévastations'. Pendant la seconde moitié du quatrième siècle on vit paraître à leur tête des rois guerriers à qui les histo-> riens et les poètes de Tépoque devaient donner une sorte de célébrité. Les récits de Sulpice Alexandre et les vers de Claudien nous montrent sous les empereurs Gratien et Théodose un Gennobaude , un Sunnon et un Marcomir exerçant contre les Romains leur indomptable courage, et, comme de nouveaux Arminius, attirant les généraux de l'empire dans l'épaisseur

Amm. MarccUin, Histor,, lib. XV.

de leurs forêts où ils leur préparent de sanglantes défaites ' .

Si les Saliens n'égalaient point alors par le nombre et la puissance les Francs de la rive orientale du Rhin , Tardeur qu'ils montraient eux-mêmes pour la guerre et le pillage n'en était pas moins active ni moins persévérante; et pendant la seconde moitié du quatrième siècle ils se rendirent de plus en plus redoutables aux provinces septentrionales de la Gaule,

Un poète latin nous a tracé de ce peuple un portrait fort digne de remarque. Suivant le témoignage de Sidoine Apollinaire, le guerrier salien rassemblait au sommet de sa tête ses cheveux d'un blond roux qu'il liait en faisceau et laissait retomber en aigrette sur le haut du front ; deux longues moustaches, peignées avec soin , pendaient de chaque côté de sa bouche ; dans les prunelles de ses yeux brillait la couleur bleue des mers. Ses vêtements étroits dessinaient ses membres gigantesques et laissaient au jarret découvert une entière liberté ; un large baudrier serrait sa taille fine et élancée.

Le costume du salien, comme l'on voit, était accommodé tout exprès pour la facilité de l'attaque et la libre rapidité des mouvements à travers les forêts qui , tour à tour, cachaient ses marches, ses embuscades et ses promptes retraites.

Mais le poète semble redoubler d'énergie lorsqu'il

• Sulp. Alex, apud Greg. Tur., Hiai. Fr,, lib. 1. c. 9. — Claud., De laiidtb. Stilich.,l I. v. 197.

nous montre le salien sur le champ de bataille. « Lan- » cer , dit-il , une hache rapide à deux tranchants , et » savoir sûrement la place où elle doit frapper ; faire 9 tournoyer le bouclier, précéder d'un saut agile les » traits partis de la main et arriver avant eux à l'en- » nemi , c'est là pour ces guerriers une sorte de jeu. » Dès Tenfance la passion de la guerre est mûre » dans leurs cœurs. Sont-ils pressés par le nombre ou » par le désavantage de la position , la mort les acca- » ble, jamais la crainte. Ils demeurent invaincus et » le courage survit en eux , pour ainsi dire , au-delà » même de la vie*. »

Les tribus du Wahal avaient, comme les Francs orientaux , des rois à longue chevelure , pour les conduire à la guerre. Au nombre de ces chefs saliens qui, pendant la seconde partie du quatrième siècle , se firent plus particulièrement une réputation de hardiesse et de bravoure , on distingua le roi Richemir et son fils, le vaillant Théodemir, qui régna après lui'.

Vers Tannée 395 , Stilicon , ministre d'Honorius , entreprit d'assurer à la Gaule une paix générale , et d'imposer la loi à toutes les nations barbares, voisines du Rhin. Ce guerrier, qui était lui-même d'origine barbare , savait employer avec un rare succès la force et la ruse. Écoutons le poète Claudien nous décrire , dans son style pompeux, cette expédition à la fois guerrière et politique.

' Sid. Apollio., Paneg. Major, v. 238 et sq.

' Fasi. consul, apud Greg. Tur. , Hist. Fr., I. I, c. 9.

« Descendant rapidement depuis les sources du » Rhin jusqu'au lieu où le fleuve se divise et ren- » ferme des marais qui unissent ses deux embou- » chures, le général poursuit sa course, la foudre à » la main. Des rois dont le nom était autrefois ce- » lèbre, et qui avaient la tète ombragée d'une épaisse » et blonde chevelure , des rois que ni les prières ni x> les menaces ne pouvaient rendre dociles à la voix x> des empereurs mêmes , accourent au premier » ordre : ils tremblent qu'on ne les accuse d'une len- » teur qui serait un crime , et , de toutes parts , leurs » esquifs les amènent sur la rive qui leur est dési- » gnée '. »

Lorsque le ministre parut à la double embouchure du fleuve sa puissante politique fut couronnée de succès non moins prodigieux. « Alors , dit le panégyriste , qui semble rappeler la personnification mythologique de l'Achéloiis vaincu par Hercule, a alors tu brisas les » cornes du Rhin et tu le forças tellement de s'a- » doucir que déjà le salien laboure les campagnes , » et que le sicambre transforme son glaive en faux » recourbée \ »

Le poète rappelle , dans la même pièce , la chute de Marcomir et de Sunnon qui suivit de près le passage du ministre, et que ce dernier avait peut-être dèslors préparée : la ruine des deux frèreâ est présentée comme le juste châtiment de leur infidélité; et Técri-

' Claiidian., De laudib. Stilkh., l. I, v. 197 et sq. ' Ihid.

vain félicite le général d'avoir donné aux Francs des rois qui exerceraient sous la dépendance de Tempire une solide et durable autorité. « La Gaule, dit-il, » rejettera plus vite de son sein les faisceaux en- » voyés de Rome , que la Francie ne rejettera les rois » que tu lui as donnés. Tu n'as plus seulement la » gloire de vaincre des rebelles sur le cbamp de bay> taille , tu sais encore les punir en leur donnant des » fers. Témoins Marcomir et Sunnon : le premier » souffrit l'exil en Toscane , et tandis que l'autre pré- » tendait se porter le vengeur de l'exilé , il tomba sous » le glaive de ses propres sujets*. »

On lisait dans les Fastes consulaires cités par Grégoire de Tours, que vers ce même temps, chez les Saliens, Théodemir, (ils de Richemir, fut mis à mort avec sa mère Aschila '. D'un autre côté, Glaudien nous apprend que le ministre imposa aux peuples du Wahal de nouveaux rois, comme il en avait imposé aux Francs de la Lippe et du Rhin. Théodemir et Âschila auraient-ils peut-être expié eux-mêmes de leur vie les craintes qu'ils inspiraient aux Romains?

Les nouveaux rois des Francs furent choisis dans les familles qui montraient le plus de dévouement à la puissance romaine et , selon toute apparence , dans les familles les moins anciennes de la nation. La cour impériale exigea d'eux une condition assez remarquable, que nous trouvons indiquée par plusieurs

» Ibid.

' Hist. Fr.. 1. I, c. 9.

textes contemporains : ce fut de ne point porter la longue chevelure qui était chez les rois germains la marque d'une complète indépendance'.

Cependant le cinquième siècle vit commencer Tinvasion générale des peuples du nord en occident. Le Igouvemement romain ne se sentit plus alors assez de forces contre un si grand nombre d'ennemis ; et ce qui le montre d'une manière éclatante c'est la résolution que prirent , en Tannée 408 , les habitants de la province armoricaine , appelée depuis la petite Bretagne. Ils se détachèrent du reste de la Gaule et se constituèrent en état indépendant sous un chef auquel ils donnèrent , avec le titre de roi , le soin de pourvoir à leur défense. Alors Stilicon n'était plus, et la cour d'Honorius prit le parti de transiger avec les barbares, en leur cédant plusieurs portions de territoire dans l'intérieur de l'empire. Les Burgondes obtinrent les premiers cette faveur: sous le commandement de leur roi Gondicaire ils occupèrent, en l'année 413, au nord-est de la Gaule , une partie de la première Germanie '.

' Les Francs ne pouvaient avoir sous les yeux de pareils exemples, et rester au sein de leurs demeures dans une paisible indifférence : les Saliens reprirent bientôt,

' Claudian. lib. l, in Eutrop., v. 383. — Sid. Apollin. , Epigr. ad Major.

* La première Germanie s'étendait sur la rive gauche du Rhin , depuis Argentoratum (Strasbourg) jusque vers le château de Coblentz. Mais les Burgondes ne possédèrent pas cette province tout entière.

dans Tancienne famille de leurs rois , un chef qu'ils élevèrent sur le bouclier, suivant Tusage traditionnel, et qui porta le signe caractéristique de la royauté nationale.

On peut croire que ce nouveau chef des Fratics du Wahal fut le même que celui dont la chronique de Prosper Tjto nous parle sous le nom de Faramond. Cependant la critique devait élever un jour des doutes sérieux contre ce nom célèbre, et l'on a droit de s'étonner , en effet , qu'il n'ait pas été connu de Grégoire de Tours, ni de Frédégaire. La critique, toutesfois^ ne saurait contester ici qu'une simple appella-^ tion, et il faut bien reconnaître qu'une erreur ou une supposition de nom propre ne peut pas altérer le fond même de la réalité. Frédégaire a pensé , probablement d'après les Fastes consulaires cités par Grégoire de Tours, que Faramond était fils de Théodemir^ ce roi des Saliens qui avait été mis à mort avec sa mère Âschila, vers les dernières années du siècle précédent. Peut-être l'opinion de Frédégaire ne s'éloigne -t- elle pas entièrement de la vérité; si le nouveau roi que se donnèrent les Saliens , au com*mencement du cinquième siècle , n'avait pas eu Théodemirpour père, il sortait, selon toute apparence, de sa famille ' •

' Les écrivains du huitième et du neuvième siècle ont supposé que Faramond était fils de Marcomir , qui avait exercé le commandement parmi les Francs orientaux . vers l'époque où Théodemir l'exerçait aussi chez les Francs saliens. Une distinction essentielle, la distinction des lieux, paraît avoir échappé aux écrivains

Le retour des Francs saliens à Taneienne royauté devait être pour eux un signal de conquêtes. En effet , le chef guerrier que nous appellerons du nom plus ou moins douteux de Faramond , franchit le Wahal vers l'année 418 et s'avança jusque dans la Toxandrie, entre la Meuse et l'Escaut'. Suivant toute probabilité une lutte s'engagea entre les Francs et les Romains , mais on a lieu de croire qu'elle ne fut pas de longue durée, et que l'on abandonna aux guerriers saliens le territoire dont ils s'étaient rendus maîtres. Un mot de Prosper d'Aquitaine nous fait entendre qu'ils l'occupèrent comme une possession obtenue de gré ou de force , mais sanctionnée toutefois par la cour impériale '.

En 419, peu après l'établissement des Saliens entre l'Escaut et la Meuse , Wallia , roi des Wisigoths , obtint de l'empereur Honorius la partie de la Gaule méridionale comprise entre les Pyrénées , la Garonne

dont nous parlons. Ils ont été particulièrement frappés, à ce qu'il sçmble, des grands exploits que Sulpice Alexandre raconte de Marcomir. dans le passage conservé par Grégoire de Tours. Théodemir n'est cité, au contraire, que dans une courte phrase empruntée par Grégoire aux Fastes consulaires. On a donc vu . malgré la différence géographique et politique des deux peuples . une plus grande convenance morale à donner Harcomir pour père à Faramond. La filiation admise par Frédégaire est devenue moins populaire . quoiqu'elle ait l'avantage d'être plus ancienne et de réunir les coïncidences de temps et de lieu en sa faveur.

' Aujourd'hui la province de Brabant.

' Pars Galliarum propinqua Rheno quam Franci possidendam occupaverant. (Prosp. Aquit. . Chronic, ad ann. 428).

et rOcéan ; Toulouse et Bordeaux furent les principales villes de ee nouveau royaume.

Faramond demeura jusqu'en Tannée 4i7 à la tête des Franes qu'il avait conduits dans la Toxandrie. Un guerrier , nommé Chlodion ou Chlod , fut alors élevé à la dignité royale. Aucun texte contemporain, ou d'une dale quelque peu rapprochée de cette époque, ne nous fait savoir si Chlodion était fils du dernier roi ; ce qui parait hors de doute , c'est qu'il était issu du même sang et qu'il porta à son tour la chevelure flottante , comme une marque de l'indépendance nationale , comme le gage de victoires nouvelles et de l'agrandissement futur de la nation qui l'avait créé roi. En effet , le peuple franc, qui avait longtemps attaqué le territoire de la Gaule sans autre but que le pillage , commença dès-lors une suite d'expéditions habilement combinées , et GhlodicTû ne tarda pas à donner aux Francs le signal de nouvelles entreprises.

L'empire venait de passer aux mains de Valentinien III , et comptait au nombre de ses défenseurs le célèbre Aëtius, originaire de la nation des Huns. Ce général qui , par son ambition et son génie guerrier , offrait une si grande ressemblance avec Stilicon , résolut aussitôt de faire revivre à l'égard des nations étrangères la politique de l'ancien ministre d'Honorîus. II n'y eut pas, au dedans de l'empire ou sur ses frontières , un seul peuple barbare chez lequel Aëtius ne portât ses armes victorieuses. Chlodion en fit bientôt lui-même l'épreuve. Il y avait une année, à peine , qu'il était devenu roi , lorsque le général

romain, à la tête d'une nombreuse armée, où Ton voyait une multitude de eavaliers Huns, fondit violemment sur les Francs de la Toxandrie ; Chlodion céda à Forage ; il se retira vers les bords du Wahal , et le général de Valentinien se flatta d'avoir glorieusement restitué à Tempire une province de la Gaule '.

Les Saliens, renforcés de plusieurs colonnes guerrières recrutées parmi les Sicambres, reparurent bientôt sur le territoire romain. Aëtius crut devoir traiter avec eux et leur rendit les terres qu'ils avaient occupées au nord de la Gaule. On peut remarquer que ce ministre fit de même à Tégard de tous les peuples qu'il avait vaincus ; il semble que, satisfait de leur avoir donné une preuve de sa puissance , il transigeait avec eux sans trop de peine, comptant sur sa vigilance active pour les maintenir dans les limites qu'il leur avait tracées.

Pendant le cours de cette première partie du cinquième siècle, les Francs établis à l'orient du Rhin ne montrèrent pas moins d'ardeur que les Saliens à ressaisir leur première indépendance. Tranquilles, quelques années , sous la main puissante de Stilicon , ils n'eurent pas plus tôt appris eux-mêmes la mort tragique de ce ministre , qu'ils se hâtèrent de replacer à leur tête un roi à longue chevelure , et de porter de nouveau la dévastation sur la rive gauche du Rhin. La contrée dont ils n'étaient séparés que par le fleuve, et que l'on appelait la seconde Germanie , renfermait deux cités importantes par leur force militaire , aussi

' Prosp. Aquit.. Chron., ad atin. 1:28.

bien que par le nombre et la richesse de leurs habitants ; c'était d'une part , Tancienne colonie d'Âgrippine , aujourd'hui la ville de Cologne , et d'autre part, la cité de Tongres , bâtie près de la Meuse , à l'occident de la première. Ces deux métropoles, dont l'une était le centre du commerce du Rhin avec les peuples du nord , excitaient depuis longtemps déjà la convoitise guerrière des Francs orientaux , et Cologne particulièrement avait été l'objet de leurs attaques assidues. En 431 ils portèrent contre elles toutes leurs forces et s'en rendirent maîtres. Aëtius accourut aussitôt, et après une victoire dont il serait difficile d'apprécier la juste valeur, mais qui ne parait pas avoir été bien décisive , il abandonna aux Francs la cité de Cologne avec une portion de territoire sur la rive gauche du Rhin (432). Les hommes de cette nation vinrent s'établir en grand nombre dans les murs de la cité , mais l'ancienne métropole romaine ne continua pas moins d'être un lieu de passage pour la plupart des peuples voisins. On y voyait arriver, chaque jour, le romain, le franc, le burgonde, le saxon, le frison et le bavarois. Les nouveaux possesseurs de la contrée ajoutèrent à leur ancien nom de franc la qualification distinctive de Ripuaires ou Francs de la rive. On ne saurait dire si leurs rapports avec les tribus qui étaient restées à l'orient du fleuve ne consistèrent que dans de simples alliances, ou si les rois de Cologne exercèrent sur' les deux rives une seule et même domination ; ce qui ne saurait être mis en doute, c'est qu'un lien étroit unissait les Ripuaires à leurs compatriotes de la rive

droite du Rhin. Observons ici une chose qui parait digne d'attention, c'est que les rois saliens auront seuls désormais le privilège d'être nommés dans l'histoire. Les Francs orientaux firent bien encore quelques tentatives pour s'agrandir, mais leurs nouvelles entreprises

n'eurent que peu de résultats. Il y avait chez les Saliens un esprit de conquête plus calculé, plus soutenu, plus rapide; cette différence devait assurer à leurs armes de brillants succès et imprimer dès ce moment au nom de leurs chefs une certaine célébrité.

A la tête des rois guerriers qui jetèrent les premiers fondements de celte supériorité vient se placer , sans aucun doute , celui qui avait naguère forcé Aëtius de traiter avec lui. Nous apprenons de Grégoire de Tours, qu'après avoir réintégré sa tribu sur le sol de la Gaule, Chlodion se retrancha dans la forteresse de Dispargum ', sur les limites de la Toxandrie et du territoire romain. De là il envoya des éclaireurs pour reconnaître la situation de Cambrai , qui dominait le cours supérieur de l'Escaut, dans la deuxième Belgique. D'un bond rapide le chef salien se saisit de la cité , s'empara de Tournai , et se dirigea ensuite vers le bourg d'Héléna , dans le territoire d'Ârras.

Les Francs étaient campés sur une colline , au bord d'une petite rivière, et ils étaient occupés de célébrer par des chants et des danses les noces d'un jeune guerrier , lorsque Aëtius et son lieutenant Ma-

' On croit reconnaître Dispargum dans la petite ville de Duysbork. entre Louvain et Bruxelles.

jorien , arrivant par des ehemins cachés , fondirent sur eux à rimproviste. Après avoir soutenu un premier combat, Chlodion prit le parti de la retraite. « Alors, » dit Sidoine , vous eussiez vu errer cà et là sur les » chariots les pompeux apprêts de la fête ; vous eus- » siez vu les ennemis avec leurs cheveux déjà parfu- > mes , fuir pêle-mêle , emportant les plats , les mets » et les vases couronnés de fleurs. »

Chlodion ne tarda pas à reprendre le cOurs de ses conquêtes et, suivant Grégoire de Tours, il porta ses armes victorieuses jusqu'aux rives de la Somme. Il ne faudrait pas néanmoins se représenter les Francs comme possesseurs de tout le territoire qui s'étendait des rives de la Somme à celles du Rhin. Ils s'étaient emparés plus particulièrement des bourgs et des villes de moindre importance; à l'exception de Cambrai et de Tournai, les grandes cités de la Belgique étaient toujours au pouvoir des Romains' .

Les revers de Chlodion dans la Gaule n'avaient pas eu pour les Francs de sérieuses conséquences , mais les Burgondcs avaient été moins heureux. Leur puissance venait d'éprouver, de la part des Huns, les plus rudes atteintes, lorsqu'en l'année 443, Aëtius les transplanta dans la province que l'on appelait Sabau-dia, aujourd'hui la Savoie. Ce peuple , toutefois , devait reprendre bientôt quelque force et occuper les deux rives de la Saône et du Rhône , depuis le revers septentrional des Vosges jusqu'à la Provence.

• Voirja Notice des dignités de l'empire, rédigée sous Valenlln IIK

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