‹ Histoire du royaume mérovingien d'AustrasieChapitre 3 sur 19 · IG · texte numérisé non relu

IG

Un nouveau roi , du- nom de Mérovée , succéda , en 447 , à Ghiodion , avec lequel il avait sans doute quelque affinité de famille. Jusqu'à Mérovée, la royauté salienne n'avait pas suivi la loi directe et absolue de l'hérédité ; c'est un fait qui ne paraît guère douteux , mais dont il serait difficile cependant de préciser la véritable cause. Mérovée, lorsqu'il fut investi de la dignité royale , avait un fils du nom de Ghiidéric , sur lequel, très - probablement , il chercha à fixer d'avance les regards et les suffrages de la nation. Il est bien vraisemblable aussi que Ghiidéric porta , le premier , comme fils de roi , la chevelure partagée en tresses et descendant autour du cou et des épaules. La succession directe , qui devint alors un des caractères particuliers de la royauté franque, semblerait expliquer pourquoi Ghiidéric devait associer étroitement à son propre nom le nom de Mérovée son père , et le transmettre ensuite à sa postérité.

Pendant que Mérovée commandait aux Saliens , les Huns, conduits par Attila, envahirent la Gaule*. Les Francs ripuaires, les Burgondes et les Wisigoths, uni-

' A la même époque la royauté devint chez les Francs orienlaux le sujet d'une grande lutte entre deux frères dont le nom ne nous est pas connu. Priscus, dans le récit de son ambassade à Attila , raconte que Taîné eut recours à la protection du roi des Huns , et que le plus jeune , qui était encore adolescent , se rendit à Rome pour implorer Tappui de la cour impériale. On a supposé quelquefois, mais à tort, qu'il s'agissait ici de la royauté salienne et que le prince qui obtint, contre son frère . la protection d'Aëtius et de Valentinien. était le roi Mérovée. L'erreur est évidente . puisque Mérovée était, déjà à cette époque , dans la maturité de l'âge.

renl leurs armes à celles d^Aêlius , conire le péril qui menaçait Toecident. Mérovée, quoique l'adversaire naturel des Romains , n'hésita pas lui-même à prêter son secours. La part glorieuse qu^il dut prendre dans la victoire commune est un des principaux souvenirs qui se rattachent à son nom ; mais il est certain aussi qu'il étendit la conquête dont ses prédécesseurs avaient donné le signal. L'occasion lui parut favorable surtout lorsqu'en l'année 455 on apprit que le général Aëtius venait de Gnir ses jours. On vit alors, dit Sidoine Apollinaire, le franc victorieux porter ses armes dans la seconde Belgique ; et le poète nous fait savoir que son beau-père Avitus, créé maître de la milice , eut l'honneur d'arrêter les progrés de Mérovée * .

En 456, ou peut-être l'année suivante, Childéric succéda à son père dans la dignité royale. Le nouveau chef des Saliens voulut inaugurer sa puissance par d'importantes conquêtes ; les Sicambres furent invités^ comme de coutume , à venir y prendre leur part de gloire et de profit , et alors , suivant Pexpression de Sidoine , les deux rives du Wahal unirent leurs menaces contre l'empire \

Mais au moment où Childéric cherchait à se montrer digne du titre de roi des Saliens, le sénat romain éleva à la puissance impériale un guerrier que l'on avait vu servir longtemps et avec distinction sous les

• Sid. Apollin.. Paneg, Aviti., v. 372-391. ' Idem , Epigr, ad Major,

ordres d^Aëtius. Le nouvel empereur était Majorien, ee inéme officier qui , dans les plaines d'Ârras , avait forcé Chlodion de reculer. Aussi , dès quMl eut revêtu la pourpre, il résolut, à son tour, d'affranchir Toccident romain des nations barbares qui le démembraient chaque jour , et il appliqua bientôt à ce grand dessein toute son activité et tout son génie.

Majorien se rendit d'abord dans la Gaule , où son élection avait rencontré une assez forte résistance. Au commencement de Tannée 458 , il se trouvait dans la ville de Lyon, lorsque Sidoine récita devant lui un panégyrique en vers, où étaient célébrées, avec une pompeuse magnificence de style, les victoires passées du nouvel empereur. Le poète rappela , entre autres exploits, cette journée mémorable où, près du bourg d'Héléna, les impétueux géants de la Toxandrie avaient fui en sa présence ' .

Peu après le départ de Majorien , le même écrivain sollicitant pour ses compatriotes une remise de tribut, souhaita , en échange , à Tempereur , de voir bientôt se briser. les orgueilleuses menaces parties des deux rives du Rhin, et de voir le sicambre boire les eaux du Wahal , la tête dépouillée de sa chevelure \

L'expression de ce vœu n'était , sans doute , que l'écho anticipé, de quelque dessein belliqueux médité alors par le nouveau maître de l'occident. Mais comme Majorien désirait porter principalement ses

• Idem , Paneg. Major. , v. 212 et sq. ' Idem . Epigr. ad Major,

forces contre les Vandales de TAfrique, qui menaçaieni de près Fllalie , il voulut s'assurer par d'autres moyens la soumission des Francs de la Gaule, il commença par investir des fonctions de niaitre de la milice dans cette province , le comte Egidius , son ancien compagnon d'armes , et dont il connaissait le zèle ardent pour le triomphe du nom romain dans la Gaule.

Egidius possédait Thabileté nécessaire pour servir avec succès les vues dé Majorien et les intérêts de Tempire. 11 sut d'abord affermir Talliance du peuple romain avec la nation armoricaine, et persuader même aux Bretons de mettre leurs légions au serv>ice des Romains , afin de mieux assurer leur propre indépendance. Le maitre de la milice ne laissait échapper aucune occasion favorable à ses desseins , et il ne manqua pas de mettre à profit celle que lui offrirent bientôt les Francs de la Belgique.

Tout porte à croire que Childéric avait de puissants ennemis au sein même de sa nation , et il ne serait pas contraire à la vraisemblance de penser que des jalousies intestines avaient suscité contre lui de nombreux rivaux. Egidius se ménagea des intelligences parmi les chefs salions les plus hostiles au jeune roi ; la séduction réussit auprès d'un assez «grand nombre, et Childéric ne tarda pas à comprendre qu^il ne lui restait pas d'autre parti que celui de la fuite.

Grégoire de Tours nous a transmis sur cet événement un récit auquel viennent se mêler quelques circonstances d'une couleur un peu romanesque, mais

qui ne sont peut-être pas dénuées entièrement de vérité. L'historien des Francs écrivait un siècle seulement après le règne de Childéric, et les traditions qu'il avait recueillies pouvaient avoir conservé un certain fond de réalité. « Childéric, nous dit-il, ayant

> découvert que les Francs' voulaient le mettre à mort,

> partit pour la Thuringe, laissant dans le lieu qu'il » quittait un homme auquel il était attaché , et qui » pourrait amollir par de douces paroles les cœurs des >» Francs irrités. Le roi convint avec cet homme du

> signal qui l'avertirait de revenir dans sa patrie. Les

> deux amis rompirent ensemble un sou d'or : Chil- » déric en prit une moitié , son ami garda l'autre en » lui disant: lorsque je t'enverrai cette moitié, et que » les deux parties réunies formeront de nouveau un » sou , tu pourras revenir dans ta patrie. Ghildéric » étant donc parti pour la Thuringe , demeura caché » près du roi Basin et de la reine Basine, son épouse. » Les Francs qui l'avaient chassé se donnèrent pour » roi Egidius, que le gouvernement romain avait » envoyé dans la Gaule comme maître de la mi- » lice * . »

Ce fut, probablement, pendant l'absence de Childéric que l'on éleva contre lui le reproche d'une odieuse conduite. Grégoire de Tours a répété dans son histoire l'écho de ces bruits populaires répandus et accrédités , suivant toute apparence , pour justifier la défection du peuple franc. Est-il vraisemblable, en effet,

' Greg. Tur. , Hist. Franc, 1. II. cap. 12.

qu'un roi nouvellement élevé à la téie d'une nation guerrière se soit tout aussitôt rendu indigne de cet honneur? Croirons-nous aisément que si les Francs n'avaient eu à exercer contre leur chef qu'un acte de rigueur légitime, ils n'auraient pas choisi à sa place un homme de leur nation, et qu'ils seraient allés d'eux-mêmes se mettre sous l'autorité d'un chef romain.

La mort de Majorien , arrivée en 461 , vint changer bientôt la face des choses. Egidius trouva, dans Sévère III et dans le suève Ricimer, son ministre, deux ennemis déclarés , qui travaillèrent sur-le-champ à sa ruine. Pendant que le nouvel empereur armait les Wisigoths de Toulouse contre Egidius, qui avait refusé de reconnaître son autorité, les Francs de la Belgique entendirent aussi des conseils analogues, partis de la même source. La royauté d'Egidius leur fut représentée comme un joug honteux et dur qui pesait sur eux , et on leur rappela les noms de Mérovée et de Childéric. Telles furent les circonstances qui préparèrent, sans doute, le retour du prince exilé, et dont profita le plus utilement son généreux ami.

C'est entre les années 462 et 464 que dut s'accomplir la réintégration du fils de Mérovée à la tête des Saliens. Grégoire de Tours nous raconte de la manière suivante ce nouvel événement : « Après avoir apaisé en > secret la colère des Francs , le fidèle ami de Chil- » déric lui envoya des messagers avec la portion du » sou qu'il avait gardée. Childéric reconnaissant à cet 9 indice la preuve certaine qu'il était regretté des

» Francs , revint de la Thuringe , d'après leur propre » demande, et fut rétabli dans son royaume'. »

Frédégaire, qui écrivait dans le septième siècle, ajoute au récit du premier historien des détails fort peu vraisemblables , et qui portent le caractère d'une fable plutôt que celui d'une tradition'. L'histoire romanesque de Basine, abandonnant son époux, le roi- de Thuringe, pour aller offrir sa main à Ghildéric, dont elle admire Théroîsme guerrier , peut inspirer aussi quelques doutes légitimes. Ajoutons que dans les Abrégés de Frédégaire , Basine devient une prophétesse dont la science merveilleuse fait connaître à Ghildéric les sanglantes discordes qui doivent déchirer, un jour, sa postérité.

En 465 Ëgidius transmit, à son 61s Syagrius, le titre de maître de la milice dans la Gaule romaine ; la ville de Soissons, qu'il avait choisie pour sa résidence, continua d'être le siège de cette autorité militaire qui s'étendait encore jusqu'à la Garonne et jusqu'aux rivages de la Méditerranée. Syagrius s'efforça de main-

• Ihid.

' Frédégaire raconte qu'en l'absence de Ghildéric. Wiomade. cet ami auquel le prince fugitif avait laissé la moitié d'une pièce de monnaie . chercha à gagner la confiance d*Egidius pour lui donner ensuite de mauvais conseils et le rendre par là odieux aux Francs. Ghildéric , de son côté , serait allé à la cour de Constaotinople et aérait obtenu de l'empereur de grandes sommes d'argent pour recruter des guerriers en Germanie, et venir à leur tête combattre contre Egidius. Suivant le même récit, les Francs allèrent recevoir leur ancien roi près d'un château que Frédégaire appelle Barrum, sans en faire connaître la position. (Frédég. , Epttomat., cap. XI.)

tenir l'alliance des Gallo-Romains avec rArmorique, menacée elle-même par les Goths de Toulouse et par les Francs de la Somme. Mais dans le temps où il s'at< tribuait , à l'exemple d'Egidius , un pouvoir à peu près indépendant, le sénat et le peuple de Rome donnèrent la pourpre à Anthémius, gendre de Tempereur d'orient, Marcien. Syagrius reconnut une autorité qu'il regardait comme légitime , et continua , sous Anthémius , la tâche de défendre contre de nouvelles invasions cette Gaule centrale où vivait toujours la nationalité romaine.

Telle était la situation générale de la Gaule, lorsque Ghildéric exerçait de nouveau chez les Francs saliens la puissance royale. Avec une activité plus grande que jamais, il attira autour de lui un nombre considérable de guerriers, commandé^ par des chefs qui prenaient eux-mêmes le titre de roi ou qui espéraient Tobtenir à la suite des conquêtes qu'ils auraient faites sous les ordres du (ils de Mérovée. Les documents écrits de cette époque, bien qu'ils soient en très-petit nombre et d'une extrême concision , nous laissent entrevoir néanmoins quelque chose du rôle de la nation franque à cette période de son histoire. Achever , s'il était possible , la conquête de la Gaule romaine et ajouter à cette conquête le royaume des Ripuaires ; porter une guerre assidue chez les Armoricains et les faire tomber, avec les Romains leurs alliés , sous la domination des Francs, c'était là, si nous ne nous trompons, la pensée hardie de Ghildéric.

A la tête de la confédération salienne, le fils de Mé-

rovée sembla commencer avec succès son entreprise. Amiens, Arras, Térouanne, Boulogne, et la plupart des autres grandes cités de la seconde Belgique furent réduites sous sa puissance '. Le territoire de Tongres possédé encore par les Romains, dans la seconde Germanie , élevait une séparation entre les Saliens et les Francs ripuaires de Cologne ; Childéric abaissa cette barrière ; Cologne se soumit et reçut un roi de la famille de Mérovée \

Mais lorsque le conquérant essaya de porter sa domination au midi de la Somme, les Bretons et les Gallo - Romains , fortement unis, lui opposèrent une vive résistance. « Les Armoricains, dit Procope, faî- » sant paraître à la fois et leur généreux courage ]> et leur amitié pour les Romains, se montrèrent » dans cette guerre comme de véritables héros \ » Vainement , en effet , Childéric conduisit ses guerriers jusqu^aux rives de la Loire ; vainement il répéta ses impétueuses attaques , il ne parvint jamais à entamer TArmorique, ni les provinces romaines qui s'appuyaient sur elle.

Ces deux peuples ne furent pas les seuls adversaires

' La Notice des dignités de la Gaule, rédigée sous Valenlinien 111, de 425-455, mentionne encore les villes d'Amiens et d'Ârras comme dépendantes de l'empire. 11 est donc probable qu'elles ne furent soumises aux Francs qu'après l'année 455. Dans la môme notice il n'est plus question des cités de Tournay et de Cambrai qui étaient tombées au pouvoir de Chlodion.

• Gest. . Reg, Franc, c. 8.

' Procop., De hello Gùth,,\. 1.

que devait rencontrer alors la nation des Francs. Au sud de la Gaule s'élevait une puissance qui aspirait à une grande domination : c'étaient les Wisigoths. En 467 , leur roi Euric étendit son pouvoir sur une partie de TEspagne et entreprit bientôt de la reculer jusqu'aux dernières limites de la Gaule. Euric se constitua , en même temps , l'arbitre et le protecteur des autres rois ; dans ses palais de Toulouse et de Bordeaux on voyait arriver chaque jour les ambassadeurs de toutes les nations. Sidoine, qui avait eu l'occasion de connaître de près cette cour, nous en a décrit, sous les formes éclatantes du style poétique , la grandeur et la puissance.

« Le monde entier, dit-il, attend humblement ici » les réponses du monarque. Ici nous voyons le saxon >» aux yeux bleus , fouler la terre avec crainte , lui » qui ne connaissait que les vagues de l'Océan. Ici » le vieux sicambre dépouillé de sa chevelure , après » sa défaite , laisse croître de nouveau cet ornement

> autour de ses épaules. Ici se promène le hérule aux » joues verdàtres, le hérule habitant des derniers » golfes de l'Océan, et qui ressemble, par son teint,

> à l'algue- des mers. Ici le burgonde, haut de sept » pieds, fléchit le genou et sollicite humblement » la paix. Ici l'ostrogoth réclame l'appui qui fait sa

> force, et avec lequel il triomphe du hun qui le

> menace; soumis d'un côté, il est fier de l'autre. » Toi-même , ô romain , tu viens demander ici ton » salut. Si l'Ourse glacée du pôle précipite sur le midi » les hordes furieuses de la Scythie , Euric , c'est ton

» bras que Ton implore. On demande à la Garonne » puissante de défendre par Tépée de ses guerriers » le Tibre affaibli ' . »

Ennemi des Francs et leur rival dans la conquête de la Gaule , Euric déployait contre eux toutes les ressources de sa puissance et de sa politique. Il prenait soin , aussi , de refouler sur les bords du Wahal les nombreux essaims de Sicambres» arrièreban des Saliens, et toujours prêts à grossir leurs rangs quand il s'agissait d'une nouvelle entreprise '.

Cependant la résistance que rencontra Gbildéric dans ses nouvelles tentatives contre la Gaule, n'arrêta point son activité belliqueuse, et il dirigea vers un autre point cet esprit de conquête et d'association guerrière qui le distinguait à un haut degré.

Alors se trouvait dans le voisinage des Francs saliens un chef de pirates saxons, qui , après avoir fait luimême d'inutiles efforts pour s'établir dans la péninsule armoricaine , s^était vu chasser des iles qu'il occupait aux abords de cette contrée ; Childéric lui fit accepter son alliance , et les deux chefs allèrent soumettre la nation des Allemands établie entre le Rhin et le Leck, le Necker et les Alpes \ Les Francs et les Saxons portèrent ensuite leurs armes dans, la Noricie , occupée par les Bavarois , et se mon-

« Sid. ApoUin. , Epist., Ub. VIII. ep. 9. • Ihid.

' Greg. Tur. , Hist. Franc, lib. II, c. 19. — Ennodius. ricin. episc. rt/tt. Anton, monach. Linn,

trèrent même sur les frontières de la Pannonie*. Ainsi Ghildéric tentait hardiment au delà du grand fleuve qui servait de limite à la Gaule , du côté de Torient , ce premier essai de domination que ses successeurs ne pouvaient manquer de vouloir étendre et affermir.

 cette époque le roi de Toulouse accomplissait aussi dans la Gaule d'importantes conquêtes. Après avoir étendu sa domination jusqu'aux bords de la Loire (472), il venait de tourner ses forces contre l'Auvergne, et il y continuait toujours la guerre , lorsqu'en l'année 475, l'empereur Jules Népos lui abandonna, pour prix de la paix , cette belle et grande province qui donnait ainsi pour limite aux Wisigotbs la rive droite du Rhône '.

L'année suivante on apprit en Gaule qu'Odoacre, chef d'une tribu de Hérules , s'était emparé de la ville de Rome, et qu'il avait ôté la pourpre à Romulus Auguste, enfant de six ans, récemment élevé à la place de Népos. Le vainqueur avait pris le titre de roi d'Italie , et avait mis fin , de cette manière , à l'em^ pire romain d'Occident.

A cette nouvelle étrange, les Gallo-Romains furent saisis d'une surprise qui n'était égalée que par leur douloureuse indignation. Ils envoyèrent aussitôt porter une supplique à l'empereur d'Orient Zenon , pour le

* Ennod., ibid,

* Ennod. . Vita S. Epiphami Tkitu episc. — Sid. Apollin. , Episf., lib. VII. ep. 7.

conjurer de punir un pareil attentat, et de ne point souffrir que Tempire d'Occident périt sous la main d'un barbare. Mais Odoacre envoya aussi des ambassadeurs à Zenon , et Tempereur d'Orient se déclara en faveur du roi d'Italie'.

Cependant Syagrius portait au plus haut degré ce sentiment de nationalité romaine qui avait animé Egidius jusqu'au dernier jour de sa vie. Ne pouvant désormais commander au nom de l'empire qui n'existait plus, il prit le titre de roi des Romains de la Gaule , faisant survivre ainsi à la destruction du gouvernement impérial , l'antique nationalité qui subsistait encore au centre de cette province. Ces derniers Romains pouvaient se faire craindre du roi d'Italie , et les Wisigoths , à leur tour , ne lui semblaient pas moins redoutables. Odoacre chercha un moyen de prévenir le double péril auquel se trouvait exposée sa puissance; il livra au roi Euric les provinces qui touchaient aux Alpes italiennes , et où s'élevaient les deux grandes cités d'Arles etde Marseille'. Par là il se ménageait l'amitié des Wisigoths , et fermait aux Romains de la Gaule le chemin de l'Italie^ Il parait même que pour plaire en toutes choses à la cour de Toulouse, l'ancien chef des Hérules suivit, à l'égard des Francs, la politique des Wisigoths ': il se déclara le protecteur des Thuringiens , menacés par

' Ex Candidi histor. , lib. II . Apud Phoiium, ' Procopc, De bello Goth., lib. I.

' Ibid.

Childéric , et entraîna les Bavarois sous sa domination. Les Allemands, voisins des Bavarois , jugèrent sans doute qu'ils devaient profiter d'une circonstance aussi favorable , car ils ne tardèrent pas à secouer la dépen* dance que le prince salien leur avait imposée '.

Les Francs voyaient ainsi les obstacles se multiplier et s'agrandir devant eux. Mais Childéric avait donné à la ligue, dont il était devenu le chef, une impulsion qui ne devait point s'arrêter. Ce peuple pouvait rencontrer parfois de redoutables barrières , mais il ne perdait rien , pour cela , de son activité ni de sa persévérance.

S'il faut reconnaître dans le fils de Mérovée un guerrier hardi et entreprenant , il ne serait peut-être pas tout à fait contraire à la vérité de voir également en lui le premier législateur de sa nation , après qu'elle se fut transplantée sur le sol de la Gaule.

Nous remarquerons d'abord qu'il est dans la nature de certains faits de se produire simultanément à une même époque , parce qu'ils sont le résultat de circonstances analogues et de nécessités communes ; parce qu'ils sont les effets rapides de l'exemple et de l'entraînement. Or , l'époque où les Wisigoths et les Burgondes ordonnèrent d'écrire leurs lois , époque déterminée avec certitude , se rencontre précisément avec celle de Childéric. Ce fut en l'année 466 que le roi

' Nous voyons en effet, par Grégoire de Tours, que les Allemands

soumis à Childéric avaient déjà repris leur indépendance lorsque ce

prince transmit à Cblovis l'autorité royale. (Greg. Tur., Hist. Franc, lib. II. cap. 19, 30.)

— oO —

Euric prescrivit la rédaction des anciennes lois wisigothes ' ; la loi des Burgondes reçut elle-même sa forme écrite sous le roi Chilpéric , fils de Gondioc , entre les années 466 et 472 \ Maintenant il est bien certain que la loi des Francs obtint aussi ce privilège avant la fin du règne de Childéric. En effet, le prologue de cette loi nous déclare qu'elle fut rédigée à une époque où les Francs étaient retenus encore dans les liens de la barbarie et du paganisme , et que le premier successeur de Childéric la révisa pour en écarter ce qu'elle renfermait de contraire à la religion chrétienne \ D'un autre côté il n'est guère possible de croire que la loi écrite des Salicns précéda l'avènement de Childéric ; il faudrait supposer alors que les Wisigoths et les Burgondes , les plus instruits des peuples barbares , n'auraient fait que suivre l'exemple donné avant eux par le peuple franc. La supposition contraire se présente comme la plus vraie et la plus naturelle.

Si l'on accorde à cette première induction quelque valeur, nous remarquerons quelque chose de plus décisif encore. L'auteur du prologue de la loi salique nous apprend que l'on choisit pour rédiger cette loi

* Sub hoc rege Gothi legum iostituta scriplis liabere cœperunt. (Isîd.. Hisp. chronic, ad ann. 466.)

* ...PatricioHilperico.subquo ditionis regisejus publicumtempore illo redactum est. {Ex vità S, Lupicini, apud Bolland» , XXI, Mardi.) — Ce fut la loi rédigée par Chilpéric que Gondebaud promulgua avec quelques modîGcations . dans l'assemblée d'Âmbérieux , en 502.

' Voir les différents textes de la loi salique publiés par Eckhard ,

D. Bouquet, et en dernier lieu par M. Pardessus, membre de l'Institut (Paris. 1843).

quatre savants jurisconsultes, ou gasts, suivant Pidiônie des Francs , et il nomme les divers cantons d'où Ton fit venir ces législateurs. « Les hommes, dit-il, qui » dictèrent la loi salique furent le gast de Wise , le » gast de la Boda , le gast de la Sala et le gast de Wind ' . » Trois de ces cantons faisaient partie de ceux qu'habitaient les anciens Francs établis entre le Rhin et TElbe. La Boda est une petite rivière qui se jette dans rUnstrutt, affluent de TElbe; la Sala est un affluent direct du même fleuve. Windsheim, nommé en quatrième lieu dans le prologue, se voit encore aujourd'hui sur le cours supérieur du Mein.

Une chose parait donc certaine : c'est que dans le temps où la loi des Saliens fut rédigée , pour la première fois, il existait déjà un lien politique entre les deux peuples qui portaient le nom de Francs , et cette union ne pouvait être antérieure à Ghildéric \

' Ibid.

* Tout porte à croire que les Francs orientaux reconnurent l'autorité de Cbildérlc, soit après la soumission de Cologne, soit dans le temps où Childéric porta ses armes chez les Allemands et les Ba^ varois. En effet , Priscus et Jornandès nous parlent des rois francs qui. en 449 et en 451 , exerçaient encore une autorité indépendante sur la rive orientale du Rhin ; et Sidoine rappelle leurs excursions dans la deuxième Germanie, en 455. Depuis ce moment, il n'est plus fait mention de rois indépendants chez ce peuple . et nous voyons . d'autre part , qu'en l'année 491 . il était déjà soumis à la domination salienne, puisque, autrement, Chlovis n'aurait pas eu la liberté d'arriver jusqu'à la Thuringe et de lui imposer un tribut, ainsi que nousl'ap-* prend Grégoire de Tours. (Priscus. Inter excerpt. de legationih,-^ Jornandès, De reb. geticis. cap. 41. — Greg. Tur. , Hist, fr., lib. II, c. 27.

Les cantons de la Boda et de la Sala, situés au nord-est de la Francie orientale , et que nous trouvons mentionnés ensemble dans la nomenclature du prologue , appartenaient à la tribu des Cattes , regardée encore au cinquième siècle comme la plus distinguée du peuple franc , comme celle qui en avait le mieux conservé Tesprit et les traditions nationales. On s^expliquerait assez naturellement, de cette manière, pourquoi les gasts de ces deux cantons , en particulier, furent appelés par Childéric aux fonctions de législateurs. Ces hommes, à qui leur profonde connaissance des lois et des coutumes donnait un rang très-élevé dans Fopinion de leurs compatriotes, n'auraient-ils pas été connus de Childéric , lorsque ce prince soumit les Francs d'Outre-Rhin à sa domination ?

On ne saurait guère douter que la loi rédigée par les ordres du chef salien n'ait gouverné à la fois les Francs de la Belgique et ceux qui habitaient à Torient du Rhin. Mais les Ripuaires firent rédiger, à ce qu'il parait, un code particulièrement destiné à leur usage. II suffit , toutefois , de le comparer avec celui des Saliens pour reconnaître dans les deux législations une même source, et, comme nous le disions plus haut, une même époque.

En 48 1 , Chlovis , fils de Childéric , succéda à son père. On pense qu'il fut proclamé dans la ville de Tournay, qui devait être alors le principal siège de la domination franque dans la Gaule. Grégoire de Tours nous dit, avec sa concision habituelle, que Chlovis fut un grand et illustre guerrier. Ce témoignage de

récrivain n'était que celui de Thistoire. Chlovis joignait à des talents supérieurs pour la guerre ce désir d'agrandissement , cette politique persévérante qui faisaient , depuis plusieurs années déjà , le caractère distinctif de sa nation. Mais Grégoire de Tours garde, sur les cinq premières années du règne de Chlovis, un silence absolu. Il semble que les Francs , arrêtés quelque temps par les obstacles qui avaient exercé le courage de Childéric , devaient trouver ensuite tin moment plus favorable à leurs desseins.

Syagrius dominait encore sur les provinces romaines du centre de la Gaule. Ces provinces s'étendaient depuis la Somme et la foret des Ârdennes jusqu'à la Loire , et depuis le Rhin jusqu'aux frontières de l'Àrmorique. La situation de cette dernière contrée , à la même époque , ne nous est pas bien connue ; cependant nous voyons qu'elle se maintenait toujours forte dans sa résistance aux ennemis du dehors. Mais il n'en devait plus être ainsi pour les Wisigoths. En l'année 484 le roi Euric termina sa carrière , et , dès les premières années du règne de son fils , Àlarie II , la nation déchut rapidement de son ancienne puissance. Par une rencontre digne de remarque , vers le temps où commençait la décadence du royaume de Toulouse , une longue et sanglante guerre civile déchirait celui de Bourgogne.

Telle était la situation générale de la Gaule , lorsqu'en l'année 486, Chlovis franchit la Somme, conduisut à sa suite les chefs de la ligue franque, parmi lesquels on remarquait Ragnachaire, roi de Cambrai, et

Cararic , roi de Térouanne. Vainqueur de Syagrius , et maître en quelques jours de Soissons et de Reims , le prince franc pénétra dans la seconde Belgique : Toul , Verdun , Metz , Trêves , se soumirent à son pouvoir. La province que Ton appelait Germanie supérieure , et qui s'étendait de Slrasbourg à Coblentz , reconnut , à son tour , la domination des Francs , et les autres provinces romaines , jusqu'à la Loire , ne tardèrent pas à tomber sous la même puissance.

Les Francs eurent alors pour voisins , au midi , les Wisigoths ; au midi encore , mais plus à Porient , les Bourguignons ; et, à Toccident , les Bretons de TArmorique , dont la limite approximative pourrait se figurer par une ligne qui partirait de Tembouchure de la Somme pour aller à celle de la Loire.

Cependant Chlovis porta ses vues encore plus loin : il soumit la Thuringe à un tribut et forma une alliance ^vec les Bourguignons , qui lui donnèrent Chlothilde pour épouse. Les Allemands formèrent bientôt contre lui cette ligue redoutable qui , en 496 , mit un instant Tannée franque en péril ; mais Chlovis sortit vainqueur de l'épreuve et se convertit à la religion chrétienne. C'était le grand événement par lequel la Providence se réservait d'ouvrir les nouvelles destinées de notre

patrie.

Le roi Théodoric , qui venait d'étabh'r en Italie la domination des Ostrogoths, Théodoric, qui se regardait comme l'arbitre des peuples, s'efforça en vain d'opposer une barrière à la puissance des Francs. Ce peuple poursuivit rapidement ses progrès dans la

Gaule. Après la soumission des Allemands et des Bavarois, Çhlovis obtint l'alliance des Armoricains, rendit les Bourguignons tributaires, franchit ensuite la Loire et remporta, en 507 , sur Alaric II, la célèbre victoire de Vouiîlé.

Grégoire de Tours attribue la défaite des Wisigoths à leur faiblesse et à leur lâcheté. Procope remarque, de son côté , qu'ils avaient eu la funeste présomption de ne point attendre le secours de Théodoric ; il serait difficile, en effet, de croire que le roi d'Italie ne s'était point armé en faveur de son gendre Alaric II , contre le chef des Francs. Quoi qu'il en ait été, Ghlovis avait résolu de détruire la domination des Wisigoths dans la Gaule , et il s'avança rapidement à travers l'Aquitaine, conduisant avec lui Thierry, l'aîné de ses enfants.

Thierry, qui parait alors, pour la première fois, dans les récits de Grégoire de Tours , avait déjà été associé à plusieurs des expéditions de son père. Pendant que Ghlovis se rendait maître de Toulouse et de Bordeaux, son Cls aîné subjuguait l'Auvergne et s'approchait de la rive droite du Rhône. Thierry ne se promettait pas moins que de franchir le fleuve et de conduire les Francs jusqu'au pied des Alpes; mais le roi d'Italie l'avait prévenu ; les Francs trouvèrent sous les murs de la ville d'Arles une immense armée d'Ostrogoths , accourue à la défense du passage.

Thierry n'accepta point une lutte inégale, et ramena ses guerriers en arrière. Les Ostrogoths , de leur côté, furent heureux et fiers d'un succès qui témoignait

^i hautement de leur supériorité. Ce sentiment d'orgueil national se trouve exprimé avec beaucoup de force dans une lettre de Cassiodore , le secrétaire intime de Théodoric. « Voyez , dit Cassiodore , ces Francs » que leurs victoires sur tant de nations barbares » avaient rendus si puissants , combien ne furent-ils » pas épouvantés à la vue de nos armes ? Défiés au » combat ils n'osèrent se mesurer contre nous * . »

Amalaric , fils d'Alaric II , conserva TEspagne sous la protection du roi d'Italie, son aïeul. Théodoric préserva aussi de l'invasion franque les provinces wisigothes les plus voisines de la Méditerranée , et il retint pour lui la partie de ce territoire qui s'étendait depuis le cours inférieur du Rhône jusqu'aux Alpes , et que l'on nommait la Provence. Cette barrière, placée sur le chemin des Francs en Italie, établissait, en même temps , une communication entre les deux rameaux de la nation gothique qui occupaient les deux péninsules.

La gloire du fils aine de Chlovis eût été certainement élevée au comble par une victoire sur l'armée de Théodoric ; toutefois sa retraite n'eut rien de déshonorant aux yeux de ses guerriers , accoutumés à la même prudence. Il y eut alors pour les Francs un moment de repos , commandé par la nécessité , mais qui ne pouvait être durable. La paix , signée peu après entre les deux nations , fut donc loin d'éteindre leur rivalité , et l'on voit par Cassiodore que Thierry fut tou-

' Cassiud.» Ejnst. , lib. XI, ep. 1.

jours 9 depuis cette époque , le plus constant adversaire des Goths d^talie.

Pendant la guerre d'Auvergne Ghlovis avait repris le chemin des provinces franques du nord , et il venait d'arriver à Tours lorsque des ambassadeurs, envoyés par Tempereur d'Orient Ânastase, lui présentèrent un codicille qui lui conférait les titres d'auguste et de consul. Ils remirent également à Ghlovis la chlamyde de pourpre , le diadème et le bâton surmonté d'un aigle , qui étaient les insignes de ses nouvelles dignités. L'empereur voulait honorer d'une manière toute particulière le roi des Francs ; il entendait le constituer , par là, son premier représentant dans la Gaiile, et retenir quelque ombre de cette domination universelle que les établissements successifs des peuples barbares avaient détruite par degrés en occident.

Ge fut la première fois, à ce qu'il semble, qu'un chef salien mit une couronne sur sa tète; cependant il ne laissa pas oublier que dans celui qui devenait prince et magistrat romain , il y avait toujours un roi des Francs.

Après avoir quitté la ville de Tours, Ghlovis se dirigea vers la Seine et s'arrêta dans la ville de Paris , où il établit sa résidence. La situation avantageuse de cette ville , sa position centrale , la facilité particulière des communications qu'elle avait avec les diverses parties de la Gaule, déterminèrent, sans doute, la préférence que lui donna le conquérant. Paris devint le centre d'une cour modelée sur celle des empereurs. Gette cour se composa de dignitaires chargés de l'ex-

péditioQ des affaires publiques , de la correspoadance du prince et du service de sa maison. Il y eut des référendaires , un chancelier , un domestique ou maire du palais , des chambellans , et d'autres officiers dont les emplois et les titres étaient empruntés aux cours de Ravenne et de Constantinople.

L^administration des provinces conquises ne pouvait plus être exactement la même qu'à Tépoque de la domination impériale; mais il en devait rester encore quelques traces sous la nouvelle domination. Dans les derniers temps de la puissance romaine , des officiers généraux 9 portant le titre de ducs, avaient exercé Tautorité militaire sur les provinces de Tempire. Les divers cantons de la Gaule franque furent soumis à de grands dignitaires qui , sous le même titre , exercèrent la même autorité, avec cette différence qu'ils étaient revêtus aussi de la puissance civile.

Les comtes, établis en qualité de juges dans les cités impériales, eurent également des successeurs; remarquons seulement que les comtes d'origine franque unirent aux fonctions de juge celle d'officier militaire , et qu'ils levèrent les tributs dont se composait le trésor royal '.

Il parait naturel de se demander aussi quel fut le sort des institutions municipales fondées par le gouvernement romain dans les grandes cités de la Gaule. Plusieurs indices permettent de croire que les

' On sait que les mots Dxic^z et Comités de la langue latine correspondaient aux expressions ludesques de Her zog et de (rraff.

Francs laissèrent subsister quelque chose de ces antiques institutions dont Texistence se révèle encore , à diverses reprises, pendant les premiers siècles qui suivirent la conquête.

Après Texpédition d'Auvergne, Thierry était venu rejoindre son père dans la ville de Paris. Son âge et ses exploits récents, la connaissance qu'il avait des diverses provinces conquises et des peuples alliés ou ennemis des Francs , lui donnaient dans les conseils un crédit que ne pouvaient encore avoir ses frères, dont rainé atteignait à peine à Tadolescence. Thierry présentait aux Francs une ressemblante image de son père ; s'il n'en avait pas, peut-être, la profondeur d'esprit , il en avait la hardiesse guerrière, et cette activité entreprenante qui savait mettre en œuvre la force et la ruse.

L'histoire du règne de Ghlovis, depuis le moment où ce prince établit sa cour dans la ville de Paris, ne nous est connue que d'une manière imparfaite; si le peu que nous en raconte Grégoire de . Tours est complètement exact, l'histoire ne saurait que déplorer les stratagèmes dont il se serait servi pour réunir à ses conquêtes les villes de Cologne , de Cambrai , de Térouanne et du Mans, possédées par quelques petits rois de sa famille.

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